jeudi 17 septembre 2026

Offre spéciale : Heia Safari

















Heia Safari. 
Général von Lettow-Vorbeck, du Kilimanjaro aux combats de Berlin (1914-1920).

30 euros au lieu de 36 euros


En 1913, le lieutenant-colonel (Oberst-Leutnant) Paul-Emil von Lettow-Vorbeck reçut le commandement de la Schutztruppe (troupe de protection) de l’immense DOA (Deutsche Ost-Afrika), l’est africain allemand, qui comprenait alors les actuels Rwanda, Burundi et Tanzanie moins Zanzibar. Après mobilisation des colons ses effectifs étaient de 2600 Allemands et de 6000 askaris.  Face à eux, les Britanniques, les Sud-africains, les Belges et les Portugais alignèrent plusieurs centaines de milliers d’hommes.
Les Allemands remportèrent victoire sur victoire, mais, engagement après engagement, leur petite troupe fondait comme neige au soleil, or, totalement coupés de l’Europe, il leur était impossible de combler leurs pertes en hommes et en matériel.
Durant le conflit, Alliés et Allemands menèrent deux guerres différentes. Forts de leur inépuisable supériorité humaine et matérielle, les premiers progressèrent collés à leurs axes de ravitaillement, compensant leur lenteur par la saturation du terrain. Tout au contraire, utilisant au maximum les réalités topographiques, les forces de von Lettow-Vorbeck effectuèrent des déplacements rapides opérant de brusques et inattendus changements de direction, surprenant ainsi leurs adversaires comme l’a reconnu le commandant en chef britannique : « Il y a toujours trois routes ouvertes à l’ennemi, et von Lettow-Vorbeck prend d’ordinaire la quatrième ».
Le 13 novembre 1918, Il restait à ce dernier 155 Allemands et 1156 askaris en état de combattre, quand, par la capture d’une estafette anglaise, il apprit qu’un armistice venait d’être signé en Europe. Refusant de se rendre car il refusait toute idée de capitulation, von Lettow-Vorbeck obtint que les honneurs soient rendus à sa troupe, que les officiers conservent leurs armes, que les Allemands soient rapatriés et non internés. La partie africaine de l’épopée prit fin le 25 novembre 1918 dans l’actuelle Zambie, alors que l'armistice avait été signé en Europe depuis 14 jours.
En mars 1919, derrière leur chef, les Allemands survivants de l’épopée africaine firent une entrée triomphale à Berlin dans un terrible contexte de révolution bolchévique. Von Lettow-Vorbeck reçut alors le commandement des trois brigades de marine allemandes (infanterie de marine), dont la fameuse brigade ‘‘Ehrhardt’’, qui constituèrent la Marine-Division von Lettow-Vorbeck, également connue sous le nom de Division de volontaires von Lettow-Vorbeck, qui brisa les soulèvements des communistes à Hambourg et à Munich.
Au mois de mai 1920, après l’échec du putsch Kapp-Luttwitz, von Lettow Vorbeck fut mis à la retraite avec le grade de Generalleutnant honoraire. Quant à la Marine-Division von Lettow-Vorbeck, elle fut dissoute et ses hommes plongèrent dans l’aventure du Baltikum.
C’est cette histoire-épopée qui est racontée dans ce livre d’une grande qualité d’impression Heia Safari. Général von Lettow-Vorbeck, du Kilimanjaro aux combats de Berlin (1914-1920,) composé de 294 pages, d’une iconographie exceptionnelle de très nombreuses photographies et documents d’époque, ainsi que de cartes.
 
Pour commander le livre deux possibilités :

1) Un chèque de 30 euros à : L’Afrique Réelle, BP 32, 03160 Bourbon l’Archambault (une adresse courriel est utile pour le suivi de la commande). 
Pour l’UE et la Suisse, le prix est de 35 euros port compris et de 50 euros pour le reste du monde.

2) Un paiement Paypal 

mercredi 2 septembre 2026

Pourquoi l’Algérie est-elle militairement intervenue au Niger ?

