mardi 13 septembre 2022

L’Algérie à la recherche de son identité

Née en 1962 après être passée de la colonisation ottomane à la colonisation française, tiraillée entre arabité et berbérité, l’Algérie est toujours à la recherche de son identité.

Au lendemain du second conflit mondial, Messali Hadj, alors leader nationaliste incontesté, considérait que l’arabisme et l’islamisme étaient les éléments constitutifs sans lesquels l’Algérie algérienne ne pourrait pas faire « coaguler » ses populations. Il fut donc postulé que l’Algérie était une composante de la nation arabe, que sa religion était l’islam et que le berbérisme était un moyen pour le colonisateur de diviser les Algériens.

Après l’indépendance, comme les berbéristes affirmaient la double composante  arabe et berbère du pays, le parti-Etat FLN parla de dérive « ethnique », « raciste » et « xénophobe ». En 1962, le ministre algérien de l’Education nationale déclara même que « Les Berbères sont une invention des Pères Blancs »…

Ce refus bétonné de la réalité historique et ethno-politique de l’Algérie repose sur un postulat qui est que l’islamisation aurait marqué la fin de l’histoire des Berbères, leur conversion massive il y a quatorze siècles, les ayant inscrits de façon irréversible dans l’aire culturelle de l’Islam, donc de l’arabité. Pour la critique de cette thèse  on se reportera à mes livres Histoiredes Berbères et Algérie, l’histoire à l’endroit.
 
Retour sur la négation d’une réalité ethno-culturelle qui explique le profond malaise existentiel et identitaire de la société algérienne d’aujourd’hui.
 

La suite de cette analyse (81%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.


jeudi 1 septembre 2022

L'Afrique Réelle n°153 - Septembre 2022

Sommaire

Actualité
Burkina Faso : la menace d’un génocide des Peul

Dossier : La question de l’Etat
- L’ethnie et l’Etat
- Typologie des guerres africaines

Débat :
- Crémieux et Lavigerie versus Lyautey : universalistes contre ethno-différentialiste
- Lyautey, un iconoclaste lucide


Editorial de Bernard Lugan

Si la colonisation appartient à un passé révolu, donc au dmaine de l’Histoire, ses terribles conséquences, dont l’immigration, et le changement de nature de nos sociétés conditionnent non pas seulement notre futur, mais plus encore notre survie.
Face à la déferlante humaine venue majoritairement de nos anciennes colonies et qui fait que la France est aujourd’hui devenue « la colonie de ses colonies », la solution préconisée par la « gauche » aussi bien que par la « droite », est très exactement celle qui échoua hier au sud de la Méditerranée quand nous y étions présents : l’assimilation-intégration. 
Est-il donc possible d’être plus oublieux des leçons de l’histoire ? D’ailleurs, jusqu’à quel niveau peut-on imaginer pouvoir intégrer ou assimiler sans perdre sa propre substance, sans subir une mortelle acculturation ?
 
Dans ce numéro de l’Afrique Réelle, je publie un document peu connu. Daté du 1er décembre 1870, au lendemain donc de la défaite française face à la Prusse, il fut écrit de la main de Mgr Lavigerie à l’intention d’Isaac Crémieux, alors en charge des affaires algériennes. Le prélat  y fait cause commune avec le farouche républicain laïc qu’était  Crémieux car tous deux voulaient l’Algérie française. Les deux hommes se trouvèrent donc naturellement alliés pour détruire les Bureaux arabes, cette élite de l’armée française qui avait réussi la pacification de l’Algérie avec peu de moyens, pratiquant la politique du prestige et du respect, à l’image de ce que, à l’inspiration de Lyautey, feront plus tard au Maroc, les Affaires Indigènes. 
Or, Mgr Lavigerie et  Crémieux considéraient que les Bureaux arabes étaient un obstacle à la colonisation terrienne, protecteurs qu’ils étaient de l’indigène contre la rapacité d’un certain colonat affamé de terre. Crémieux dénonçait en plus leur peu de zèle républicain.

