mardi 3 février 2026

Avec l’assassinat de Seif al-Islam, la seule option crédible de réunification de la Libye disparait

Désigné le 14 septembre 2015 par le Conseil suprême des tribus de Libye comme son représentant légal, donc seul habilité à parler au nom des vraies forces vives de Libye que sont les tribus, candidat à l’élection présidentielle libyenne, Seif al-Islam était le seul à pouvoir reconstituer l'alchimie tribale pulvérisée par l'injustifiable intervention militaire franco-otanienne de 2011. Il le pouvait car il se rattachait par le sang, à la fois aux deux grandes confédérations tribales des Awlad Sulayman de Tripolitaine par son père, et des Sa'adi de Cyrénaïque par sa mère. A travers sa personne, pouvait donc être reconstitué l'ordre institutionnel libyen démantelé par la France et la Grande-Bretagne au nom de la « démocratie » et des « droits de l’homme ».

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Pour en savoir plus, on se reportera à mon livre Histoire de la Libye des origines à nos jours.

dimanche 1 février 2026

L'Afrique Réelle n°194 - Février 2024

Sommaire

Actualité
- L’Algérie se marginalise
- Le football, triste révélateur de l’état moral de l’Algérie
Dossier : Les frontières de l'Algérie
- Le contentieux territorial algéro-libyen
- Les amputations du Maroc au profit de l’Algérie
- Le contentieux territorial  Tunisie-Algérie
Livre
Quand les Africains colonisaient l’Afrique


Editorial de Bernard Lugan

L’Algérie, dernier Etat colonial en Afrique…

L’Algérie qui vient de criminaliser la colonisation française ferait bien de «_balayer devant sa porte ». En effet, et comme le dossier central de ce numéro de l’Afrique Réelle le montre, l’Algérie dont la boussole semble être définitivement bloquée sur les années 1960, est en réalité le dernier Etat colonial en Afrique. 

Guidée par sa haine de la France, elle a décidé de réactiver le discours anticolonialiste  qui fut celui du siècle dernier. Or, ce faisant, elle va se trouver dans l’inconfortable position de l’« arroseur arrosé ». 

Durant des décennies, l’Algérie a en effet exigé que se tienne un référendum afin de savoir si les populations du Sahara dit « occidental » qui n’avaient pourtant rien à voir avec elle, avaient vocation à retourner dans le giron de leur mère patrie marocaine, ou bien si elles souhaitaient au contraire revendiquer l’indépendance. 
Or, en même temps, cramponnée à son riche héritage territorial colonial, Alger écartait toute idée de référendum pour les populations des provinces marocaines, tunisiennes et libyennes qui lui avaient été rattachées par le colonisateur français honni… 
De même, Alger se gardait bien d’évoquer la volonté des Touareg qui, dans les années 1960, refusant toute appartenance à la future Algérie, avaient demandé à la France un statut séparé. Quant au souhait des Kabyles, il s’inscrivait lui aussi dans une claire et argumentée revendication nationale obstinément niée par l’Algérie. 

En réactivant un discours anticolonial appartenant à une époque révolue,   l’Algérie  a donc ouvert une « boite de Pandore » qui, dans l’avenir, va lui causer bien des problèmes. Elle va en effet apparaître comme étant le dernier Etat colonial en Afrique. Un Etat colonial refusant d’appliquer le droit international à l’autodétermination, c’est-à-dire le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, aux populations des territoires marocains, tunisiens et libyens qui lui furent offerts par le colonisateur français et qu’elle considère comme lui appartenant définitivement. 

Quant à la revendication kabyle présentée comme une question de décolonisation inachevée, elle va se poser avec de plus en plus de force dans les années futures, les Kabyles soutenant, à juste titre, que leur patrie fut rattachée à l’Algérie sans consultation de sa population. 
Les mouvements kabyles vont donc nécessairement demander à l’ONU d’initier un processus international permettant au peuple kabyle d’exercer librement son droit à l’autodétermination dans ses frontières historiques d’avant la colonisation française. 
S’ils y réussissaient, ce serait alors l’existence même de l’Algérie qui serait en jeu. 
Voilà quel serait le résultat des réactions anti-françaises primaires des gérontes algériens …

Pour en savoir plus voir mes deux livres : Algérie l’Histoire à l’endroit et Histoire des Algéries.

vendredi 16 janvier 2026

vendredi 2 janvier 2026

jeudi 1 janvier 2026

L'Afrique Réelle n°193 - Janvier 2026

Sommaire

Actualité
Sud Kivu : l’emblématique prise d’Uvira par le M23
Dossier
L’année 2025 en Afrique : bilan et perspectives pour 2026
- Algérie : 2025, l’annus horribilis
- Du Sahel au Sahélistan ?
- Soudan : une guerre à la fois ethno-raciale et régionale
- Le Kivu face à l’expansionnisme du Rwanda
Dossier
Les changements climatiques et le peuplement de l’Afrique

Editorial de Bernard Lugan
 
Le chaos démocratique

Si la France fait face aujourd’hui à un rejet massif et global en Afrique, le désamour remonte à la Conférence franco-africaine de La Baule, quand, en 1990, François Mitterrand déclara que c’était par déficit de démocratie que le continent ne parvenait pas à se « développer ». Il conditionna alors l’aide de la France à l’introduction du multipartisme. 