Après la tentative de coup d’Etat ratée des 28-29 août 2026, l’Algérie a déployé au Niger quatre chasseurs Su30, un Il76 de transport, un Il78 ravitailleur et plusieurs hélicoptères. Cette décision marque un tournant stratégique majeur car il s’agit là de la première intervention militaire extérieure de l’Algérie, du moins officielle, depuis son indépendance de 1962. Alger vient donc de rompre avec son dogme historique de nonprojection de son armée en dehors du territoire national.  Un bouleversement de sa stratégie au Sahel, comme j’en ai montré les premiers signes dans le numéro du mois d’août 2026 de l’Afrique Réelle.
Explications et conséquences
La suite de cette analyse (87%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.

mardi 1 septembre 2026

L'Afrique Réelle n°201 - Septembre 2026

Sommaire

Dossier : La question de Ceuta et Melilla
- Retour à l’histoire
- Ceuta avant 1415
- La querelle juridique
-La position du Maroc
Dossier : Peul et Dogon, un conflit multi séculaire
- Bandiagara : un refuge menacé
- Une guerre ethnique sous drapeau jihadiste
- Un lourd contentieux séculaire
Livres
Relire Yves Urvoy


Editorial de Bernard Lugan

1) A l’origine des évènements de Ceuta se trouve l'appel d’air migratoire formé par l’annonce espagnole de la régularisation d’un demi-million de clandestins suivi de l’aberrante décision de la Cour suprême de Madrid de non refoulement des migrants arrivés par la mer.

2) La mobilisation de l’ensemble des services marocains afin d’assurer la sécurité autour de la fête du trône qui rassemblait tous les dignitaires et responsables marocains ainsi que la totalité du corps diplomatique. Une cible prioritaire pour les terroristes. Dans les jours précédant la cérémonie les services de sécurité marocains avaient mis hors d’état de nuire plusieurs cellules terroristes prêtes à frapper. Mais, une telle mobilisation a eu pour résultat de dégarnir les effectifs habituellement chargés de bloquer les passages clandestins vers Ceuta.

3) Si l’Algérie n’est pas à l’origine de l’affaire, en revanche, elle en fit très opportunément une intense exploitation nourrie par son opposition systématique et quasi psychanalytique au Maroc. Avec en arrière-plan, et nous en revenons toujours à ce point, la question du Sahara occidental, Alger n’ayant toujours pas renoncé à détacher l’ancienne colonie espagnole du Maroc afin d’y créer un « Etat » vassal lui ouvrant une porte sur l’océan atlantique. 
Ce point qui n’a généralement pas été vu par les observateurs, doit être développé car, le 31 octobre 2026 le Conseil de sécurité de l’ONU doit renouveler ou modifier le mandat de la MINURSO, conformément à la résolution 2797 (31 octobre 2025) qui prorogeait la mission jusqu’à cette date. Le Conseil de sécurité va alors devoir valider ou non la dynamique diplomatique engagée autour du plan d’autonomie marocain désormais considéré par une majorité de ses membres permanents comme la base « la plus réaliste, crédible et pragmatique » pour une solution politique de la question du Sahara dit occidental.

Or encore, face à la résolution 2797 qui soutient l’initiative marocaine comme base d’un règlement durable, l’Algérie continue à s’arc-bouter sur le « droit à l’autodétermination du peuple sahraoui », alibi commode de son objectif visant en réalité à la création d’un « Etat » vassal sur la côte atlantique. 

Dans ces conditions, la propagande algérienne a eu beau jeu de se saisir de la crise de Ceuta comme d’une opportunité politique pouvant affaiblir l’image internationale du Maroc. Ce qui, naturellement, n’efface pas la crise sociale que connaît la partie de la jeunesse du pays qui ne profite pas de ses spectaculaires retombées du  développement.

4) Enfin, il faut bien voir que les contradictions de la politique de l’UE nourrissent le phénomène migratoire car, comme l’a écrit Mouna Hachim le 8 août dernier dans le 360 « (…) Les mêmes frontières qui se ferment à l’immigration irrégulière s’entrouvrent pour une immigration dûment sélectionnée afin de répondre aux besoins démographiques, économiques et technologiques du Vieux Continent (…) Ce double discours nourrit, pour nombre de pays africains, un profond sentiment de contradiction: on leur demande de retenir leur jeunesse tout en recrutant leurs élites. »

mardi 18 août 2026

samedi 1 août 2026

L'Afrique Réelle n°200 - Août 2026

Sommaire

Actualité
La cohésion de l'Algérie est-elle menacée ?
Dossier : Au Sahel, la Russie va-t-elle réussir à redistribuer les cartes ?
Mali : Anéfis un "Na San" malien
Qui sont les Touareg du Mali ?
Les deux conflits du Mali
L'Algérie va-t-elle devoir sacrifier les Touareg ?
Dossier : Afrique du Sud
De la nation arc-en-ciel à la nation xénophobe
Une économie otage de l'idéologie
Histoire
Relire Gabriel Camps
Kahina, une grande figre de la résistance berbère

