samedi 28 février 2026

L'Afrique Réelle n°195 - Mars 2026

Sommaire

Actualité
- Seif al-Islam Kadhafi assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie
Dossier
- Maroc-Algérie-pays du Golfe, la nouvelle géopolitique du Maghreb
- L’Algérie exportera-t-elle encore des hydrocarbures en 2040 ?
- Le blé, une production stratégique pour l'Afrique
Histoire
- Les « Accords d’Evian » ou le début de l’épuration ethnique des Européens d’Algérie et du massacre des Harkis
- L’Empire africain britannique, un « mauvais investissement » ?
- L’ethnogenèse des Berbères


Editorial de Bernard Lugan

Seif al-Islam Kadhafi a été assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie. Cette vieille terre berbère aujourd’hui arabisée et islamisée après avoir été tour à tour colonisée par les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Turcs, et enfin par les Italiens, se caractérise par la faiblesse du pouvoir central face aux permanences tribales et régionales. Véritables « fendeurs d'horizons », les ensembles tribaux les plus forts ont toujours contrôlé les couloirs de nomadisation reliant la Méditerranée à la région tchadienne. Les trafics d'aujourd'hui (drogue et migrants), se font le long de ces voies tracées par la géographie. 
N’ayant pas voulu voir que la réalité politique libyenne repose sur l’équilibre et sur les jeux de pouvoir entre les grandes confédérations tribales et régionales, ceux qui, en 2011, au nom de l'ingérence démocratique, mirent à bas le régime du colonel Kadhafi, ont directement provoqué le chaos. Ceux qui viennent de faire assassiner son fils Seil al-Islam ont décidé de l’entretenir car ils en vivent.

La longue histoire des Berbères précède de 10 000 ans la conquête arabo-musulmane. Une évidence niée par certains historiens « officiels » algériens, dont Mohamed El Amine Belghit, pour qui « l’amazighité est un projet idéologique sioniste-français par excellence » car, selon lui, les Berbères n’existent pas. En 1962, Abderrahmane Ben Hamida, ministre algérien de l’Education nationale, avait quant à lui déclaré que « Les Berbères sont une invention des Pères Blancs »… L’ethnogenèse des Berbères permet de réfuter un tel mensonge ethnique et historique.

L’Algérie se trouve dans une situation de grande vulnérabilité avec à la fois une baisse de la production des hydrocarbures, et une hausse de la demande interne. Or, comme les hydrocarbures représentent près de 95% des exportations et plus de 60% du budget algérien, la situation économique rentière du pays va inéluctablement devenir intenable.

En France, nous disposons des travaux pionniers de Jacques Marseille qui montrent que son empire colonial fut une ruine pour la France. Aujourd’hui, grâce aux publications universitaires récentes, il est possible d’affirmer que l’empire africain ne fut pas un élément de la puissance économique britannique car il n'en constituait qu’un élément secondaire, pour ne pas dire marginal. En revanche, il fut un espace stratégique, politique et symbolique. 

Les 18 et 19 mars, la France officielle et masochiste va « célébrer » l’anniversaire des « accords d’Evian » et du « cessez-le-feu » en Algérie. La « célébration » d’un abandon doublé d’une tragédie. Les accords d’Évian ont en effet été violés sur plusieurs points essentiels par les nouvelles autorités algériennes, notamment en ce qui concerne la sécurité des personnes (Harkis, Européens), les biens, et certaines clauses de coopération.

lundi 23 février 2026

La question du trésor du dey d’Alger, encore une fausse accusation algérienne lancée contre la France

Dans l’acte d’accusation de la France dressé par le régime algérien et ses affidés, la question du « pillage » du trésor du dey turc d’Alger revient en ce moment à travers le prisme d’une littérature obsolète.
Dans l’ignorance la plus absolue de l’état des connaissances, les accusateurs de la France soutiennent ainsi que la France aurait décidé l’expédition d’Alger afin de faire main-basse sur ce trésor, et que ce dernier lui aurait rapporté des sommes considérables. Or, la réalité est une fois de plus bien différente de ces affirmations à but idéologique.
 
