samedi 5 octobre 2019

Cours n°3 : Algérie, l'implosion d'un Etat sans nation















Pour comprendre l'implosion de l'Algérie, Bernard Lugan propose un cours vidéo illustré en ligne

Présentation
En s'appuyant sur les faits historiques, ce cours décrypte la double crise que traverse l'Algérie actuellement : une crise politico-économique et une crise identitaire. « Depuis 1962, l’écriture officielle de l’histoire algérienne s’est appuyée sur un triple postulat : 
- Celui de l’arabité du pays nie sa composante berbère ou la relègue à un rang subalterne, coupant de ce fait, l’arbre algérien de ses racines. 
- Celui d’une Algérie préexistant à sa création par la France à travers les royaumes de Tlemcen et de Bougie (Bejaia) présentés comme des noyaux pré-nationaux. 
- Celui de l’unité d’un peuple prétendument levé en bloc contre le colonisateur alors qu’entre 1954 et 1962, les Algériens qui combattirent dans les rangs de l’armée française avaient été plus nombreux que les indépendantistes. 
En Algérie, ces postulats biaisés constituent le fonds de commerce des rentiers de l’indépendance. En France, ils sont entretenus par une université morte du refus de la disputatio et accommodante envers les falsifications, pourvu qu’elles servent ses intérêts idéologiques. Dans les deux pays, ces postulats ont fini par rendre le récit historique officiel algérien aussi faux qu’incompréhensible. 
Plus de cinquante ans après l’indépendance, l’heure est donc venue de mettre à jour une histoire qui doit, comme l’écrit l’historien Mohamed Harbi, cesser d’être tout à la fois « l’enfer et le paradis des Algériens ». 

Bande annonce



Pour visionner le cours, s'inscrire sur Les Cours de Bernard Lugan

Le cours est divisé en 6 parties (format HD) consultables pour une durée illimitée.

mardi 1 octobre 2019

L'Afrique Réelle n°118 - Octobre 2019


Sommaire

Actualité
Zimbabwe : « Comrade Bob », dernier chef d’Etat marxiste et héros africain

Dossier : Le Sahel central à la dérive
- Quelle est la vraie nature des guerres du Sahel ?
- Les trois principaux groupes jihadistes régionaux
- Burkina Faso : Le bloc mossi va-t-il tenir ?
- Les Européens face à l’islam jihadiste africain : une totale incommunicabilité


Editorial de Bernard Lugan :

Comprendre l’embrasement sahélien

Dans le sahel centre-occidental, après le Mali et le Niger, le Burkina Faso se trouve désormais en première ligne face à des jihadistes-GAT (Groupes armés terroristes). La stratégie de ces derniers semble être de couper les villes de la brousse en jouant sur les fractures ethno-tribales. Tout en se plaçant à la confluence d’anciennes et mouvantes alliances rafraichies par de modernes apparentements.

Face à eux, les 4500 hommes de la force Barkhane, les 13 000 Casques bleus déployés au Mali et les fantômes de la force africaine G5 Sahel paraissent impuissants. Et, s’ils le sont, c’est parce que, coupés des réalités, leurs donneurs d’ordre appliquent des grilles d’analyse inadaptées :

Les « experts » parlent ainsi de combattre le terrorisme par le développement, la démocratie et la bonne gouvernance, tout en s’obstinant à minorer, ou parfois même, à refuser de prendre en compte l’histoire régionale et le déterminant ethnique.

La connaissance du milieu et des hommes, de leurs mentalités et de leur histoire, est pourtant indispensable à la compréhension des actuels évènements. C’est ainsi que dans les immensités sahéliennes, domaine du temps long, l’histoire nous apprend que l’affirmation d’un islamisme radical, a toujours été le paravent d’intérêts économiques ou politiques, le plus souvent à base ethnique. 
Aujourd’hui, le jihadisme prospère sur des plaies dont il n’est que la surinfection.
Dans le sud du Mali, dans l’ouest du Niger, dans le nord et dans l’est du Burkina Faso, les massacres « communautaires » (traduction : ethniques), qui se multiplient, sont ainsi pour une grande part des résurgences de conflits anciens habilement réactivés par les GAT. 

