mardi 18 août 2026
samedi 1 août 2026
L'Afrique Réelle n°200 - Août 2026
Sommaire
Actualité
La cohésion de l'Algérie est-elle menacée ?
Dossier : Au Sahel, la Russie va-t-elle réussir à redistribuer les cartes ?
Mali : Anéfis un "Na San" malien
Qui sont les Touareg du Mali ?
Les deux conflits du Mali
L'Algérie va-t-elle devoir sacrifier les Touareg ?
Dossier : Afrique du Sud
De la nation arc-en-ciel à la nation xénophobe
Une économie otage de l'idéologie
Histoire
Relire Gabriel Camps
Kahina, une grande figre de la résistance berbère
La cohésion de l'Algérie est-elle menacée ?
Dossier : Au Sahel, la Russie va-t-elle réussir à redistribuer les cartes ?
Mali : Anéfis un "Na San" malien
Qui sont les Touareg du Mali ?
Les deux conflits du Mali
L'Algérie va-t-elle devoir sacrifier les Touareg ?
Dossier : Afrique du Sud
De la nation arc-en-ciel à la nation xénophobe
Une économie otage de l'idéologie
Histoire
Relire Gabriel Camps
Kahina, une grande figre de la résistance berbère
Editorial de Bernard Lugan
200e numéro de l’Afrique Réelle
Avec ce numéro l’Afrique Réelle fête son 200e numéro.
Chaque mois, la revue offre à ses abonnés, une lecture approfondie de l’actualité africaine fondée sur une approche pluridisciplinaire : géopolitique, histoire, économie, culture, anthropologie et géographie.
Une diversité d’angles qui permet de comprendre les dynamiques profondes du continent loin des analyses superficielles et des idées toutes faites. Les abonnés reçoivent en plus, lorsque l’actualité l’exige, des communiqués ponctuels.
La revue consacre une attention particulière aux constantes ethno historiques trop souvent ignorées dans les analyses classiques. C’est ainsi que, depuis le début de l’actuelle guerre du Sahel ont été mis en évidence :
- Les tensions ethniques anciennes et leurs prolongements actuels.
- Les erreurs d’interprétation des dirigeants français.
- Les liens entre trafic, démographie, migration et insécurité.
- L’islamisme, surinfection de plaies ethniques séculaires et non origine du conflit.
La revue est une référence pour comprendre les réels enjeux africains contemporains, notamment dans les domaines : sécurité et défense, diplomatie, développement, histoire africaine, perspectives économiques, investissements, diasporas africaines en France.
La revue mène également un combat permanent contre la fausse histoire que tentent d’imposer le wokisme et le courant décolonial.
Parmi les nombreux thèmes abordés dans ce numéro 200, le Mali tient une place importante avec l’évidence du fait touareg qui dépasse les clivages ou les analyses à « l’européenne » présentant ce peuple divisé entre « nationalistes » et « islamistes ». En effet, Iyad Agh Ghali, chef du groupe « jihadiste » JNIM et Agh Intalla, le chef du FLA (Front de libération de l’Azawad), sont avant tout des Touareg. On relira à ce sujet mon communiqué 24 octobre 2020 intitulé Mali : « Le changement de paradigme s’impose » :
« Dans le nord du Mali, le problème n’est pas d’abord celui de l’islamisme, mais celui de l’irrédentisme touareg. Cette donnée de longue durée enracinée dans la nuit des temps se manifeste depuis 1962 à travers des résurgences périodiques . Selon le rapport de force du moment, elle s’exprime sous divers drapeaux. Aujourd’hui, c’est sous celui de l’islamisme (…). Leurs conseillers ayant négligé de prendre en compte le poids de l’ethno-histoire, les dirigeants français ont défini une politique brumeuse confondant les effets et les causes. D’où l’impasse stratégique actuelle de laquelle il est d’autant plus difficile de nous extraire que les rapports de force locaux ont changé. En effet, ses « émirs » algériens ayant été tués les uns après les autres par Barkhane, Al-Qaïda-Aqmi n’est donc plus localement dirigée par des étrangers, mais par le Touareg Iyad Agh Ghali. Or, ce dernier a fini par reprendre en main les diverses factions touareg un moment officiellement et artificiellement rivales (…) le nord du Mali est désormais sous son contrôle. (…) l’erreur serait de continuer à nous obstiner dans une analyse reposant sur l’artificiel slogan de la lutte contre le « terrorisme islamiste ».
vendredi 17 juillet 2026
Mali : Anéfis, un Na San malien ?
