dimanche 28 janvier 2024

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Ce mois-ci, l'Afrique Réelle publie son 200e numéro.
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Parmi les 3 livres au choix :
- Les Guerres du Sahel
- Colonisation, histoire à l'endroit
- Histoire de la Libye

Livre choisi

lundi 1 janvier 2024

L'Afrique Réelle n°169 - Janvier 2024

SOMMAIRE

Dossier :
L’année 2023 en Afrique : bilan et perspectives pour 2024

- La Libye
- 2023 : tempête sur le « pré-carré » français
- L’Ethiopie entre crise et renaissance
- Les maux de l’Afrique du Sud
- 2023 ailleurs en Afrique

Dossier :
Le temps long africain


Editorial de Bernard Lugan

En 2023 un nouveau paradigme s’est imposé en Afrique, celui du rejet des universalismes occidentaux, à commencer par la démocratie.

Retour en arrière. Au mois de juin 1990, lors de la Conférence franco-africaine de La Baule, François Mitterrand conditionna l’aide de la France à l’introduction du multipartisme.

Obéissant à cette injonction de nature néo-coloniale, contrainte et forcée, l’Afrique francophone accepta ce diktat socialiste. Résultat, elle connut une cascade de crises et de guerres, le multipartisme y exacerbant l’ethnisme et le tribalisme jusque-là canalisés dans le parti unique. Ce fut alors le triomphe de l’ethno-mathématique électorale, les ethnies les plus nombreuses l’emportant dans les urnes sur les moins nombreuses. D’où une déstabilisation générale.

Trois décennies après le « discours de La Baule », la démocratie postulée être le remède aux maux du continent n’y ayant apporté ni développement économique, ni stabilité politique et encore moins sécurité, l’Afrique se tourne donc peu-à-peu vers des pouvoirs autoritaires, tout en cherchant des modèles et des soutiens ailleurs que parmi les démocraties occidentales.

En 2023 la migration de masse déferlant sur l’Europe a encore augmenté, conséquence d'une démographie africaine devenue folle, interdisant tout développement, exacerbant les conflits et poussant les habitants au départ.

Or, cette explosion démographique s'explique parce que, hier, au nom de leur « amour de l’autre », les missionnaires, les religieuses soignantes, les médecins et les infirmiers coloniaux ont délivré les Africains de la lèpre, de la rougeole, de la trypanosomiase, du choléra, de la variole, de la fièvre typhoïde, de la fièvre jaune etc., cependant que les militaires les libéraient de leurs frères esclavagistes.
 
Résultat, avec la colonisation, en un siècle, la population du continent a été multipliée par 10. De 100 millions d'habitants en 1900, elle était passée à environ 275 millions dans les années 1950-1960, puis à 640 millions en 1990, à un milliard en 2014 et à 1,4 milliard en 2022. Selon l’ONU, dans les années 2050 les Africains seront plus de 2 milliards (dont 90% au sud du Sahara), puis plus de 4 milliards en 2100 et ils représenteront alors 1/3 de la population mondiale. En 2050, 40% des naissances mondiales seront africaines (Unicef. Afrique/Génération).

Dans ces conditions, l’aide au développement revient à labourer l’océan, tout progrès étant immédiatement avalé par la démographie qui créé automatiquement de nouveaux besoins… et qui provoque les migrations massives qui se déversent sur l’Europe.

dimanche 24 décembre 2023

Le torchon brûle entre le Mali et l’Algérie

La tension est actuellement forte entre le Mali et l’Algérie. Mercredi 20 décembre 2023 l’ambassadeur algérien à Bamako a été convoqué par la junte militaire au pouvoir. En retour, dès le lendemain jeudi 21 décembre, l’ambassadeur du Mali à Alger le fut au ministère algérien des Affaires étrangères.

Bamako reproche à Alger ses liens avec les « séparatistes » touareg ainsi que l’accueil fait  le mardi 19 décembre  par le président Abdelmaajid Tebboune à une délégation politico-religieuse malienne dirigée  par l’imam Mahmoud Dicko. Or, cet influent chef religieux d’ethnie peul est un opposant à la junte. Cela a pu faire penser à cette dernière qu’Alger tentait d’ouvrir un nouveau front au Mali afin de  donner de l’air à ses alliés touareg actuellement en difficulté militaire… Et pour ne rien arranger,  les 22 et 23 décembre derniers, le ministre malien des Affaires étrangères, M. Abdoulaye Diop a effectué une visite au Maroc, pays avec lequel l’Algérie a unilatéralement rompu ses relations diplomatiques au mois d’août 2021…

Derrière ces évènements récents, c’est en réalité un contentieux ancien et profond qui oppose Alger à Bamako. Et comme les deux pays partagent une frontière de 1400 kilomètres de long, et comme leurs populations touareg sont imbriquées, les évènements  y agissent en vases communicants.

