jeudi 19 août 2010

L'Afrique Réelle N°8 - Août 2010

























 
SOMMAIRE :

Dossier : La réalité ethnique en Afrique
- Définitions
- Jean-Pierre Chrétien, ou les ethnies vues comme un fantasme colonial
- Les tutsi ont ils été créés par la colonisation ?
- L'insolite méthodologie de Jean-Pierre Chrétien

Actualité des ethnies :
- Guinée : la réalité ethnique à travers l'exemple des dernières élections présidentielles
- Afrique du Sud : la réalité ethnique à travers les forces politiques

EDITORIAL :

En France, le fait ethnique a longtemps été banni des études africaines car le postulat qui sous-tendit les travaux des africanistes de la seconde moitié du XX° siècle, fut que ces dernières avaient été créées par la colonisation. Poussons à son terme ce postulat aberrant énoncé par Jean-Pierre Chrétien, Jean Loup Amselle ou encore Catherine Coquery-Vidrovitch : si l’Afrique précoloniale ignorait les ethnies, le continent n’avait donc pas d’histoire et il n’était qu’un conglomérat d’individus indifférenciés ultérieurement structuré par la colonisation... Cette vision est parfaitement stupide, mais revenons néanmoins au cœur de la théorie de Jean-Pierre Chrétien et consorts. La réponse à leur thèse tient en une question : les ethnies existaient-elles au moment où se fit la colonisation ? La réponse est oui, évidemment oui car, en Afrique comme dans le reste du monde, l’Histoire s’écrit autour des peuples, des ethnies. En Afrique, l’actualité le montre quotidiennement, et, hélas, de manière régulièrement dramatique de la Côte d’Ivoire au Soudan, du Tchad au Rwanda et du Kenya à la RDC, etc. Nier une telle évidence ne relève pas de la controverse scientifique, mais de la pathologie. Dans ce numéro de l’Afrique Réelle, nous montrons que cette réalité ethnique est également la clé de la situation en Afrique du Sud et en Guinée.

Tout est-il pour autant ethnique ? La question africaine se résume t-elle à une addition de problèmes ethniques ? Evidemment non, mais si l’ethnie n’explique pas tout, elle est cependant à la base de tout, même quand l’apparence des crises est économique.
Trois exemples le démontreront :
 
1) Ce n’est pas le pétrole qui est à l’origine de la guerre du Sud Soudan, mais l’opposition entre populations nordistes arabo-musulmanes et sudistes négro-africaines. Cette guerre, résurgence de conflits multi séculaires a éclaté en 1956 alors que le pétrole n’est produit que depuis une décennie à peine.
2) Le trafic du coltan n’explique pas les guerres du Kivu, même si aujourd’hui il les alimente en partie. Elles ont en effet éclaté dans les années 1990 quand les Tutsi congolais (les Banyamulenge) furent instrumentalisés par le Rwanda pour déstabiliser le régime Mobutu.
3) Les diamants n’ont pas provoqué la guerre civile de Sierra Leone puisque sa cause en est la contagion découlant de la guerre ethnique du Liberia et des évènements ethno politiques de Guinée. Ce ne fut que dans un second temps que le conflit s’est nourri du commerce des diamants.

Depuis les années 1990, le problème ethnique africain a été amplifié par la démocratie. Le placage de la démocratie fondée sur le « one man one vote » aboutit en effet à l’ethno mathématique puisqu’il débouche sur la victoire automatique des plus nombreux. Le problème n’est d’ailleurs pas tant la démocratie en elle-même que la manière dont elle a été transposée en Afrique sans qu’auparavant il ait été réfléchi au mode de représentation et d’association au pouvoir des ethnies minoritaires. C’est pourquoi il est impératif de définir des voies constitutionnelles permettant la cohabitation ethnique sur des bases consensuelles et cela, afin d’éviter que les plus nombreux soient automatiquement détenteurs d’un pouvoir issu de l’addition des suffrages. La solution pourrait être un système dans lequel la représentation irait d’abord aux groupes et non plus aux individus. Mais il s’agirait là d’une véritable révolution culturelle car, en définitive, ce sont les fondements philosophiques des sociétés démocratiques « occidentales » fondées sur l’individualisme qui seraient alors remis en cause. Avec l’universalisme destructeur qui les supportent.

