samedi 17 août 2013

L’Egypte peut-elle devenir une nouvelle Syrie ?

Entre le « cancer islamiste » - lire les Frères musulmans -, et « l’apostasie militaire », - lire le général  Abdel Fattah al-Sissi -, l’Egypte se dirige-t-elle vers une guerre civile dont les conséquences seraient telluriques pour toute la sous région ?

Comme je l’ai déjà écrit lors de précédentes analyses, en Egypte, depuis le début du processus révolutionnaire, l’armée est constamment demeurée maîtresse du jeu politique[1]. Elle a laissé la rue évincer le président Moubarak, ce qui lui a permis de remplacer une génération militaire usée par une plus jeune. Puis elle a profité de l’échec politique et économique des Frères musulmans pour recueillir le pouvoir tout en affirmant haut et fort qu’elle souhaitait mettre en place  une transition civile.

Après avoir attendu 80 ans pour enfin accéder au pouvoir, les Frères musulmans l’ont perdu en raison de leur arrogance, oubliant que le 24 mai 2012, lors du premier tour des élections présidentielles, Mohamed Morsi n’avait recueilli que 24,8% des suffrages, quasiment à égalité avec le général Ahmed Chafik ex-Premier ministre de Moubarak (23,7%). Au second tour, Mohamed Morsi qui avait réussi à rallier nombre de modérés l’emporta de justesse, avec un petit score de 51,7%. Face à lui, le général Chafik avait rassemblé sur sa candidature 48% d’électeurs résolument hostiles aux Frères musulmans.   
De plus, ces derniers ne voulurent pas voir qu’entre les législatives du mois de novembre-décembre 2011 et les présidentielles de mai-juin 2012, ils  avaient perdu 50% de leurs suffrages, passant de 10 à 5,7 millions de voix, les « modérés » un moment abusés par leurs promesses s’étant en effet détournés d’eux.

Enfermés dans leurs certitudes et soutenus par les Etats-Unis et le Qatar, ils voulurent malgré tout faire passer en force une Constitution islamiste. Pour y parvenir, le 22 novembre 2012, le président Morsi fit un coup d’Etat en signant un décret l’autorisant à prendre les pleins pouvoirs. Des manifestations énormes se produisirent alors et les Frères musulmans qui ne s’attendaient pas à une telle réaction populaire virent leurs locaux pris d’assaut par la foule et incendiés.
Le 7 décembre 2012, dans un communiqué particulièrement clair, l’armée égyptienne mit en garde le président Morsi, soulignant que les pleins pouvoirs qu’il venait de s’octroyer afin de faire adopter en force une Constitution théocratique, allaient faire emprunter à l’Egypte « un sentier obscur qui déboucherait sur un désastre, ce que nous (l’armée) ne saurions permettre »[2].
La tension atteignit son paroxysme le 30 juin quand plusieurs millions d’Egyptiens descendirent dans la rue pour exiger la démission du président Morsi. C’est dans ce contexte qu’un coup d’Etat militaire eut lieu le 3 juillet.

En réaction, les partisans du président déchu occupèrent deux grandes places du Caire. La période étant celle du ramadan, l’armée laissa faire.
Le 26 juillet se déroula une immense manifestation destinée à donner à l’armée « mandat pour combattre le terrorisme » et pour déloger les partisans du président Morsi qui occupaient l’espace public en terrorisant le voisinage.
L’armée programma alors une intervention graduée mais le 13 août, de très violents affrontements opposèrent pro et anti Morsi. L’exaspération de la majorité des Egyptiens était en effet telle que des milices civiles anti-islamistes commençaient à attaquer les rassemblements pro Morsi. Il fallait donc agir rapidement afin d’éviter une guerre civile.

Le mercredi 14 août, près avoir plusieurs fois sommé les  occupants des places Rabaa al-Adawiya et Nahda de se disperser, la police, soutenue par l’armée intervint avec « vigueur ». Certains occupants n’hésitèrent pas à ouvrir le feu sur les forces de l’ordre qui eurent à déplorer plusieurs morts et blessés ; sans commune mesure toutefois avec les 600 morts et les 3000 blessés relevés parmi les  islamistes. Des incidents éclatèrent également dans les principales villes de province.

L’Egypte étant aujourd’hui au bord de la guerre civile, existe t-il un risque d’évolution vers une situation de type algérien ou syrien ?
Il faut bien avoir à l’esprit que quatre grandes différences existent entre ces trois pays :

1) La première  est d’ordre géographique. A l’exception du Delta, l’Egypte n’est peuplée que le long de son étroit cordon alluvial, tout le reste est désert ou oasis facilement contrôlables.

