mercredi 29 janvier 2014

mercredi 15 janvier 2014

A propos de la nouvelle hospitalisation d’Abdelaziz Bouteflika en France[1].


Hospitalisé en France - au Val de Grâce -, du 27 avril au 16 juillet 2013, puis à nouveau depuis le lundi 13 janvier 2014, le président algérien Abdelaziz Bouteflika aura donc privilégié les hôpitaux militaires de l’ancien colonisateur qu’il ne cessa pourtant à aucun moment de dénoncer, d’accuser et d’acculer à la repentance.
Alors qu’au mois de novembre 2013 le FLN l’a désigné comme son candidat lors des élections présidentielles du mois d’avril 2014, à moins de quatre mois du scrutin, l’on ne sait toujours pas s’il sera physiquement et intellectuellement en mesure de briguer un 4° mandat.Son véritable état de santé est caché à l’opinion algérienne parce que les clans régionaux et politiques qui se partagent les fruits du pouvoir ne se sont toujours pas mis d’accord sur sa succession. L’Algérie est en effet dirigée par une nomenklatura opaque dont le principal souci semble être de s’auto-reproduire. Son cœur est représenté par l’ANP (armée nationale populaire) dont les 350 000 hommes sont commandés par le général Ahmed Gaïd Salah né en 1940, et la DRS (Département du renseignement et de la sécurité) avec dit-on, plus de 100 000 agents dirigés par le général Mohamed Mediène, né en 1939.

L’Algérie qui était demeurée à l’écart des convulsions liées au prétendu « printemps arabe » pourrait donc connaître de sérieuses convulsions en 2014. Tous les ingrédients d’une crise politico-sociale majeure y sont en effet réunis : démographie suicidaire, moitié de la population ayant moins de 20 ans, 35% de chômage chez les jeunes, misère sociale, société fermée incapable de se réformer, industrie inexistante, système bancaire d’un autre temps et administration apoplectique forte d’environ 1,5 million de fonctionnaires. De plus, le pays  est fracturé entre arabisme et berbérisme avec une influence de plus en plus forte de l’islamisme

L’Algérie qui est donc dans une impasse sociale, morale et politique, navigue, tel un vaisseau fantôme au milieu des écueils nés de la quasi vacance du pouvoir. Jusqu’à présent elle a échappé à la crise majeure grâce au colossal bas de laine tiré d’une rente pétrolière et gazière qui lui a permis d’éviter l’embrasement en achetant la paix sociale. Pour combien de temps encore ?

Bernard Lugan
15/01/2013

[1] Le numéro de mars de l’Afrique Réelle comportera un dossier consacré à l’Algérie.

dimanche 12 janvier 2014

Guerres d'Afrique reçoit le prix Raymond Poincaré

Bernard Lugan est heureux et fier de porter à la connaissance de ses amis et du public que le jury de l’UNOR (Union nationale des officiers de réserve) vient de lui décerner, à l’unanimité de ses membres, le prestigieux prix Raymond Poincaré pour son livre Les Guerres d’Afrique, des origines à nos jours (Editions du Rocher).
Ce livre est le développement du cours que Bernard Lugan dispense aux Ecoles militaires de Saint-Cyr-Coëtquidan aux futurs officiers dont la devise est « Ils s’instruisent pour vaincre ».

Le Prix sera remis le vendredi 17 janvier à 18h30 à l’Ecole Militaire (Rotonde Gabriel) lors de la cérémonie des vœux de l’UNOR.

(Pour commander le livre, cliquez sur la couverture.)

mardi 7 janvier 2014

L'Afrique Réelle n°49 - Janvier 2013


























SOMMAIRE

Actualité :

- Sud Soudan : Nuer contre Dinka et tous contre les Murle
- Etat des lieux des crises africaines au mois de décembre 2013

Dossier :
Nelson Mandela : le vrai portrait d’un combattant et d’un révolutionnaire

- Nelson Mandela, un acteur essentiel de la stratégie soviétique en Afrique
- Nelson Mandela, l’ANC et la guerre civile noire
- L’ANC et Nelson Mandela n’étaient pas les seuls représentants des Noirs

Editorial de Bernard Lugan :

