dimanche 1 mai 2022

L'Afrique Réelle n°149 - Mai 2022

Sommaire

Dossier : Comprendre la question du Sahel
- L’arc de crise saharo-sahélien 
- Quand le climat explique l’histoire
- Les deux Sahel
- Les populations du Sahel
- Les Touareg vont-ils disparaître ?


Editorial de Bernard Lugan

La fin de l’opération  Barkhane ne signifie pas la fin de la dislocation sahélienne car tous les facteurs de crise demeurent. 
Un phénomène aggravé par la proximité de deux grands foyers de déstabilisation  situés dans le nord du Nigeria avec Boko Haram, et plus au nord, en Libye, où la disparition de l’Etat donne aux trafiquants et aux terroristes, des opportunités exceptionnelles.

La crise que traverse la région sahélienne a plusieurs origines et l’on se reportera pour leur étude détaillée à mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours :

- L’espace sahélo-saharien, monde de contacts ouvert, a été cloisonné par des frontières artificielles. Le Mali a ainsi plus de 7000 km de frontières avec 7 pays dont 1300 avec l’Algérie, 2200 avec la Mauritanie, 1000 avec le Burkina Faso, 800 avec le Niger. Quant à la Libye, elle en a  4500 km avec 6 voisins. Les groupes terroristes mobiles se jouent donc de ces frontières-passoires.

- Véritables « prisons de peuples », ces frontières forcent à vivre ensemble des pasteurs nordistes et des agriculteurs sédentaires sudistes historiquement en conflit. Or, l’ethno-mathématique électorale donne automatiquement le pouvoir aux plus nombreux, c’est-à-dire aux sédentaires, ce que les pasteurs n’acceptent plus.

Aux lignes de fractures sahéliennes inscrites dans le temps long s’ajoutent de nouveaux éléments déstabilisateurs :

- La région est devenue un relais pour les organisations mafieuses qui prospèrent sur le désordre sahélien et qui se donnent une rhétorique religieuse afin de brouiller les cartes. Les trafics sont nombreux : armes, véhicules, cigarettes, êtres humains, déchets toxiques, médicaments, pétrole, avec une fulgurante montée en puissance du trafic de drogue, cocaïne et héroïne érigeant la ceinture sahélienne en véritable « hub du narcotrafic ». 

- La région est devenue une terre à prendre, ses matières premières (uranium, fer, pétrole etc.) y attirant de nouveaux acteurs comme la Chine, la Turquie ou encore l’Inde. 

- Les sécheresses, la pauvreté, la précarité économique et sociale interdisent toute perspective pour une jeunesse plombée par  la suicidaire démographie.

Tout cela condamne le Sahel au chaos. D’autant plus que la défaillance politique et économique d’États incapables d’assumer les attributs de la souveraineté et de s’ancrer à la modernité ne donne pas des raisons d’espérer.

mardi 12 avril 2022

Afrique du Sud :« Face à la décomposition du pays, il va bientôt falloir se décider à en rendre la direction aux Boers » !!!

Cette proposition aussi désabusée qu’iconoclaste a été faite il y a quelques mois par un journaliste noir sud-africain. Elle illustre le naufrage d’un pays dans lequel 74 meurtres sont commis quotidiennement (moyenne 2021 selon Stats SA), où le chômage touche environ 40% des actifs, où le revenu de la tranche la plus démunie de la population est inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994, et où plus d’un tiers des habitants  ne survit que grâce aux aides sociales. Comment aurait-il d’ailleurs pu en être autrement dans une « nouvelle Afrique du Sud » devenue la proie de l’ANC et dont les cadres, trop souvent aussi incapables que corrompus, semblent n’avoir pour objectif que leur propre enrichissement ? 

En bientôt trois décennies de pouvoir absolu, l'ANC qui a méthodiquement dilapidé l’immense héritage laissé par le régime blanc, a peu à peu transformé la prospère Afrique du Sud en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences. Une réalité qui échappe aux touristes et qui est masquée par quelques secteurs ultraperformants dirigés par des Blancs ou par une poignée d’entrepreneurs noirs.

Le désastreux bilan économique de bientôt trois décennies de pouvoir ANC tient en trois constats. 

