dimanche 10 mai 2009

Les élections sud-africaines du mois d'avril 2009

Le 21 septembre 2008, le président Thabo Mbeki fut poussé à la démission par son propre parti, l’ANC, qui lui avait retiré sa confiance en raison d’ « interférences » dans le dossier d’accusation en corruption contre Jacob Zuma lequel briguait la Présidence. Le coeur du problème était la guerre ouverte que se livraient, à l’intérieur de l’ANC, les partisans et les adversaires de ce dernier avec, en toile de fond, la rivalité Xhosa-Zulu.

Le 22 septembre, un Sotho, M. Kgalema Motlanthe fut désigné comme Président dans l’attente des élections de 2009 avec pour tâche principale de tenter d’éviter l’éclatement de l’ANC, mais il échoua. Durant le mois d’octobre, les partisans de M. Mbeki décidèrent en effet de créer un nouveau parti dont le nom fut annoncé à la presse par M. Mbhazima Shilowa, ancien Premier de la Province du Gauteng. Il s’agissait du Congress of the People (COP) devenu COPE, qui fut enregistré le 10 novembre devant l’IEC (Independant Electoral Commission). Le lancement officiel de ce nouveau parti se fit le 16 décembre à Bloemfontein, fief de l’un de ses principaux leaders, M. Mosiuoa « Terror » Lekota, un Sotho, ministre de la Défense et ancien Premier de la Province du Free State.

Cette dissidence touchant le cœur de la vieille base ethnique xhosa de l’ANC, l’Afrique du Sud se trouvait donc à un tournant de son histoire car, depuis 1994 le mouvement exerce un « centralisme démocratique », appuyé sur une majorité absolue, tant au niveau national que local. Or, en contrôlant les législatures provinciales, l’Etat-parti peut donner une orientation jacobine à une Constitution pourtant fédérale. Avec un parti de gouvernement moins exclusivement dominant, donc avec un Etat central affaibli, le caractère fédéral de la Constitution allait peut-être pouvoir s’imposer. Là était le principal enjeu de ces élections législatives qui prirent la forme d’un plébiscite pro ou anti-Zuma.

Les résultats de ces élections doivent être étudiés avec attention car, par-delà son excellent score global apparent (65,90%), l’ANC recule de 4 points par rapport à 2004 (69,69%). Ce repli est sensible dans 7 provinces sur 9, l’ANC ne renforçant son score que dans les régions ethniques zulu (Kwazulu/Natal) ou dans le Mpumalanga, région à fort peuplement zulu où il maintient son pourcentage de 2004. Partout ailleurs le COPE a mordu sur son électorat. Au niveau national l’ANC subit un recul considérable dans certaines provinces : 4 points de moins dans le Limpopo ; près de cinq points dans le Gauteng ; 8 points dans le Northern Cape et dans le North West ;10 dans le Free State ;12 dans l’Eastern Cape ;15 dans le Western Cape. La seule exception est le Kwazulu/Natal où il progresse de 16 points, l’électorat zulu de l’Inkhata s’étant détourné de ce mouvement afin de voter pour le Zulu Jacob Zuma. Si nous retirons le Kwazulu/Natal et le Mpumalanga, nous constatons que l’ANC a perdu près de 9 points en moyenne au niveau national, ce qui lui donnerait un score de 57% et non plus de 65,90%. L’ANC a donc perdu une partie non négligeable de son électorat traditionnel, phénomène compensé par son excellent résultat dans le Kwazulu/Natal où il a gagné 1.227 339 voix par rapport à 2004.

Avec un score national de 7,42%, le COPE qui a comme nous l’avons dit, mordu sur l’électorat ANC, et sur lui seul, n’a pas réalisé la forte percée qu’il espérait en dépit de bons résultats dans le Northern Cape avec près de 16% des suffrages ou encore dans l’Eastern Cape avec un peu plus de 13% des voix. La principale explication de ce résultat moyen est qu’il n’a pas présenté de leader, mais un religieux inconnu du grand public qui a fait une campagne axée sur la lutte contre la corruption, prônant bonne gouvernance et moralité publique, alors que Jacob Zuma, diabolisé par la presse anglophone est apparu comme le leader populiste porteur de l’identité africaine. Cependant, si le vote Zuma est un vote interethnique noir, cette unité est fragile. Le vote nationaliste afrikaner a quasiment disparu, les Afrikaners ayant voté pour le DA. En dehors du Western Cape où les Métis ont très largement voté pour lui, ce sont les suffrages afrikaners qui assurent d’ailleurs au DA ses bons scores nationaux. L’Alliance démocratique (DA) d’Helen Zille, maire du Cap demeure l’opposition officielle au Parlement avec un score en progression de plus de 4 points (16,66%) par rapport à 2004 (12,33%) et dirigera la Province du Western Cape où l’ANC a subi un cuisant revers, passant de 46,27% des voix en 2004 à 31,55% en 2009.