Avant la colonisation, les sédentaires étaient en effet pris dans une double tenaille prédatrice, Touareg au nord et Peul au sud. Au Mali, les principales victimes étaient notamment les Bambara et les Dogon. Au Burkina Faso, la constitution de l’émirat peul du Liptako se fit par l’ethnocide des Gourmantché et des Kurumba[1]. 
Or, ce sont ces souvenirs qui constituent l’arrière-plan des actuels affrontements. Les ignorer conduit à l’impasse.

D’autant plus que leur connaissance ouvre la voie de la contre-insurrection. Aujourd’hui, si les jihadistes tirent des avantages tactiques de ces affrontements, en revanche, leur stratégie s’en trouve bloquée. En effet, même si des alliances de circonstance sont nouées, les énormes fossés ethniques séparant les protagonistes empêchent l’engerbage. C’est même un phénomène contraire qui est apparu. Le jihadisme affirmait en effet vouloir dépasser l’ethnisme en le fondant dans un califat universel. Or, tout au contraire, il s’est trouvé pris au piège d’affrontements ethno-centrés. Là est sa faiblesse. Mais encore faut-il être capable de l'exploiter[2].

[1] Le numéro de juillet 2019 de l’Afrique Réelle contient un dossier consacré à la question du Gourma-Liptako et à la région dite des « Trois frontières ».

vendredi 20 septembre 2019

La mort du président Ben Ali, l’homme qui avait sauvé la Tunisie de la révolution islamiste et qui l’avait sortie du sous-développement


Ce communiqué peut être repris à la condition d’en citer la source

La révolution tunisienne a éclaté le 17 décembre 2010. Moins d’un mois plus tard, le 14 janvier 2011, lâché par ses « amis » occidentaux auxquels il n’avait jamais rien refusé, et trahi par l’état-major d’une armée qu’il n’avait cessé de combler, le président Ben Ali était chassé du pouvoir et contraint à l’exil. En quelques semaines, la Tunisie dilapida ensuite le capital confiance qu’il avait mis deux décennies à constituer.
  
Né le 3 septembre 1936, diplômé de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr et de l’école d’application de l’artillerie de Châlons-sur-Marne, Zine el-Abidine Ben Ali fut chargé par le président Bourguiba de la création de la direction de la sécurité militaire qu’il dirigea de 1964 à 1974. Il eut ensuite une carrière diplomatique comme attaché militaire au Maroc puis en Espagne.
Au mois de janvier 1978, la Tunisie étant alors en pleine insurrection, il fut rappelé pour être nommé chef de la Sûreté générale, poste qu’il occupa jusqu’en 1980. Puis il redémarra une carrière diplomatique comme ambassadeur en Pologne.
Après les graves émeutes du mois de janvier 1984, il fut de nouveau rappelé. Tout alla ensuite très vite puisque, le 23 octobre 1985, il fut nommé ministre de la Sûreté nationale, puis ministre de l’Intérieur le 28 avril 1986. Il devint ensuite le  secrétaire général adjoint du PSD (Parti socialiste destourien). Enfin, au mois de mai 1987, sous le gouvernement de Rachid Sfar, il fut nommé ministre d’Etat chargé de l’intérieur. Sa nomination comme secrétaire général du PSD en fit le dauphin du président Bourguiba. Le 2 octobre 1987, ce dernier le nomma Premier ministre.
Un mois plus tard, le 7 novembre 1987, appuyé sur l’expertise de sept médecins qui attestèrent de son incapacité mentale, le général Ben Ali déposa Habib Bourguiba.

