Sommaire
Actualité :
La France a-t-elle besoin de l’Afrique ?
Dossier : Afrique, Etat et démocratie
Etat-ethnique ou Etat-Nation ?
Rwanda : comment la démocratie a conduit au génocide
Sahel : comment la démocratie entretient la guerre
Histoire :
Algérie : relire Daniel Lefeuvre
En 1830, la France s'empare du trésor du dey d'Alger
Editorial de Bernard Lugan
La France a-t-elle besoin de l’Afrique ?
Dossier : Afrique, Etat et démocratie
Etat-ethnique ou Etat-Nation ?
Rwanda : comment la démocratie a conduit au génocide
Sahel : comment la démocratie entretient la guerre
Histoire :
Algérie : relire Daniel Lefeuvre
En 1830, la France s'empare du trésor du dey d'Alger
Editorial de Bernard Lugan
L’histoire de ces dernières décennies montre qu’en Afrique, démocratie = ethno-mathématique électorale, avec pour résultat que les ethnies les plus nombreuses remportent automatiquement les élections. Voilà pourquoi, au lieu d’éteindre les incendies, les scrutins électoraux les ravivent.
Plus que jamais, il importe donc de méditer cette profonde réflexion que le Gouverneur général de l’AOF fit en 1953, et qui n’est pas une découverte pour les lecteurs de l’Afrique Réelle : « Moins d’élections et plus d’ethnographie, et tout le monde y trouvera son compte » …
Plus de trois décennies après l’injonction faite à l’Afrique par François Mitterrand lors de son « discours de La Baule » le 20 juin 1990, la démocratie qu’il postulait être le remède aux maux du continent n’y a en effet apporté, ni développement économique, ni stabilité politique, et encore moins sécurité. Ce terrible échec explique pourquoi des pays comme le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, le Tchad et la Centrafrique, ont décidé de se donner ou de se redonner des régimes autoritaires.
Or, si la démocratie électorale a échoué en Afrique, c’est en raison de l’inadéquation entre des réalités socio-politiques communautaires enracinées et un système politique importé à base individualiste.
Comment le greffon démocratique individualiste aurait-il d’ailleurs pu prendre en Afrique sud-saharienne où, traditionnellement, l’autorité ne se partageait pas, où la séparation des pouvoirs était inconnue, et où les chefs détenaient à travers leur personne à la fois l’auctoritas et la potestas ?
Comment a-t ‘on pu faire croire aux Africains que la transposition de la démocratie occidentale était possible sans qu’auparavant il ait été réfléchi à la création de contre-pouvoirs, au mode de représentation et d’association au gouvernement des peuples minoritaires condamnés par l’ethno-mathématique électorale à être pour l’éternité écartés du pouvoir ?
L’exemple du Sahel est parlant : comme ils sont minoritaires, les pasteurs, notamment les Touareg et les Peul qui, à la veille de la colonisation étaient les dominants, sont aujourd’hui exclus du pouvoir par les urnes. Pour eux, la « solution » électorale n’est donc qu’une farce puisqu’elle ne fait que confirmer à chaque scrutin les pourcentages ethniques, légitimant ainsi le pouvoir de ceux dont les femmes sont les plus fécondes. Acculés par la démocratie à être pour l’éternité des sous-citoyens, dès la décennie 1960, ils ont donc pris les armes.
Enfermés dans la bulle idéologique du « démocratique d’abord », ceux qui font la politique africaine de la France n’ont pas voulu prendre en compte l’évidence qui est qu’ici, les rapports entre les populations nordistes et les populations sudistes répondent à des constantes millénaires, et que les structures civilisationnelles reposent sur les groupes, non sur les individus, ce qui interdit de ce fait toute transposition de notre individualisme politique électoral.