En 1952, à Na San, le général Salan avait saigné les forces du
Vietminh en les attirant dans une bataille frontale. Au Mali, n’ayant réalisé
jusque-là que de piètres prestations militaires, les Russes viennent de porter
un coup majeur à la coalition touareg en lui tendant le piège d’Anéfis dans
lequel elle est tombée.
Après cinq jours de combats, le 9 juillet, l’offensive touareg contre le camp d’Anefis, verrou du nord-Mali était un échec sanglant pour les Touareg écrasés sous la puissance de feu du contingent russe. Or, à la différence des Peul qui combattent dans la partie sud du Sahel, les Touareg maliens n’ont pas de réserves démographiques
et ils n’ont pas réussi à rallier à leur cause leurs frères du Niger et d’Algérie. De plus, leurs « petits cousins » Imghad et Daoussak les combattent… Leur « réservoir » de combattants vient donc d’être sérieusement entamé.
Conséquence immédiate, la diplomatie russe a imposé la reprise des contacts à l’Algérie et au Mali, ses deux alliés en guerre. Dès le 10 juillet, l’Algérie et le Mali annoncèrent ainsi le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens aux vols civils et militaires. Le piège d’Anéfis rebattait les cartes et l’histoire montrait, une fois de plus, qu’il ne faut jamais vendre trop tôt la peau de l’ours russe…
Le numéro du mois d’août 2026 que les abonnés recevront le 1° août contiendra une analyse en profondeur de cette bataille et de ses très importantes conséquences régionales
Après cinq jours de combats, le 9 juillet, l’offensive touareg contre le camp d’Anefis, verrou du nord-Mali était un échec sanglant pour les Touareg écrasés sous la puissance de feu du contingent russe. Or, à la différence des Peul qui combattent dans la partie sud du Sahel, les Touareg maliens n’ont pas de réserves démographiques
et ils n’ont pas réussi à rallier à leur cause leurs frères du Niger et d’Algérie. De plus, leurs « petits cousins » Imghad et Daoussak les combattent… Leur « réservoir » de combattants vient donc d’être sérieusement entamé.
Conséquence immédiate, la diplomatie russe a imposé la reprise des contacts à l’Algérie et au Mali, ses deux alliés en guerre. Dès le 10 juillet, l’Algérie et le Mali annoncèrent ainsi le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens aux vols civils et militaires. Le piège d’Anéfis rebattait les cartes et l’histoire montrait, une fois de plus, qu’il ne faut jamais vendre trop tôt la peau de l’ours russe…
Le numéro du mois d’août 2026 que les abonnés recevront le 1° août contiendra une analyse en profondeur de cette bataille et de ses très importantes conséquences régionales
Pour replacer ces
évènements dans leur contexte historique on lira mes deux livres :
- Les guerres du Sahel des origines à nos jours
- Histoiredu Sahel des origines à nos jours
- Les guerres du Sahel des origines à nos jours
- Histoiredu Sahel des origines à nos jours
dimanche 12 juillet 2026
Il y a cent ans, le 15 juillet 1926, la Grande mosquée de Paris était inaugurée. Lyautey soutenait le projet quand Maurras s’en inquiétait.
Le 15 juillet sera célébré le
100° anniversaire de l’inauguration de la Grande mosquée de Paris construite à
l’origine pour honorer les soldats musulmans morts pour la France pendant la
Première Guerre mondiale. La loi du 19 août 1920 avait autorisé l’État français
à en financer la création. Or, comme celle du 9 décembre 1905, article 2, interdit
à l’État, aux départements et aux communes un tel financement, la mosquée fut donc
présentée comme l’élément d’un ensemble culturel et scientifique.