A l’époque, comme la Tunisie était menacée d’effondrement, avec toutes les conséquences géopolitiques qui en auraient découlé, l’accession au pouvoir du général Ben Ali fut unanimement saluée. Sous sa ferme direction, la subversion islamiste fut jugulée et la Tunisie devint un pays moderne attirant les investisseurs étrangers.
Se présentant comme le fils spirituel de son prédécesseur, le général Ben Ali multiplia les gestes d’ouverture démocratique. Le 25 juillet 1988, il abrogea ainsi la présidence à vie, limita la présidence à trois mandats, imposa la limite d’âge de 65 ans pour les candidats aux élections présidentielles et légalisa plusieurs partis politiques. En 1989, il transforma le PSD en RCD (Rassemblement constitutionnel et démocratique).
Il fut pour une première fois élu à la présidence de la République le 2 avril 1989, et étant seul candidat, il recueillit plus de 99% des voix.

En 1991 le gouvernement fit état de la découverte d’un plan islamiste visant à la prise du pouvoir et les enquêteurs mirent au jour d’importantes ramifications dans la police et dans l’armée. Des procès eurent lieu durant l’été 1992. Le parti islamiste clandestin Ennahdha fut démantelé et son  chef, Rachid Ghannouchi se réfugia à Londres d’où il organisa la subversion qui allait finir par emporter le régime vingt ans plus tard.

Réélu à la présidence de la République en 1994, puis en 1999, le général Ben Ali fut attaqué de toutes parts en dépit des remarquables réussites économiques de la Tunisie. Même si de fortes disparités sociales existaient toujours, en vingt ans, le régime Ben Ali réussit en effet à transformer un Etat du tiers monde en un pays moderne attirant capitaux et industries, en un pôle de stabilité et de tolérance dans un monde nord-africain souvent chaotique.
Les Tunisiens qui étaient en quelque sorte devenus des « privilégiés » n’acceptèrent alors plus de voir leur expression politique muselée et ils réclamèrent des évolutions démocratiques. A partir de l’année 2000, la contestation des intellectuels prit alors de l’ampleur, cependant que le  président, mis sous influence par le clan affairiste gravitant autour de sa seconde épouse, perdait de sa popularité.

Au début de l’année 2000, le journaliste Taoufik Ben Brik entama une  grève de la faim qui eut un énorme retentissement médiatique en Europe. Au même moment, les islamistes se montraient de plus en plus combatifs. Ainsi le 11 avril 2002, quand ils firent exploser un camion piégé devant la synagogue de la Ghriba à Djerba, tuant 19 personnes dont 14 touristes allemands.
C’est dans ce contexte de danger islamiste que le président Ben Ali ralentit ou même revint sur le processus de démocratisation qu’il avait initié. Mais, ce faisant, il accéléra encore davantage la désaffection des élites citadines envers son régime.

Le 26 mai 2002, par référendum, les Tunisiens approuvèrent que l’âge limite de candidature à la présidence de la République soit repoussé à 75 ans et que les mandats présidentiels ne soient plus limités à trois, ce qui permit au président Ben Ali de se faire élire pour un quatrième mandat le 24 octobre 2004. Après les assurances données en 1987, il venait donc de rétablir en quelque sorte la présidence à vie.

A partir de ce moment, la contestation s’amplifia et les élites « bourgeoises » qui avaient profité de l’essor économique du pays rompirent avec le régime, cependant que la répression se durcissait au fur et à mesure de la montée des périls islamistes.

Le 17 décembre 2010, un évènement a priori secondaire qui se produisit à Sidi Bouzid mit le feu aux poudres. Il s’agissait de l’immolation par le feu d’un vendeur à la criée qui refusait d’être rançonné par la police. Or, cet homme qui était un chômeur diplômé devint le symbole de la révolte de tout un peuple.

Le 28 décembre, n’ayant pas pris la mesure du mouvement, le président Ben Ali s’exprima à la télévision et parla des manifestants comme d’une « minorité d’extrémistes», ce qui amplifia encore la révolte qui devint une révolution.
Cette dernière réussit car elle fut la synthèse de tous les mécontentements : révolte contre l’arbitraire de la police, révolte contre les inégalités sociales et révolte des nantis pour des droits démocratiques. A ces trois éléments, et les utilisant avec habileté, les islamistes donnèrent une cohésion et une organisation qui emporta le régime sous les applaudissements béats de l’internationale des médias -notamment français-, qui eut, comme de coutume, un rôle quasiment militant.