- Un PIB qui ne cesse de baisser (3,5% en 2011, 2,6% en 2012, 1,9% en 2013, 1,8% en 2014, 1% en 2015,  0,6% en 2016,  une entrée en récession en 2017 suivie d’un léger rebond à 0,2%  en 2019, puis par une chute vertigineuse  de 6,4% en 2020 avant un rebond de 4,9% en 2021 qui n’efface pas le trou de 2020 (Stats Sa 8 mars 2022).

- Des mines, premier employeur du pays, qui ont perdu près de 300.000 emplois depuis 1994. Quant aux pertes de production et de revenus, elles se conjuguent avec des coûts d’exploitation en hausse constants, cependant que les dramatiques coupures d’électricité  ont eu pour conséquence la fermeture des puits secondaires et la mise à pied de dizaines de milliers de mineurs.

- Une agriculture qui a, elle aussi, perdu plusieurs centaines de milliers d’emplois et qui a reçu  un coup mortel le mardi 27 février 2018 quand le parlement sud-africain vota le commencement d’un processus de nationalisation-expropriation sans compensation des 35.000 fermiers blancs.

Le soit disant héritage « négatif » de  «l 'apartheid » a, des années durant, servi d’excuse au système prédateur sud-africain alors qu’en 1994, quand le président De Klerk hissa au pouvoir un Nelson Mandela incapable de le prendre par la force[1], il légua à l’ANC la première économie du continent, un pays doté d’infrastructures de communication et de transport à l’égal des pays développés, un secteur financier moderne et prospère, une large indépendance énergétique, une industrie diversifiée, des capacités techniques de haut niveau et la première armée africaine. Vingt-huit ans plus tard, pris dans la nasse de leurs propres mensonges, de leurs prévarications et de leurs insuffisances, les dirigeants de l'ANC ne sont donc plus crédibles quand ils continuent à mettre en accusation le "régime d'apartheid" afin de tenter de dégager leurs responsabilités dans l’impressionnante faillite dont ils sont les seuls responsables.

Dans ce pays où un abîme s'est creusé entre une infime minorité de profiteurs noirs et des millions de chômeurs, d’assistés et de travailleurs sous-payés qui paralysent l’économie avec de continuels mouvements de revendication, l’abyssal échec de l’ANC a débouché sur des violences xénophobes, les étrangers étant accusés de prendre le travail des plus pauvres et d’entretenir la délinquance. 

Depuis la fin du mois de mars 2022, c’est en hurlant « Dudula », un nouveau slogan en langue zulu signifiant « refouler » ou « faire déguerpir », que la chasse aux étrangers a été lancée.  Déjà, en 2008, en 2015, en 2016 et en 2019, un peu partout dans le pays, notamment au Natal et dans la région de Johannesburg, les immigrés africains qu'ils soient  Malawites, Mozambicains, Somaliens, Zimbabwéens, Soudanais ou encore Nigérians avaient été pris pour cible, lynchés et leurs biens systématiquement pillés. En 2016, les violences « xénophobes » connurent une telle ampleur que le Malawi décida d'évacuer ses ressortissants et que le Mozambique demanda aux autorités sud-africaines d'assurer la protection de ses nationaux face à l’ampleur des pogroms alors encouragés par le roi des Zulu...

Dans la « nation arc-en-ciel », au pays de l’ « icône » Nelson Mandela, des Noirs massacrent donc d'autres Noirs, et qui plus est, des Noirs immigrés... Voilà de quoi déstabiliser ceux qui pensaient qu'une fois le régime blanc balayé, les fontaines sud-africaines allaient laisser couler le lait et le miel de la fraternelle société « post-raciale »...

Face au gouffre creusé par ses détournements et son incompétence, l’Etat-parti ANC n’a désormais plus que trois options :

1) Chercher à redresser l’économie en empruntant une voie libérale, mais il provoquera alors une sanglante révolution populaire.

2) Continuer à accuser le bouc-émissaire blanc en tentant de faire croire que la situation est un héritage de l’apartheid et en nationalisant les mines et la terre. La « poule aux œufs d’or » sera alors définitivement  tuée, et, comme au Zimbabwe, les Blancs émigreront et le pays sombrera encore davantage  dans la misère.

3) Recourir à la « planche à billets », ce qui provoquera d’abord l’inflation, puis une hyperinflation et enfin l’achèvement de la ruine totale du pays.

Coquille vide  ayant perdu tout sens idéologique et politique, ne survivant plus que comme machine électorale destinée à distribuer des sièges de députés à ses membres, l’ANC est donc au pied du mur. L’heure de vérité approche inexorablement cependant que les masses noires, totalement paupérisées, constituent un bloc de plus en plus explosif.