Le maréchal Lyautey joua un rôle essentiel dans l’histoire de l’édification de la mosquée. Le 19 octobre 1922, alors qu’il était Résident général de France au Maroc, il vint à Paris pour la pose de sa première pierre et il prononça à cette occasion un discours dont la teneur est résumée par la phrase suivante :
« Quand s’érigera le monument que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel de l’Île-de-France qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses. »
Le discours de Lyautey s’inscrivait
à la fois dans sa politique de respect des traditions musulmanes telle qu’il la
réalisait alors au Maroc, et dans la vision impériale de la « plus grande
France ». Charles Maurras qui, au-delà du Maroc et de l’Empire, pensait d’abord
à l’avenir de la France, ne partageait pas ce sentiment que l’on pourrait
qualifier d’ « œcuménique-impérial ».
Le 13 juillet 1926, deux jours
avant l’inauguration de la mosquée, il consacra ainsi à l’évènement sa
chronique quotidienne dans l’Action française. Il y louait le
sacrifice des soldats musulmans en termes élevés, évoquant ces « nobles races
auxquelles nous avons dû un concours si précieux », mais tout en
s’inquiétant du « réveil de l’Islam ». Dans cet article, Maurras craignait
qu’en définitive, la France devienne en quelque sorte la « colonie de ses
colonies » comme le dira plus tard Edouard Herriot [1] :
(…) Nous sommes probablement en train de faire une grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. Il n’y a peut‑être pas de réveil de l’Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l’on fait se trouve être aussi la plus vaine des choses. Mais, s’il y a un réveil de l’Islam, et je ne crois pas que l’on en puisse douter, un trophée de la foi coranique sur cette colline Sainte‑Geneviève où tous les plus grands docteurs de la chrétienté enseignèrent contre l’Islam représente plus qu’une offense à notre passé : une menace pour notre avenir. On pouvait accorder à l’Islam, chez lui, toutes les garanties et tous les respects. Bonaparte pouvait se déchausser dans la mosquée, et le maréchal Lyautey user des plus éloquentes figures pour affirmer la fraternité de tous les croyants : c’étaient choses lointaines, affaires d’Afrique ou d’Asie. Mais en France, chez les Protecteurs et chez les Vainqueurs, du simple point de vue politique, la construction officielle de la mosquée et surtout son inauguration en grande pompe républicaine exprime quelque chose qui ressemble à une pénétration de notre pays et à sa prise de possession par nos sujets ou nos protégés. Ceux‑ci la tiendront immanquablement pour un obscur aveu de faiblesse. Quelqu’un me disait hier : -Qui colonise désormais ? Qui est colonisé ? Eux ou nous ? J’aperçois, de ci de là, tel sourire supérieur. J’entends, je lis telles déclarations sur l’égalité des cultes et des races. On sera sage de ne pas les laisser propager trop loin d’ici par des haut‑parleurs trop puissants. Le conquérant trop attentif à la foi du conquis est un conquérant qui ne dure guère. Nous venons de transgresser les justes bornes de la tolérance, du respect et de l’amitié. Nous venons de commettre le crime d’excès. Fasse le ciel que nous n’ayons pas à le payer avant peu et que les nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux ne soient jamais grisées par leur sentiment de notre faiblesse. » (Charles Maurras, L’Action française, 13 juillet 1926).
En 2026, un siècle après l’inauguration de cette première mosquée, selon le Ministère de l’Intérieur et le CFCM, il y a en France métropolitaine environ 2 600 lieux de culte musulmans (mosquées et salles de prière).
[1] Voir à ce sujet mon livre Comment la France est devenue la colonie de ses colonies.
mercredi 1 juillet 2026
L'Afrique Réelle N°199 - Juillet 2026
Sommaire
Actualité
Russie-Algérie, une double rivalité régionale
Dossier
Maroc-Algérie : quand la géographie façonne l’histoire
Qui a assassiné les moines de Tibhirine ?
La question du Somaliland
Document
Mali, aux origines d’une guerre de soixante-dix ans
Livres
Relire Emile-Félix Gautier
Russie-Algérie, une double rivalité régionale
Dossier
Maroc-Algérie : quand la géographie façonne l’histoire
Qui a assassiné les moines de Tibhirine ?