Editorial de Bernard Lugan

200e numéro de l’Afrique Réelle

Avec ce numéro l’Afrique Réelle fête son 200e numéro.
Chaque mois, la revue offre à ses abonnés, une lecture approfondie de l’actualité africaine fondée sur une approche pluridisciplinaire : géopolitique, histoire, économie, culture, anthropologie et géographie.
Une diversité d’angles qui permet de comprendre les dynamiques profondes du continent loin des analyses superficielles et des idées toutes faites. Les abonnés reçoivent en plus, lorsque l’actualité l’exige, des communiqués ponctuels.

La revue consacre une attention particulière aux constantes ethno historiques trop souvent ignorées dans les analyses classiques. C’est ainsi que, depuis le début de l’actuelle guerre du Sahel ont été mis en évidence :
- Les tensions ethniques anciennes et leurs prolongements actuels.
- Les erreurs d’interprétation des dirigeants français.
- Les liens entre trafic, démographie, migration et insécurité.
- L’islamisme, surinfection de plaies ethniques séculaires et non origine du conflit.

La revue est une référence pour comprendre les réels enjeux africains contemporains, notamment dans les domaines : sécurité et défense, diplomatie, développement, histoire africaine, perspectives économiques, investissements, diasporas africaines en France.
La revue mène également un combat permanent contre la fausse histoire que tentent d’imposer le wokisme et le courant décolonial.

Parmi les nombreux thèmes abordés dans ce numéro 200, le Mali tient une place importante avec l’évidence du fait touareg qui dépasse les clivages ou les analyses à « l’européenne » présentant ce peuple divisé entre « nationalistes » et « islamistes ». En effet, Iyad Agh Ghali, chef du groupe « jihadiste » JNIM et Agh Intalla, le chef du FLA (Front de libération de l’Azawad), sont avant tout des Touareg. On relira à ce sujet mon communiqué 24 octobre 2020 intitulé Mali : « Le changement de paradigme s’impose » : 

« Dans le nord du Mali, le problème n’est pas d’abord celui de l’islamisme, mais celui de l’irrédentisme touareg. Cette donnée de longue durée enracinée dans la nuit des temps se manifeste depuis 1962 à travers des résurgences périodiques . Selon le rapport de force du moment, elle s’exprime sous divers drapeaux. Aujourd’hui, c’est sous celui de l’islamisme (…). Leurs conseillers ayant négligé de prendre en compte le poids de l’ethno-histoire, les dirigeants français ont défini une politique brumeuse confondant les effets et les causes. D’où l’impasse stratégique actuelle de laquelle il est d’autant plus difficile de nous extraire que les rapports de force locaux ont changé. En effet, ses « émirs » algériens ayant été tués les uns après les autres par Barkhane, Al-Qaïda-Aqmi n’est donc plus localement dirigée par des étrangers, mais par le Touareg Iyad Agh Ghali. Or, ce dernier a fini par reprendre en main les diverses factions touareg un moment officiellement et artificiellement rivales (…) le nord du Mali est désormais sous son contrôle. (…) l’erreur serait de continuer à nous obstiner dans une analyse reposant sur l’artificiel slogan de la lutte contre le « terrorisme islamiste ».

vendredi 17 juillet 2026

Mali : Anéfis, un Na San malien ?

En 1952, à Na San, le général Salan avait saigné les forces du Vietminh en les attirant dans une bataille frontale. Au Mali, n’ayant réalisé jusque-là que de piètres prestations militaires, les Russes viennent de porter un coup majeur à la coalition touareg en lui tendant le piège d’Anéfis dans lequel elle est tombée.

Après cinq jours de combats, le 9 juillet, l’offensive touareg contre le camp d’Anefis, verrou du nord-Mali était un échec sanglant pour les Touareg écrasés sous la puissance de feu du contingent russe. Or, à la différence des Peul qui combattent dans la partie sud du Sahel, les Touareg maliens n’ont pas de réserves démographiques
et ils n’ont pas réussi à rallier à leur cause leurs frères du Niger et d’Algérie. De plus, leurs « petits cousins » Imghad et Daoussak les combattent… Leur « réservoir » de combattants vient donc d’être sérieusement  entamé.