Et pourtant, décérébrés par l’auto-culpabilisation, par les glapissements des « décoloniaux » et par le « sida mental » introduit par la « culture woke » (voir à ce sujet mon livre  « Pour répondre aux décoloniaux, aux islamo-gauchistes et aux terroristes de la Repentance »), les chapons gras occidentaux continueront à se pâmer devant le fantasme de la « nation arc-en-ciel », ne voyant pas, futures victimes qu’ils sont, que ce qui se passe actuellement en Afrique du Sud annonce le futur apocalyptique de l’Europe « multiraciale » rêvé par les mondialistes, organisé par  la « Commission de Bruxelles », et encouragé par ce pape tiers-mondiste qui ne cesse d’appeler à l’accueil des « Autres »...

vendredi 1 avril 2022

L'Afrique Réelle n°148 - Avril 2022

Sommaire

Actualité
Le blé et le chaos alimentaire africain

Dossier
Rwanda : et maintenant, place aux historiens

Histoire
- Lavigerie ou la colonisation jacobine, Lyautey ou la colonisation ethno-différentialiste.
- Le 18 mars 1962, l’armée française avait gagné la guerre d’Algérie


Editorial de Bernard Lugan :

La famine à l’horizon ?

En 1960, à la fin de la période coloniale, l’Afrique ignorait les famines, elle était autosuffisante et elle exportait des aliments (voir mon livre Colonisation, l’histoire à l’endroit).
Aujourd’hui, les Africains ne produisent plus de quoi se nourrir. Comment le pourraient-ils d’ailleurs avec un croît démographique annuel de 3% quand les ressources agricoles n’augmentent quant à elles que de 1% ?
 
Enorme importatrice de blé et de maïs, l’Afrique est donc à la merci de mauvaises récoltes céréalières européennes, argentines ou australiennes… ou d’évènements imprévus, comme aujourd’hui le conflit ukrainien. 
La situation est d’autant plus grave qu’en 2021, avant donc cette guerre, une vingtaine de pays africains connaissaient déjà une crise alimentaire permanente, cependant que dix autres étaient au bord de la famine. Toujours en 2021, 282 millions d’Africains étaient sous-alimentés et plusieurs dizaines de millions ne survivaient que grâce à l’aide alimentaire internationale (Source : Etat de la  sécurité alimentaire et de la nutrition, Rapport 2021)
Dans ces conditions, comment, à l’exception de quelques Etats pétroliers,  les pays africains vont-ils pouvoir faire face à l’envolée actuelle des cours des céréales, et cela, alors que leurs ressources sont faibles ou quasi inexistantes ? 
Depuis la décennie 1960, année après année, comme les chiffres du commerce des grandes économies mondiales le démontrent, l’Afrique est en effet devenue une composante de plus en plus marginale de la vie économique mondiale : 
- Economiquement, l’Afrique ne compte pas pour la France. Elle ne représente en effet qu'environ 3,40% de tout le commerce extérieur de la France, 50% étant réalisés avec quatre pays (Maroc, Algérie, Tunisie et Egypte). Quant à la zone CFA si constamment dénoncée par les aboyeurs de la culpabilisation, elle ne pèse que 0,79% du commerce extérieur français… 
- L’Afrique ne représente que 2,5% du commerce extérieur de la Grande-Bretagne, dont 60% réalisés avec 2 pays seulement, la RSA (35%) et le Nigeria (25%).
- Le continent africain ne représente que 2% du commerce extérieur allemand.
- Le continent africain dans son ensemble représente moins de 2% de tout le commerce extérieur américain et à peine 1% du commerce extérieur japonais. 
- Quant à la Chine, prédateur en quête de ressources naturelles, en 2020, sur environ 6000 milliards de dollars de son commerce extérieur,  l’Afrique en a totalisé 198 milliards, à peine 3,3%…

jeudi 24 mars 2022

Comment la France est devenue la « colonie de ses colonies »

Migration, immigration, « grand remplacement », « remigration », assimilation et intégration, autant de thèmes et de notions au cœur de l’actuel débat présidentiel qui vont conditionner la vie politique française dans les décennies à venir. Ils illustrent ce basculement ethno-démographique qui fait que, peu à peu,  comme le dit Jean-Luc Mélenchon, la France devient une nation  « créole ».

