jeudi 16 avril 2026

Seul Monsieur Bally Bagayoko maire de Saint-Denis, aurait-il donc le droit d’évoquer ses origines soninké ?

Le 26 mars 2026, au micro de Radio Nova, tout juste élu, Monsieur le maire de Saint-Denis, a porté à la connaissance du public que sa famille est issue de la noblesse malienne soninké et que « l’engagement politique je l’ai dans le sang ».

Certains esprits chagrins ont alors reproché à l’édile élu de la
France Insoumise, de revendiquer une « noble » ascendance. Je tiens immédiatement à les rassurer car, se revendiquant en même temps d’une caste de forgerons, il y a par définition antinomie avec la « noblesse ». La société soninké est en effet divisée en castes héréditaires avec, au sommet, les nobles, suivis des castes artisanales (forgerons ou cordonniers) et des esclaves-dépendants. Les forgerons ne sont donc pas considérés comme nobles, même s’ils sont respectés car ils maîtrisent le feu et le travail du fer. Socialement, ils sont inférieurs aux nobles, mais supérieurs aux anciens esclaves-dépendants. La confusion faite par Monsieur Bally Bagayoko vient probablement du fait que les forgerons pouvaient exercer des fonctions de conseil auprès des chefs.

Le but de cette mise au point n’étant pas de traiter de la question du statut social des forgerons chez les Soninké, je peux donc renvoyer ceux qui désireraient approfondir la question à deux publications fondamentales à ce sujet :

- Winter, G ; Pollet, E., (1972) Bibliographie de la société soninké. Bruxelles, Institut de sociologie, 1972.
- Dianifaba, L ; Diakho,F., (2024) « L’enclume et ses “pouvoirs” : forger dans la société traditionnelle du Gajaaga ». Temporalités, n° 40, 2024.

Mon propos est tout autre. Il a pour cœur une question : serait-il permis aux décoloniaux de toujours présenter l’homme blanc en faisant référence à ses origines sociales, familiales, politiques, et à son passé historique, tout en interdisant à un historien africaniste de faire de même avec un maire nouvellement élu et qui, de lui-même, sans que la question se soit posée avant ses propres déclarations, a fait état de ses origines soninké ?

C’est pourtant ce que fait le site Mondafrique en publiant une tribune intitulée « Bally Bagayoko sommé de rendre des comptes… à ses ancêtres ». Une tribune qui se veut la réponse à mon analyse en date du 5 avril 2026 intitulée Monsieur le Maire Bally Bagayoko, et sinous parlions de l’esclavage héréditaire chez les Soninké ?

Pour l’intérêt du débat, je publie ici intégralement ma tribune du 5 avril 2026 dont seule une partie avait été mise sur le blog de l’
Afrique Réelle, le reste étant réservé aux abonnés à la revue :

Début de l’analyse publiée le 5 avril 2026 par l’Afrique Réelle et primitivement réservée aux seuls abonnés à la revue.
 

Monsieur Bally Bagayoko
, nouveau maire de Saint-Denis, est d’origine soninké. Sa famille vient de la région de Koulikoro au Mali. En pointe dans le discours racialiste revanchard, la question « D’où parles‑tu ? » ne lui a jamais été posée. Elle ne pourrait pourtant qu’être bien acceptée par un proche de la France Insoumise puisqu’elle est née dans les milieux maoïstes et gauchistes des années 1968. Une question qui permet aujourd’hui aux décoloniaux et aux héritiers de Foucault, Bourdieu et Althusser de dresser l’acte d’accusation de l’homme blanc. Une interrogation signifiant pour les déconstructeurs que toute prise de parole est située, socialement, politiquement et historiquement, et qu’elle explique donc le discours et les prises de position. Ce que les anglo-saxons ont défini comme la « théorie du point de vue » (standpoint theory).
Alors, d’où « parlez-vous », Monsieur Bally Bagayoko ?