Deux grandes tendances se dégagent de ce vote :

1) L’affaiblissement de l’ANC. Est-ce un accident de parcours ou une tendance lourde ? La question est essentielle car c’est la toute puissance de l’Etat-parti ANC qui est en jeu.
2) La division raciale du pays, les Blancs et les métis afrikanérophones ayant voté DA et les Noirs ANC ou COPE.

Bernard Lugan
07/05/2009

vendredi 8 mai 2009

Cette Afrique qui était allemande





















Ce livre est épuisé dans le commerce.
Il est en revanche possible de le commander directement à l'Afrique Réelle moyennant une participation aux frais de port :

- 45€ pour livraison (colissimo suivi) en France métropolitaine
- 50€ pour l'UE
- 60€ pour le reste du monde et Dom-Tom

Pour le commander à l'Afrique Réelle, deux possibilités :

1) Paiement par carte bleue ou Paypal :

Livraison

2) Paiement par chèque :
A nous envoyer à l'adresse suivante : Bernard Lugan, BP 45, 42360 Panissières

jeudi 12 février 2009

Le « projet Pécresse » ou l’insignifiance face aux corporatismes

Pour une fois au coude à coude, les contestataires rôdés du Snesup et les prudents caciques du Syndicat autonome ont donc défilé contre le « projet Pécresse ». Cette insolite coalition de tous les corporatismes et de toutes les frilosités a facilement eu raison d’un projet insignifiant qui ne pouvait en aucune manière ralentir le naufrage annoncé de l’Université française.

Le principal défaut du « projet Pécresse » était qu’il ne proposait rien tout en évitant prudemment de revenir sur un demi siècle de médiocratie et de secondarisation de l’Université. En effet :

- A partir du moment où 80% d’une classe d’âge obtient le baccalauréat et comme il est interdit d’établir une sélection à l’entrée des universités, ces dernières ont perdu leur vocation élitiste pour devenir des dispensatrices de savoir à des masses quasiment illettrées. Nos établissements ont donc vu partir à la fois leurs meilleurs étudiants au profit des grandes écoles et leurs plus motivés au profit des filières professionnelles courtes, d’où l’effondrement des effectifs en Sciences Humaines.

- En quelques années le public étudiant a changé et pour mettre l’enseignement supérieur à son niveau, il a fallu le secondariser, c'est-à-dire le « pédagogiser ». Les universités n’ayant pas les moyens humains d’encadrer ces masses de bacheliers, des agrégés du secondaire y furent envoyés en renfort pour tenter d’y faire ce qu’ils n’avaient pas réussi quand ils étaient professeurs dans les lycées. Les universités sont ainsi devenues un simple prolongement du secondaire.

- Ce phénomène de secondarisation fut encore amplifié par la suppression du doctorat d’Etat qui était le critère d’excellence du recrutement des professeurs, pour être remplacé par un « petit » doctorat qui n’offre pas la garantie scientifique de l’ancienne thèse. Dès lors, les recrutements reposèrent sur le préalable de l’agrégation du secondaire laquelle attestait un socle minimum de méthodologie et de connaissances. Or, ce concours permet certes de recruter d’excellents professeurs des lycées, mais pas des professeurs d’université. Peu à peu, les jeunes collègues importèrent donc dans les établissements supérieurs les pratiques pédagogiques et administratives des lycées dans lesquels ils avaient jusque-là exercé et l’Université acheva de perdre son âme.

Le « projet Pécresse » ne revient sur aucun de ces points pourtant fondamentaux. Négocié avec les syndicats, c’est un bien timide texte qui ne manifeste aucune volonté de rupture. Or, vouloir sauver l’université française implique la répudiation de la massification au profit d’une re-élitisation qui s’ancrerait sur les deux mesures suivantes :

1) Un concours d’entrée à l’université, chaque établissement fixant ses propres règles et étant libre du montant de ses droits d’inscription, le système des bourses ou les prêts pour études permettant à tous ceux qui en ont les capacités d’accéder à ces établissements d’élite. Le bouche à oreille fonctionnant vite, les étudiants rechercheraient les universités délivrant des diplômes valorisants. La hiérarchie par la compétence s’imposerait alors à l’actuelle dictature du nombre.

2) Sur le modèle anglo-saxon, liberté de recrutement du corps enseignant avec prime donnée aux meilleurs afin de les fidéliser et notation des professeurs par les étudiants.