Le résultat de ce diktat démocratique fut que, dans toute l’Afrique francophone, la chute du système de parti unique provoqua une cascade de crises et de guerres, le multipartisme y exacerbant l’ethnisme et le tribalisme jusque-là contenus et canalisés dans le parti unique.
Or, la démocratie du « one man, one vote » imposée à l’Afrique a mathématiquement donné le pouvoir aux peuples, aux ethnies ou aux tribus ayant le plus grand nombre d’électeurs. Ce que j’ai défini comme l’« ethno-mathématique électorale africaine », les peuples les plus prolifiques étant automatiquement détenteurs d’un pouvoir issu de l’addition des suffrages.

Or, encore, ce furent ces diktats électoraux vus localement comme des ingérences néocoloniales, qui ont peu-à-peu conduit à l’éviction de la France, notamment de la région sahélienne où, en dehors des officiels français et des vampires des ONG, personne n’a jamais cru à la comédie électorale, sondage ethnique grandeur nature et rite destiné à satisfaire les donateurs occidentaux… 
Plus de trois décennies après l’injonction faite à l’Afrique par François Mitterrand lors de son « discours de La Baule » le 20 juin 1990, la démocratie qu’il postulait être le remède aux maux du continent n’y a en effet apporté ni développement économique, ni stabilité politique et encore moins sécurité. 
Cet échec explique pourquoi des pays comme le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, le Tchad et la Centrafrique, ont décidé de tourner le dos à l’impératif de la « bonne gouvernance » et de se donner ou de se redonner des régimes autoritaires. Nous assistons là, à la fois à la fin d’un cycle et à un changement de paradigme.

Or, si la démocratie électorale a échoué à régler les conflits africains, c’est en raison de l’inadéquation entre des réalités socio-politiques communautaires enracinées et un système politique importé à base individualiste. Comment le greffon démocratique européen aurait-il d’ailleurs pu prendre en Afrique sud-saharienne où, traditionnellement, l’autorité ne se partageait pas, où la séparation des pouvoirs était inconnue, et où les chefs détenaient à travers leur personne à la fois l’auctoritas et la potestas ?
Comment a-t-on pu faire croire aux Africains que la transposition de la démocratie occidentale était possible sans qu’auparavant il ait été réfléchi à la création de contre-pouvoirs, au mode de représentation et d’association au gouvernement des peuples minoritaires condamnés par l’ethno-mathématique électorale à être pour l’éternité écartés du pouvoir ?

jeudi 25 décembre 2025

C’est à l’Algérie de rembourser ce qu’elle doit à la France et non le contraire…

Mercredi 24 décembre 2025, l’Assemblée algérienne a voté à l’unanimité une proposition de loi insultante visant à obtenir « la reconnaissance et les excuses officielles de l’État français ».
Or, si les godillots parlementaires algériens avaient un minimum de décence, ils auraient, tout au contraire, dû acclamer la France, tant leur pays lui doit tant. Jusqu’à son nom qui lui fut donné par elle en 1839…
Au moment de l’indépendance de juillet 1962, tout ce qui avait été bâti en Algérie y avait en effet été construit par la France à partir du néant, dans un pays qui n’avait jamais existé puisqu’il était directement passé de la colonisation turque à la colonisation française. Ce fut en effet la France qui créa l’Algérie en lui donnant ses frontières. Des frontières qui, à l’Ouest et à l’Est, furent tracées en amputant territorialement le Maroc, la Libye et la Tunisie. Une Algérie que la France ouvrit vers le Sud en lui offrant un Sahara qu’elle n’avait, et par définition, jamais possédé puisqu’elle n’avait jamais existé…

En 1962, la France légua à l’Algérie un héritage composé de 54 000 kilomètres de routes et pistes (80 000 avec les pistes sahariennes), de 31 routes nationales dont près de 9000 kilomètres étaient goudronnés, de 4300 km de voies ferrées, de 4 ports équipés aux normes internationales, de 23 ports aménagés (dont 10 accessibles aux grands cargos et dont 5 qui pouvaient être desservis par des paquebots),  de 34 phares maritimes, d’une douzaine d’aérodromes principaux, de centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), de milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels, de 31 centrales hydroélectriques ou thermiques, d’une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc., de milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités avec 800 000 enfants scolarisés dans 17 000 classes ( soit autant d’instituteurs, dont deux-tiers de Français), d’un hôpital universitaire de 2000 lits à Alger, de trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, de 14 hôpitaux spécialisés et de 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants.