La réponse est claire : depuis le monde soninké. Un monde à la très riche histoire puisqu’elle remonte au royaume de Ghana né au VIII° siècle. Un monde dans lequel l’esclavage n’était pas un simple système économique, mais une structure sociale globale, emprisonnante et héréditaire comme le montrent, entre autres, les livres cités en fin de cette mise au point. Selon Claude Meillassoux (1975 et 1986), les Soninké formaient une société esclavagiste au sens fort et Martin Klein (1998) a montré que les esclaves représentaient un tiers à la moitié de la population dans de nombreuses régions du Soudan occidental.

Les Soninké, appartiennent au grand ensemble mandé réparti dans les actuels Mali, Mauritanie et Sénégal (Soninké, Malinké, Bambara, etc.). Fondateurs de l’empire historique de Ghana qui dura du VIIIᵉ au XIᵉ siècle, les Soninké furent des acteurs essentiels dans les réseaux marchands transsahariens dont la traite esclavagiste à destination du monde nord-africain était une composante importante. 

Mais là n’est pas l’essentiel car, dans le monde mandé, donc chez les Soninké, l’esclave n’était pas d’abord destiné à la vente en dehors de l’ethnie, de la tribu ou du village, mais à demeurer un dépendant durable et familialement définitif. Voilà pourquoi, en 1905, quand la colonisation supprima l’esclavage africain traditionnel, cette décision juridique coloniale ne mit pas un terme à sa permanence sociale, le statut servile se transformant en clientélisme, c’est-à-dire en « modernisation » de la pratique, ce qui permit sa survie.

Abner Cohen et Gibril Sankoh (1995) ont montré que les Soninké furent parmi les premiers migrants ouest-africains vers la France. Mais, et là est peut-être l’essentiel, que l’émancipation par l’émigration des anciens esclaves soninké ne fut que théorique car les hiérarchies sociales perdurèrent. En France, le clivage entre « nobles » (horon) et descendants d’esclaves (komo) demeura en effet car il reste la marque d’une identification sociale et identitaire à laquelle il est impossible d’échapper puisqu’elle est aussi définitive que le sexe. L’esclavage chez les Soninké s’inscrit donc dans le temps long, puisque les hiérarchies sociales demeurent.

La plupart des sociétés mandé présentent une stratification tripartite. Les Horon / Foroba sont les hommes libres, qu’ils appartiennent à des lignages nobles ou roturiers. Les Nyamakala sont les membres des castes artisanales. Les Jon / Jongo sont les esclaves, aujourd’hui les dépendants. Ces appartenances sont héréditaires, sauf affranchissement explicite.

D’après Cohen et Sankoh (1995), le cas soninké est l’un des plus rigides du monde mandé car le statut d’esclave ne peut y être effacé. Il est indélébile puisque les descendants d’esclaves restent marqués, et cela, même après leur éventuel affranchissement. Les mariages entre Horon et descendants d’esclaves sont interdits, et les descendants d’esclaves sont exclus des fonctions d’autorité. Nous sommes donc bien en présence de sociétés dans lesquelles l’esclavage a certes été juridiquement supprimé, mais dans lesquelles subsiste sa réalité par ascendance. Ce statut est moins prégnant chez les Malinké ou chez les Bambara, peuples chez lesquels les mobilités sociales sont plus fréquentes. Mais tel n’est pas le cas chez les Soninké.

Or, le système soninké qui est donc l’un des plus institutionnalisés du monde mandé se retrouve dans la diaspora, ce qui explique largement les relations de travail et les clientèles électorales. Selon François Manchuelle (2004), le cas soninké est même comme un laboratoire de la sociologie des migrations ouest africaines. Il serait donc intéressant de voir comment cette réalité est articulée autour de la nouvelle équipe municipale de Saint-Denis en raison de l’endogamie stricte qui verrouille la mobilité sociale soninké. D’autant plus que Cohen et  Sankoh (1995) ont montré que la société soninké est un cas exemplaire permettant d’observer le passage « des propriétaires d’esclaves aux employeurs de travailleurs libres ».