Outre le fait qu’il était le produit de décennies de razzia, de captures de navires, de ventes d’esclaves européens et de rançons, le trésor du dey d’Alger qui fut minutieusement inventorié s’élevait à 55 683 000 de francs de l’époque, soit l’équivalent d’environ 456.600 000 euros.
De cette somme, doivent être retirés les frais de l’expédition qui s’élevaient à 48.500.000 francs, soit
l’équivalent d’environ 397.000.000 euros, ce qui donne une « recette » pour la France de 7.183 000 de francs de l’époque, soit environ 58.900.000 euros.
 
Or encore, il s’agit là d’une somme dérisoire. En effet, à titre de simple comparaison, le coût de fabrication d’une seule frégate de 40-50 canons (1800–1840) variait à l’époque entre 1,5 et 2,5 millions de francs, soit entre 26 et 40 millions d’euros.
Le trésor du dey d’Alger aurait donc pu permettre de financer au maximum la construction de 2 à 3 frégates…
 
Pour mémoire, la flotte française qui se présenta devant Alger au mois de juillet 1830 était composée de 350 bâtiments dont 103 navires de guerre dont 5 ou 6 vaisseaux de ligne (74 canons), d’une quinzaine de frégates, des corvettes et bricks etc.
 
Ces quelques chiffres permettent de mesurer l’abîme séparant la propagande algérienne de la réalité historique.
 
Le numéro de l’Afrique Réelle du mois d’avril 2026 que les abonnés à jour d’abonnement recevront au début du mois contiendra une mise au point détaillée sur la question de ce trésor.
Pour la remise en question globale de la fausse histoire algérienne, on se reportera à deux de mes livres :

samedi 7 février 2026

Nouveau livre de Bernard Lugan : Quand les Africains colonisaient l'Afrique


Editions du Rocher

En Afrique, la colonisation n’a pas débuté avec les Européens. Durant plusieurs millénaires, des Africains ont en effet colonisé d’autres Africains. 
Des colonisations internes à l’Afrique qui se firent dans le sang et qui aboutirent à de multiples « grands remplacements », les primo occupants étant éliminés, assujettis, réduits en esclavage, ou chassés par ceux qui s’emparaient de leurs terres. Avant sa colonisation par les Européens, dans toute l’Afrique, les peuples les plus forts colonisaient, soumettaient ou détruisaient les plus faibles. 
Réalité aujourd’hui occultée par « l’historiquement correct », la colonisation européenne libéra ceux des Africains qui étaient alors colonisés par d’autres Africains. Pour les peuples dominés, l’arrivée des Européens ne fut donc pas ressentie comme une conquête, mais tout au contraire comme une libération. Une libération des raids esclavagistes, de la mise en servitude, des diverses formes d’oppressions et de massacres. 
De plus, la brève parenthèse coloniale européenne (1890 à 1960) n’eut pas pour résultat le remplacement des populations locales par des colons-envahisseurs. Même quand il y eut peuplement, comme en Algérie ou en Rhodésie, les « colons » européens ne furent que très minoritaires. De plus, et à la différence des colonisations africaines, ils n’éliminèrent ni ne remplacèrent les populations indigènes. Tout au contraire, avec l’introduction des pratiques médicales, avec la vaccination, avec la création d’hôpitaux et de maternités, avec l’instauration de la paix, ils provoquèrent leur essor démographique.
Dans ce livre qui explore l’histoire oubliée des colonisations millénaires internes à l’Afrique, Bernard Lugan démonte le mythe d’une Afrique n’ayant connu qu’une seule colonisation, celle de l’Europe. Il s’appuie sur des exemples variés et documentés : colonisation des Sahariens noirs par les Berbères, expansion des peuples bantuphones, colonisation des Berbères par les Arabes, conquêtes des Peul au Sahel, empire esclavagiste de Rabah, impérialisme Tutsi au Rwanda, double colonisation de Madagascar par des Indonésiens et des Africains, dévastation de la cuvette du Congo et des plateaux de l’est africain par la colonisation zanzibarite. Quant au sud du continent, les Shona, les Sotho et les Damara y étaient réduits en esclavage ou chassés de leurs terres par les Zulu, les Ndebele ou les Herero.
En mettant en lumière ces dynamiques internes à l’Afrique, l’auteur entend rééquilibrer le récit « historiquement correct » destiné à culpabiliser les Européens. Il en ressort une histoire complexe, traversée de conflits, de grands remplacements, d’esclavages endogènes et d’empires oubliés.