2) À la différence de l’Algérie, il n’y existe pas de vastes zones de montagne propices à la création de maquis.

3) À la différence de la Syrie, il n’y existe pas de zones confessionnelles en damier, car ici, en dehors des 10% de chrétiens coptes mélangés à la population musulmane, tous les Egyptiens sont sunnites.

4) D’éventuels jihadistes ne disposeraient pas de base arrière comme l’est la Turquie pour les révolutionnaires syriens. A l’Ouest, vers la Libye côtière, plusieurs centaines de kilomètres de désert forment tampon. En cas de problème, l’armée égyptienne pourrait facilement intervenir contre d’éventuelles bases libyennes avec le meilleur accueil des populations de Cyrénaïque qui subissent le joug des jihadistes. A l’Est, Israël ne pourra évidemment pas constituer une base jihadiste, quant au confetti de la bande de Gaza, il peut être étranglé en quelques instants. Au sud, le Soudan ne tient pas à être impliqué dans un mouvement incontrôlable.

En cas d’insurrection jihadiste  le sud-ouest pourrait en revanche poser problème avec la zone grise située dans le sud de la Libye et ses prolongements au Tchad et vers la RCA et le Nigeria. Nous en revenons ainsi à la question sahélienne dont j’ai longuement parlé dans de précédentes analyses.
 
Après la parenthèse révolutionnaire, l’Egypte est donc revenue à la situation antérieure qui est celle de la loi d’urgence, comme entre 1981 et 2012. L’armée a de plus « l’habitude » de réprimer les Frères musulmans ; elle le fit sans états d’âme sous Nasser quand plusieurs dizaines d’entre eux furent pendus en place publique, puis dans les années 1990, quand près de 100 000 furent internés. Aujourd’hui, confortée par les sondages indiquant que la population soutient son action à 82%, l’armée ne peut plus reculer : il lui faut écraser les Frères musulmans ou bien perdre la partie.
Dans ce contexte, l’agitation des chefs d’Etat européens parait tout à la fois décalée et dérisoire. Quant à leurs menaces de sanctions, elles sont tout simplement ridicules. L’armée égyptienne peut en effet compter sur l’aide financière illimitée de l’Arabie saoudite et des Emirats qui viennent d’ouvrir au général Abdel Fattah al-Sissi une première ligne de crédit sans intérêt équivalent à dix années d’aide américaine… A travers le soutien à l’armée égyptienne, les pétromonarchies règlent un double compte, à la fois contre les Frères musulmans qui ont juré leur perte, et contre le Qatar, leur principal allié. Comme la grenouille de la fable, ce dernier, qui a voulu se faire aussi gros que le bœuf a fini par indisposer le grand frère saoudien par son interventionnisme brouillon et ses appétits démesurés.

Pour une étude à la fois globale et détaillée du printemps arabe en Afrique du Nord, je conseille la lecture de mon nouveau livre « Printemps arabe. Histoire d’une tragique illusion (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, 2010-2013). Ce livre édité par l’Afrique Réelle n’est pas en vente dans le commerce. Le  bon de commande figure sur ce blog.

Bernard Lugan
17/08/2013


[1] Voir notamment mon analyse en date du 30 juin 2013.
[2] Voir le dossier Afrique Réelle du mois d’août 2013.

samedi 10 août 2013

Printemps arabe


























Printemps arabe : Histoire d'une tragique illusion

Présentation :
En 2010-2011, la Tunisie, l’Egypte et la Libye connurent des évènements spécifiques, hâtivement baptisés « printemps arabe » par des journalistes voulant y voir autant d’avancées démocratiques.
L’échec de cette tragique illusion est à la hauteur des emballements émotionnels qu’elle suscita:
- La Tunisie est en faillite économique et le climat politique y est devenu explosif. Les Frères musulmans au pouvoir veulent faire adopter une Constitution ayant la charia pour norme, ce que refusent des foules de plus en plus nombreuses. La radicalisation des positions est illustrée par l’assassinat de leaders de l’opposition et par la naissance d’une insurrection armée islamiste qui pose de sérieux problèmes à l’armée tunisienne.
- En Egypte, ceux qui ne supportaient plus leur vieux chef militaire se sont finalement donnés à de jeunes chefs militaires pour échapper aux « fous de Dieu », ce qui n’empêcha pas le pays de basculer insensiblement dans ce qui risque de devenir une guerre civile.
- En Libye, l’Etat n’existe plus. Le nord du pays est partagé entre des milices tribales ou religieuses, cependant que tout le sud est devenu un « Libystan » aux mains des jihadistes.
Ce livre, illustré de cartes en couleur et qui n’a pas d’équivalent fait, au jour le jour, l’histoire du prétendu « printemps arabe » en Afrique du Nord. Il met également en évidence ses conséquences géopolitiques nationales, et régionales.
Il explique également pourquoi le Maroc et l’Algérie ne furent pas concernés par ces évènements.