Bernard Lugan

mardi 27 juillet 2010

L'Afrique Réelle N°7 - Juillet 2010


























SOMMAIRE :

Actualité : Football
- La grande désillusion des équipes africaines

Dossier : Afrique du Sud
- Comment les afrikaners ont été trahis par Frederik De Klerk

Dossier : Rwanda
- Le génocide aurait-il été programmé après le 6 avril 1994 ?

Histoire :
- L'arabisation du Maroc berbère
- Vers la reconstitution d'Al-Andalus ?

EDITORIAL :

Ce ne fut pas n’importe où en Afrique qu’eut lieu la coupe du monde de football, mais en Afrique du Sud, ce qui n’est pas la même chose. Peut-on en effet imaginer un seul instant qu’un tel évènement ait pu se dérouler au Nigeria, en RDC, au Soudan, en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Kenya, en Guinée, au Liberia, au Zimbabwe, en Somalie, ou n’importe où ailleurs au sud du Sahara ?
Disons-le clairement, si cette compétition fut tenue en Afrique du Sud, c’est parce que les Blancs qui ont hier créé ce pays gèrent ou dirigent aujourd’hui ce qui y marche encore.
Certes, des ouvriers noirs travaillèrent sur les chantiers routiers, tracèrent les voies de chemin de fer, construisirent les aéroports et édifièrent les stades, mais les concepteurs de tous ces projets, les ingénieurs qui les transformèrent en réalité et les contremaîtres qui en assurèrent le suivi quotidien étaient Blancs.
Certes, la sécurité de l’évènement fut physiquement assurée par des dizaines de milliers policiers noirs, mais la lourde organisation fut pensée, prise en charge et supervisée par des Blancs, cependant que les sociétés de sécurité privées blanches épaulaient la police officielle.
Si les touristes ont pu bénéficier d’infrastructures médicales performantes et d’une hôtellerie de classe internationale, c’est encore aux Blancs qu’ils le doivent. Enfin, ceux qui ont nourri visiteurs et nationaux furent ces 45 000 fermiers quotidiennement mis en accusation et dont plus de 3000 ont été assassinés depuis 1994. Quant au coût exorbitant de l’évènement, il sera assumé in fine par les contribuables sud africains, donc par les seuls Blancs, eux qui acquittent 95% de l’impôt !!!

Les lampions de la fête étant éteints, le temps des bilans est donc venu. Pour le secteur du tourisme les résultats sont négatifs car les visiteurs européens ont boudé l’évènement. Or, les budgets primitifs avaient été établis sur des prévisions de 450 000 touristes originaires des pays de l’hémisphère nord, chiffre abaissé à 375 000 avec au final moins de 250 000 visiteurs. Plusieurs centaines de milliers de réservations de chambres d’hôtel furent donc résiliées par Match, société partenaire de la FIFA qui avait le quasi monopole des réservations[1].
Le réveil risque donc d’être douloureux après un mois d’anesthésie sportive car la réalité va reprendre le pas sur le rêve.
Dans un rapport publié fin juillet et intitulé Ninth South African Employment Report, Mike Schussler, économiste de renom écrit ainsi que l’Afrique du Sud compte à peine 5,3 millions de contribuables pour 49 millions d’habitants, soit environ 11% de la population, soit encore, le total des Blancs plus quelques dizaines de milliers d’Indiens et quelques milliers de Noirs. En revanche, le nombre de personnes vivant des aides sociales et donc totalement prises en charge par l’Etat s’élève à 13 millions, soit 26% de la population, plus du double du nombre des imposés. Les personnes en âge de travailler et ayant un emploi (« Employment Rate »), sont 41%, ce qui revient à dire que 59% sont sans travail. De plus, depuis 2006, les emplois dans le secteur industriel ont baissé de 11% alors que dans le secteur étatique ils ont augmenté de 13%. La tendance est donc claire : insupportable ponction fiscale sur les Blancs qui sont les « vaches à lait » de la « Nouvelle Afrique du Sud » ; perte d’emplois dans le secteur industriel productif et augmentation dans le secteur public improductif. Des chiffres qui en disent plus que tous les longs discours concernant le soi-disant « miracle » sud-africain.

