lundi 30 juin 2014
mercredi 25 juin 2014
samedi 14 juin 2014
mardi 3 juin 2014
L'Afrique Réelle N°54 - Juin 2014
Numéro spécial :
L’Afrique du Sud 20 ans plus tard
Dossier :
Les élections sud-africaines
- Analyse du scrutin du 7 mai 2014
- L’évolution du corps électoral sud-africain
- L’évolution des pourcentages ethniques de 2007 à 2013.
Economie et société :
- Un pays en cours de « tiers-mondisation »
- La violence comme seul moyen d’expression
Politique :
L'ANC ne pourra pas éternellement mettre ses échecs sur le compte de l’Apartheid.
A travers la presse :
Mayotte, un boulet de plus en plus lourd…
Editorial de Bernard Lugan :
Afrique du Sud 1994-2014 : le naufrage
Vingt ans après que Frederik De Klerk ait hissé Nelson Mandela au pouvoir, la question raciale se pose avec d’autant plus de force qu’il s’agit d’un tabou empoisonnant et conditionnant tout à la fois la vie politique et les rapports sociaux. Contrairement à ce que croyaient les gogos, la pluie démocratique n’a donc pas effacé les rayures du zèbre sud-africain. Quant à l’arc-en-ciel multi-racial, il s’est dissipé sous les orages.
Les élections du mois de mai 2014 - le dossier qui leur est consacré le montre d’une manière éloquente -, furent d’abord raciales. Les Noirs ont en effet massivement voté pour des partis noirs, cependant que les Blancs, les Métis et les Indiens, ont non moins massivement donné leurs suffrages à l’Alliance démocratique.
Or, la fracture raciale qui est au cœur de toutes les problématiques sud-africaines va encore s’accentuer au fur et à mesure de la déliquescence de ce qui fut un pays prospère. Sans une croissance pérenne de 5 à 7% par an, l’Afrique du Sud ne pourra en effet pas freiner un chômage qui touche désormais au moins 40% de la population active. En 2013, cette croissance ne fut que de 1,6%[1] et au premier trimestre 2014, le PIB a perdu 0,6%, notamment en raison des mouvements sociaux qui paralysent les mines.
Chaque jour qui passe voit donc s’aggraver une situation à ce point catastrophique qu’il est légitime de s’interroger sur les arrière-pensées de ceux qui, en 2011, poussèrent à l’admission de l’Afrique du Sud parmi les « BRICS », ces pays à forte croissance qui ont un poids substantiel dans l’économie mondiale. Cette interrogation est d’autant plus légitime que, pour la période 2008-2012, l’Afrique du Sud dont l’économie est malade, dont le secteur moteur, les mines, est en partie obsolète, a été classée par la Commission économique de l’Afrique (ONU) et l’Union africaine[2], parmi les 5 pays « les moins performants » du continent, devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland...
Comment espérer voir la situation du pays s’améliorer quand les mineurs réclament plus qu’un doublement du salaire de base, soit 12.500 rands (880 euros) alors que les coûts sud-africains rendent déjà les productions nationales non concurrentielles ? Les sociétés minières ont d’ailleurs quasiment cessé d’investir dans le pays, préférant le faire ailleurs en Afrique et de par le vaste monde. Résultat : comme le secteur minier est le premier employeur privé, le chômage va donc encore augmenter.
Face à cette situation, l’Etat-parti ANC n’a que deux options :
- Chercher à redresser l’économie en empruntant une voie libérale et il provoquera alors une révolution sociale.
- Appliquer le remède « magique » consistant à accuser le bouc-émissaire blanc et tenter de faire croire que la situation est un héritage de l’apartheid, puis en nationalisant les mines et la terre.
C’est naturellement cette seconde voie qu’il va emprunter. Dans un premier temps les mesures seront essentiellement symboliques afin de satisfaire les revendications noires sans casser l’outil économique. Mais, comme elles seront insuffisantes, il lui faudra ensuite davantage ponctionner les Blancs. Or, comme les seuls secteurs qui tournent encore sont précisément ceux que ces derniers contrôlent (agriculture d’exportation et secteurs de haute technologie), la « poule aux œufs d’or » sera tuée. Comme au Zimbabwe.