Table des chapitres

Chapitre I : 
Le grand remplacement des Sahariens noirs
Chapitre II : La colonisation des bantuphones
Chapitre  III : La colonisation des  Berbères par les Arabes
Chapitre IV : Colonisations et grands remplacements dans l’ouest africain.
Chapitre V : La colonisation  du Sahel par les Peul
Chapitre VI : La colonisation-prédation de Rabah
Chapitre VII : La déferlante coloniale des Luo et des Couchites
Chapitre VIII : La double colonisation africano-indonésienne de Madagascar
Chapitre IX : La colonisation zanzibarite de l’Afrique orientale et de la cuvette du Congo
Chapitre X : La colonisation des savanes du sud par les Luba et les Lunda
Chapitre XI : La double colonisation sotho et nguni de l’Afrique australe
Chapitre XII : Liberia et Sierra Leone : des esclaves noirs devenus colonisateurs
Chapitre XIII : Quand les Damara étaient les esclaves des Herero

236 pages, index, 32 cartes couleur 

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mardi 3 février 2026

Avec l’assassinat de Seif al-Islam, la seule option crédible de réunification de la Libye disparait

Désigné le 14 septembre 2015 par le Conseil suprême des tribus de Libye comme son représentant légal, donc seul habilité à parler au nom des vraies forces vives de Libye que sont les tribus, candidat à l’élection présidentielle libyenne, Seif al-Islam était le seul à pouvoir reconstituer l'alchimie tribale pulvérisée par l'injustifiable intervention militaire franco-otanienne de 2011. Il le pouvait car il se rattachait par le sang, à la fois aux deux grandes confédérations tribales des Awlad Sulayman de Tripolitaine par son père, et des Sa'adi de Cyrénaïque par sa mère. A travers sa personne, pouvait donc être reconstitué l'ordre institutionnel libyen démantelé par la France et la Grande-Bretagne au nom de la « démocratie » et des « droits de l’homme ».

La suite de cette analyse (79%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.
Pour vous abonner, cliquer ici

Pour en savoir plus, on se reportera à mon livre Histoire de la Libye des origines à nos jours.

dimanche 1 février 2026

L'Afrique Réelle n°194 - Février 2024

Sommaire

Actualité
- L’Algérie se marginalise
- Le football, triste révélateur de l’état moral de l’Algérie
Dossier : Les frontières de l'Algérie
- Le contentieux territorial algéro-libyen
- Les amputations du Maroc au profit de l’Algérie
- Le contentieux territorial  Tunisie-Algérie
Livre
Quand les Africains colonisaient l’Afrique


Editorial de Bernard Lugan

L’Algérie, dernier Etat colonial en Afrique…

L’Algérie qui vient de criminaliser la colonisation française ferait bien de «_balayer devant sa porte ». En effet, et comme le dossier central de ce numéro de l’Afrique Réelle le montre, l’Algérie dont la boussole semble être définitivement bloquée sur les années 1960, est en réalité le dernier Etat colonial en Afrique. 

Guidée par sa haine de la France, elle a décidé de réactiver le discours anticolonialiste  qui fut celui du siècle dernier. Or, ce faisant, elle va se trouver dans l’inconfortable position de l’« arroseur arrosé ». 

Durant des décennies, l’Algérie a en effet exigé que se tienne un référendum afin de savoir si les populations du Sahara dit « occidental » qui n’avaient pourtant rien à voir avec elle, avaient vocation à retourner dans le giron de leur mère patrie marocaine, ou bien si elles souhaitaient au contraire revendiquer l’indépendance. 
Or, en même temps, cramponnée à son riche héritage territorial colonial, Alger écartait toute idée de référendum pour les populations des provinces marocaines, tunisiennes et libyennes qui lui avaient été rattachées par le colonisateur français honni… 
De même, Alger se gardait bien d’évoquer la volonté des Touareg qui, dans les années 1960, refusant toute appartenance à la future Algérie, avaient demandé à la France un statut séparé. Quant au souhait des Kabyles, il s’inscrivait lui aussi dans une claire et argumentée revendication nationale obstinément niée par l’Algérie. 

En réactivant un discours anticolonial appartenant à une époque révolue,   l’Algérie  a donc ouvert une « boite de Pandore » qui, dans l’avenir, va lui causer bien des problèmes. Elle va en effet apparaître comme étant le dernier Etat colonial en Afrique. Un Etat colonial refusant d’appliquer le droit international à l’autodétermination, c’est-à-dire le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, aux populations des territoires marocains, tunisiens et libyens qui lui furent offerts par le colonisateur français et qu’elle considère comme lui appartenant définitivement. 