Ayant perdu le contrôle de la situation, le président Ben Ali fut finalement trahi par l’armée, donc par les siens, et le 14 janvier 2011, après 23 ans de pouvoir, il fut mis dans un avion par le haut état-major et envoyé en exil en Arabie saoudite où il est mort le  19 septembre dernier.

mercredi 18 septembre 2019

Tunisie : l’émiettement politique

Le brouillard des commentaires médiatiques doit être dissipé par une analyse claire du résultat du premier tour des élections présidentielles tunisiennes.
Comme lors du précédent scrutin en 2014, le pays est coupé en deux régions géographiques et politiques, le nord favorisé et le centre-sud déshérité. Contrairement à ce que nous pouvons lire trop souvent, non seulement il n’y a pas de vainqueur clair, aucun candidat n’ayant atteint 20% des voix, mais, comme je l’explique dans cette analyse, les islamistes ne sont pas perdants.

Pour le second tour les jeux sont ouverts. Le juriste Kais Saïed qui a une image d’intégrité et dont la formule « La classe politique ne peut pas faire l’Histoire avec ses petites histoires », a fait une partie de son succès, bénéficiera des suffrages des antisystèmes, des déclassés et des islamistes. Quant à  Nabil Karoui, s’il sort de prison, il recueillera les voix  de tous ceux qui ont à craindre d’un Kais Saïed hors système et donc hors contrôle.

La suite de cette analyse est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle. Pour la recevoir par courriel, vous devez être abonné. Pour vous abonner, cliquer ici

dimanche 8 septembre 2019

Afrique du Sud : les cocus ayant cru à la fable de la nation arc-en-ciel peuvent sortir des rangs et avancer de trois pas…

Communiqué de Bernard Lugan
  
En Afrique du Sud, pays de Nelson Mandela, des Noirs massacrent d'autres Noirs. Qui plus est, des Noirs immigrés, des frères migrants venus de pays ayant jadis soutenu leur lutte contre le régime blanc...
Comme en 2016, un peu partout, notamment au Natal et dans la région de Johannesburg, les étrangers noirs, qu'ils soient Malawites, Mozambicains, Somaliens, Zimbabwéens, Soudanais ou Nigérians, sont ainsi de nouveau pris pour cible, lynchés, brûlés vifs, cependant que leurs pauvres biens sont systématiquement pillés par des foules ayant échappé à tout contrôle policier. 

Voilà de quoi déstabiliser ces cocus idéologiques qui, croyant au mythe-guimauve de la « nation arc-en-ciel », prétendaient que les maux du pays découlant de la domination blanche, une fois la majorité noire au pouvoir, les fontaines de la démocratie laisseraient couler le lait et le miel de la fraternité... 

La réalité est évidemment autre car ces tueries xénophobes illustrent l’échec de la « Nouvelle Afrique du Sud » dont les dirigeants ont dilapidé le colossal héritage reçu de l’ancien régime blanc. Résultat :
- Le revenu de la tranche la plus démunie de la population noire est inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994 ;
- 17 millions de Noirs vivent essentiellement des prestations sociales et 14 millions ne survivent que grâce au versement d’une allocation (Social Grant) qui leur assure le minimum vital ;
- Le taux réel de chômage est de près de 35%, et celui des jeunes âgés de 15 à 34 ans de plus de 50%.

En 25 années de pouvoir, l'ANC - le parti de Nelson Mandela -, a donc transformé la prospère Afrique du Sud en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par les derniers secteurs ultraperformants  encore tenus par des Blancs. Un naufrage économique qui tient en trois points :

1) La production minière nécessite une énorme modernisation et donc de gros investissements ; or, la main d’œuvre noire revendiquant des salaires plombant la compétitivité,  les investisseurs ont délocalisé.