Le problème est bien connu :

1) L’Algérie qui considère le nord du Mali comme le prolongement méridional de ses immensités sahariennes, et pour tout dire comme son « protectorat », s’est toujours impliquée dans les règlements des guerres touareg du Mali. Comme elle craint la contagion chez ses propres touareg, elle ne veut en effet en aucun cas que ces derniers se trouvent impliqués dans la poudrière malienne. Alger est ainsi le principal médiateur dans la question malienne depuis la signature en 2015 de l’Accord d’Alger entre Bamako et les  groupes armés touareg. Tout au contraire, la junte malienne considère que cet accord fait la part belle à ceux qu’elle qualifie, à juste titre d’ailleurs, de « séparatistes ». Pour l’historique de la question on se reportera à mon livre Histoire du Sahel des origines à nos jours.

2) L’Algérie a constamment entretenu des relations avec les mouvements touareg. Il est de notoriété que le chef historique des dernières insurrections, Iyad Ag Ghali, est lié à Alger. Sa famille réside en Algérie, et lui-même y a sa base arrière.

3) Alger se satisfaisait de voir le nord du Mali échapper au pouvoir de Bamako sans toutefois accéder à une véritable indépendance qui aurait pu donner des idées à ses Touareg. Tout au contraire, les militaires maliens ont un objectif  prioritaire qui est la reconquête du nord du pays. Une utopie jusqu’à ces dernières semaines. Or, l’intervention massive  du groupe Wagner a permis aux FAMA (Forces armées maliennes) de prendre Kidal, la « capitale » des Touareg vidée de sa population partie vers le désert et les frontières de l’Algérie. Dans l’attente d’une revanche…
 
Les intérêts de l’Algérie se trouvent donc opposés et confrontés à ceux de son allié historique, la Russie, pays qui lui fournit la quasi-totalité de son armement… Aussi, Alger tente actuellement un rapprochement avec Paris… Une affaire à suivre, mais de loin, maintenant que les protagonistes ont demandé le départ des forces françaises…

mercredi 20 décembre 2023

Après Colbert, la gauche française exige désormais que le maréchal Bugeaud soit effacé de la mémoire nationale

La nouvelle cible du wokisme institutionnel est désormais le maréchal Bugeaud. La mairie de Paris veut en effet débaptiser l’avenue qui porte son nom, dans le cadre du combat qu’elle mène pour la « décolonisation de l’espace public »…

La gauche française reproche également à Bugeaud le « massacre de la rue Transnonain » (l’actuelle rue Beaubourg) lors de l’insurrection parisienne des 13 et 14 avril 1834…alors que la brigade qu’il commandait n’y a pas participé puisqu’elle n’était pas sur zone… Mais les légendes gauchistes ont la vie dure…

Aussi haineux qu’incultes, les initiateurs de cette fureur épuratrice ignorent également que Bugeaud était opposé à la conquête de l’Algérie et que, s’il la fit, ce fut en soldat obéissant aux ordres du gouvernement. En effet, comme il le déclara en séance à la Chambre « l’obéissance est le premier devoir du soldat ».

(Pour tout ce qui concerne la désinformation au sujet de l’Algérie, et de son histoire, on lira mon livre Algérie histoire à l’endroit.)


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vendredi 1 décembre 2023

L'Afrique Réelle N° 168 - Décembre 2023

Sommaire

Analyse
Aux sources du « Mal algérien »
Dossier : Réflexions sur la question sahélienne
- Les Touareg vont-ils disparaître ?
- Mali : la cécité des décideurs français
- Ne pas oublier le « jihad business »
Histoire
Heia Safari : la Première guerre mondiale en Afrique orientale


Editorial de Bernard Lugan

La question du Sahel s’observe à travers la fragilité de ses Etats, l’action du jihadisme et l’omniprésence de la criminalité. Faute d’avoir inscrit ce constat d’aujourd’hui dans la longue histoire régionale, les décideurs politiques  occidentaux ont additionné les erreurs d’analyse.

Les clés de compréhension de la problématique sahélienne peuvent être  articulées autour de dix grandes questions :

1) Espace de contact et de transition, mais également rift racial entre l'Afrique « blanche » et l'Afrique « noire », le Sahel met en relation la civilisation méridionale des greniers ou Bilad el-Sudan (pays des Noirs), et celle du nomadisme septentrional, le Bilad el-Beidan (le pays des Blancs). 

2) Milieu naturellement ouvert, le Sahel est aujourd’hui cloisonné par des frontières artificielles, véritables pièges à peuples, dont le tracé ne tient pas compte des grandes zones de transhumance autour desquelles s’est écrite  son  histoire.

3) Les immensités sahéliennes sont le domaine du temps long dans lesquelles l’affirmation d’une constante islamique radicale est d’abord l’alibi de l’expansionnisme de certains peuples (Berbères almoravides au XIe siècle, Peul aux XVIIIe et XIXe siècles). 