Dans ce premier numéro de l’Afrique Réelle de l’année 2014, deux grands sujets sont abordés, le portrait du « vrai » Nelson Mandela et l’état des lieux des crises ou des conflits africains.
La sidération médiatique passée, la disparition de Nelson Mandela peut maintenant être replacée dans son contexte historique.
Ce fut Frederik De Klerk qui créa l’icône Mandela. Destinée à incarner à fois la révolution pour les Noirs et la survie pour les Blancs, une nouvelle personnalité lui fut fabriquée par une intense campagne médiatique gommant l’image du combattant pour la remplacer par celle du réconciliateur, presque du Rédempteur.
Les conflits qui ont ensanglanté l’Afrique en 2013 ne cesseront pas en 2014 car leurs causes n’ont pas été traitées.
En 2014, certains conflits risquent de connaître une contagion : celui de la RCA menace ainsi de déborder au Tchad et au Soudan en devenant une guerre ethno-religieuse, cependant que celui du Soudan du Sud contient les germes d’une guerre ethno-tribale régionale.

En 1989, avec la fin de l’URSS, l’ANC ayant perdu son principal soutien militaire, les forces de sécurité sud-africaines gagnèrent la guerre contre-insurrectionnelle. Alors que le contexte était totalement favorable à la coalition rassemblant le régime blanc et ses alliés fédéralistes noirs, le président Botha fut mis à l’écart et remplacé par Frederik De Klerk qui décida de faire de Nelson Mandela son unique interlocuteur et de lui offrir le pouvoir.

De 1990 à 1994, Nelson Mandela fut spectateur durant tout le processus de négociation qui le hissa au pouvoir et qui fut, de bout en bout, dirigé par le président De Klerk :
- Ce fut ce dernier qui le fit libérer.
- Ce fut lui qui légalisa l’ANC.
- Ce fut lui qui fit abolir l’apartheid par un vote du Parlement blanc, et non Nelson Mandela comme les perroquets de presse ne cessent de le répéter.
- Ce fut lui qui fit de l’ANC son seul interlocuteur.
- Ce fut lui qui abandonna ses alliés fédéralistes noirs, les livrant à l’ANC.
- Ce fut lui qui bloqua les tentatives de résistance des nationalistes afrikaners.

La zone sahélo-saharienne, monde contact entre la civilisation sédentaire des greniers au sud, et le monde du nomadisme au nord, constitue un authentique cas d’école. Le long de ce véritable Rift racial où, depuis la nuit des temps, sudistes et nordistes sont en rivalité pour le contrôle des zones intermédiaires situées entre le désert et les savanes, rien n’a ainsi été fait pour corriger les effets pervers de la démocratie ethno-mathématique. Or, cette martingale politique est un facteur hautement crisogène car elle donne automatiquement le pouvoir aux plus nombreux, en l’occurrence les sudistes, ce que les moins nombreux, à savoir les nordistes refusent.

D’autres conflits menacent de se réveiller, comme en RDC, cependant que, plus au nord, la Libye continuera à supporter les conséquences de la folle guerre que Nicolas Sarkozy et le « philosophe » BHL déclenchèrent contre le colonel Kadhafi. Quant à l’Algérie où l’explosion couve, tout y est suspendu à la stratégie de survie du clan au pouvoir qui cherche à faire briguer un 4e mandat à la momie d’Abdelaziz Bouteflika.

jeudi 2 janvier 2014

Le juge Trévidic va devoir faire vite s’il veut rencontrer des témoins « en vie » de l’assassinat du président Habyarimana


Patrick Karegeya, l’ancien chef des renseignements extérieurs de Paul Kagame entre 1994 et 2004, l’homme de tous les secrets, qui avait fini par rompre avec son ancien chef, a été étranglé dans sa chambre d’hôtel de Johannesburg.
Réfugié en Afrique du Sud avec le général Faustin Kayumba Nyamwaza, ancien chef d’état-major de l’APR (Armée patriotique rwandaise), l’armée tutsi, l’ancien chef du renseignement militaire accusait de la façon la plus claire le président Kagame d’être le responsable de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président  Habyarimana, acte terroriste commis en temps de paix et qui fut l’élément déclencheur du génocide. Patrick Karegeya avait affirmé au micro de France Info qu’il était en mesure de prouver d’où les missiles avaient été tirés.