2) Les cadres blancs continuent à quitter le pays, chassés par la discrimination inversée, l’incroyable insécurité et le surfiscalisme.

3) Le secteur agricole, le seul à être excédentaire a été littéralement assassiné par la décision de spoliation des fermiers blancs.

Dans ce pays où un abîme s'est creusé entre une infime minorité de profiteurs noirs et des millions de chômeurs, d’assistés et de travailleurs sous-payés qui paralysent le pays avec de continuels mouvements de revendication, l’abyssal échec économique et social de l’ANC a donc débouché sur des violences xénophobes, les étrangers étant accusés de prendre le travail des plus pauvres.

Au pied du mur, acculé par le bilan de ses détournements et de son incompétence, l’Etat-parti ANC n’a désormais plus que trois options :

1) Chercher à redresser l’économie en empruntant une voie libérale, mais il provoquera alors une révolution.

2) Accuser le bouc-émissaire blanc en tentant de faire croire que la situation est un héritage de l’apartheid et en nationalisant les mines et la terre. La « poule aux œufs d’or » sera alors définitivement  tuée, comme au Zimbabwe, et le pays sombrera encore davantage  dans la misère.

3) Recourir à la « planche à billets », ce qui, comme au Zimbabwe, provoquera d’abord l’inflation, puis une hyperinflation et la ruine totale du pays.

Pour en savoir plus sur les raisons du naufrage sud-africain : inscrivez-vous au cours de Bernard Lugan

lundi 2 septembre 2019

L'Afrique Réelle n°117 - Septembre 2019

Sommaire

Actualité :
- Algérie : la détresse économique
- La tension entre le Rwanda et l’Ouganda
- Libye, le général Haftar en difficulté

Archives :
Faut-il abandonner l’Afrique à son destin ?


Editorial de Bernard Lugan

Avec certains des principaux patrons emprisonnés, des banquiers qui n’accordent plus de crédits et des transferts de fonds problématiques, l’économie algérienne est en détresse. 
Les ¾ des entreprises sont ainsi incapables de verser les acomptes prévisionnels au titre de l’impôt sur les bénéfices pour l’année en cours. Quant aux faillites, elles ont eu pour résultat la mise au chômage de 200 000 travailleurs depuis le 1er janvier 2019… Dans un pays où le taux réel de chômage atteint déjà des records.

Seule source de revenus de l’Etat, le secteur des hydrocarbures décline année après année. Au 1er trimestre 2019, il a ainsi reculé de 7,7% en raison de la baisse de production due à l’épuisement des nappes pétrolières. Nous avons également là, la confirmation de ce que l’Afrique Réelle écrit depuis plusieurs années, à savoir que les réserves de l’Algérie ont été volontairement surestimées.

Résultat, les réserves de change n’étaient plus que de 72,6 milliards de dollars fin avril 2019, soit une baisse de 7,2% par rapport à décembre 2018 (source : Ministère des finances juillet 2019). Cette baisse est d’autant plus dramatique que le pays doit acheter à l’étranger les ¾ des matières premières et des équipements indispensables à ses entreprises, tant publiques que privées. Il doit également importer de quoi habiller, soigner et équiper ses 43 millions d’habitants.
Avec une priorité qui est de les nourrir. Or, comme l’agriculture algérienne et ses dérivés ne permettant de satisfaire qu’entre 40 et 50% des besoins alimentaires du pays, il est donc nécessaire de faire de colossales importations. 
C’est ainsi que près de la moitié (40%) de la facture de tous les achats faits à l'étranger - soit le quart (!!!) des recettes tirées des hydrocarbures -, est consacrée à l’importation de produits alimentaires de base dont l’Algérie était exportatrice avant l’indépendance de 1962... N’en déplaise à l’ONM (Organisation nationale des Moudjahidine) qui, pour tenter de faire oublier sa colossale responsabilité dans la faillite de l’Algérie, ose demander le vote d’une loi criminalisant la colonisation française… (Voir mes communiqués des 18, 21 et 29 juillet 2019).