Sans parler du pétrole découvert et mis en exploitation par des ingénieurs français. Ni même d’une agriculture florissante laissée en jachère après l’indépendance. Or, tout ce qui existait en Algérie en 1962 avait été payé par les impôts des Français. En 1959, l’Algérie engloutissait ainsi 20% du budget de l’Etat français, soit davantage que les budgets additionnés de l’Education nationale, des Travaux publics, des Transports, de la Reconstruction et du Logement, de l’Industrie et du Commerce !
 

La France s’est ruinée en Algérie alors qu’elle n’y avait aucun intérêt économique réel. Qu’il s’agisse des minerais, du liège, de l’alpha, des vins, des agrumes etc., toutes les productions algériennes avaient en effet
   des coûts supérieurs à ceux du marché international. Or, toujours généreuse, la France achetait à des cours largement supérieurs au marché des productions qu’elle avait déjà largement payées puisqu’elle n’avait jamais cessé de les subventionner !

Non seulement la France n’a pas pillé l’Algérie, mais, à défaut d’une réaction virile, elle serait fondée à « présenter la facture » aux gérontes qui gouvernent ce pays.

vendredi 12 décembre 2025

lundi 1 décembre 2025

L'Afrique Réelle n°192 - Décembre 2025

Sommaire

Actualité :
- Nigeria : Guerre ethnique ou conflit religieux ?
- Soudan : Une guerre ethnique et raciale
- Mali : Vers l’effondrement ?
- Russie-Algérie, vers la rupture ?
Dossier :
Madagascar et la double colonisation africano-indonésienne


Editorial de Bernard Lugan

Opéré à la demande des autorités maliennes, le départ des forces françaises a ouvert la voie au GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). Affilié à Al-Qaida, le GSIM est en réalité autonome de la centrale dirigeant cette nébuleuse terroriste. Même s’il se réclame de l’islam rigoriste, sa prise de contrôle  par le chef Touareg Iyad agh Ghali a fait du GSIM un mouvement d’abord ethno-islamiste avant d’être jihadiste. Cependant, compte tenu de la situation sur le terrain, la question qui se pose est de savoir si Iyad agh Ghali est aux portes du pouvoir au Mali. A ce sujet, certains médias ont annoncé la chute prochaine de Bamako. Une annonce qui semble prématurée pour deux grandes raisons :

1) La première est clairement ethnique. Apparaissant comme le bras armé des Touareg, le JNIM ne peut en effet que susciter le rejet de la part des sudistes, notamment des Bambara. Voilà pourquoi, depuis quelques semaines, le GSIM  tente de se présenter comme un mouvement islamo-nationaliste pluriethnique. Compte tenu des mémoires collectives, l’entreprise parait complexe…

2) Avec des effectifs variants, selon les sources, entre 5000 et 10 000 hommes, le GSIM n’est semble-t-il pas en mesure de lancer un assaut direct sur la capitale malienne. Pour mémoire, au mois de juin 2025, après avoir échoué devant Tombouctou, le 1er juillet, à Kayes, le GSIM a subi un grave échec en laissant des dizaines de morts sur le terrain. Même en difficulté, les 40_000 hommes des Forces armées maliennes (FAMa) conservent en effet une supériorité numérique et matérielle tout en bénéficiant théoriquement de l’appui-feu du contingent russe. A ce propos, comme depuis plusieurs semaines, les Russes d’Africa Corps sont curieusement  absents du champ de bataille, la question qui se pose est de savoir si Moscou n’aurait pas déjà acté la fin de l’actuel régime malien. L’avenir nous en dira plus.

Si Bamako est son objectif, la meilleure stratégie pour le GSIM serait de laisser la ville s’effondrer de l’intérieur, soit par des manifestations, soit par un blocus alimentaire et en carburant, soit par le chaos ou, d’abord, par un changement de régime. L’éclatement au grand jour de la rivalité au sein de l’armée entre Assimi Goïta et Sadio Camara, le ministre de la Défense, pourrait en effet être le signe annonciateur d’une révolution de Palais.

Une telle évolution pourrait débloquer la situation politique en ouvrant la voie à des négociations qui pourraient déboucher sur une coalition associant une fraction de la junte, une partie de la société civile et certains éléments « jihadistes ». Une solution pour gagner du temps mais qui sauverait la face de tous les protagonistes, et qui pourrait permettre à la Russie de ne pas perdre les positions acquises après l’éviction ou l’auto-éviction de la France.