En définitive, Saint-Denis pourrait être un laboratoire permettant de voir comment, une fois transplantée en France, une ancienne société esclavagiste sahélienne s’est transformée en société de migration de travail n’ayant rien abandonné de ses structures profondes et de ses enracinements. Nous voilà loin de l’« assimilation républicaine » …

Pour en savoir plus

Cohen, A ; Sankoh, G. S. K., (1995) Slavery, Emancipation and Labour Migration in West Africa : The Case of the Soninke. London.
- Klein, M.A., (1998) Slavery and Colonial Rule in French West Africa. Cambridge University Press.
- Lovejoy, P.E., (1983) Transformations in Slavery: A History of Slavery in Africa. Cambridge University Press (2e édition révisée : 2000 ; 3e édition augmentée : 2011.)
- Manchuelle, F., (2004) Les diasporas des travailleurs soninké (1848‑1960). Migrants volontaires. Paris.
- Meillassoux, C., (1975) L’esclavage en Afrique précoloniale. Paris.
- Meillassoux, C., (1986) Anthropologie de l’esclavage : Le ventre de fer et d’argent. Paris.

Fin de l’analyse publiée par l’Afrique Réelle le 5 avril 2026.

En réaction à mon analyse en date du 5 avril 2026, le 15 avril 2026, le site Mondafrique a publié un article  intitulé « Bally Bagayokosommé de rendre des comptes… à ses ancêtres », et me mettant en cause.

La conclusion de cet article est pour le moins insolite car j’y suis accusé : « (…) d’expliquer les vivants par les morts, les choix par les origines, et la politique par la généalogie ».

Chers confrères de Mondafrique, c’est pourtant très exactement ce que font les décoloniaux, les déconstructeurs et les membres de la France Insoumise quand ils parlent des sociétés européennes puisque, selon eux, toute prise de parole d’un homme blanc est située, socialement, politiquement et historiquement dans son passé (sombre par postulat ), ce qui explique ses discours et ses prises de position « néocoloniales » d’aujourd’hui...Le problème est que le boomerang vous est revenu en pleine figure…et de cela, vous n’avez pas encore l’habitude…

dimanche 5 avril 2026

Monsieur le Maire Bally Bagayoko, et si nous parlions de l’esclavage héréditaire chez les Soninké ?

Monsieur Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, est d’origine soninké. Sa famille vient de la région de Koulikoro au Mali. En pointe dans le discours racialiste revanchard, la question « D’où parles‑tu ? » ne lui a jamais été posée. Elle ne pourrait pourtant qu’être bien acceptée par un proche de la France Insoumise puisqu’elle est née dans les milieux maoïstes et gauchistes des années 1968. Une question qui permet aujourd’hui aux décoloniaux et aux héritiers de Foucault, Bourdieu et Althusser de dresser l’acte d’accusation de l’homme blanc. Une interrogation signifiant pour les déconstructeurs que toute prise de parole est située, socialement, politiquement et historiquement, et qu’elle explique donc le discours et les prises de position. Ce que les anglo-saxons ont défini comme la « théorie du point de vue » (standpoint theory).
Alors, d’où  « parlez-vous », Monsieur Bally Bagayoko ?

La suite de cette analyse (84%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.

mercredi 1 avril 2026

L'Afrique Réelle n°196 - Avril 2026

Sommaire

Dossier : La visite du pape en Algérie
- La visite du pape, une « divine surprise » pour le régime algérien
- La christianisation des Berbères
- Papes et grandes figures chrétiennes berbères
- Pourquoi les Coptes et les Maronites ont-ils maintenu leur religion et non les chrétiens du Maghreb ?
- Y eut-il des survivances du christianisme après la conquête arabo-musulmane ?
Hydrocarbures : L’Afrique pourrait-elle remplacer le Moyen-Orient ?
- Le pétrole africain
- Le gaz africain
- Le cas de l’Algérie