Vomis par la rue, les vampires du « Système » gavés de leurs détournements peuvent-ils encore refuser de reconnaître que si l’Algérie est désormais le premier importateur africain de biens alimentaires pour un total annuel moyen de 12 milliards de dollars (Centre national de l'informatique et des statistiques-douanes-CNIS), cela est la conséquence à la fois de leur incompétence et de leurs détournements ? 

Les millions de manifestants qui, vendredi après vendredi, battent la chaussée, en sont, eux, parfaitement conscients et ils attendent de pouvoir leur faire rendre gorge. 
Or, c’est précisément parce qu’il sait qu’il est face à une véritable révolution et que la survie de ses membres est en jeu, que le « Système » fait la « sourde oreille ». 

mercredi 21 août 2019

Sans prise en compte de l’histoire, la guerre du Sahel ne pourra pas être gagnée

Cette analyse peut être reprise à la condition d’en citer la source

Lundi 19 août 2019, une nouvelle et importante attaque des GAT (Groupes armés terroristes) menée dans le nord du Burkina Faso, a fait des dizaines de morts, de blessés et de disparus dans les rangs de l’armée burkinabé.
Pourquoi, six ans après la chevauchée de Serval, un conflit au départ localisé au seul nord-est du Mali, limité à une fraction touareg et dont la solution passait par la satisfaction de revendications politiques légitimes, s’est-il transformé en un embrasement régional paraissant échapper à tout contrôle ?

La réponse tient en deux points :

1) En 2013, pour obtenir une victoire totale, il eut fallu conditionner la progression de Serval et la reconquête des villes du nord du Mali à des concessions politiques du pouvoir de Bamako. Les décideurs français ne l’ont pas voulu.

2) Ceux qui ont défini la stratégie française dans la BSS (Bande sahélo saharienne) ont choisi les nuées contre le réel, à savoir l’illusion de la démocratie et le mirage du développement.
Or, en Afrique, comme démocratie = ethno-mathématique, les ethnies les plus nombreuses remportent automatiquement les élections. Conséquence, au lieu d’éteindre les foyers primaires des incendies, les scrutins les ravivent ou les maintiennent en activité.
Quant au développement, tout a déjà été tenté en la matière depuis les indépendances. En vain. D’ailleurs, comment les politiques, les médias et les « experts », peuvent-ils encore oser parler de développement, alors qu’ils savent que la suicidaire démographie africaine en vitrifie par avance toute éventualité ?

Dans l’état actuel de la situation sécuritaire dans la BSS, le retour au réel est plus que jamais une urgence afin d’identifier les causes profondes de la conflictualité à laquelle nos Forces sont confrontées. Elles ont en effet un besoin vital de cette lisibilité que seule la connaissance du passé permet d’obtenir.
L’histoire régionale nous apprend ainsi que les actuels conflits ne sont pas une nouveauté. Résurgences de ceux d’hier, ils s’inscrivent dans une longue chaîne d’évènements expliquant les antagonismes ou les solidarités d’aujourd’hui.
Quelques exemples :

1) A l’ouest du lac Tchad, à partir du Xe siècle et durant plus d’un demi-millénaire, se succédèrent royaumes et empires (Ghana, Mali et Songhay). Tous contrôlaient les voies méridionales d’un commerce transsaharien articulé et même ancré sur des villes-marchés mettant en contact le monde soudanien et le monde méditerranéen. Quand ils étaient forts, ils se faisaient respecter par les éleveurs nomades, leur interdisant de razzier les agriculteurs sédentaires.

2) Après la destruction de l’empire Songhay par le Maroc en 1591, à l’exception des Bambara au nord et des Mossi au sud, les peuples sédentaires de la région ne constituèrent plus de véritables États. Tant chez les Songhay que chez les Djerma, la vie en société ne fut plus dès-lors organisée qu’autour de villages ou de regroupements de villages incapables de se défendre contre la razzia nomade.