La question du Somaliland
Document
Mali, aux origines d’une guerre de soixante-dix ans
Livres
Relire Emile-Félix Gautier
Editorial de Bernard Lugan
La descente aux enfers du Mali
Triste retour à la réalité pour la junte malienne. Il y a trois ans, porté par la liesse populaire et ivre de superlatifs anti-Français, un groupe de militaires jurait qu’il allait reprendre le contrôle du territoire sur les groupes armés et rétablir la « souveraineté sécuritaire ». Trois ans plus tard, la junte a perdu le contrôle de la quasi-totalité du pays… Et, sans l’appui des mercenaires russes d’Africa Corps, elle aurait été balayée de Bamako par l’offensive coordonnée des Touareg, tant islamistes que nationalistes. Quant à la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale du dispositif militaire, elle a révélé au grand jour la vulnérabilité et la faiblesse d’une armée dépassée par des « rebelles » désormais capables de frapper au cœur même du dispositif étatique. Sans même parler de la situation économique qui est tout simplement apocalyptique.
Il faut en effet bien avoir à l’esprit que le départ des troupes françaises exigé par la junte malienne au nom de l’anti-impérialisme, a permis aux divers mouvements en lutte contre le pouvoir de Bamako de monter en puissance. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une nébuleuse « terroriste » cantonnée aux zones rurales, mais d’une force en mesure - elle l’a montré fin avril - de planifier des opérations à la fois complexes et coordonnées. Face à cela, la junte a commis une grande erreur qui est d’avoir cru que la Russie était un partenaire militaire fiable qui allait avantageusement remplacer l’armée française. Résultat, elle est aujourd’hui totalement dépendante des mercenaires russes dont l’efficacité sur le terrain n’a toujours pas été démontrée…
Ivre de propos nationalistes, la junte sudiste ethnocentrée a refusé de prendre en compte la réalité ethnoculturelle du Mali, s’enfermant tout au contraire dans une stratégie sécuritaire sans issue. Une permanence stratégique qui, depuis l’indépendance, traduit la volonté des sudistes de soumettre et de dominer leurs anciens maîtres nordistes. En face, les groupes armés touareg ont réalisé une convergence tactique, réussissant - pour le moment du moins - à former un front militaire, certes hétérogène, mais uni par un lien ethnique et un rejet commun de l’État sudiste malien. Peut-être encore plus grave, le naufrage malien a fait également apparaître au grand jour l’incapacité de l’Alliance des Etats du Sahel qui avait été présentée comme une réponse souveraine et régionale à l’insécurité, et qui a totalement échoué.
Tous ces drames auraient été évités si le général de Gaulle avait écouté les notables touareg comme le montre le document exceptionnel publié pages 13 à 15 dans ce numéro.
Face à cette descente aux enfers, le discours officiel de la junte est de plus en plus hors sol. Saoulés d’invectives anti-françaises, de discours panafricanistes anti-impérialistes et de promesses vides, les militaires au pouvoir à Bamako savent que, sauf miracle, leurs jours sont comptés. Pendant ce temps, au Tchad, où un timide réalisme semble peu-à-peu renaître, les conseillers militaires français commencent discrètement à revenir…
samedi 27 juin 2026
Justice pour le maréchal Bugeaud
A Lyon, la municipalité écologiste
a décidé, sans la moindre concertation avec la mairie de l’arrondissement
concerné, de débaptiser la rue Maréchal Bugeaud. Cédant ainsi aux demandes de
plusieurs collectifs érigés en vengeurs du passé, la mairie de Lyon continue
donc avec détermination la déconstruction de notre histoire.
Les épurateurs de l’histoire font
trois grands reproches à la mémoire du maréchal Bugeaud :
1) Lors des
émeutes parisiennes d’avril 1834, son nom fut associé au massacre de la rue
Transnonain que la célèbre lithographie de
Daumier fit entrer dans l’historiographie républicaine. Or, que s’est-il passé le 14 avril 1834, alors que des barricades
bloquaient le centre de Paris ?