Bernard Lugan

[1] Référence : Mme Thandiwe January-Mclean, présidente du Comité du tourisme sud-africain.

dimanche 20 juin 2010

L'Afrique Réelle N°6 - Juin 2010


























SOMMAIRE :

Actualité : Afrique du Sud
- Criminalité, violence et coupe du monde de football

Actualité : Guinée Bissau
- Du non-Etat au Narco-Etat

Dossier : Rwanda
- La revue XXI et les curieuses méthodes de ses journalistes procureurs
- Etude de tir contre l'avion présidentiel rwandais le 6 avril 1994

Histoire : 
- France-Algérie : remettre les pendules à l'heure
- Sétif ou le coeur du contentieux historique franco-algérien

EDITORIAL :

La Coupe du monde de football a débuté en Afrique du Sud dans un contexte plus que morose car dès l’extinction des lampions de la fête il faudra faire les comptes. Le coût de cet évènement est en effet exorbitant : entre 4 et 6 milliards d’euros dépensés dans un pays qui compte 40% de chômeurs et dans lequel un habitant sur trois ne mange pas à sa faim. Certes, 150 000 emplois temporaires auront été créés pour les besoins de l’évènement, mais dans le même temps plusieurs centaines de milliers d'autres furent détruits... Affolés par les chiffres du crime, près de 300 000 meurtres depuis 1994 (!!!) les visiteurs étrangers sont moins nombreux que prévu, ce qui a déjà de graves conséquences pour l’industrie du tourisme. En plus des nuitées perdues, entre 1,8 et 2 millions de places destinées aux étrangers doivent être bradées à des nationaux à moins de 15 euros au lieu des 400 à 450 prévus. Le manque à gagner est donc considérable et le retour sur investissement plus que problématique. L’Afrique du Sud va donc rejoindre la cohorte des pays endettés pour avoir voulu organiser un évènement sportif planétaire, l'exemple de la Grèce qui accueillit les jeux olympiques en 2004 étant le plus éloquent.

Dans mon éditorial du numéro du mois de mai dernier, j’expliquai qu’une des raisons de la désaffection des Français pour la presse écrite d’information tient au fait que le monde médiatique qui se veut donneur de leçons s’est trop souvent enfermé dans les certitudes et les approximations imposées à la fois par le politiquement correct et par la sous culture de nombre de ses membres. La revue XXI qui vient de publier un dossier spécial sur le Rwanda illustre parfaitement ces travers. Dans ce numéro qui semble être écrit par des porte parole du régime de Kigali, les articles sont uniquement à charge et certains entretiens sont « bidonnés » avec des personnes jamais rencontrées auxquelles sont prêtés des propos inventés ; quant à l’absence de véritables investigations elle y est quasi constante. Il y a en définitive mépris du lecteur auquel sont proposées des opinions personnelles maquillées en travaux de journalistes d’investigation. Pour Alexis Senyorich qui décortique les manquements des collaborateurs de la revue XXI, la question est même de savoir si les auteurs des articles en question ont perdu leurs points de repère déontologiques ou bien s’ils sont en mission.
Au cœur de la controverse concernant les causes du génocide du Rwanda, la question de savoir qui a abattu l’avion du président Habyarimana le 6 avril 1994 est essentielle et c’est pourquoi nous avons demandé à un spécialiste d’étudier la trajectoire du missile qui a détruit en vol l’avion présidentiel rwandais. Ses conclusions sont particulièrement éclairantes.

Dans ce numéro de l’Afrique Réelle nous étudions également la Guinée Bissau, petit pays totalement artificiel découpé sur le littoral sénégambien et qui a fait l’actualité ces derniers mois. Ses maux sont parfaitement identifiés : oppositions ethno tribales, absence d’Etat et armée surdimensionnée. Les narcotrafiquants en ont profité pour en prendre quasiment le contrôle.


Lors du festival de Cannes, la désinformation concernant les évènements du mois de mai 1945 à Sétif a été totale. Les partisans de la repentance ont occupé les médias, se faisant les zélés porte-parole de la thèse algérienne, cependant que les autorités françaises gardèrent un silence prudent. Afin de ramener les uns et les autres à la réalité, nous abordons dans ce numéro la question de l’héritage légué par la France à l'Algérie.