3) A la fin du XVIIIe siècle et durant le XIXe, les populations sédentaires de l’ouest du Sahel subirent l’expansion des nomades Peul, mouvement dévastateur qui se fit avec l’alibi de la religion. Trois jihad peul ou apparentés bouleversèrent alors la marqueterie ethno-politique régionale. Celui d’Ousmane (Othman) dan Fodio se fit en pays Haoussa, celui de Seku Ahmadou au Macina et celui d’El-Hadj Omar en pays bambara. Du haut Sénégal à la région tchado-nigeriane, ce ne fut alors que désolation, pillage, massacre et mise en esclavage.

4) Aujourd’hui, dans tout l’ouest africain, ces terribles épisodes sont encore très présents dans les esprits. Leur souvenir constitue le non-dit, et souvent même le véritable soubassement des actuels affrontements ethniques baptisés « communautaires » par idéologie, « pruderie » ou « prudence »… Or, en ne nommant pas les choses, l’on en perd le sens.
En effet, pour les Peul et pour ceux qui se réclament de la « peulitude », Ousmane (Othman) dan Fodio, Seku Ahmadou et El Hadj Omar sont des héros. Les Bambara, Dogon, Mossi, Djerma, Songhay et autres, les voient tout au contraire comme des conquérants esclavagistes cruels et sanguinaires dont l’impérialisme pillard était camouflé derrière un pseudo-justificatif religieux.
Voilà défini l’arrière-plan des actuels conflits du Macina et du Liptako amplifiés par la surpopulation et la péjoration climatique. Refuser de le voir ou considérer cela comme « anecdotique » va, tôt ou tard, conduire à de nouvelles « désillusions » et, hélas, à de nouvelles pertes cruelles.

5) Avant la colonisation, accrochés à la terre qu’ils cultivaient, les sédentaires du fleuve et de ses régions exondées étaient pris dans la tenaille prédatrice des Touareg au nord et des Peul au sud. Pour survivre, ils constituèrent alors de complexes réseaux d’alliances ou de solidarités. Ayant traversé le temps, ils permettent d’expliquer pourquoi certaines « communautés » se rangent aujourd’hui du côté des GAT, quand d’autres les combattent.
Ainsi, comme les raids des Touareg s’exerçaient depuis le désert au nord du fleuve Niger et ceux des Peul à partir des trois émirats du Dallol, du Liptako et du Gwando, afin d’être épargnés, les sédentaires devinrent les tributaires des premiers ou des seconds :

- À l’ouest, les Songhay choisirent d’être ceux des Touareg, lesquels, en échange, protégeaient leurs villages des attaques des Peul. Entre Gao et Ménaka, au fil du temps, certains des tributaires songhay s’assimilèrent quasiment à leurs protecteurs Touareg. Les Imghad le firent ainsi aux Touareg Ifora et les Daoussak aux Touareg Ouelleminden Kel Ataram. Comme la rive nord leur était tributaire, c’était donc sur la rive sud du Niger que les Touareg menaient leurs razzia, avec pour alliés les piroguiers-pêcheurs Kourtey (Kourteis) vivant entre Ayorou et Say.

- Plus à l’est, toujours sur la rive nord du fleuve Niger, les Djerma étaient dans la même situation que leurs voisins songhay mais, en fonction de la localisation géographique des prédateurs nomades, ils choisirent deux systèmes différents de protection. C’est ainsi que les Djerma du sud devinrent tributaires des Peul pour être protégés des Touareg, alors que ceux du nord demandèrent à ces derniers de les défendre contre les Peul.

6) A la fin du XIXe siècle, l’armée française bloqua l’expansion des entités prédatrices nomades dont l’écroulement se fit dans l’allégresse des sédentaires qu’elles exploitaient, dont elles massacraient les hommes et vendaient les femmes et les enfants aux esclavagistes du monde arabo-musulman.