Conséquence immédiate, la diplomatie russe a imposé la reprise des contacts à l’Algérie et au Mali, ses deux alliés en guerre. Dès le 10 juillet, l’Algérie et le Mali annoncèrent ainsi le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens aux vols civils et militaires.
Le piège d’Anéfis rebattait les cartes et l’histoire montrait, une fois de plus, qu’il ne faut jamais vendre trop tôt la peau de l’ours russe…

Le numéro du mois d’août 2026 que les abonnés recevront le 1° août
  contiendra une analyse en profondeur de cette bataille et de ses très importantes conséquences régionales
Pour  replacer ces évènements dans leur contexte historique on lira mes deux livres :
- Les guerres du Sahel des origines à nos jours
- Histoiredu Sahel des origines à nos jours

dimanche 12 juillet 2026

Il y a cent ans, le 15 juillet 1926, la Grande mosquée de Paris était inaugurée. Lyautey soutenait le projet quand Maurras s’en inquiétait.

Le 15 juillet sera célébré le 100° anniversaire de l’inauguration de la Grande mosquée de Paris construite à l’origine pour honorer les soldats musulmans morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale. La loi du 19 août 1920 avait autorisé l’État français à en financer la création. Or, comme celle du 9 décembre 1905, article 2, interdit à l’État, aux départements et aux communes un tel financement, la mosquée fut donc présentée comme l’élément d’un ensemble culturel et scientifique.

Le maréchal Lyautey joua un rôle essentiel dans l’histoire de l’édification  de la mosquée. Le 19 octobre 1922, alors qu’il était Résident général de France au Maroc, il vint à Paris pour la pose de sa première pierre et il prononça à cette occasion un discours dont la teneur est résumée par la phrase suivante :
« Quand s’érigera le monument que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel de l’Île-de-France qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses. »

Le discours de Lyautey s’inscrivait à la fois dans sa politique de respect des traditions musulmanes telle qu’il la réalisait alors au Maroc, et dans la vision impériale de la « plus grande France ». Charles Maurras qui, au-delà du Maroc et de l’Empire, pensait d’abord à l’avenir de la France, ne partageait pas ce sentiment que l’on pourrait qualifier d’ « œcuménique-impérial ».

Le 13 juillet 1926, deux jours avant l’inauguration de la mosquée, il consacra ainsi à l’évènement sa chronique quotidienne dans l’Action française. Il y louait le sacrifice des soldats musulmans en termes élevés, évoquant ces « nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux », mais tout en s’inquiétant du « réveil de l’Islam ». Dans cet article, Maurras craignait qu’en définitive, la France devienne en quelque sorte la « colonie de ses colonies » comme le dira plus tard Edouard Herriot [1] :

(…)  Nous sommes probablement en train de faire une grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. Il n’y a peutêtre pas de réveil de l’Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l’on fait se trouve être aussi la plus vaine des choses. Mais, s’il y a un réveil de l’Islam, et je ne crois pas que l’on en puisse douter, un trophée de la foi coranique sur cette colline SainteGeneviève où tous les plus grands docteurs de la chrétienté enseignèrent contre l’Islam représente plus qu’une offense à notre passé : une menace pour notre avenir. On pouvait accorder à l’Islam, chez lui, toutes les garanties et tous les respects. Bonaparte pouvait se déchausser dans la mosquée, et le maréchal Lyautey user des plus éloquentes figures pour affirmer la fraternité de tous les croyants : c’étaient choses lointaines, affaires d’Afrique ou d’Asie. Mais en France, chez les Protecteurs et chez les Vainqueurs, du simple point de vue politique, la construction officielle de la mosquée et surtout son inauguration en grande pompe républicaine exprime quelque chose qui ressemble à une pénétration de notre pays et à sa prise de possession par nos sujets ou nos protégés. Ceuxci la tiendront immanquablement pour un obscur aveu de faiblesse. Quelqu’un me disait hier : -Qui colonise désormais ? Qui est colonisé ? Eux ou nous ? J’aperçois, de ci de là, tel sourire supérieur. J’entends, je lis telles déclarations sur l’égalité des cultes et des races. On sera sage de ne pas les laisser propager trop loin d’ici par des hautparleurs trop puissants. Le conquérant trop attentif à la foi du conquis est un conquérant qui ne dure guère. Nous venons de transgresser les justes bornes de la tolérance, du respect et de l’amitié. Nous venons de commettre le crime d’excès. Fasse le ciel que nous n’ayons pas à le payer avant peu et que les nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux ne soient jamais grisées par leur sentiment de notre faiblesse. » (Charles Maurras, L’Action française, 13 juillet 1926).
 