A l’opposé de  Mgr Lavigerie et de Crémieux, le modèle colonial proposé par Lyautey reposait sur le réel. Lyautey ne voulait pas changer l’homme, car il n’avait  pas pour but de faire croire aux petits Ait Serouchen ou aux petits Ait Adidou que leurs ancêtres étaient les Gaulois. Ils en avaient d’ailleurs d’aussi glorieux et d’aussi anciens.  La vision coloniale de Lyautey présentait deux caractéristiques principales : 

1) La colonisation n’était pas éternelle car les colonies étaient à la France, mais n’étaient pas pour autant la France.  
2) Elle n’impliquait ni assimilation, ni intégration, ces pertes de substance vive pour les uns comme pour les autres. Homme de terrain, il avait observé que les peuples de l’Empire étaient « autres », et que ce qui était bon pour nous ne l’était pas forcément pour eux.   

L’histoire a donné raison à Lyautey contre Lavigerie et Crémieux. Quant aux « gaullomaniaques » de droite, ils ont semble-t-il oublié que de Gaulle définissait l’intégration comme « un danger pour les Blancs, une arnaque pour les autres ».[1]


vendredi 26 août 2022

Colonisation : mettre enfin la gauche face à ses responsabilités (offre spéciale)

Au moment où, en Algérie, Emmanuel Macron « godille » entre repentance et honneur national, il est plus que jamais nécessaire de lui rappeler que c’est sa famille politique qui a lancé la France dans la désastreuse politique coloniale dont nous subissons aujourd’hui les mortelles conséquences.

Dans les années 1880-1890, alors que la droite monarchiste et nationaliste y était farouchement opposée, ce fut en effet la gauche, à l’exception de Clémenceau, qui, par pure idéologie, précipita la France dans l’aventure coloniale. Œuvre « émancipatrice », la colonisation rêvée par la gauche républicaine était destinée à faire connaître au monde l’universalisme « libérateur » dont elle était porteuse.

La dimension économique ne fut alors qu’un alibi destiné à rallier à cette politique la « droite » orléaniste. En effet, à l’époque, l’on ignorait que l’Afrique, encore quasiment inexplorée, eut pu receler des richesses et encore moins constituer un marché. Quand Jules Ferry parlait du futur Empire comme d’une « bonne affaire », ce n’était donc qu’un postulat doublé d’un souhait.

D’ailleurs, au moment où la gauche la lança dans la course impériale, la France n’avait pas besoin de colonies. Qu’auraient-elles d’ailleurs pu lui fournir ces dernières ? 
- Des esclaves ? Mais l’Abolition avait été décidée.
- Du sucre ? Mais la France avait remplacé la canne à sucre par la betterave sucrière.
- Des épices ? Mais ils abondaient sur le marché mondial, et les acheter aux Hollandais revenait  moins cher qu’envisager de les produire dans des colonies à conquérir, à pacifier, à administrer, à organiser, à mettre en valeur, à peupler, à équiper, à défendre, et dans lesquelles il allait falloir soigner, éduquer et nourrir les populations.
- Des matières premières ? Mais on ignorait leur existence.
- Un débouché pour l’industrie française ? Mais les débouchés européens lui étant largement suffisants. De plus, à l’époque, le marché africain n’existait pas.
 - Un déversoir pour sa population ? Mais la France n’était pas un  pays d’émigration et, en raison de sa démographie stagnante, elle n’avait pas besoin de se créer des colonies de peuplement.
  