Disponible uniquement via l'Afrique Réelle

mercredi 7 août 2013

L'Afrique Réelle n°44 - Août 2013



























Numéro spécial Egypte


Sommaire :

Actualité : 
Retour sur des coups d’Etat croisés

Histoire :
- L’armée et les Frères musulmans : 60 ans de guerre
- L’échec de la première tentative de modernisation de l’Egypte

Géopolitique :
Vers une guerre pour le Nil entre l’Egypte et l’Ethiopie ?

Livre :
Printemps arabe : histoire d'une tragique illusion


Editorial de Bernard Lugan :

Ce numéro 44 de l’Afrique Réelle est en totalité consacré à l’Egypte et au mythe du « printemps arabe » en Afrique du Nord.
Mythe en effet puisque sur les cinq pays composant cette région (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie et Maroc), seuls deux furent concernés par ce prétendu « printemps arabe » : la Tunisie et l’Egypte. La Libye constitue un cas à part car elle a subi, non pas une révolution, mais une guerre civile qui a vu la victoire d’un camp sur l’autre à la suite de cette colossale erreur politique que fut l’intervention militaire franco-otanienne.

Deux remarques doivent être faites : elles concernent un double échec, celui des Etats-Unis et celui de leurs alliés, les Frères musulmans :

1) Le rôle des Etats-Unis apparaît de plus en plus comme ayant été central dans ces évènements ; quant au suivisme des Européens, à commencer par la France, il fut plus que caricatural.
La clé d’explication est pourtant limpide : les Etats-Unis qui ont décidé de réorienter leur géopolitique vers l’Asie et qui ne vont plus avoir besoin du pétrole du Moyen-Orient en raison de leurs considérables réserves de schistes, ont voulu « organiser » leur départ. Pour cela, ils ont passé un pacte avec les Frères musulmans auxquels ils avaient prévu de confier les rênes du pouvoir, depuis la Turquie jusqu’en Tunisie.
La Maison Blanche pensait qu'en soutenant les Frères musulmans, mouvement supranational et très organisé, il serait possible de plaquer un semblant de paix sur l’ensemble de la région, tout en limitant l’influence des salafistes, et donc permettre un retrait en bon ordre.
Voilà qui explique pourquoi, et jusqu’au bout, l’ambassadeur des Etats-Unis en Egypte, madame Ann Patterson, a soutenu les Frères musulmans et le président Morsi.
Le renversement de ce dernier ayant fait capoter leur plan, les Etats-Unis ont ensuite improvisé un « plan B » en légitimant le coup d’Etat militaire tout en pesant sur l’armée égyptienne qui dépend financièrement d’eux.
L’échec des Américains est donc une fois de plus total et c’est un nouveau champ de ruines qu’ils vont laisser derrière eux ; ils en ont d’ailleurs l’habitude...

2) La crise économique, sociale et politique qui a suivi l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Tunisie et en Egypte a mis en évidence la réalité de ce mouvement dont les projets ont davantage divisé qu’ils n’ont rassemblé. Quant à leur martingale alliant conservatisme religieux et modernité économique, elle est vite apparue pour ce qu’elle est : un mythe.
L’échec des Frères musulmans lève-t-il pour autant l’hypothèque islamiste ? Rien n’est moins certain. La nouveauté est cependant que pour une partie des populations des pays concernés, ils ne constituent plus un recours.

Désormais, il est temps de tirer les leçons de ces dramatiques évènements pour enfin revenir au réel qui s’expose de la manière la plus politiquement incorrecte qui soit :

1) Cesser de pousser ces pays dans l’impasse mortelle pour eux qu’est la démocratie.