L’inauguration se fit donc le 15 juillet 1926 en présence de Gaston Doumergue, président de la République française, de Moulay Youssef, sultan du Maroc, et d’Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères. Le maréchal Lyautey qui n’était plus Résident au Maroc depuis 1924, n’assista pas à l’inauguration car il était alors en convalescence après une lourde prostatectomie subie au printemps 1926. En revanche, le sultan Moulay Youssef lui rendit visite deux jours plus tard, le 18 juillet 1926, dans sa propriété de Thorey.

En 2026, un siècle après l’inauguration de cette première mosquée, selon le Ministère de l’Intérieur et le CFCM, il y a en France métropolitaine environ 2 600 lieux de culte musulmans (mosquées et salles de prière). 

mercredi 1 juillet 2026

L'Afrique Réelle N°199 - Juillet 2026

Sommaire

Actualité
Russie-Algérie, une double rivalité régionale
Dossier
Maroc-Algérie : quand la géographie façonne l’histoire
Qui a assassiné les moines de Tibhirine ?
La question du Somaliland
Document
Mali, aux origines d’une guerre de soixante-dix ans
Livres
Relire Emile-Félix Gautier


Editorial de Bernard Lugan

La descente aux enfers du Mali

Triste retour à la réalité pour la junte malienne. Il y a trois ans, porté par la liesse populaire et ivre de superlatifs anti-Français, un groupe de militaires jurait qu’il allait reprendre le contrôle du territoire sur les groupes armés et rétablir la « souveraineté sécuritaire ». Trois ans plus tard, la junte a perdu le contrôle de la quasi-totalité du pays… Et, sans l’appui des mercenaires russes d’Africa Corps, elle aurait été balayée de Bamako par l’offensive coordonnée des Touareg, tant islamistes que nationalistes. Quant à la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale du dispositif militaire, elle a révélé au grand jour la vulnérabilité et la faiblesse d’une armée dépassée par des « rebelles » désormais capables de frapper au cœur même du dispositif étatique. Sans même parler de la situation économique qui est tout simplement apocalyptique.

Il faut en effet bien avoir à l’esprit que le départ des troupes françaises exigé par la junte malienne au nom de l’anti-impérialisme, a permis aux divers mouvements en lutte contre le pouvoir de Bamako de monter en puissance. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une nébuleuse « terroriste » cantonnée aux zones rurales, mais d’une force en mesure - elle l’a montré fin avril - de planifier des opérations à la fois complexes et coordonnées. Face à cela, la junte a commis une grande erreur qui est d’avoir cru que la Russie était un partenaire militaire fiable qui allait avantageusement remplacer l’armée française. Résultat, elle est aujourd’hui totalement dépendante des mercenaires russes dont l’efficacité sur le terrain n’a toujours pas été démontrée…

Ivre de propos nationalistes, la junte sudiste ethnocentrée a refusé de prendre en compte la réalité ethnoculturelle du Mali, s’enfermant tout au contraire dans une stratégie sécuritaire sans issue. Une permanence stratégique qui, depuis l’indépendance, traduit la volonté des sudistes de soumettre et de dominer leurs anciens maîtres nordistes. En face, les groupes armés touareg ont réalisé une convergence tactique, réussissant - pour le moment du moins - à former un front militaire, certes hétérogène, mais uni par un lien ethnique et un rejet commun de l’État sudiste malien. Peut-être encore plus grave, le naufrage malien a fait également apparaître au grand jour l’incapacité de l’Alliance des Etats du Sahel qui avait été présentée comme une réponse souveraine et régionale à l’insécurité, et qui a totalement échoué. 

Tous ces drames auraient été évités si le général de Gaulle avait écouté les notables touareg comme le montre le document exceptionnel publié pages 13 à 15 dans ce numéro.  
Face à cette descente aux enfers, le discours officiel de la junte est de plus en plus hors sol. Saoulés d’invectives anti-françaises, de discours panafricanistes anti-impérialistes et de promesses vides, les militaires au pouvoir à Bamako savent que, sauf miracle, leurs jours sont comptés. Pendant ce temps, au Tchad, où un timide réalisme semble peu-à-peu renaître, les conseillers militaires français commencent discrètement à revenir…