Bernard Lugan

lundi 31 mai 2010

Arrestation de Peter Erlinder

Maître Peter Erlinder, avocat de nationalité américaine et président de l’association des avocats de la Défense au Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a été arrêté à Kigali le 28 mai 2010 alors qu’il s’y trouvait pour y assurer la défense de madame Victoire Ingabire, candidate hutu aux élections présidentielles du 9 août 2010, elle-même emprisonnée pour « négation du génocide, divisionnisme ethnique et terrorisme ». Maître Erlinder qui est poursuivi pour « négation et occultation du génocide » devrait être présenté devant la justice rwandaise en début de semaine. Il risque en théorie une peine de plusieurs années de prison.
Cette arrestation qui a provoqué une vive émotion aux Etats-Unis, principal soutien de Kigali, semble insolite tant ses conséquences vont rapidement apparaître comme contre-productives pour un régime devenu nerveux en raison des dissidences apparues au sein même de son premier cercle. En consultant l’impressionnante liste de personnages-clé du FPR,-hauts gradés de l’armée, de ministres, d’ambassadeurs etc.-, qui ont quitté le pays, ou qui y ont été emprisonnés, il est désormais difficile de ne pas parler d’autodestruction du système Kagamé. Après le général Faustin Kayumba Nyamwasa, longtemps numéro deux du régime et aujourd’hui réfugié en Afrique du Sud où il a rejoint le colonel Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements extérieurs, plusieurs très importants responsables militaires tutsi ont ainsi été suspendus ou mis aux arrêts, dont le général Emmanuel Karenzi Karake, ancien commandant en second de la mission de paix ONU-UA (Minuad) déployée au Darfour et le général Charles Muhire, ancien chef d’état-major des forces aériennes.
Le régime est également engagé dans une course contre la montre avec la justice internationale, les procédures judiciaires entamées par les juges Jean-Louis Bruguière en France et Fernando Andreu Merelles en Espagne étant toujours d’actualité en dépit des pressions subies par les juges français. Paul Kagamé est ainsi suspecté par la Justice française d’être le concepteur et le donneur d’ordre de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Habyarimana, attentat qui fut l’élément déclencheur du génocide ; quant à la Justice espagnole, elle l’accuse d’être l’organisateur des crimes de génocide, des crimes de guerre et des crimes de terrorisme dont sont collectivement accusés 40 officiers rwandais inculpés par l’Audiencia Civil. Quant au TPIR, c’est uniquement parce que les Etats-Unis d’Amérique y ont mis leur veto que les actes d’accusation contre les plus hauts dignitaires du FPR n’ont pas été signés par le Procureur.
Au mois d’avril 2010, Maître Erlinder a directement porté plainte aux Etats-Unis contre le président Paul Kagamé qu’il accuse d’avoir fait abattre l’avion du président Habyarimana. Cette plainte a été reçue comme une provocation à Kigali car de plus en plus nombreux sont les Américains qui commencent à s’interroger sur la nature du régime rwandais et qui se demandent pourquoi leur administration a toujours bloqué toute enquête du TPIR concernant cet attentat.
C’est dans ce contexte chargé que le président Kagamé s’est senti « nargué » par l’influent avocat et qu’il a décidé de le faire arrêter, commettant ainsi une faute politique dont les conséquences vont être lourdes pour lui.

Bernard Lugan
30/05/2010

mardi 25 mai 2010

Afrique Réelle N°5 - Mai 2010


























SOMMAIRE :

Actualité : Rwanda
- Le régime est-il en phase de désintégration ?
- Les conseillers de l'Elysée devraient apprendre l'histoire
- Tentatives d'intimidation

Actualité : Afrique du Sud
- Portrait d'Eugene Ney Terreblanche

Dossier : L'immigration choisie, nouvelle forme de Traite des Noirs ?