Certes, diront ceux dont le fonds de commerce est la stigmatisation de la France, mais ensuite, plus tard, une fois l’Empire constitué, la France y trouva son compte.
Or, il s’agit là d’un postulat idéologique qui ne correspond pas à la réalité. Quelques chiffres permettent en effet de le démontrer. Ainsi :
 
- Pour la période 1900-1958, les seuls investissements publics faits dans l’Empire totalisèrent en moyenne le chiffre effarant de 22% du total de toutes les dépenses françaises sur fonds publics. Une telle ponction faite sur le capital investissement national interdisait toute modernisation, toute mutation  de l’économie française au moment où ses principaux concurrents prenaient sur elle une avance déterminante. Loin d’enrichir la France, l’Empire africain la « plombait » tout au contraire et menaçait de conduire le pays à l’asphyxie. 
 
- Au début des années 1950, alors que, sortant  du second conflit mondial, elle avait tout à reconstruire, la totalité des dépenses faites par la France dans ses colonies (guerre d’Indochine comprise) représentait un cinquième du budget national. Un gouffre suicidaire…
 
- Comme, en raison de leur coût, les productions coloniales françaises n’étaient pas concurrentielles sur le marché international, après avoir dépensé des sommes colossales pour les créer, il fallut que la France les soutienne. Pour la seule décennie 1950, cela coûta en moyenne 60 milliards par an aux contribuables français, après que l’Etat eut dépensé des fortunes pour construire les routes, les ports et les voies de chemin de fer destinés à leur exportation.
 
- A l'exception des phosphates du Maroc, l’Empire ne fournissait rien de rare à la France. C'est ainsi qu'en 1958, 22% de toutes les importations coloniales françaises étaient constituées par le vin algérien payé 35 francs le litre alors qu'à qualité égale le vin espagnol ou portugais valait 19 francs.
 
Aujourd’hui, les culpabilisateurs soutiennent que :
 
1) La France s’enrichit « sur le dos » de l’Afrique.
2) Grâce à la « vache à lait » qu’est la zone CFA, elle est en situation de monopole et dispose d’un marché réservé.
 
Laissons donc une fois de plus parler les faits et les chiffres :
 
1) En 2019, avant le covid, le total mondial des exportations françaises était de 460 milliards d’euros. Sur ce chiffre, l’Afrique sud saharienne totalisa 12,2 milliards d’euros de biens et marchandises, soit à peine 2,68% de toutes les exportations françaises. Pour ce qui est des importations, pétrole et matières premières comprises, les chiffres sont quasiment identiques.
 
2) Toujours en 2019, sur les 12,2 milliards d’euros représentant le total des exportations françaises, la zone CFA en totalisa à peine 6 milliards, soit le chiffre anecdotique de 1,32% de toutes les exportations françaises. Pour ce qui est des importations, les chiffres sont là encore quasiment identiques. De plus, toujours en 2019, la part de la France dans le marché de la zone CFA n’était  que de 11,4%, ce qui revient à dire que près de 89% du commerce de la zone CFA était fait avec d’autres pays qu’elle. La zone CFA n’était donc ni une « bonne affaire », ni un marché réservé pour la France.
 
En résumé :
 
1) Ce fut par idéologie que, dans les années 1880-1890, la gauche  lança l’entreprise coloniale dont la France sortit épuisée, ruinée, divisée et aujourd’hui humainement submergée.
 
2) Après 1945, encore par idéologie, cette même gauche coloniale se rallia à un nouveau credo universaliste, l’anticolonialisme.

3) Puis, toujours par idéologie, à partir de la décennie 1960, au nom de l’antiracisme, la gauche ne cessa plus de soutenir l’immigration en provenance de l’ancien empire, oubliant qu’elle en avait été la génitrice... Ses intellectuels sapèrent alors méthodiquement, les-uns après les autres, les principes sur lesquels reposaient jusque-là la cohésion et la cohérence de la société française. Quant à la « droite »,  en raison de son incommensurable indigence doctrinale, elle laissa faire… de peur de passer pour « raciste ».