Editorial de Bernard Lugan

Du 13 au 15 avril, le pape se rendra en Algérie, un pays dans lequel le catholicisme a été éliminé en 1962 par l’épuration ethnique des Européens, et où l’éradication du christianisme est depuis cette date une constante politique. Un pays dans lequel l’Eglise catholique qui a choisi la « discrétion » se cantonne à un rôle de « témoignage » timide et respectueux des autorités. 
Comme l’église catholique ne représente plus un danger pour l’unité islamique de l’Algérie, elle est donc choyée par le régime. Ce dernier s’en sert comme d’une vitrine, mettant en avant sa docile soumission à l’islamité du pays afin de contrer le prosélytisme actif et courageux des divers courants protestants et évangélistes, notamment chez les Berbères.
En Algérie, la visite du pape va d’abord être l’occasion pour un régime aux abois de redorer son image internationale. Le récit officiel est d’ailleurs clair : « l’Algérie est la gardienne légitime de l’héritage culturel et spirituel de Saint Augustin »… Une telle hypocrisie sera naturellement relayée en France par les affidés et les stipendiés d’Alger.
L’on nous dit que le voyage du pape permettra de redonner vie au « dialogue islamo-chrétien ». Mais de quel dialogue parle-t-on dans un pays où, selon le rapport de l’ONG International Christian Concern : « Le gouvernement considère le christianisme comme un danger pour l’identité islamique algérienne et tente par tous les moyens de réglementer l’Église pour la réduire à néant ». 
Un pays dans lequel les autorités associent le christianisme à une forme de « trahison identitaire » et d’allégeance à l’Occident. 
Un pays où, en 2010, le ministre des Affaires religieuses M. Bouabdellah Ghlamallah, déclarait que : « Personne ne veut qu’il y ait des minorités religieuses en Algérie, car cela risquerait d’être un prétexte pour des ingérences étrangères sous couvert de protection des minorités ». 
Un pays dans lequel l’apostasie qui est passible de deux à cinq ans de détention et d'une amende de 500 000 à 1 million de dinars, a pour résultat la mort sociale des « traitres ».

Avec la guerre d’Iran et les problèmes de circulation dans le détroit d’Ormuz la question se pose de la pérennité des approvisionnements des pays européens en pétrole et en gaz. D’autant plus que l’Europe a décidé de se couper de la production russe. Dans ces conditions, la question est posée de savoir si l’Afrique pourrait remplacer le Moyen-Orient. 
Une question absurde car, avec 6,73 millions de barils de pétrole par jour pour une production mondiale de 105,14 millions de barils par jour, l’Afrique, n’est qu’un acteur secondaire. De plus, comme pour ce qui est du pétrole, l’Afrique est un producteur modeste de gaz. Sa production moyenne est en effet d’environ 260 à 270 milliards de m³ de gaz par an quand la production mondiale se situe autour de 4 000 à 4 200 milliards de m³ par an. La part de l’Afrique tourne donc autour de 6 à 7% de la production mondiale. L’UE important environ 500 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit deux fois la production totale de l’Afrique, on voit donc mal comment, à court et à moyen terme, cette dernière pourrait remplacer ses sources principales d’importation.

samedi 28 mars 2026

L’ONU vote une résolution qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave contre l’humanité »… mais passe sous silence les traites inter-africaines et arabo-musulmanes

Le 25 mars 2026 par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions l’ONU a adopté une résolution qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave contre l’humanité ». Ont voté pour cette résolution la totalité des pays africains à l’exception du Bénin, la totalité des Pays arabes, des pays asiatiques et du « Sud global », à l’exception d’Oman ; 3 États ont voté contre (États‑Unis, Israël et Argentine), et 52 Etats se sont abstenus dont tous les pays de l’Union européenne, plus le Royaume-Uni.