EDITORIAL :

Depuis un quart de siècle l’historiographie africaine a fait des progrès considérables, bouleversant les dogmes de la pensée dominante sur laquelle est fondée la culture d’asservissement de l’Europe. Ainsi :
- En 1986, puis durant la décennie 1990, le postulat selon lequel la richesse de l’Europe fut fondée sur l’exploitation de ses colonies africaines a été pulvérisé par Jacques Marseille et par les historiens britanniques. Journalistes, artistes et invités des émissions de télévision continuent à pourtant à ânonner les poncifs éculés du « pillage colonial ».
- En 2005, Daniel Lefeuvre démontra que la France s’était ruinée en Algérie et que les « 30 glorieuses » ne devaient rien à la main d’œuvre immigrée venue d’Algérie. Le président Bouteflika exige pourtant des excuses de la part de la France.
- Dans le domaine de la traite des Noirs, Olivier Pétré-Grenouilleau et les historiens anglo-saxons réduisirent à néant le postulat selon lequel la révolution industrielle Européenne résultait directement de la traite. Ils mirent également en évidence l’étroite association de bien des royaumes africains au phénomène, démontrant qu’en réalité, une partie de l’Afrique avait vendu l’autre aux Européens. L’acte d’accusation de la seule Europe est pourtant toujours psalmodié, cependant que la Traite musulmane est régulièrement occultée.
- Pour ma part, j’ai longuement mis en évidence, et cela depuis une quarantaine d’années, l’importance du fait ethnique. Après avoir été nié jusqu’à l’absurde, ce dernier est désormais cité par les journalistes parce qu’ils ne peuvent plus l’occulter. Ils tentent cependant de l’amoindrir, cherchant à faire croire qu’il serait en partie le résultat de la colonisation, ou bien ils le vident de son sens. Ainsi au Nigeria les affrontements traditionnels entre pasteurs peuls (Fulani) et agro pasteurs birom (voir Afrique Réelle n°3) sont présentés comme un choc religieux, explication tronquée car ces heurts sont multi séculaires alors que l’islam n’est présent dans la région que depuis la fin du XVIII° siècle et le christianisme que depuis les années 1900-1920… Il en coûte aux universalistes de reconnaître que les hommes sont différents et que partout dans le monde quand le principe de vie « une terre, un peuple » n’est pas respecté, les affrontements sont inéluctables.
- En Afrique du Sud, tous les historiens admettent désormais que, sur 1/3 du pays les Blancs ont l’antériorité sur les Noirs et cela pour des raisons climatiques que je détaille dans mon dernier livre, mais, dans les médias, il est toujours affirmé que les Blancs ont dépossédé les Noirs.
- Sous nos yeux, les mythes imposés par l’actuel régime de Kigali explosent les uns après les autres, alors que, dans les médias, l’histoire officielle du génocide du Rwanda est encore ultra dominante.

Si les historiens se remettent en cause, actualisant constamment l’état des connaissances, le monde médiatique demeure donc enfermé dans les certitudes et les approximations imposées par le politiquement correct. Comme les citoyens l’ont enfin compris, ils ne font donc plus confiance aux journalistes et c'est pourquoi la presse d’information sur support papier est moribonde. Le Figaro est certes encore lu, mais essentiellement pour son carnet du jour. Libération et Le Monde ne survivent que par les aides de l’Etat et les abonnements institutionnels ; quant à la presse régionale, elle se maintient grâce aux renseignements de proximité qu’elle donne.
Désormais, la vraie information libre est faite par Internet qui permet de contourner la censure ou les pesanteurs de la pensée dominante. C’est dans cet appel d’air que s’est engouffrée l’Afrique Réelle. Pour devenir une tornade il lui faut encore augmenter son audience, donc ses abonnés.

Bernard Lugan

lundi 5 avril 2010

A propos du meurtre d’Eugène Ney Terreblanche

Eugène Ney Terreblanche est le 1148 ème fermier assassiné en Afrique du Sud depuis l’accession au pouvoir de l’ANC au mois d’avril 1994. A titre de comparaison :

- Dans les années 1950, au Kenya pendant la guerre des Mau-Mau, une douzaine de fermiers blancs furent tués.
- Pendant la guerre de Rhodésie, en 15 ans, 270 fermiers blancs furent assassinés.
- En Afrique du Sud, entre 1970 et 1994, en 24 ans, alors que l’ANC était « en guerre » contre le régime blanc, une soixantaine de fermiers blancs furent tués.