Quant à la revendication kabyle présentée comme une question de décolonisation inachevée, elle va se poser avec de plus en plus de force dans les années futures, les Kabyles soutenant, à juste titre, que leur patrie fut rattachée à l’Algérie sans consultation de sa population. 
Les mouvements kabyles vont donc nécessairement demander à l’ONU d’initier un processus international permettant au peuple kabyle d’exercer librement son droit à l’autodétermination dans ses frontières historiques d’avant la colonisation française. 
S’ils y réussissaient, ce serait alors l’existence même de l’Algérie qui serait en jeu. 
Voilà quel serait le résultat des réactions anti-françaises primaires des gérontes algériens …

Pour en savoir plus voir mes deux livres : Algérie l’Histoire à l’endroit et Histoire des Algéries.

vendredi 16 janvier 2026

vendredi 2 janvier 2026

jeudi 1 janvier 2026

L'Afrique Réelle n°193 - Janvier 2026

Sommaire

Actualité
Sud Kivu : l’emblématique prise d’Uvira par le M23
Dossier
L’année 2025 en Afrique : bilan et perspectives pour 2026
- Algérie : 2025, l’annus horribilis
- Du Sahel au Sahélistan ?
- Soudan : une guerre à la fois ethno-raciale et régionale
- Le Kivu face à l’expansionnisme du Rwanda
Dossier
Les changements climatiques et le peuplement de l’Afrique

Editorial de Bernard Lugan
 
Le chaos démocratique

Si la France fait face aujourd’hui à un rejet massif et global en Afrique, le désamour remonte à la Conférence franco-africaine de La Baule, quand, en 1990, François Mitterrand déclara que c’était par déficit de démocratie que le continent ne parvenait pas à se « développer ». Il conditionna alors l’aide de la France à l’introduction du multipartisme. 

Le résultat de ce diktat démocratique fut que, dans toute l’Afrique francophone, la chute du système de parti unique provoqua une cascade de crises et de guerres, le multipartisme y exacerbant l’ethnisme et le tribalisme jusque-là contenus et canalisés dans le parti unique.
Or, la démocratie du « one man, one vote » imposée à l’Afrique a mathématiquement donné le pouvoir aux peuples, aux ethnies ou aux tribus ayant le plus grand nombre d’électeurs. Ce que j’ai défini comme l’« ethno-mathématique électorale africaine », les peuples les plus prolifiques étant automatiquement détenteurs d’un pouvoir issu de l’addition des suffrages.

Or, encore, ce furent ces diktats électoraux vus localement comme des ingérences néocoloniales, qui ont peu-à-peu conduit à l’éviction de la France, notamment de la région sahélienne où, en dehors des officiels français et des vampires des ONG, personne n’a jamais cru à la comédie électorale, sondage ethnique grandeur nature et rite destiné à satisfaire les donateurs occidentaux… 
Plus de trois décennies après l’injonction faite à l’Afrique par François Mitterrand lors de son « discours de La Baule » le 20 juin 1990, la démocratie qu’il postulait être le remède aux maux du continent n’y a en effet apporté ni développement économique, ni stabilité politique et encore moins sécurité. 
Cet échec explique pourquoi des pays comme le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, le Tchad et la Centrafrique, ont décidé de tourner le dos à l’impératif de la « bonne gouvernance » et de se donner ou de se redonner des régimes autoritaires. Nous assistons là, à la fois à la fin d’un cycle et à un changement de paradigme.

Or, si la démocratie électorale a échoué à régler les conflits africains, c’est en raison de l’inadéquation entre des réalités socio-politiques communautaires enracinées et un système politique importé à base individualiste. Comment le greffon démocratique européen aurait-il d’ailleurs pu prendre en Afrique sud-saharienne où, traditionnellement, l’autorité ne se partageait pas, où la séparation des pouvoirs était inconnue, et où les chefs détenaient à travers leur personne à la fois l’auctoritas et la potestas ?
Comment a-t-on pu faire croire aux Africains que la transposition de la démocratie occidentale était possible sans qu’auparavant il ait été réfléchi à la création de contre-pouvoirs, au mode de représentation et d’association au gouvernement des peuples minoritaires condamnés par l’ethno-mathématique électorale à être pour l’éternité écartés du pouvoir ?