Or, cet actuel changement de peuple est la conséquence directe de notre aventure coloniale d’hier. Plus de 90% des néo-Français étant des « sujets » ou des descendants de « sujets » de notre ancien empire colonial, la France est donc bien devenue « la colonie de ses colonies » comme le prophétisait Edouard Herriot en 1946.

Il est donc nécessaire et urgent de comprendre pourquoi cette révolution s’est produite. Faute de quoi, à travers les « solutions » que les candidats proposent, et qui se ramènent toutes à l’ « assimilation-intégration », à l’adhésion aux « valeurs de la République » et à la « laïcité », les échecs coloniaux d’hier vont automatiquement et tragiquement se répéter en France. Et comme il ne sera pas possible d’y procéder par amputation territoriale comme l’avait  si dramatiquement fait le général de Gaulle avec l’Algérie, l’avenir s’annonce donc pour le moins  « problématique »…

Mon livre « Colonisation, l’histoire à l’endroit. Comment la France est devenue la colonie de ses colonies » est l’outil permettant d’aborder et de mettre en perspective ces questions devenues existentielles.

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mardi 15 mars 2022

19 mars 1962 : en « célébrant » les « Accords d’Evian » et le « cessez-le-feu », la France va « célébrer » l’épuration ethnique des Européens d’Algérie et le massacre des Harkis

Les 18 et 19 mars 2022, la France va « célébrer » le soixantième anniversaire des « accords d’Evian » et du « cessez-le-feu » en Algérie. La double « célébration » d’un abandon et  d’une tragédie.
Le 18 mars 1962, à 17h 40, le général de Gaulle offrit l’Algérie au FLN alors que l'armée française l’avait emporté sur le terrain. A cette date, 250 000 Algériens servaient sous le drapeau tricolore, soit cinq fois plus que les maquisards de l’intérieur et les membres de l’ALN stationnés en Tunisie ou au Maroc.
Sans la moindre garantie sérieuse, les évènements qui suivirent le démontrèrent tragiquement, plus d’un million d’Européens et plusieurs centaines de milliers de musulmans attachés à la France furent ainsi abandonnés au bon vouloir de l’ennemi d’hier (voir à ce sujet mon livre « Algérie l’Histoire à l’endroit »).
 
Puis, le 8 avril 1962, par un référendum ségrégationniste puisque le pouvoir gaulliste l’avait ouvert aux seuls Français de métropole, les Français d’Algérie, pourtant les premiers concernés, en ayant été écartés (!!!), « les accords d’Evian » furent ratifiés par 90,81% de « oui ».
 
Aujourd’hui, les enfants de ces 90,81% paient à travers le « grand remplacement », l’indifférence, le soulagement, la lâcheté et pour certains, la trahison de leurs parents...

La suite de cette analyse (84%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.

samedi 12 mars 2022

Mali, les Touareg seuls face à l’Etat islamique

Première conséquence du départ des forces française du Mali, l’Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS) a lancé une puissante entreprise d’élimination des Touareg, notamment les Daoussak, à travers des attaques meurtrières et massives dans la région de Ménaka, notamment à Tamalat, Ichinanane, Anderazmboukane et Ekarfane, des noms qui parleront aux anciens de Barkhane... 

Plusieurs de ces localités ont été prises et des dizaines de civils touareg y ont été purement et simplement « liquidés ». Dans les violents combats, les Touareg ont essuyé de nombreuses pertes, dont plusieurs de leurs chefs militaires.

A travers ces attaques contre les Touareg, l’EIGS cible directement les divers mouvements signataires des Accords d’Alger de 2015, dont le CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) et le MSA (Mouvement pour le salut de l’Azawad. En réalité, c’est une guerre contre les Touareg qui vient d’être déclenchée.

La stratégie de l’EIGS est claire : depuis son bastion de la « région des trois frontières », remonter vers le nord pour s’attaquer au cœur de la seule résistance régionale potentielle, à savoir les Touareg. Une fois ces derniers vaincus, plus rien ne s’opposera à une conquête rapide de tout le Mali en raison de l’ « évanescence » de son armée. Et ce ne seront pas les mercenaires russes de « Wagner » qui seront en mesure de s’y opposer, leur principale mission étant de sécuriser la junte au pouvoir.