La gauche par idéologie, la « droite » par lâcheté, ont donc pavé la route des « décoloniaux », des « woke » et autres révolutionnaires qui constituent la 5° colonne de cette mortelle entreprise de « grand remplacement » que nous subissons aujourd’hui. Et voilà donc comment et pourquoi la France est, comme le craignait Edouard Herriot en 1946, devenue «  la colonie de ses colonies »…

J’ai consacré deux livres à ces questions :

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vendredi 12 août 2022

Terrorisme sahélien : Entre alibi religieux, revendications ethniques et sécurisation des trafics, l’heure du bilan est venue

Au Sahel, la situation semble être désormais hors contrôle. Exigé par les actuels dirigeants maliens à la suite des multiples maladresses parisiennes[1], le retrait français a laissé le champ libre aux GAT (Groupes armés terroristes), leur offrant même une base d’action pour déstabiliser le Niger, le Burkina Faso et les pays voisins. Le bilan politique d’une décennie d’implication française est donc catastrophique.

Un désastre qui s’explique par une erreur originelle de diagnostic. La polarisation sur le jihadisme fut en effet l’alibi servant à masquer la méconnaissance des décideurs français, doublée de leur incompréhension de la situation, le jihadisme étant d’abord ici la surinfection de plaies ethniques séculaires et même parfois millénaires.

Cesser de voir la question du Sahel à travers le prisme de nos idéologies européo-démocratico-centrées et de nos automatismes, est désormais une impérieuse nécessité. Replacer les évènements actuels dans leur contexte historique régional est donc la première urgence puisqu’ils sont liés à un passé toujours prégnant  conditionnant largement les choix et les engagements des-uns et des autres[2].

 
La suite de cette analyse (91%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.



[1] Voir entre autres sur le blog de l’Afrique Réelle mes communiqués du mois d’août  2019 « Sans prise en compte de l’histoire, la guerre du Sahel ne pourra pas être gagnée » ; d’octobre 2020 « Mali : le changement de paradigme s’impose » ; de juin  2021 « Barkhane victime de quatre principales erreurs politiques commises par l’Elysée », et de février 2022 « Mali : les éthers idéologiques expliquent l’éviction de la France ».
[2] Voir à ce sujet mon livre : « Les guerres du Sahel des origines à nos jours »

mardi 2 août 2022

L'Afrique Réelle N°152 - Août 2022

Sommaire

Dossier :
Le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne : phénomène religieux ou prétexte religieux ?

- Sahel, la guerre des deux islam
- Islam : un artificiel paravent ?
- Le cas du Burkina Faso
- Jihadisme ou problème peul ?
RDC :
- Pourquoi Patrice Lumumba fut-il assassiné ?
- La démocratie ethnique congolaise


Editorial de Bernard Lugan : 
L’ethnisme contre le jihadisme

Pour l’Occident, une société est « évoluée » dans la mesure où elle adopte ses « valeurs » : rapports égalitaires entre les hommes et les femmes, reconnaissance de l’homosexualité, LGBT, théorie du genre, démocratie, droits de l’homme etc. 
Pour une grande partie des Africains, tout cela n’est que perversion. Pour les jihadistes il s’agit de diablerie. L’incompréhension est donc totale.
Un exemple : comme l’école occidentale est postulée fabriquer des mécréants, un jihad de purification est donc nécessaire contre elle. Voilà pourquoi Boko Haram enlève et tue les écoliers. 
Nous sommes loin de l’ « école de la République » et de l’ « école émancipatrice », mais bien face à une incommunicabilité référentielle. Dans ces conditions, tout ce que nous pouvons faire contre le terrorisme jihadiste ouest africain est vu comme une croisade ou comme une nouvelle colonisation. 

Ceci étant, par idéologie ou par manque de culture ethno-historique, les décideurs français ont « essentialisé » la question du terrorisme sahélien. 
C’est ainsi que sont systématiquement qualifiés de jihadistes tous les bandits armés, même quand ils ne sont pas mus par la volonté de combattre l’islam local « déviant ». Même quand nous sommes en présence de trafiquants revendiquant le jihadisme pour brouiller les pistes, ou parce qu’il est plus glorieux de prétendre combattre pour la plus grande gloire du Prophète que pour des cartouches de cigarettes ou des cargaisons de cocaïne. Même quand il s’agit de revendications ethniques, sociales et politiques simplement habillées du voile religieux car, dans toute la région, le jihadisme est souvent la simple surinfection de plaies ethniques. 