Avant l’analyse en profondeur réservée aux abonnés à l’Afrique Réelle, ce vote appelle trois remarques préalables :

1) Il est pour le moins « insolite » qu’aient voté pour cette résolution des pays ayant un puissant passé esclavagiste, ainsi:
- L’Egypte, où dans les années 1880, au Caire, les soixante-dix marchands d’esclaves ayant pignon sur rue, vendaient des hommes, des femmes et des enfants capturés  dans  l’actuel Soudan du Sud.
- La Libye, dont les marchands d’esclaves d’hier razziaient la région tchadienne la vidant de sa population, et dont les trafiquants d’aujourd’hui réduisent  des milliers de migrants en esclavage,
- L’Algérie, dont les pirates écumaient la Méditerranée et ses littoraux à la recherche d’esclaves européens,
- La Mauritanie, véritable cas d’école où, malgré plusieurs abolitions l’esclavage qui est encore une réalité  touche les Haratines et certaines castes négro‑mauritaniennes, soit environ 1,2 % de la population. Et où Biram Dah Abeid, figure majeure du combat anti‑esclavagiste, fondateur  de l’IRA-Mauritanie (Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste), lauréat du Prix des droits de l’homme de l’ONU (2013) est régulièrement emprisonné.
- La Tanzanie, dont le seul marché de Zanzibar a vu passer des centaines de milliers d’esclaves,
- Les pays de la péninsule arabe qui étaient les pourvoyeurs de ce honteux commerce, ainsi que l’Iran et les pays du Moyen-Orient, destinations de ces esclaves…

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Pour une analyse en profondeur de la question, on se reportera à mon livre Esclavage, l’histoire à l’endroit

mercredi 25 mars 2026

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Les élections à Roubaix, Lille, Saint-Denis et dans bien d’autres villes montrent que le « grand remplacement » s’est produit et que, comme le prophétisait Edouard Herriot en 1946, la France est devenue « la colonie de ses colonies ». Or, les lois de la démographie font que le phénomène va se développer et même s’accélérer. Pour y faire face, il est donc urgent d’en connaître les origines et d’en identifier les vecteurs. 

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mercredi 11 mars 2026

Réflexions à propos du prochain voyage du pape en Algérie

En se rendant en Algérie au mois d’avril prochain, le pape Léon XIV, lui-même issu de l’ordre de Saint-Augustin, va donc marcher sur les pas de son maître spirituel, le Berbère saint Augustin. Ce dernier est en effet né le 13 novembre 354 à Thagaste, l’actuelle Souk Arras, et il est mort le 28 août 430 à Hippone, l’actuelle Annaba (Bône). C’est cependant un singulier voyage que le souverain pontife va entreprendre. Singulier en effet, et pour cinq grandes raisons :

1) Le chef de l’Eglise catholique va se rendre
en visite officielle en Algérie où en dehors de migrants sudsahariens et de quelques diplomates, les catholiques ont disparu, chassés en 1962 par une épuration ethnique organisée par les fondateurs de l’actuel régime.

2) Le pape va visiter l’Algérie où sa propre église qui s’est mise en dhimmitude volontaire a abandonné l’idée même de conversion. Se cantonnant à un rôle de « témoignage », elle va jusqu’à décourager les musulmans désireux de la rejoindre afin de ne pas « froisser » les autorités pourtant si « tolérantes » de l’Algérie. « Tolérantes » en effet car, dans ce pays où la Constitution reconnaît la liberté de culte, l’apostasie qui est passible de deux à cinq ans de détention et d'une amende de 500 000 à 1 million de dinars, a pour résultat la mort sociale des « traitres ».

3) Le christianisme existe en Algérie, mais ce n’est plus le catholicisme…Comme ce dernier a renoncé à sa mission, à sa vocation, les courants protestants et évangélistes l’ont en effet remplacé. Et le moins que l’on puisse dire, est que le pape n’est pas pour eux une référence religieuse…

4) En Algérie, où les centaines d’églises si vivantes avant 1962 ont été fermées, rasées, pillées, souillées ou transformées en mosquées, où les cimetières chrétiens ont été profanés et labourés, la visite du pape va être l’occasion pour un régime aux abois de redorer son image internationale. Le récit officiel est d’ailleurs bien rodé : « l’Algérie est la gardienne légitime de l’héritage culturel et spirituel de Saint Augustin » …Une telle hypocrisie qui abusera évidemment les éternels gogos sera naturellement relayée en France par les affidés et les stipendiés d’Alger.
 