Le 13 avril Bugeaud
qui commande les troupes reçoit d’Adolphe Thiers ministre de
l’Intérieur l’ordre de
déblayer ces barricades. Le 14 avril, le capitaine Rey
du 35ᵉ régiment de Ligne est tué par un tir très probablement parti du 12
rue Transnonain. Dans le feu de l’action, à chaud, les soldats prennent
l’immeuble d’assaut pour venger la mort de leur capitaine, faisant 12 morts dont
des femmes et des enfants.
Bugeaud qui n’était
pas sur place n’a pas donné l’ordre d’investir cet immeuble et, contrairement à
la légende, il n’a jamais dit : « Massacrez les habitants du 12 rue Transnonain
». Les travaux récents d’historiens qui lui sont pourtant
hostiles, montrent qu’il n’a pas ordonné le massacre et qu’il s’est agi d’une
initiative locale de soldats, d’une « bavure » dans un contexte de
panique et de représailles immédiates. (Maïté Bouyssy, Rue Transnonain, 14 avril 1834, un
massacre à la française, 2024.)
2) Il est reproché à Bugeaud d’avoir participé à la répression des
journées révolutionnaires de 1848, soit de la Révolution de février 1848
qui renversa la monarchie de Juillet, et de l’insurrection ouvrière de juin
1848 contre la Deuxième République. La
réalité est que, au mois de février 1848, face à la montée de la tension à
Paris, Louis‑Philippe qui cherchait un commandant militaire à poigne fit appel
à Bugeaud, mais, gagnée par le mouvement révolutionnaire, la Garde
nationale parisienne refusa
cette nomination. Le roi retira alors son
commandement à Bugeaud lequel, avec le franc-parler qui le caractérisait lui déclara
: « Sire, votre majesté est fichue ». Bugeaud n’était donc plus au
commandement lors de l’insurrection du mois de juin 1848 qui fut réprimée par le
général Cavaignac et non par lui.3) Il
est également reproché à Bugeaud des massacres commis en Algérie par ses
subordonnés quand il était commandant en chef, notamment lors de trois
« enfumades » clairement documentées (11 juin 1844 contre les
Sbéhas ; 18 au 20 juin 1845 contre les Ouled Riah et août 1845 une
deuxième fois les Sbéhas). Fuyant devant les troupes françaises, ces partisans
d’Abd el-Kader s’étaient réfugiés dans des grottes avec des membres de leurs
tribus. Donner l’assaut aurait provoqué des pertes énormes chez les soldats
français, aussi, fut-il décidé d’enfumer les fuyards afin de les forcer à
quitter leurs repaires. Ces enfumades furent alors justifiées par le fait que
les centaines de morts, tant combattants que membres des tribus qu’elles
provoquèrent chez l’ennemi permirent d’épargner la vie de centaines de soldats français qui auraient été fauchés
en cas d’assauts frontaux. Durant tout son temps de commandement, Bugeaud, le
« père Bugeaud », qui était adulé de la troupe eut d’ailleurs le
souci constant de la vie de ses hommes. Les justiciers du passé qui refont l’histoire de la guerre depuis leurs
douillets cabinets auraient sans doute préféré qu’au nom de cet ethno-masochisme
qui fait préférer l’ « Autre » aux siens, Bugeaud fut avant
l’heure un Nivelle qui fit tuer 30
000 de ses hommes, sans compter les 100
000 blessés et mutilés, dans d’inutiles assauts…
Le fond du débat revient donc une fois encore à la question de savoir
s’il est légitime de juger l’histoire à la lumière d’une certaine morale
actuelle, dans l’ignorance du contexte de la commission des faits reprochés et
de la réalité des terribles lois de la guerre. En
chevauchant les anachronismes, dans l’ignorance bétonnée de la situation du
terrain en Algérie en 1844-1845, où les
combattants des tribus massacraient les prisonniers français qu’ils éventraient
et émasculaient vivants - un aspect des choses sur lequel les vengeurs du passé
sont silencieux -, les justiciers d’aujourd’hui s’arrogent le droit de réécrire
l’histoire selon leurs vues de 2026 et de jeter l’opprobre sur l’illustre
soldat qu’était Bugeaud.