La réalité est qu’en 2022, bien qu’emboités, les fronts dits jihadistes n’ont pas « coagulé » dans un embrasement généralisé de tout le Sahel à travers un jihad global ayant pour but la fondation d’un califat transethnique. 
Cela ne s’est pas produit car l’universalisme islamiste a buté sur les réalités ethniques. L’ethnie est en effet ici la principale force de résistance en raison des énormes fossés historiques séparant les protagonistes. 

Voilà pourquoi le jihadisme qui affirmait  vouloir dépasser l’ethnisme en le fondant dans un califat universel, s’est, tout au contraire,  trouvé pris au piège d’affrontements ethno-centrés avec un ancrage de plus en plus  évident sur certaines fractions du peuple peul. 
Désormais, plus que de terrorisme islamiste, c’est donc de jihadisme peul qu’il conviendrait peut-être de parler. Comme au XIXe siècle, quand les grands jihad peul dévastaient déjà la région sahélienne. Mais pour  entrevoir ce phénomène, encore faut-il connaître l’ethno-histoire régionale et l’on pourra à ce sujet se reporter à mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours.

vendredi 1 juillet 2022

L'Afrique Réelle N°151 - Juillet 2022

Sommaire

- Economie : toujours la méthode Coué
- L’Algérie et les Touareg
- L’Afrique et la géopolitique de la mer
Dossier : La nouvelle guerre du Kivu 
- La question du Kivu
- Kivu : Le Rwanda et la politique du fait accompli


Editorial de Bernard Lugan

L’Algérie (46 millions d’habitants en 2022), est un pays jeune qui compte plus de 500.000 naissances par an et dont 54% de la population est âgée de moins de 30 ans. Mais c’est un pays gouverné par des vieillards. 

Les trois gérontes qui gèrent le « Système » s’approchent en effet tous les trois du terme de leur « horloge biologique ». Le président Tebboune et le général Chengriha, chef d’état-major vont tous deux avoir 80 ans ; quant à Salah Goujil, le président du Sénat, l’homme qui devrait assumer la période transitoire en cas de disparition du président Tebboune, il est né en 1931.

Ancrant leur « légitimité » sur une histoire fabriquée (voir mon livre Algérie l’Histoire à l’endroit), ces vieillards paraissent ne pas avoir vu que le monde a changé depuis leur jeunesse et les années de lutte pour l’indépendance, il y a trois quarts de siècle de cela. Alors que l’Algérie se débat dans une terrible crise morale, sociale, économique et politique, leur action repose en effet toujours sur des paramètres et des paradigmes datant d’un autre temps. Et sur  deux obsessions quasi existentielles, la haine de la France et la jalousie vis-à-vis du Maroc.

La première est régulièrement rappelée à travers des exigences de réparations sonnantes et trébuchantes relayées par les héritiers des « porteurs de valises » et par les stipendiés médiatiques français.

La seconde qui est d’ordre psychanalytique accule les dirigeants algériens à la cécité historique et politique. Les maîtres du « Système » algérien refusent ainsi de reconnaître que la colonisation amputa territorialement le Maroc, Etat millénaire, au profit d’une Algérie directement passée de la colonisation turque à la colonisation française. Jusqu’à son nom lui fut donné par le colonisateur honni. N’est-ce en effet pas le général Schneider, Ministre de la  Guerre qui, le 14 octobre 1839  décida que le nom d’Algérie remplacerait désormais officiellement l’appellation « possessions françaises dans le nord de l’Afrique », appellation qui elle-même avait succédé  au Gezayir-i Garp de la Porte ottomane ? 