2) Laisser se reconstituer ces pouvoirs forts qui, seuls peuvent éviter le double écueil de l’anarchie et de l’islamisme. Ce sont en effet de nouveaux Nasser dont ont besoin ces pays et non d'élections puisqu'elles ne servent qu'à élargir les fractures sociétales.

samedi 3 août 2013

Bruno Julliard-Landau renvoyé devant le Tribunal correctionnel

Bernard Lugan porte à la connaissance de ses lecteurs qu’à la suite de sa plainte déposée le 1er mars 2012, une information judiciaire fut ouverte le 13 avril 2012, aboutissant le 17 décembre 2012 à la mise en examen de M. Bruno Julliard-Landau, adjoint au maire de Paris et secrétaire à l’éducation du parti socialiste.
Par une ordonnance de renvoi  signée le 3 juillet 2013  par Madame Aïda Traoré, Vice-président chargé de l’instruction au Tribunal de grande instance de Paris, M. Bruno Julliard-Landau a ensuite été renvoyé devant le Tribunal correctionnel pour avoir « porté atteinte  à l’Honneur ou à la Considération de Bernard Lugan ».

Extrait de l’ordonnance de renvoi :

« Qualifications :-d’avoir à Paris, le 21 décembre 2011 tenu les propos suivants sur la chaîne Canal Plus, dans l’émission Happy Hour de M. Thierry Ardisson (et parlé) en ces termes de Bernard Lugan : « …oui, en fait c’est un africaniste de Lyon III et qui est raciste, antisémite, colonialiste, mais nous n’avons pas pu prouver qu’il était négationniste » et ainsi porté des allégations ou imputations d’un fait portant atteinte à l’honneur ou à la considération de M.Bernard Lugan, délit prévu et réprimé par les articles 23 alinéa 1, 29 alinéas 2,42,43,44 ,46,47 et 48-6 de la Loi du 29 juillet 1881 (…) ».

Est également renvoyé devant le tribunal correctionnel, M. Rodolphe Belmer en sa qualité de directeur de publication de la chaîne Canal Plus.

Pour mémoire, le  30 juin 2004, la Cour d’Appel de Lyon a condamné le même Bruno Julliard-Landau à payer à Bernard Lugan la somme de 4200 euros à titre d’amende, plus les frais de justice, pour l’avoir accusé de « négationnisme ».
Lors de la même émission  du 21 décembre 2011 sur Canal Plus, M. Bruno Julliard-Landau a déclaré qu’il considérait cette condamnation en date du 30 juin 2004 « comme un honneur ».

Un haut responsable du parti socialiste, adjoint au maire de Paris et promis à de hautes responsabilités, insulte donc l’institution judiciaire… Nous voilà loin de la « République irréprochable » chère à François Hollande…

vendredi 26 juillet 2013

« Printemps arabes » : tout ne fait que commencer…

L’échec des « printemps arabes » est à la hauteur des emballements émotionnels qu’ils suscitèrent, tant chez les lemmings de la presse, que parmi ces lapins de coursive qui constituent la grande majorité de la classe politique française.
Moins de trois ans après le début d’un phénomène pour lequel tous eurent les « yeux de Chimène », le bilan est en effet bien amer, les fleurs de ces prétendus « printemps » ayant précocement fané. Que l’on en juge :

- En Tunisie, pays que le président Ben Ali avait presque sorti du « sous-développement » et où Mohammed Brahmi vient d’être assassiné, la faillite économique est totale cependant que le climat politique est devenu explosif.
Alors que la révolution s’était faite pour plus de liberté, les Frères musulmans, arrivés au pouvoir à  la faveur du renversement du régime qui les combattait,  veulent faire adopter une Constitution ayant la charia pour norme. Or, ils sont considérés comme des « traîtres » par les fondamentalistes (environ 10% du corps électoral), qui posent ouvertement la question du rétablissement de la polygamie, abolie en 1956, celle des unions avec des filles juste pubères, et jusqu’à celle des « bienfaits » sociologiques de l’excision clitoridienne…
Comme l’armée tunisienne n’a, du moins jusqu’à ce jour, aucune tradition « putschiste », on voit mal comment la « douce » Tunisie peut sortir de cette ornière...

- En Egypte, ceux qui ne supportaient plus leur vieux chef militaire ont permis aux islamistes d’arriver au pouvoir ; puis, terrorisés par le sort qui les attendait, ils ont appelé au secours un autre chef militaire, foulant ainsi aux pieds les principes démocratiques dans lesquels ils se drapaient quelques mois auparavant… et le pays  bascule insensiblement vers une guerre civile.