[1] 3,6% en 2008, -1,5% en 2009, 2,8% en 2010, 3,8% en 2011, 2,5% en 2012.
[2] Rapport Economique sur l’Afrique pour l’année 2013. En ligne.
vendredi 23 mai 2014
Mali : un éternel recommencement qui était annoncé…
Les Touareg avaient
prévenu : si les autorités maliennes tentaient de venir à Kidal, elles en
seraient chassées. Samedi 17 mai, pensant que le bouclier français allait
permettre à l’Etat sudiste de réoccuper la totalité du pays, le Premier
ministre Moussa Mara est bien venu à Kidal et il en a effectivement été chassé…
L’armée malienne s’est ensuite débandée, comme fin 2011 et début 2012.
La guerre qui vient de reprendre
au Mali n’aura pas surpris les abonnés à l’Afrique Réelle car, depuis le début de la crise, je ne cesse d’écrire que rien
n’a été réglé dans ce pays car :
- En dépit de sa réussite
militaire, l’Opération Serval, n’a
pas résolu le problème de fond qui n’est pas islamiste, le jihadisme n’étant
que la surinfection d’une plaie ethnique millénaire, mais ethno-racial et
géo-ethnographique.
- Quant aux élections de l’été 2013, elles
n’ont fait que confirmer la mathématique
ethnique locale, l’ethno-mathématique.
Tant que les idéologues - médias,
politiques et faux « experts » -, refuseront de voir que le Sahel,
monde contact entre les civilisations
sédentaires des greniers au Sud et l’univers du nomadisme au Nord, est un Rift
racial le long duquel, et depuis la nuit des temps, sudistes et
nordistes sont en rivalité pour le contrôle des zones intermédiaires situées
entre le désert et les savanes, aucun espoir de solution ne sera en vue.
Tant que ces mêmes idéologues
s’accrocheront à l’utopie crisogène et mortifère consistant à vouloir faire
vivre dans un même Etat agriculteurs noirs sédentaires du Sud et nomades
berbères ou arabes du Nord, la guerre sera
résurgente.
La solution est pourtant
évidente : repenser en profondeur l’organisation politique du Mali sur
base d’un véritable fédéralisme ou d’un confédéralisme. Mais pour cela, il
conviendrait de faire enfin comprendre au pouvoir de Bamako que le Mali
« unitaire » n’existera jamais plus. Il n’a d’ailleurs jamais existé.
L’option de sortie de crise
pourrait être celle d’une très large autonomie des trois Azawad autour de ses
trois grandes composantes ethno géographiques à savoir : la partie sud, le
long du Niger, notamment peuplée par des Songhay et des Peul ; la partie
nord autour de Kidal, territoire des Touareg et l’ouest saharien
« arabe ».
Bernard Lugan
23/05/2014
Bernard Lugan
23/05/2014
mercredi 21 mai 2014
Libye : fédéralistes contre islamistes, Berbères contre Frères musulmans. Une recomposition est-elle en cours ?
Trois
ans après le début de l’anarchie qui suivit le lynchage du colonel Kadhafi, une
recomposition politique semble se dessiner en Libye à la suite de l’entrée en
scène de deux chefs militaires, le général Khalifa Haftar en Cyrénaïque et le
colonel Moktar Fernana en Tripolitaine.
En
Cyrénaïque, la guerre contre les islamistes radicaux est menée par le premier.
En Tripolitaine, celle contre le CNG (Congrès général national, le parlement de
transition) dominé par les Frères
musulmans et Misrata est conduite par le second. Qui sont ces deux
hommes ? Quelles sont leurs forces ? Leur éventuelle victoire
pourrait-elle ouvrir la voie à la reconstruction de l’Etat libyen ? Eléments de
réponse.