Le « projet Pécresse » ne prévoyant aucune véritable mise en place de telles mesures, son inutilité était donc démontrée dès sa naissance.

Que l’on ne se leurre pas, le non-dit universitaire doit être décrypté car, ce qui rassemble d’abord les contestataires de tous horizons est en priorité la défense de leur statut. A cet égard, le principal reproche qu’ils font au timide plan ministériel est celui de l’évaluation de leur carrière ; or, nous sommes là en pleine hypocrisie. En effet

1) Pour avoir siégé durant plusieurs années au CNU (Conseil national des Universités), je puis attester que les carrières y faisaient régulièrement l’objet de marchandages entre les coteries syndicales et les « écuries » nationales ou régionales. En définitive, les mandarins négociaient entre eux l’attribution des postes. Le seul point positif du « projet Pécresse » était de limiter leurs pouvoirs ; mais le ministre a reculé.

2) Faut-il alors confier la gestion des carrières aux présidents d’université ? L’idée n’est pas mauvaise en soi, mais uniquement dans le cas où les universités seraient véritablement autonomes dans le sens anglo-saxon du terme. En effet, si les universités édictaient leurs propres règles, leurs propres normes, disposaient de leur budget et de leur liberté de recrutement des étudiants et des enseignants, une telle mesure serait excellente. Mais, et là encore apparaît toute l’incohérence du projet ministériel qui, s’il était mis en pratique dans le contexte actuel ne pourrait que renforcer le nombrilisme de la recherche et le clientélisme régional. Sans parler de la guerre civile qui éclaterait au sein de chaque établissement, l’équipe ayant élu le président étant naturellement récompensée par ces multiples minuscules avantages qui font tant d’envieux…

Drapés derrière leurs sacro-saintes « recherches », les corporatistes coalisés proposent la pérennisation de la médiocratie par la satisfaction des intérêts des plus nombreux aux dépens de ceux des meilleurs. Sur ce point également, le projet ministériel présente le double défaut d’avoir mis le feu aux poudres tout en ne proposant rien de fondamental.

Les universitaires dans leur très grande majorité publient articles, livres et travaux divers. Cependant, un non-dit est très prégnant au sein de la corporation et c’est celui de ces « chers collègues » qui ne publient pas et qui, de plus, ne font aucune recherche. Dans certains cas extrêmes, certains n’ont jamais été capables de rédiger une thèse tandis que d’autres, agoraphobes, n’ont jamais pu se présenter devant un amphithéâtre. Tous ont pourtant été évalués par leurs pairs du CNU et tous ont automatiquement franchi les échelons indiciaires, jusqu’à la « Classe exceptionnelle » pour certains d’entre eux. Jamais ils ne furent pénalisés par rapport à ceux qui publient.

Ce véritable scandale qui ne concerne qu’une minorité doit être dénoncé avec fermeté et c’est pourquoi une évaluation rigoureuse avec échelle de sanctions est une nécessité afin que cesse l’omerta en ce domaine. Le ministre se fourvoie donc quand il propose que les enseignants chercheurs qui ne publient pas voient leur charge horaire d’enseignement augmenter. Il oublie en effet qu’un universitaire qui ne fait pas de recherche ne remplit pas son contrat avec l’Etat et qu’il doit donc être tout simplement sanctionné et pourquoi pas muté d’office dans un établissement secondaire.

Pour avoir enseigné durant une décennie dans un système nord-américain, je ne me suis jamais considéré comme humilié quand mon doyen me demandait de remplir annuellement une fiche concernant mes publications en cours, celles à venir, la liste de mes participations à des colloques, etc.,

Voyons les choses en face, il est impossible de sauver l’Université française car :

1) Quoique l’on puisse dire, proposer ou faire, les corporatismes et les syndicats bloqueront toute véritable réforme.

2) Les autorités politiques n’auront pas le courage de rappeler les universitaires à leurs devoirs, ou tout simplement à leurs obligations, et éventuellement de les mettre au pas.

L’Institution n’étant plus réformable, que pouvons-nous faire pour au moins sauver les hommes ? La seule solution, si nous ne voulons pas que les meilleurs d’entre nous continuent à partir pour l’étranger, est de laisser naître des universités totalement autonomes, donc privées et d’abord sans le moindre financement de l’Etat, libres de leurs programmes, de leurs normes de sélection, du recrutement et de la rémunération de leurs enseignants chercheurs, libres enfin de fixer leurs droits d’inscription.

Tout le reste, à commencer par le « projet Pécresse » lui-même, n’est que stérile effet d’annonce.
 
Bernard Lugan
12/02/2009