5) Le pape va enfin être reçu dans un pays où, comme le résume un rapport de l’ONG International Christian Concern : « Le gouvernement considère le christianisme comme un danger pour l’identité islamique algérienne et tente par tous les moyens de réglementer l’Église pour la réduire à néant ». Un pays dans lequel les autorités associent le christianisme à une forme de « trahison identitaire » et d’allégeance à l’Occident. En 2010, le ministre des Affaires religieuses de l’époque, Bouabdellah Ghlamallah, déclarait ainsi : Personne ne veut qu’il y ait des minorités religieuses en Algérie, car cela risquerait d’être un prétexte pour des ingérences étrangères sous couvert de protection des minorités».
 
Mais pourquoi donc avoir choisi l’Algérie où, depuis 1962, tout a été entrepris afin d’éradiquer ce qui, de près ou de loin, pourrait remettre en question le dogme de l’unicité musulmane du pays ? L’on nous dit que ce serait pour redonner vie au dialogue islamo-chrétien. Certes, mais n’existait-il pas des pays musulmans africains dans lesquels le dialogue islamo-chrétien est une réalité vivante ? Le Vatican aurait ainsi, et par exemple, pu penser à l’Egypte, au Maroc ou encore au Sénégal…
 
Le numéro du mois d’avril 2026 de l’Afrique Réelle qui sera très largement consacré à l’histoire du christianisme nord-africain sera bâti autour de plusieurs grands thèmes dont :
- La réalité de la christianisation des Berbères à l’époque romaine.
- Les trois papes et les grandes figures chrétiennes berbères.
- Pourquoi les Coptes, les Maronites et tous les chrétiens d’Orient ont-ils maintenu leur religion malgré l’islamisation, et non les chrétiens du Maghreb ?
- Y eut-il des survivances du christianisme après la conquête arabo-musulmane du VIIIe siècle ?

samedi 28 février 2026

L'Afrique Réelle n°195 - Mars 2026

Sommaire

Actualité
- Seif al-Islam Kadhafi assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie
Dossier
- Maroc-Algérie-pays du Golfe, la nouvelle géopolitique du Maghreb
- L’Algérie exportera-t-elle encore des hydrocarbures en 2040 ?
- Le blé, une production stratégique pour l'Afrique
Histoire
- Les « Accords d’Evian » ou le début de l’épuration ethnique des Européens d’Algérie et du massacre des Harkis
- L’Empire africain britannique, un « mauvais investissement » ?
- L’ethnogenèse des Berbères


Editorial de Bernard Lugan

Seif al-Islam Kadhafi a été assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie. Cette vieille terre berbère aujourd’hui arabisée et islamisée après avoir été tour à tour colonisée par les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Turcs, et enfin par les Italiens, se caractérise par la faiblesse du pouvoir central face aux permanences tribales et régionales. Véritables « fendeurs d'horizons », les ensembles tribaux les plus forts ont toujours contrôlé les couloirs de nomadisation reliant la Méditerranée à la région tchadienne. Les trafics d'aujourd'hui (drogue et migrants), se font le long de ces voies tracées par la géographie. 
N’ayant pas voulu voir que la réalité politique libyenne repose sur l’équilibre et sur les jeux de pouvoir entre les grandes confédérations tribales et régionales, ceux qui, en 2011, au nom de l'ingérence démocratique, mirent à bas le régime du colonel Kadhafi, ont directement provoqué le chaos. Ceux qui viennent de faire assassiner son fils Seil al-Islam ont décidé de l’entretenir car ils en vivent.