Au mois de juin 2010, le général Kayumba a survécu par miracle à une tentative d’assassinat dont les auteurs, des Rwandais, sont jugés en Afrique du Sud. Le jeudi 21 juin 2012, lors du procès, il fit une déclaration fracassante en affirmant sous serment que Paul Kagamé « a ordonné le meurtre du président Habyarimana». Il confirmait ainsi les termes de l’ordonnance du juge Bruguière accusant l’actuel chef de l’Etat rwandais d’être à l’origine de l’attentat déclencheur du génocide du Rwanda.

Apprenant la nouvelle de l’assassinat du colonel Karegeya, le général Kayumba a déclaré : « Le gouvernement du Rwanda est responsable de tout cela. Patrick Karegeya est réfugié ici, en Afrique du Sud. Il n’a jamais eu aucun problème avec qui que ce soit dans ce pays. Qui d’autre que le président Paul Kagame, qui l’a pourchassé au cours des dix dernières années, voudrait le voir mort ? C’est un assassinat politique comme le gouvernement du Rwanda en a toujours mené. C’est la politique du gouvernement du Rwanda de tuer ses opposants ».

Le général Kayumba et le colonel Karegeya demandaient depuis des mois à être entendus par la justice française car, affirmaient-ils, ils détenaient tous les secrets entourant l’attentat du 6 avril 1994. Le juge Trévidic ne pourra donc plus interroger le second…
Trois témoins de très haut rang sont encore en vie, le général Kayumba Nyamwasa, Gérald Gahima ancien procureur général du régime Kagame et Théogène Rudasingwa, ancien chef de cabinet du président Paul Kagame qui, tous trois accusent ce dernier d’avoir ordonné l’attentat qui fut l’élément déclencheur du génocide. Le juge Trévidic doit donc faire vite s’il veut pouvoir les interroger… A moins qu’en « haut lieu » il ait été décidé de « jouer la montre » afin de protéger Paul Kagamé...
  
Le 27 janvier 2014, je publierai aux éditions du Rocher un livre intitulé Rwanda : un génocide en questions[1]. Ce livre repose sur les archives jusqu’alors inexploitées du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Expert assermenté dans les principaux procès qui se tinrent devant ce tribunal  créé par le Conseil de Sécurité de l’ONU, j’ai en effet eu accès aux dizaines de milliers de pages des procès-verbaux des audiences, aux auditions des centaines de témoins, aux innombrables pièces ajoutées en preuve ou en contre preuve, aux rapports présentés et défendus par les experts, aux interrogatoires, aux contre-interrogatoires et aux jugements rendus en première instance ou en appel. Cette considérable et irremplaçable masse documentaire était jusque là demeurée inutilisée ou même ignorée par tous ceux qui ont écrit sur le génocide, ce qui m’a permis de déconstruire point par point une histoire officielle frappée d’obsolescence ; à commencer par la question de l’attentat du 6 avril 1994. 

Bernard Lugan
03/01/2014

[1] 286 pages, cahier de cartes en couleur, 22 euros.

dimanche 29 décembre 2013

Pour terminer l’année en souriant…

C’est Libération dans son édition du 29 décembre 2013 qui nous l’apprend : le conflit qui ensanglante le Soudan du Sud est « plus une rivalité de mafieux qu’un conflit ethnique ». Nous voilà donc renseignés nous qui avions naïvement cru que les nilotiques Dinka massacraient les nilotiques Nuer et que tous faisaient tomber leurs machettes sur les occiputs des nilo-sahariens Murle cependant que les Nuba en voulaient aux Dinka de ne pas les avoir rattachés au Soudan du Sud …
Nous voilà d’autant plus informés que c’est un spécialiste de la question qui l’affirme dans les colonnes d’un quotidien subventionné par nos impôts et qui aurait depuis longtemps disparu des kiosques dans une économie concurrentielle. Ce spécialiste qui a pour nom Marc Lavergne et qui est chercheur au Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient du CNRS a longtemps vécu au Soudan. Il sait donc de quoi il parle. Comme Jean-Pierre Chrétien, autre éminent membre du CNRS qui, lui, a longtemps vécu au Burundi, et pour qui Tutsi et Hutu sont des fantasmes racialisants inventés par les missionnaires et les colons.  