Les dirigeants algériens refusent également d’admettre qu’au moment des indépendances, il fut  demandé au Maroc d’entériner ces amputations en acceptant le rattachement à l’Algérie de territoires historiquement marocains comme le Touat, la Saoura, le Tidikelt, le Gourara  ainsi que la région de Tindouf. 

Enfin, pour le « Système » algérien, il est insupportable de devoir constater que leur pays est comme « enfermé » et même « enclavé » dans la Méditerranée. Alors que le Maroc dispose d’une immense façade maritime océanique partant de Tanger au nord jusqu’à la frontière avec la Mauritanie au sud, ouvrant de ce fait le royaume à la fois sur le « grand large » atlantique, sur l’Afrique de l’Ouest, et sur un riche plateau continental. 

Voilà pourquoi l’Algérie mène une politique anti-marocaine qui menace la paix régionale tout en bloquant toute vision de développement du « grand Maghreb ». Un combat pourtant perdu avec le délitement du dernier carré résiduel des 24 Etats reconnaissant encore la « RASD » (République arabe saharaouie démocratique)… 24 sur 193 Etats membres de l’ONU, soit 88% ne reconnaissant pas ce fantôme politique totalement porté par l’Algérie au nom d’une idéologie révolutionnaire datant d’avant l’effondrement de l’URSS…

jeudi 16 juin 2022

Kivu : pourquoi cette nouvelle guerre ?

La guerre a repris au Kivu sur fond de veillée d’armes entre la RDC et le Rwanda. En réalité, nous sommes face à la résurgence d’un conflit qui n’a jamais cessé d’ensanglanter cette partie de l’Afrique des Grands Lacs depuis 1996, et dont la cause est claire : le Rwanda s’emploie à créer au Kivu une situation de non-retour débouchant sur une sorte d’autonomie régionale sous son contrôle. Et cela, pour trois raisons constituant autant d’objectifs géostratégiques vitaux pour lui:

1) Etouffant démographiquement sur ses hautes terres surpeuplées (14 millions d’habitants sur 26.338 km2),  le Rwanda va droit au collapsus si, d’une manière ou d’une autre, il ne déverse pas son trop-plein humain vers les régions  peu peuplées du Kivu congolais. En comparaison, l’’immense RDC a une superficie de 2,345 millions de km2  et une population de 90 millions d’habitants.

2) Sans une ouverture vers le Kivu, le Rwanda qui est naturellement tourné vers l’océan indien, n’est que le cul de sac de l’Afrique de l’Est, la forêt de la cuvette congolaise formant une barrière naturelle, politique, ethnique, culturelle et linguistique (kiswahili oriental et lingala occidental).

3) La « réussite » économique actuelle du Rwanda repose largement sur le pillage des ressources de la RDC. Ainsi en est-il du coltan (la colombite-tantalite), un métal précieux indispensable à l’industrie électronique dont le Kivu congolais  détient les ¾ des réserves mondiales, mais dont l’exportation se fait en grande partie par le Rwanda …Selon l’ONU, Kigali constituerait ainsi la plaque tournante du commerce illicite des métaux rares et des pierres précieuses congolais.

En 2019, avant le Covid, le Rwanda a exporté pour  56,6 millions de dollars de minerais qu’il ne produit pas, ou alors de manière anecdotique. Le trafic se fait à travers des sociétés écran et des coopératives minières qui donnent le label « Rwanda » aux productions congolaises. En plus du coltan, de l’or, des diamants et autres minerais rares, le pétrole de la région de Rutshuru, prolongement de celui du bassin du lac Albert, fait que le Rwanda ne peut pas se retirer d’une région au riche sous-sol. De plus, si Kinshasa reprenait le contrôle du Kivu, les acheteurs de ses productions minières ne seraient plus les alliés anglo-américains de Kigali, mais les Chinois…

Signe que le Rwanda n’est pas disposé à abandonner sa politique expansionniste dans le Kivu congolais, la société rwandaise Power Resources achève actuellement la construction d’une raffinerie de coltan à Kigali, ce qui fera du pays un acteur mondial essentiel pour la fourniture de ce minerai stratégique.