La longue histoire des Berbères précède de 10 000 ans la conquête arabo-musulmane. Une évidence niée par certains historiens « officiels » algériens, dont Mohamed El Amine Belghit, pour qui « l’amazighité est un projet idéologique sioniste-français par excellence » car, selon lui, les Berbères n’existent pas. En 1962, Abderrahmane Ben Hamida, ministre algérien de l’Education nationale, avait quant à lui déclaré que « Les Berbères sont une invention des Pères Blancs »… L’ethnogenèse des Berbères permet de réfuter un tel mensonge ethnique et historique.

L’Algérie se trouve dans une situation de grande vulnérabilité avec à la fois une baisse de la production des hydrocarbures, et une hausse de la demande interne. Or, comme les hydrocarbures représentent près de 95% des exportations et plus de 60% du budget algérien, la situation économique rentière du pays va inéluctablement devenir intenable.

En France, nous disposons des travaux pionniers de Jacques Marseille qui montrent que son empire colonial fut une ruine pour la France. Aujourd’hui, grâce aux publications universitaires récentes, il est possible d’affirmer que l’empire africain ne fut pas un élément de la puissance économique britannique car il n'en constituait qu’un élément secondaire, pour ne pas dire marginal. En revanche, il fut un espace stratégique, politique et symbolique. 

Les 18 et 19 mars, la France officielle et masochiste va « célébrer » l’anniversaire des « accords d’Evian » et du « cessez-le-feu » en Algérie. La « célébration » d’un abandon doublé d’une tragédie. Les accords d’Évian ont en effet été violés sur plusieurs points essentiels par les nouvelles autorités algériennes, notamment en ce qui concerne la sécurité des personnes (Harkis, Européens), les biens, et certaines clauses de coopération.

lundi 23 février 2026

La question du trésor du dey d’Alger, encore une fausse accusation algérienne lancée contre la France

Dans l’acte d’accusation de la France dressé par le régime algérien et ses affidés, la question du « pillage » du trésor du dey turc d’Alger revient en ce moment à travers le prisme d’une littérature obsolète.
Dans l’ignorance la plus absolue de l’état des connaissances, les accusateurs de la France soutiennent ainsi que la France aurait décidé l’expédition d’Alger afin de faire main-basse sur ce trésor, et que ce dernier lui aurait rapporté des sommes considérables. Or, la réalité est une fois de plus bien différente de ces affirmations à but idéologique.
 
Outre le fait qu’il était le produit de décennies de razzia, de captures de navires, de ventes d’esclaves européens et de rançons, le trésor du dey d’Alger qui fut minutieusement inventorié s’élevait à 55 683 000 de francs de l’époque, soit l’équivalent d’environ 456.600 000 euros.
De cette somme, doivent être retirés les frais de l’expédition qui s’élevaient à 48.500.000 francs, soit
l’équivalent d’environ 397.000.000 euros, ce qui donne une « recette » pour la France de 7.183 000 de francs de l’époque, soit environ 58.900.000 euros.
 
Or encore, il s’agit là d’une somme dérisoire. En effet, à titre de simple comparaison, le coût de fabrication d’une seule frégate de 40-50 canons (1800–1840) variait à l’époque entre 1,5 et 2,5 millions de francs, soit entre 26 et 40 millions d’euros.
Le trésor du dey d’Alger aurait donc pu permettre de financer au maximum la construction de 2 à 3 frégates…
 
Pour mémoire, la flotte française qui se présenta devant Alger au mois de juillet 1830 était composée de 350 bâtiments dont 103 navires de guerre dont 5 ou 6 vaisseaux de ligne (74 canons), d’une quinzaine de frégates, des corvettes et bricks etc.
 
Ces quelques chiffres permettent de mesurer l’abîme séparant la propagande algérienne de la réalité historique.
 
Le numéro de l’Afrique Réelle du mois d’avril 2026 que les abonnés à jour d’abonnement recevront au début du mois contiendra une mise au point détaillée sur la question de ce trésor.
Pour la remise en question globale de la fausse histoire algérienne, on se reportera à deux de mes livres :