4) A partir du Xe siècle, et durant plus d’un demi-millénaire, du fleuve Sénégal au lac Tchad, se succédèrent royaumes et empires (Ghana, Mali et Songhay), qui contrôlaient les voies méridionales d’un commerce transsaharien. Sur ces grands axes s’articulent les trafics d’aujourd’hui.

5) A partir du XVIIe siècle, les populations sédentaires furent  prises dans la  tenaille prédatrice des Touareg au nord et des Peul au sud.

6) A la fin du XIXe siècle, la conquête coloniale bloqua l’expansion de ces entités nomades et offrit la paix aux sédentaires. 

7) La colonisation libéra certes les sudistes de la prédation nordiste, mais, en même temps, elle rassembla razzieurs et razziés dans les limites administratives de l'AOF (Afrique occidentale française). 

8) Avec les indépendances, les délimitations administratives internes à l’AOF devinrent des frontières d'Etats à l'intérieur desquelles, comme ils sont les plus nombreux, les sudistes l’emportent sur les nordistes selon les lois de l’ethno-mathématique électorale.

9) La conséquence de cette situation fut qu’au Mali, au Niger et au Tchad, dès la décennie 1960, les Touareg et les Toubou qui refusaient d’être soumis à leurs anciens tributaires sudistes se soulevèrent. 

10) Dans tout le Sahel, prospérèrent ensuite les trafiquants. Puis, à partir des années 2000, les islamo-jihadistes s’immiscèrent avec opportunisme dans le jeu politique local, y provoquant la surinfection de la plaie ethno-raciale ouverte depuis la nuit des temps. Cette dernière est d’autant plus difficile à refermer que la région est une terre à prendre en raison de ses matières premières et de son rôle de plaque tournante de nombreux trafics. Avec, en arrière-plan, la suicidaire explosion démographique.

lundi 20 novembre 2023

mercredi 1 novembre 2023

L'Afrique Réelle N°167 - Novembre 2023

Sommaire

Actualité
Soudan : genèse de la guerre civile
Dossier
Pourquoi l’Afrique rejette-t-elle la démocratie ?
Histoire
- Quand l’Algérie était une colonie ottomane
- L’ Egypte et ses « Neuf arcs »


Editorial de Bernard Lugan

Pourquoi l’Afrique francophone rejette la démocratie
 
L’Afrique francophone rejette la démocratie car elle ne lui a apporté ni développement économique, ni stabilité politique et encore moins sécurité. 

Rappel : en juin 1990, lors de la Conférence franco-africaine de La Baule, François Mitterrand conditionna l’aide de la France à l’introduction du multipartisme. Résultat, toute l’Afrique francophone connut une cascade de crises et de guerres, le multipartisme y exacerbant l’ethnisme et le tribalisme jusque-là canalisés dans le parti unique. 

Ce fut alors le triomphe de l’ethno-mathématique électorale, les ethnies les plus nombreuses l’emportant dans les urnes sur les moins nombreuses. D’où une déstabilisation générale.
 
Comment avait-on pu croire qu’il était possible de transposer la démocratie parlementaire en Afrique alors que l’idée de Nation n’y est pas la même qu’en Europe ? Dans un cas l’ordre social repose en effet sur des individus, dans l’autre, sur des groupes. 

Si la démocratie électorale a échoué à régler les conflits africains, c’est bien en raison de l’inadéquation entre des réalités socio-politiques communautaires enracinées et un système politique importé à base individualiste. 
 
Plus encore, et nous sommes là en présence d’un tragique paradoxe puisque, à l’issue de certaines de ces guerres, les principes démocratiques au nom desquels elles furent déclenchées, se retrouvèrent bafoués. 
 
Le diktat démocratique ayant donc largement échoué, voilà pourquoi certains pays comme le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, le Tchad, la Centrafrique ou encore le Niger se tournent désormais vers des pouvoirs autoritaires, régulièrement militaires. Ils abandonnent ainsi l’impératif de la « bonne gouvernance » tout en cherchant des modèles et des soutiens ailleurs que parmi les démocraties occidentales. Nous assistons donc là, à la fois à la fin d’un cycle et à un changement de paradigme. 
 
Un grand basculement est donc en cours en Afrique. Face à lui, les dirigeants européens, mais surtout français ont le choix entre deux options :
 
- Soit ne pas dévier de la ligne idéologique officielle et continuer à camper sur le préalable démocratique, ce qui relèverait d’une forme d’autisme politique et serait perçu en Afrique comme un véritable impérialisme idéologique.
 
- Soit prendre en compte avec réalisme les nouvelles orientations et aspirations du continent, ce qui passe par la fin de leur prétention à l’universalisme démocratique et sociétal.

lundi 30 octobre 2023