La suite de cette analyse est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle. Pour la recevoir par courriel, vous devez être abonné.
vendredi 16 mai 2014
Budget de la Défense : le tour de passe-passe socialiste
Nos
Armées sont de plus en plus engagées en Afrique et elles vont donc devoir
disposer de moyens supplémentaires. Comme je l’ai expliqué et cartographié dans
le numéro du mois de mai de l’Afrique
Réelle, elles vont devoir impérativement tenir quatre verrous (Iforas, zone
de la passe Salvador, appendice Cameroun-Tchad et région de Birao) pour tenter
d’éviter la coagulation entre les conflits, pour le moment éclatés, qui
se déroulent à la fois dans la zone sahélo-saharienne et dans l’arc de
crise de l’Afrique centrale. Il va donc falloir
repositionner des forces et leur fournir le matériel adapté.
Or,
et contrairement à ce qu’affirme le gouvernement et à ce qu’a encore déclaré le
vendredi 16 mai le Premier ministre sur les ondes d’Europe 1, le budget
de l’armée va encore être amputé. Mais
sans toucher à l’enveloppe globale !!!. Le tour de passe-passe qui serait
en préparation est expliqué dans l’entretien qui suit par Philippe Meunier, Député du Rhône et secrétaire de la
Commission de la Défense Nationale et
des Forces Armées :
Afrique Réelle : Le gouvernement dément les
« bruits » concernant de nouvelles coupes du budget de la Défense. De
quelles informations disposez-vous, vous qui êtes Secrétaire de la Commission
de la Défense ?
Philippe Meunier : Le
gouvernement a laissé "fuiter" dans un premier temps une économie
supplémentaire demandée à nos armées de 2 milliards puis quelques jours plus
tard de 1,5 milliard. En fait, le gouvernement nous refait le coût de la loi de
programmation militaire.
Afrique Réelle : C'est à dire ?
Philippe Meunier : C'est à
dire qu'il laisse "fuiter" un certain nombre d'informations
volontairement très alarmistes pour retenir au final une solution qui sera
jugée moins douloureuse, mais qui sera tout aussi mortifère pour nos troupes.
Afrique Réelle : Le Président de la République et le Ministre
de la défense se sont pourtant engagés à de multiples reprises au sujet de la
sanctuarisation du budget dans le cadre de la Loi de Programmation Militaire
(LPM)?
Philippe Meunier : C'est
exact. C'est la raison pour laquelle je pense qu'ils vont procéder à "un
tour de passe passe". Ils ne toucheront pas à l'enveloppe budgétaire
prévue dans le cadre de la LPM, mais ils vont transformer les OPEX (Opérations
extérieures) en bases prépositionnées sur l'arc sahélien. Or, il faut savoir
que ces dernières ne sont pas financées comme le sont les OPEX par le budget
général mais par le budget du Ministère de la défense.
Afrique Réelle : Nos Armées auraient donc toujours la même
enveloppe budgétaire mais devraient faire face à des dépenses supplémentaires.
Ce serait donc de l’enfumage.
Philippe Meunier : Une
tromperie de plus.
Afrique Réelle : Mais, si tel était le cas, comment nos Armées
arriveraient-elles à trouver les économies nécessaires pour financer ces
nouvelles dépenses compte tenu des efforts déjà demandés par la LPM ?
Philippe Meunier : C'est
la raison pour laquelle depuis quelques semaines l'actuelle majorité procède
dans le cadre de la Commission de la Défense, à un certain nombre d'auditions
au sujet de la dissuasion nucléaire afin de réfléchir à
l' « utilité » de ses budgets. L'objectif dissimulé de ces
auditions est aujourd'hui dévoilé : essayer de convaincre les parlementaires de
la nécessité de diminuer notre capacité de riposte nucléaire.
Afrique Réelle : Pour quelle finalité ?
Philippe Meunier : C'est
là où nous voyons la perversité de la démarche de l'actuelle majorité :
placer en permanence en concurrence nos
Armées pour mieux les dépecer. Cette semaine, Cécile Duflot a proposé à la
Commission de la Défense, de récupérer le budget de la composante nucléaire
aérienne pour financer les missions humanitaires de l'Armée de Terre en
Afrique.
Or, ce
marché est le type même du marché de dupes car il aurait pour conséquence
d'affaiblir considérablement non seulement nos forces aériennes qui utilisent à
60% les FAS pour des frappes conventionnelles, mais également notre dissuasion,
et sans que ce transfert vers l'Armée de Terre ne règle pour autant la question
du remplacement de nos équipements conventionnels.