Voilà les trois grandes raisons pour lesquelles le Rwanda fomente les  rébellions successives de la région du Kivu. Aujourd’hui, le relais de sa politique est le mouvement dit « M23 », qu’il aide en matériel et en hommes[1]. Jusqu’à ces derniers temps, adossé à la tragique mémoire du génocide de 1994, soutenu par l’opinion mondiale, le régime du général Kagamé a pu agir impunément en RDC. Aujourd’hui, bientôt trois décennies après la tragédie, la situation est différente car le voilà mis en accusation de plus en plus régulièrement.

[1] Le numéro de juillet de l’Afrique réelle que les abonnés recevront le 1er juillet contiendra un dossier consacré à cette question. Pour en savoir plus, voir mon Histoire de l’Afrique publiée aux éditions Ellipses, notamment les pages 948 à 989.

mercredi 8 juin 2022

Congo : les nouveaux regrettables « regrets » du roi des Belges

Le mardi 30 juin 2020, pliant à son tour sous l’air du temps, le roi des Belges avait présenté « ses plus profonds regrets pour les blessures infligées lors de la période coloniale belge au Congo ».

Le mercredi 8 juin 2022, en visite officielle à Kinshasa, le roi Philippe a une nouvelle fois fait repentance pour « les blessures infligées au Congo durant la période coloniale ». Une repentance qui n’a pas lieu d’être. Pour trois raisons principales :

1) En 1885 quand fut internationalement reconnu l’État indépendant du Congo (EIC), les esclavagistes musulmans venus de Zanzibar avaient franchi le fleuve Congo, dépeuplant les régions de la Lualaba, de l’Uélé, du bassin de la Lomami, et ils avançaient vers la rivière Mongala. A cette époque, les Africains étaient enlevés par dizaines de milliers pour être vendus sur le littoral de l’océan indien ou sur le marché aux esclaves de Zanzibar. De 1890 à 1896, de courageux belges menèrent alors ce qui fut à l’époque baptisé de « campagne antiesclavagiste » ou « campagne arabe ».

A la place de ces injustifiables et répétitifs « regrets », c’est donc tout au contraire la mémoire de ces hommes généreux que le roi des Belges devrait célébrer. Parmi eux, les capitaines Francis Dhanis, Oscar Michaux, Guillaume-François van Kerckhoven, Pierre Ponthier, Alphonse Jacques, Cyriaque Gillain, Louis Napoléon Chaltin, Nicolas Tobback et bien d’autres.

Pour avoir voulu arracher les malheureux noirs aux esclavagistes, Arthur Hodister et ses compagnons ainsi que le lieutenant Joseph Lippens et le sergent Henri De Bruyne furent massacrés. Les deux derniers eurent, alors qu’ils étaient encore vivants, les mains et les pieds coupés par les esclavagistes.
Certains fanatiques demandent que leurs statues soient déboulonnées. Cela se fera probablement tant, outre-Quiévrain comme partout ailleurs en Europe, l’ethno-masochisme est désormais sans limites.

2) La Belgique n’a pas pillé le Congo. Et pourtant, cette colonie fut une de celles dans lesquelles  les profits  privés et ceux des consortiums furent les plus importants.  L’originalité du Congo belge était qu’il subvenait à ses besoins, le plan de développement décennal ainsi que les investissements étant financés par l’impôt des grandes sociétés qui était payé et investi sur place. La colonie s'autofinançait donc, un cas à peu près unique dans l’histoire coloniale de l’Afrique qui contredit à lui seul le postulat culpabilisateur.