Désormais, nous allons donc assister à une coagulation défensive ethnique des Touareg avec la concrétisation du rapprochement entre le CMA-MSA et la composante touareg d’Aqmi dirigée par Iyad ag Ghali. Mais également à l’entrée en action de l’Algérie qui ne peut en aucun cas laisser l’EIGS se rapprocher de ses frontières et qui, d’une manière ou d’une autre va être contrainte de s’impliquer militairement.

Une évolution que je n’ai cessé d’annoncer et dont j’explique la genèse dans mon livre « Les Guerres du Sahel des origines à nos jours ».

vendredi 4 mars 2022

Contrairement à ce que prétendent ses dirigeants, l’Algérie n’est pas en mesure de remplacer partiellement la Russie dans la fourniture de gaz à l’UE.

Profitant du lourd contexte géopolitique, l’Algérie prétend pouvoir compenser une partie des volumes de gaz russe en augmentant ses exportations en direction de l’UE via le gazoduc Transmed qui la relie à l’Italie. Un simple effet d’annonce construit car les réserves algériennes s’épuisent et sa production est aux trois-quarts consommée localement.

La suite de cette analyse (95%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.

mardi 1 mars 2022

L'Afrique Réelle n°147 - Mars 2021

Sommaire

Actualité :
Tunisie : rétablir l’ordre et la confiance avant les voluptueux éthers de la démocratie

Dossier : Libye
- Un pays désertique coupé en trois ensembles
- Une société d’abord tribale
- La guerre contre le colonel Kadhafi (2011) 
- Le chaos (2011-2019)
- Entre guerre et hypothétique recomposition (2019-2022)

Histoire :
Qui était Abd el Kader ?


Editorial de Bernard Lugan

En Tunisie comme en Libye, la transplantation des «principes » démocratiques et des valeurs abstraites postulées universelles de l’Occident, l'ignorance ou même parfois le mépris de l’histoire, ont provoqué le chaos. 

En conséquence de quoi, la Tunisie est aujourd’hui placée devant un choix très clair :
- L’anarchie politique avec l’effondrement socio-économique suivi de la prise de pouvoir par les islamistes.
- Un régime fort capable de rétablir ordre et confiance. 

Avec courage, le président Kaïs Saied a choisi la seconde option. Or,  ceux qui, en 2011, ont provoqué le chaos avec la « révolution du jasmin », mènent actuellement campagne contre lui. Avec naturellement le soutien des médias français et des éternels cocus  de la « bonne gouvernance ».  

En Libye, en dehors d’une nouvelle guerre de tous contre tous, deux options sont possibles :

1) La reconstitution d’un Etat fort, ce qui semble difficile dans un pays historiquement caractérisé par une définition de non-Etat (voir mon livre Histoire de la Libye). Une option qui impliquerait un retour à la situation antérieure avec l’émergence d’un nouveau « colonel Kadhafi ». Dans l’immédiat, aucune personnalité ne semble en mesure de jouer ce rôle. Sauf peut-être Saïf al-Islam, le fils du colonel. Lui seul serait en effet en mesure de reconstituer les anciennes alliances tribales au sein des grandes confédérations de Cyrénaïque, de Tripolitaine et du Fezzan.  

2) La constitution de deux pôles confédérés, donc la reconnaissance officielle de l’éclatement de la Libye. Une telle orientation aurait l’avantage de circonscrire les luttes de pouvoir au sein de deux régions et donc de limiter l’effet domino régional. 

Cependant, le plus important est de voir que  l’avenir de la Libye passe par la recomposition des solidarités tribales détruites par la guerre que Nicolas Sarkozy, bien mal inspiré par BHL, déclencha contre le colonel Kadhafi.

Plus généralement, dans toute l’Afrique, tant au nord qu’au sud du Sahara, la priorité n’est pas économique, même si le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont pour but l’intégration dans l’économie planétaire. Les vrais problèmes du continent sont politiques, institutionnels et sociologiques. Nous sommes en effet devant une  évidence de politique d’abord. Or, nos impératifs universalistes nous empêchent et même nous interdisent de voir l’évidence de la différence car le corps social africain n’est pas celui de l’Europe ou celui de l’Asie. L’approche économique ressemble à celle d’un jardinier qui s’obstinerait à vouloir greffer un prunier sur un palmier et qui s’étonnerait qu’en dépit des montagnes d’engrais déversées, sa greffe ne prenne pas. Sans parler naturellement du postulat démocratique dont le résultat est l’ethno-mathématique électorale, le pouvoir revenant automatiquement aux  ethnies les plus nombreuses.