Afrique Réelle : Quelles seraient les conséquences de cette
politique ?
Philippe Meunier : Envoyer
nos hommes au feu sans les équipements adéquats. Faire monter au feu des
hélicoptères Gazelle non blindés et laisser nos hommes patrouiller avec des
vieux P4 incapables de résister à la moindre mine au Mali et en Centrafrique
est un véritable scandale moral et politique. François Hollande est dans la
lignée de tous les gouvernements socialistes. Il demande sans cesse à nos
Armées de faire la guerre, tout en diminuant leur budget.
Afrique Réelle : Qu'allez vous faire pour empêcher cette
manœuvre qui, si elle était avérée, imposerait une diminution supplémentaire
des moyens alloués à nos Armées ?
Philippe Meunier : Nous
allons continuer à nous opposer au Parlement, alerter nos compatriotes sur la
situation dramatique qui frappe nos Armées. Mais il serait nécessaire pour ne pas dire impératif, que
les hauts gradés alertent solennellement
le Président de la République sur l'impossibilité qu’auront nos troupes de
pouvoir mener à bien les missions qui leur sont demandées dans ce contexte
budgétaire délétère.
jeudi 8 mai 2014
Boko Haram, l’esclavage et le manichéisme de Christiane Taubira

Télescopage
de l’histoire et de l’actualité, c’est à la veille du 10 mai, jour anniversaire
du vote en 2001, de la « loi Taubira » qualifiant la traite
européenne, et elle seule, de « crime contre l’humanité », que
le mouvement islamiste Boko Haram
annonce qu’il va vendre comme esclaves 200 adolescentes nigérianes qu’il vient
d’enlever[1].
Pour
mémoire, ce fut à l’unanimité, donc par tous les députés de « droite », et qui
plus est en première lecture, que cette loi faisant des Européens les
seuls responsables de la traite des Noirs, fut votée avant d’être définitivement
adoptée par les sénateurs le 10 mai 2001.
Christiane
Taubira a ensuite osé déclarer que sa loi n’évoquait pas la traite négrière musulmane
afin que les « jeunes Arabes (…) ne portent pas sur leur dos tout le
poids de l’héritage des méfaits des Arabes » !!! (L’Express du
4 mai 2006).
Or, en dépit du manichéisme et des manipulations
historiques de Madame Taubira, la traite musulmane qui se rappelle aujourd’hui
tragiquement à nos mémoires et qu’elle a volontairement refusé de nommer et
encore moins condamner, a bien existé. Elle débuta au VIII° siècle de notre ère
et ne prit fin qu’avec la colonisation. Madame Taubira et la totalité des
députés français ont donc fait l’impasse sur la vérité historique qui est que,
du Sahel à l’Afrique centrale en passant par l’Afrique orientale, ce furent les
colonisateurs européens qui libérèrent les malheureuses populations noires[2].
Pour mémoire, il y a à peine plus d’un siècle, entre 1880
et 1900, là même où se déroule aujourd’hui l’Opération Serval, les
colonels Gallieni et Archinard détruisaient les sultanats jihadistes,
libérant ainsi les populations noires
sédentaires, Bambara et Sénoufo, des raids esclavagistes.
Dans le sud du Tchad et jusqu’au centre de l’actuelle
Centrafrique, cette traite dura jusqu’en 1911, jusqu’à la mort du chef
esclavagiste Snoussou, tué dans un combat contre les troupes françaises. Ces
épisodes sont à ce point inscrits dans
la longue mémoire des populations qu’ils expliquent largement la réaction et
les exactions des milices dites anti-balaka de Centrafrique pour
lesquelles les musulmans du Séléka sont vus comme les successeurs des
esclavagistes d’hier….
Pour recevoir par courriel la suite de cette analyse, vous devez être abonné à l’Afrique Réelle.
[1] Pour
la situation au Nigeria, voir l’Afrique Réelle des mois d’avril et de
mai 2014.
[2]
Voir mon livre Mythes et manipulations de
l’histoire africaine. Mensonges et repentance. Particulièrement le chapitre
VIII intitulé « La traite négrière fut-elle une invention diabolique de
l’Europe ? ». A commander sur ce blog.
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