Mais, pour mettre en valeur cet immense territoire, il fallut commencer par y créer des voies de communication et notamment une voie ferrée reliant l’estuaire du Congo (Matadi), à la partie navigable du fleuve. En 1898, au bout de neuf années d’efforts surhumains, les 390 kilomètres de la ligne Matadi-Léopoldville furent achevés, mais 1800 travailleurs noirs et 132 cadres et contremaîtres blancs étaient morts durant les travaux. Rapportées aux effectifs engagés, les pertes des Blancs étaient 10 fois supérieures à celles des Noirs.

En 1908, le Congo, propriété personnelle du roi Léopold II, fut repris par la Belgique. De 1908 à 1950, les dépenses engagées par Bruxelles dans sa colonie furent de 259 millions de francs-or et durant la même période, le Congo rapporta 24 millions de francs-or à l’Etat belge[1]. La Belgique n’a donc pas bâti sa richesse sur le Congo, même si des Belges y ont fait fortune, et parfois de colossales fortunes, mais ce n’est pas la même chose.

3) Parmi toutes les puissances coloniales, la Belgique fut la seule à avoir défini un plan cohérent de développement en partant d’une réalité qui était que tout devait être fait à partir du néant. En matière d’éducation, la France et la Grande Bretagne saupoudrèrent leurs colonies d’Afrique sud-saharienne tandis que la Belgique choisit de procéder par étapes et de commencer par bien développer le primaire, puis le secondaire et enfin seulement le supérieur. Mais, pour que ce plan puisse être efficace, il lui fallait une certaine durée. Or, il fut interrompu par une indépendance précipitée et alors qu’il fallait à la Belgique au moins encore deux décennies pour le mener à son terme. Si le roi des Belges doit exprimer des « regrets », c’est donc d’avoir décolonisé trop tôt, trop vite, précipitamment, sous la pression de l’émotionnel … comme aujourd’hui !!!

Alors, certes, et il serait historiquement mensonger de le nier, il y eut effectivement une période sombre au Congo avec une authentique politique d’exploitation fondée sur le travail forcé dénoncée dès 1899 par Joseph Conrad dans son livre « Au cœur des ténèbres ». Ce fut l’époque de la Fondation de la Couronne à laquelle le roi Léopold attribua environ 1/10° de la superficie de tout le Congo et qui perçut les revenus domaniaux des concessions. Mais ce ne fut qu’une parenthèse de quelques années qui, de plus, ne concerna que le 1/10° de l’immense Congo. A partir de 1908, le Congo rentra en effet dans l’Etat de droit et ses ressources ne servirent plus qu’à sa mise en valeur.

Voilà pourquoi les « regrets » du roi des Belges qui sont aussi injustifiés qu’injustifiables, sont d’abord et avant tout une véritable insulte à l’Histoire. Mais également une insulte à la mémoire de ceux qui donnèrent leur vie pour combattre les esclavagistes. A la mémoire de ces fonctionnaires et de ces colons qui firent que dans le Congo belge les populations mangeaient à leur faim, étaient soignées et connaissaient la paix… A l’époque, les habitants du Kivu et de l’Ituri n’étaient ainsi pas massacrés comme aujourd’hui par des bandes armées… Une insulte à la mémoire de ceux qui firent que les services publics fonctionnaient, que les  voies de communication créées à partir du néant, tant pour ce qui était de la navigation fluviale, que des voies ferrées, des aérodromes ou des ports étaient entretenues. Quant au réseau routier, il était exceptionnellement dense, des pistes permettant de traverser le pays d’ouest en est et du nord au sud en toutes saisons. Après l’indépendance, ces voies de communication disparurent, littéralement « mangées » par la brousse ou par la forêt.

Pour en savoir plus, voir mon Histoire de l’Afrique des origines à nos jours pages 552-555 et 705-715

[1] Stengers, J., (1957) « Combien le Congo a- t-il coûté à la Belgique ? » Académie Royale des Sciences Coloniales, T.XI, fasc 1, 1957, 354 pages.