- En Libye, où l’intervention sarkozo-otanienne s’est faite au nom des droits de l’homme, le pays n’existe plus. Le nord est éclaté et aux mains de milices tribales  ou religieuses, cependant que le sud est devenu un « Libystan » fief des jihadistes à partir duquel toute la région saharo-sahélienne est contaminée.

Forcés de prendre enfin en compte l’échec de leur illusion, les médias dressent désormais le bilan calamiteux de ces prétendus « printemps arabes » auxquels ils ont tant cru...  Le journal Le Monde qui eut une attitude « en pointe » sur la question laisse aujourd’hui transparaître son dépit dans les termes suivants :

« (…) Au moment où l’Egypte sombre dans le chaos, au moment où la Libye ne parvient pas à sortir de l’instabilité et de la violence (…), la  Tunisie (est) la dernière chance du « printemps arabe » (Le Monde , 6 juillet 2013).

Une « dernière chance » qui relève une fois de plus de la méthode Coué... Engagés dans une politique destinée à réduire au silence leurs opposants, les islamistes ont en effet créé des milices de nervis qui font régner la terreur. Ainsi la Ligue de protection de la Révolution, qui dépend du parti Ennahda et qu'un député de ce parti gouvernemental menace de lancer sur les opposants afin :

« (Qu’ils) soient punis de mort, par crucifixion, démembrement ou bannissement, car ils sont les ennemis de Dieu et de son Prophète».

Tant en Tunisie, qu’en Egypte ou encore qu’en Libye, tout ne fait donc que commencer…

Bernard Lugan
26/07/2013

samedi 13 juillet 2013

L'Afrique Réelle N° 43 - Juillet 2013


























SOMMAIRE : 

Actualité : 
- Libye : La désintégration
- Libye : Si Sarkozy avait écouté Idriss Déby et non BHL…
- Egypte : Comment l’armée a « piloté » les trois phases de la révolution

Dossier :
Comment Frederik De Klerk installa Nelson Mandela au Pouvoir


 - Le jeu trouble de Frederik De Klerk
- Témoignage pour l'histoire : Les généraux Viljoen et Groenewald racontent les dessous de la remise du pouvoir à Nelson Mandela

Editorial de Bernard Lugan :


Au moment où ce numéro 43 de l’Afrique Réelle va être envoyé à ses abonnés, l’Egypte et la Libye se sont embrasées.

En Egypte, depuis plus d’un demi-siècle, tapis dans l’ombre, les Frères musulmans, ont tissé leur toile, investissant lentement le pouvoir. Combattus par le colonel Nasser puis par ses successeurs, ils ont, de façon très opportune, coiffé le mouvement révolutionnaire démocratique né au mois de janvier 2011. Puis, ayant évincé les « idiots utiles » qui leur avaient inconsciemment ouvert la voie, ils voulurent faire de l’Egypte une théocratie.
Enivrés par leur victoire, ils ont oublié qu’en Egypte, le vrai pouvoir est l’armée… Les semaines qui viennent nous diront si cette dernière parviendra à mettre aux pas les islamistes ou si au contraire le pays basculera dans la guerre civile, comme ce fut le cas en Algérie après l'annulation par l'armée des élections qui avaient vu la victoire des islamistes du FIS.

En Libye où le président Sarkozy aurait été plus avisé d’écouter son homologue tchadien Idriss Déby plutôt que le « philosophe » BHL, l’intervention française a provoqué un chaos tel que le pays est aujourd’hui devenu la nouvelle base arrière des islamistes, un Libystan en quelque sorte.
Dans tout le pays, les milices s’affrontent et le « pouvoir » de Tripoli en est réduit à marchander aux unes leur aide contre les autres…

Dans ces conditions, l’opération Serval qui fut une réussite militaire risque de n’avoir servi à rien puisque les islamistes ont désormais leurs bases dans tout le pays, depuis Derna au Nord, jusque dans le désert du sud.

Au moment où ces lignes sont écrites, Nelson Mandela semble livrer son dernier combat. Tout a été dit sur sa vie et j’y reviendrai.
Le public ignore en revanche les conditions dans lesquelles Frederik De Klerk le hissa au pouvoir. Ce dernier était en effet à la tête d’un pays puissant doté d’une administration compétente et d’une économie florissante en dépit des sanctions internationales. L’ANC qui avait été militairement vaincu était incapable de lutter contre la première armée du continent africain et contre une police qui avait démantelé sa branche militaire et terroriste.
De plus, l’ANC était militairement seul depuis l’effondrement du bloc de l’Est cependant que, politiquement, il avait été isolé par la politique des bantustan, les alliés fédéralistes du président De Klerk permettant de le contenir.
Et pourtant, Frederik De Klerk remit le pouvoir à Nelson Mandela, sans conditions et sans exiger la moindre garantie pour les minorités, à commencer par la sienne.
C’est à cet épisode peu connu de l’histoire sud-africaine qu’est consacré le dossier de ce numéro.