En plus de sa profonde connaissance de la région, Marc Lavergne sait ne pas être prisonnier d’un paradigme. Le 16 juillet 2004, il expliquait ainsi que « le conflit du Darfour n’est pas racial ». Quant aux janjawid qui massacraient les populations, ils n’étaient rien d’autre que des victimes. En effet ces « miliciens sont tout simplement des gens prolétarisés. Ils se retrouvent sans travail, le gouvernement  les arme et leur dit vous pouvez faire ce que vous voulez, voler, piller ».
Si j’avais connu cette explication aussi lumineuse qu’éclairante, je n’aurais pas induit en erreur mes stagiaires de l’Ecole de Guerre auxquels j’ai stupidement tenté d’expliquer la mosaïque ethno-raciale de la région tchado-soudanaise et les raisons de son délitement. Je vais donc immédiatement et rétroactivement baisser la note de ce lieutenant-colonel tchadien qui avait brillamment exposé à ses camarades la question des relations complexes entre les peuples vivant dans toute la région comprise entre le Darfour et l’est du Tchad. 

Marc Lavergne a une autre qualité et elle est rare chez un chercheur de sa classe : il sait parler aux enfants. Le 25 septembre 2013, lors de l’émission France info junior, il trouva ainsi les bonnes formules pour expliquer la Somalie à son jeune public avide d’explications.
Question d’un enfant : « est-ce que c’est vrai que les Shebab ont tué un agent secret français ? »
Réponse du chercheur au CNRS : « Ah ben ça j’en sais rien ! Y a un agent français qui a été effectivement pris en otage parce que c’est les risques du métier. Il essayait de les espionner, de comprendre ce qu’ils voulaient faire, il s’est fait attraper et puis il est mort entre les mains des gens qui l’avaient pris… »
Les membres de la DGSE qui risquent quotidiennement leur vie pour désamorcer en amont les menaces terroristes pesant sur nos peuples apprécieront…

Autre question d’un enfant : « qui sont les pirates somaliens ? »
Réponse du spécialiste du CNRS : « Les pirates c’est aussi des jeunes qui n’ont pas de travail. Autrefois ils étaient pêcheurs et puis maintenant il n’y a plus de poissons dans la mer parce que les bateaux usines japonais qui viennent et attrapent tous les poissons, donc il faut bien qu’ils trouvent une raison et un moyen de vivre et ils attaquent des bateaux ».
Conclusion, les pirates, comme les janjawid, sont pareillement des victimes…

Pour être complète, la réponse de l’éminent membre du CNRS aurait mérité de mentionner le réchauffement climatique, le trou dans la couche d’ozone, la responsabilité des moteurs diesel et naturellement et avant toutes choses, le péché colonial.

A travers cette petite « taquinade », c’est le naufrage de l’africanisme français qui est mis en évidence. En France, au nom de l’universalisme et de la négation des différences, le réel ethno-racial est soit nié, soit édulcoré. Certes, tout n’est pas ethnique, mais rien ne peut être expliqué sans lui. Les chercheurs du CNRS peuvent s’affranchir de cette évidence. En cas d’erreur d’analyse, il y aura en effet toujours des militaires pour aller les récupérer au milieu d’ethnies dont ils niaient l’existence. Mais si les militaires font un mauvais diagnostic, ce ne seront pas les chercheurs du CNRS qui iront les libérer… C’est pourquoi ils sont condamnés au réalisme.

Bernard Lugan
29/12/2013

lundi 23 décembre 2013

L’intervention en RCA peut-elle réussir ?