Ces 1148 meurtres commis dans un pays officiellement en paix traduisent les profondes tensions raciales caractérisant l’Afrique du Sud et que ne parvient plus à gommer l’image d’Epinal de la « Nation arc-en ciel ».
La rupture de la tectonique raciale sud-africaine a bien été illustrée par l'ancien leader du groupe parlementaire ANC, M.Tony Yengeni qui déclarait en 2001 : "Chaque chose que les Blancs possèdent, ils l'ont volée aux Noirs". Au mois de décembre 2002, la commission sud-africaine des Droits de l'Homme, organisme officiel, affirmait pour sa part que le slogan "Kill the Boer, kill the Farmer" n'était pas un discours de haine mais "un discours indésirable n'incitant pas à la violence et à la guerre ". Forte de cet assentiment, la Youth League de l’ANC a fait de « Kill the Boer » son chant de ralliement. Il semblerait que ses militants l’aient entendu.

La violence ne touche cependant pas que les Blancs. Depuis 1994, la « Nouvelle Afrique du Sud » est ainsi livrée à la loi de la jungle et plus de cinquante meurtres y sont commis quotidiennement.

Bernard Lugan
05/04/2010

dimanche 4 avril 2010

L'Afrique Réelle N°4 - Avril 2010


























Numéro spécial : Génocide de Rwanda, nouveaux éclairages

SOMMAIRE :

Actualité :
- Kagamé : le temps des dissidences

Historiographie :
- Des connaissances en mouvement
- Le jugement du colonel Bagosora ou l'acte de décès de l'histoire officielle du génocide du Rwanda
- Le jugement Zigiranyirazo ou la fin du mythe de l'Akazu

Les montages de Kigali :
- Le rapport Mucyo
- Le rapport Mutsinzi
- Le rapport des experts britanniques

Le fonctionnement du TPIR :
- Les curieuses méthodes du procureur
- Chroniques d'audience
 

EDITORIAL :

Les relations diplomatiques ont été rétablies entre Paris et Kigali alors que le général Kagame n'a pas retiré ses graves accusations diffamatoires portées contre la France : « Quant aux Français, leur rôle dans ce qui s’est passé au Rwanda est l’évidence même. Ils ont sciemment entraîné et armé les troupes gouvernementales et les milices qui allaient commettre le génocide. Et ils savaient qu’ils allaient commettre un génocide. »
Parlant des soldats français qui participèrent à l’opération Turquoise il ajouta, sans grande nuance : « Ils ont ouvert des routes pour permettre aux auteurs du génocide de fuir (…) Ils ont sauvé ceux qui tuaient, pas ceux qui étaient tués ».

En France même, certains ont adopté sans la moindre distanciation la thèse officielle de Kigali qui est que la France est complice du génocide du Rwanda. Les raisons avancées par le régime de Kigali sont au nombre de trois :
- La France aurait formé les tueurs.
- Elle savait que le génocide allait avoir lieu.
- Elle aurait laissé faire.

Ces accusations sont scandaleuses et il est pour le moins regrettable que l’Etat français, pourtant parfaitement renseigné sur le dossier, n’ait pas répondu dans des termes qu'elles méritaient. En effet :

- Primo, les tueurs furent des paysans armés de machettes et de gourdins. Dans ces conditions on voit mal en quoi la coopération militaire française qui a d’abord porté sur l’artillerie et le pilotage des hélicoptères aurait pu les former…
- Secundo, parce que le génocide n’ayant pas été programmé, comme cela a été clairement établi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (Jugement du 18 décembre 2008 dans l’affaire Bagosora et consorts, TPIR-98-41-T), la France ne pouvait donc savoir qu’il allait avoir lieu.
- Tertio parce que les forces françaises avaient quitté le Rwanda en décembre 1993, soit six mois avant le 6 avril 1994, date du déclenchement du génocide, et à la demande expresse des actuels maîtres de Kigali. Ces derniers savent d’ailleurs bien que si l’armée française était demeurée sur place, jamais le génocide n’aurait eu lieu car, à la différence des hommes de l’ONU qui les avaient remplacés, les Français s'y seraient opposés.