7) La colonisation fut donc en quelque sorte la revanche offerte par la France aux vaincus de la longue histoire africaine. Cependant, dans tout le Sahel occidental, elle eut deux conséquences contradictoires :

- Elle libéra les sédentaires de la prédation nomade, mais, en même temps, elle rassembla razzieurs et razziés dans les limites administratives de l’AOF (Afrique occidentale française).

- Or, avec les indépendances, les délimitations administratives internes à ce vaste ensemble devinrent des frontières d’États à l’intérieur desquelles, comme ils étaient les plus nombreux, les sédentaires l’emportèrent politiquement sur les nomades, selon les lois immuables de l’ethno-mathématique électorale.

Voilà identifié le terreau des conflits allumés depuis une ou deux décennies par des trafiquants de toutes sortes et des islamo-jihadistes immiscés avec opportunisme dans le jeu ethno-politique local et régional. L’ignorer ou le minorer conduit à la superficialité des analyses, à l’inadaptation des décisions et en définitive, à l’impasse actuelle.
Avec des moyens dérisoires à l’échelle du théâtre d’opérations, Barkhane, qui n’est que de passage, n’est évidemment pas en mesure de refermer des plaies ethno-raciales ouvertes depuis la nuit des temps. Une bonne connaissance du milieu et des hommes pourrait cependant lui permettre d’éviter leur surinfection.

Ces points sont développés et illustrés de nombreuses cartes dans mon livre Les Guerres duSahel des origines à nos jours et dans mon cours vidéo intitulé Comprendre le conflit au Sahel

Bernard Lugan

jeudi 15 août 2019

Pierre Péan et le Rwanda


Pierre Péan qui vient de mourir a considérablement fait avancer la connaissance  sur  le dossier  du génocide du Rwanda, à la fois dans ses livres : Noires fureurs, blancs menteurs : Rwanda 1990-1994 (Paris, 2005) ; Le monde selon K (Paris, 2009) et Carnages  (Paris, 2010), ainsi que dans plusieurs enquêtes parues en grande partie dans Marianne :


A travers  ses trois livres et ses nombreuses enquêtes :
- Il apporte des preuves sur les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Habyarimana et qui fut le déclencheur du génocide.
- Il identifie et analyse avec une grande finesse les réseaux qui, en Europe et aux Etats-Unis, ont assuré la propagande du FPR et l’ont aidé à populariser sa version de l’histoire du génocide
- Il démontre la manière dont le FPR, grâce à ces mêmes réseaux, avait, dès avant le 1er coup de feu, manipulé l’opinion. A cet égard, il est indispensable de consulter cette vidéo.
- Il  montre comment les groupes de pression aux ordres de Kigali ont réussi à saboter l’enquête du juge Bruguière grâce à des complicités se situant au plus haut niveau de l’Etat français.
- Il met en évidence la nullité, ou la complaisance, avec laquelle médias et universitaires francophones ont traité le dossier.
- Il fait ressortir le rôle des anglo-saxons dans la région des Grands lacs.
- Il démontre  que le FPR est coupable de crimes de masse et de crimes contre l’humanité contre les Hutu au Rwanda et en RDC, avant, pendant et après le génocide.

Au moment où, dans son numéro du mardi 13 août, le Financial Times révèle que le Rwanda de Paul Kagamé a trafiqué ses statistiques afin de faire croire à un « miracle » économique, les travaux de Pierre Péan mettent en évidence les dessous et l’ampleur de la manipulation de l’histoire du génocide par  les services rwandais et leurs officines stipendiées agissant en Europe et aux Etats-Unis.

Pour une vision globale et un point sur l’état actuel des connaissances historiques concernant le génocide ainsi que sur les pressions exercées sur le TPIR par les services de Kigali, voir mon livre « Rwanda : un génocide en questions ».

Dans le numéro de septembre de l’Afrique Réelle, un article sera consacré aux tensions entre le Rwanda et l’Ouganda.