Avec les socialistes nous vivons un éternel recommencement : les moyens militaires sont toujours amputés, le réel n’est jamais pris en compte et les interventions sont décidées au pic des crises... L’exemple de la RCA illustre cette constante. A l’heure où ces lignes sont écrites, la situation y est la suivante :

1) La France a contre elle la minorité  musulmane vivant dans le sud du pays. instrumentalisée par la Séléka, elle accuse l’armée française de partialité. Quant à la majorité sudiste chrétienne elle reproche à nos forces, soit de ne pas la protéger, soit de ne pas lui permettre de se venger…

2) Le conflit qui était ethnique au départ devient peu à peu religieux, engerbant en quelque sorte les composantes ethniques régionales avec tous les risques internationaux qu’une telle évolution implique.

3) Une guerre dans la guerre menace car le contingent tchadien réprime les chrétiens cependant que les contingents issus d’autres parties de l’Afrique matraquent les musulmans

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samedi 21 décembre 2013

Le gros mensonge de Nelson Mandela

Un communiqué du SACP (South African Communist Party) en date du 6 décembre 2013 nous apprend officiellement ce dont l’on se doutait, mais qui n’avait jamais été réellement établi, à savoir que le « camarade Nelson Mandela » était un haut dirigeant communiste puisqu’il « (…) ne faisait pas seulement partie du SACP, mais également de son Comité central ».
Pourquoi a-t-il toujours démenti, tant oralement que par écrit, avoir été membre du SACP ? Pourquoi donc a-t-il menti ?

Un retour en arrière s’impose. En 1960, quand Nelson Mandela fut nommé-coopté au Comité central du SACP, le monde était en pleine « guerre froide » et les soviétiques avaient décidé de menacer la route du Cap, vitale pour ce qui était alors l’ « Occident », en déstabilisant le pays qui en était le gardien, à savoir l’Afrique du Sud. Pour l’URSS, la lutte contre l’apartheid fut le moyen de populariser cette stratégie en lui donnant un « habillage » moral. La mission que le KGB confia alors à Nelson Mandela, fut de prendre le contrôle de l’ANC au profit du SACP en évinçant la vieille garde réformiste et non-violente qui le contrôlait, afin de lui faire adopter  la lutte armée.

Aidé par Yossef Mashel Slovo, dit Joe Slovo, un officier supérieur du KGB, Nelson Mandela s’acquitta parfaitement de ces deux missions. Il réussit ainsi à imposer la création de l’Umkhonto we Sizwe, l’aile militaire et terroriste de l’ANC dont il fut le premier chef. Il transforma également l’ANC en une simple courroie de transmission du SACP. En 1989, sur les 30 membres de son comité directeur, quatre ou cinq revendiquaient ainsi officiellement leur appartenance au SACP cependant que plus d’une vingtaine étaient des membres clandestins du parti ayant reçu l’ordre de cacher leur appartenance afin de ne pas effaroucher les « compagnons de route » et les « idiots utiles ». 

Le SACP a donc brisé un secret jusque là bien gardé et cela, au risque d’écorner le mythe Mandela. Pourquoi?
La réponse est d’une grande simplicité : le SACP est politiquement en perdition car il est perçu par les Noirs comme un parti archaïque « blanc » et « indien ». Or, depuis 1994, la vie politique sud-africaine repose sur un partage du pouvoir, donc des postes et des prébendes, entre l’ANC, le syndicat Cosatu et le SACP. Il s’agit de l’Alliance tripartite. Cette rente de situation est aujourd’hui fortement contestée par de nouvelles forces politiques noires demandant que les « dépouilles opimes » étatiques soient repartagées à la lumière de la véritable représentativité des uns et des autres. Afin de tenter de conserver sa place au sein de l’Alliance tripartite, le SACP à bout de souffle a donc révélé que le « grand homme » était un de ses dirigeants…
Ce misérable calcul boutiquier aura du moins un grand avantage car il permettra peut-être d’ouvrir les yeux à ceux qui pleurent un Nelson Mandela pacificateur-rédempteur alors qu’il était en réalité un agent du KGB, une « taupe communiste » dans le vocabulaire de la « guerre froide »…
Je souhaite donc un  bon réveil après l’hypnose à ceux qui ont cru voir en lui le messie d’une nouvelle religion universelle[1].

Bernard Lugan
21/12/13

[1] Cette question sera développée dans le numéro de janvier 2014 de l’Afrique Réelle que les abonnés à jour d’abonnement recevront vers le 5 janvier.