Thomas Robert Bugeaud, marquis de la Piconnerie, duc d’Isly, maréchal
de France (1784-1849) s’engagea en 1804 dans la Garde impériale. Il participa à
la bataille d’Austerlitz et il gagna la plupart de ses grades durant les
campagnes d’Espagne où il servit de 1808 à 1813. Rallié à l’Empereur durant les Cent Jours,
il fut mis en demi-solde sous la Restauration. Retiré sur ses terres, en
Dordogne, il reprit sa carrière sous la Monarchie de Juillet comme colonel du
56° régiment d’infanterie. Nommé général le 2 avril 1831, il se fit élire
député de la Dordogne au mois de juillet de la même année. Le 27 janvier 1834,
il tua dans un duel au pistolet le député Dulong qui l’avait traité de
« geôlier » parce qu’il avait été chargé, en 1832, de surveiller la
duchesse de Berry enfermée à Blaye.
La carrière algérienne de Bugeaud débuta au mois de juin 1836.
La suite de cette analyse (67%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.
jeudi 18 juin 2026
Promotion été 2026
5 livres de Bernard Lugan
Pour la commande des 5 livres
Esclavage l’histoire à l’endroit
25 euros port colissimo compris, au lieu de 34 euros
Colonisation l’histoire à l’endroit. Comment la France est devenue la colonie de ses colonies
25 euros port colissimo compris, au lieu de 34 euros
Pour répondre aux décoloniaux et aux islamo-gauchistes
25 euros port colissimo compris, au lieu de 32 euros
Heia Safari. Du Kilimandjaro aux combats de Berlin avec le général Paul von Lettow-Vorbeck (1914-1920)
25 euros port colissimo compris, au lieu de 36 euros
Les guerres du Sahel des origines à nos jours
25 euros port colissimo compris au lieu de 36 euros
110 euros port colissimo compris au lieu de 172 euros.
mardi 2 juin 2026
Comment Emmanuel Macron vient une nouvelle de réussir à se mettre à dos l’Afrique francophone
Soit Emmanuel
Macron le fait exprès, soit il n’a décidément rien compris à l’Afrique. L’inauguration
avec le président Kagamé mardi 2 juin 2026 d’un mémorial à Paris en hommage aux
victimes du génocide des Tutsi en est une nouvelle illustration. En
effet :
1) Le samedi 9 mai 2026, à Alexandrie, en Égypte, le
président français déclara que :
« L’épicentre de la langue française est sur le bassin du fleuve Congo et pas sur les quais de la Seine, parce que c’est là qu’il y a le plus de locuteurs ».
« L’épicentre de la langue française est sur le bassin du fleuve Congo et pas sur les quais de la Seine, parce que c’est là qu’il y a le plus de locuteurs ».
2) Or,
l‘inauguration de ce monument en compagnie du président Kagamé est ressentie
par les dizaines de millions de « locuteurs » congolais comme une
véritable provocation. Non pas parce qu’il y aurait contestation de ce
génocide, mais en raison de la guerre d’agression contre le Congo (RDC) menée
par le Rwanda depuis 1996. Un Rwanda qui occupe une partie de l’est du Congo (RDC)
pour en piller les richesses à travers un conflit qui a fait au moins plusieurs
centaines de milliers de morts civils, certaines sources avançant même le
chiffre de plusieurs millions.
Ce qu’Emmanuel
Macron ne comprend pas, c’est que, pour l’immense majorité des Africains de
l’ouest et du centre, soit pour plusieurs centaines de millions d’hommes et de
femmes, le Rwanda anglophone du président Kagamé avec ses douze millions
d’habitants est vu comme un agresseur.
Sans parler qu’inaugurer un tel monument à Paris laisserait entendre que la France aurait une quelconque responsabilité dans ce génocide, ce qui est totalement faux comme cela a été démontré devant le TPIR (Tribunal international pour le Rwanda). Voir à ce sujet mon livre « Rwanda, un génocide en questions »
Sans parler qu’inaugurer un tel monument à Paris laisserait entendre que la France aurait une quelconque responsabilité dans ce génocide, ce qui est totalement faux comme cela a été démontré devant le TPIR (Tribunal international pour le Rwanda). Voir à ce sujet mon livre « Rwanda, un génocide en questions »
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