En réalité, ces attaques constituent une manœuvre servant à masquer les véritables responsabilités dans le génocide. N’oublions pas en effet que c’est l’attentat du 6 avril 1994, qui coûta la vie à deux présidents en exercice, celui du Rwanda et celui du Burundi, qui en fut l’élément déclencheur. Le régime de Kigali est inquiet ; le moment approche en effet qui verra éclater la vérité qui est que c’est en utilisant l’apocalypse du génocide qu’il a pris le pouvoir et qu’il a été accepté par la « communauté internationale ». Sa légitimité étant fondée sur le mensonge, il veille donc avec un soin jaloux à ce que l’histoire « officielle » qu’il a réussi à imposer aux médias ne soit pas contestée. Le juge Bruguière l’ayant fait voler en éclats, il exerce donc un chantage sur la France afin que l’exécution des mandats d’arrêt internationaux lancés contre ceux que la justice française considère comme les auteurs ou les commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994 soit enterrée.

Le plus insolite est que, dans cette entreprise, il bénéficie de l’aide d’alliés influents au sein de l'Etat français et notamment de la plus haute hiérarchie du ministère des Affaires étrangères…

Bernard Lugan

lundi 15 mars 2010

L'Afrique Réelle N°3 - Mars 2010

 
























SOMMAIRE :

Actualité :
- Le contentieux franco-rwandais
- Nigeria : l'explosion ethno-religieuse

Dossier : L'Afrique du Sud, 15 ans après
- Une population mosaïque
- La montée de la pauvreté
- Une criminalité et une violence incontrôlées
- L'apartheid à rebours
- Invictus : acta est fabula
- L'exode des blancs diplômés

EDITORIAL :

L’Afrique du Sud n’est pas LA « Nation arc en ciel » dans laquelle les déterminismes raciaux ont disparu par un coup de baguette magique, mais l’assemblage de plusieurs peuples réunis par le colonisateur britannique à la suite de nombreuses guerres. Ces peuples, qu’il s’agisse des Zulu, des Xhosa, des Sotho, des Venda, des Pedi, des Ndebele, des Indiens ou des Afrikaners, etc., ont des langues différentes et des références historico-culturelles irréductibles les unes aux autres.
Après 1910, les Blancs, Britanniques d’abord, Afrikaners ensuite, constituèrent le ciment de cette mosaïque raciale. Après les élections de 1948, les seconds commirent l’erreur d’accepter l’héritage colonial britannique avec ses frontières et ils devinrent de ce fait des colonisateurs intérieurs. Maîtres de tout le pays, ils découvrirent alors qu’ils risquaient la submersion démographique. Pour tenter de l’éviter, ils s’engagèrent alors dans la politique d’apartheid ou « développement séparé », avec comme corollaire la création de foyers nationaux noirs, les « bantustan ».

A la fin de la décennie 1980 les Afrikaners se trouvèrent dans une impasse politique :
- à l’intérieur, les Noirs étaient sur le point de se soulever,
- à l’extérieur les sanctions internationales transformaient l’Afrique du Sud en pays paria.

Comme le président P.W Botha incarnait l’immobilisme, sa mise à l’écart fut alors décidée par la génération montante des responsables afrikaners et le 14 août 1989, ils le remplacèrent par F.W De Klerk qui remit le pouvoir à l’ANC. A partir de 1994, l’ANC devenu parti-Etat eut la charge de maintenir la mosaïque sud-africaine. En 2008, ce mouvement a connu une scission à l’occasion de laquelle a ressurgi l’ethno régionalisme, tendance lourde niée depuis 1994 par l’idéologie officielle. Toutes les réalités du pays sont en effet fédérales, or, le pari politique du gouvernement ANC repose sur un postulat qui est la constitution d’une « nation arc-en-ciel » dans laquelle les déterminismes raciaux, ethniques et régionaux auront été effacés.
L’ANC pourra donc difficilement éviter le débat entre la vieille garde marxisto-jacobine cramponnée au dogme de l’Etat unitaire et les tenants des réalités confédérales.

Au mois de mai 2009, succédant à Thabo Mbeki, Jacob Zuma fut élu président de la République. Après 15 années de pouvoir xhosa, un leader populiste zulu arrivait aux affaires dans un contexte économique et social plus que morose.
Loin de la vision idyllique présentée par les médias, la réalité sud africaine est en effet tragique. Près de deux décennies après l’accession au pouvoir d’une « majorité noire » le pays cesse en effet peu à peu d’être une excroissance de l’Europe à l’extrémité australe du continent africain pour devenir un Etat du « tiers-monde » avec, certes, un secteur encore ultraperformant, mais de plus en plus réduit, surnageant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violence.

Bernard Lugan