mardi 9 juillet 2013

Le juge Trévidic va devoir interroger le général Nyamwaza et le colonel Karegeya au sujet de l’assassinat du président Habyarimana

Le 9 juillet 2013, la correspondante de RFI en Afrique du Sud,  Sonia Rolley a publié deux entretiens exclusifs avec deux des plus hauts responsables du régime de Kigali aujourd’hui réfugiés en Afrique du Sud. Il s’agit du général Faustin Kayumba Nyamwaza, ancien chef d’état-major de l’APR (Armée patriotique rwandaise), l’armée tutsi), à l’époque responsable du renseignement militaire, et du colonel  Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements du Rwanda .
Ces deux très hauts dignitaires du régime rwandais accusent de la façon la plus claire le président Kagame d’être le responsable de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président hutu Habyarimana, acte terroriste commis en temps de paix et qui fut l’élément déclencheur du génocide. Au mois de juin 2010, le général Kayumba a survécu par miracle à une tentative d’assassinat dont les auteurs, des Rwandais, sont actuellement jugés en Afrique du Sud (voir mon communiqué en date du 25 juin 2012).

Le fait nouveau dans ces déclarations est que nous apprenons avec étonnement que les deux hommes n’ont jamais été entendus par la justice française alors que, depuis plusieurs années, ils ont, notamment par voie de presse, clairement déclaré qu’ils étaient prêts à lui fournir les preuves de leurs accusations. Il est donc pour le moins insolite, si toutefois ces deux témoins-acteurs exceptionnels disent vrai, que les juges français en charge du dossier n’aient pas songé à les interroger.
Ces déclarations explosives très médiatisées ne pouvant être passées sous silence, elles devraient donc permettre de relancer une enquête passablement embrouillée ; les deux hommes affirment en effet une nouvelle fois qu’ils sont disposés à fournir au juge Trévidic toutes les preuves de l’implication du général Kagame dans l’attentat du 6 avril 1994.
A l’approche du vingtième anniversaire de l’assassinat du président Habyarimana, il serait temps que l’enquête sorte des « enfumages ».

Bernard Lugan
09/07/2013

dimanche 30 juin 2013

Egypte : entre guerre civile et coup d’Etat militaire


Deux ans après le départ du président Moubarak, un an après l’élection présidentielle qui vit la victoire de l’islamiste Mohamed Morsi élu le 24 juin 2012 avec 51,7% des voix, l’Egypte est plus que jamais au bord du chaos et de la guerre civile.
La partie se  joue entre quatre forces

- La première, celle qui a provoqué le départ du président Moubarak est composée de citadins, de gens qui mangent à leur faim, de « privilégiés », de « bourgeois » occidentalisés pouvant s’offrir le luxe de revendiquer la démocratie.

- La seconde est celle des islamistes, dont les Frères musulmans. Pourchassée depuis des décennies cette force est sortie de la clandestinité en s’abritant derrière les « idiots utiles » du premier groupe pour se réintroduire peu à peu sur l’échiquier politique sur lequel elle a fini par s’imposer.

- La troisième force est celle qui vit dans les banlieues défavorisées et dans les misérables villages de la vallée du Nil. C’est celle des fellahs besogneux, de ce petit peuple « nassérien » au patriotisme à fleur de peau qui exècre à la fois la bourgeoisie cosmopolite lorgnant du côté de Washington et les barbus qui voudraient ramener l’Egypte au X° siècle. Jusqu’à aujourd’hui, cette force n’a pas bougé.

- La quatrième force est l’armée dont l’encadrement est coupé en trois : un état-major composé de vieillards soldés par Washington, une fraction islamiste difficile à cerner numériquement et une majorité composée d’officiers et de sous-officiers nationalistes ayant pour modèle le colonel Nasser.

Au moment où ces lignes sont écrites, l’armée est en embuscade, tirant profit de l’échec politique et économique des Frères musulmans et de l’anarchie qui embrase le pays. La question qui se pose est de savoir quand, et sous quelle forme, elle recueillera le pouvoir.
Explications. 

Pour recevoir par courriel la suite de cette analyse, vous devez être abonné à l’Afrique Réelle.