mercredi 1 juillet 2026

L'Afrique Réelle N°199 - Juillet 2026

Sommaire

Actualité
Russie-Algérie, une double rivalité régionale
Dossier
Maroc-Algérie : quand la géographie façonne l’histoire
Qui a assassiné les moines de Tibhirine ?
La question du Somaliland
Document
Mali, aux origines d’une guerre de soixante-dix ans
Livres
Relire Emile-Félix Gautier


Editorial de Bernard Lugan

La descente aux enfers du Mali

Triste retour à la réalité pour la junte malienne. Il y a trois ans, porté par la liesse populaire et ivre de superlatifs anti-Français, un groupe de militaires jurait qu’il allait reprendre le contrôle du territoire sur les groupes armés et rétablir la « souveraineté sécuritaire ». Trois ans plus tard, la junte a perdu le contrôle de la quasi-totalité du pays… Et, sans l’appui des mercenaires russes d’Africa Corps, elle aurait été balayée de Bamako par l’offensive coordonnée des Touareg, tant islamistes que nationalistes. Quant à la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale du dispositif militaire, elle a révélé au grand jour la vulnérabilité et la faiblesse d’une armée dépassée par des « rebelles » désormais capables de frapper au cœur même du dispositif étatique. Sans même parler de la situation économique qui est tout simplement apocalyptique.

Il faut en effet bien avoir à l’esprit que le départ des troupes françaises exigé par la junte malienne au nom de l’anti-impérialisme, a permis aux divers mouvements en lutte contre le pouvoir de Bamako de monter en puissance. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une nébuleuse « terroriste » cantonnée aux zones rurales, mais d’une force en mesure - elle l’a montré fin avril - de planifier des opérations à la fois complexes et coordonnées. Face à cela, la junte a commis une grande erreur qui est d’avoir cru que la Russie était un partenaire militaire fiable qui allait avantageusement remplacer l’armée française. Résultat, elle est aujourd’hui totalement dépendante des mercenaires russes dont l’efficacité sur le terrain n’a toujours pas été démontrée…

Ivre de propos nationalistes, la junte sudiste ethnocentrée a refusé de prendre en compte la réalité ethnoculturelle du Mali, s’enfermant tout au contraire dans une stratégie sécuritaire sans issue. Une permanence stratégique qui, depuis l’indépendance, traduit la volonté des sudistes de soumettre et de dominer leurs anciens maîtres nordistes. En face, les groupes armés touareg ont réalisé une convergence tactique, réussissant - pour le moment du moins - à former un front militaire, certes hétérogène, mais uni par un lien ethnique et un rejet commun de l’État sudiste malien. Peut-être encore plus grave, le naufrage malien a fait également apparaître au grand jour l’incapacité de l’Alliance des Etats du Sahel qui avait été présentée comme une réponse souveraine et régionale à l’insécurité, et qui a totalement échoué. 

Tous ces drames auraient été évités si le général de Gaulle avait écouté les notables touareg comme le montre le document exceptionnel publié pages 13 à 15 dans ce numéro.  
Face à cette descente aux enfers, le discours officiel de la junte est de plus en plus hors sol. Saoulés d’invectives anti-françaises, de discours panafricanistes anti-impérialistes et de promesses vides, les militaires au pouvoir à Bamako savent que, sauf miracle, leurs jours sont comptés. Pendant ce temps, au Tchad, où un timide réalisme semble peu-à-peu renaître, les conseillers militaires français commencent discrètement à revenir…

samedi 27 juin 2026

Justice pour le maréchal Bugeaud

A Lyon, la municipalité écologiste a décidé, sans la moindre concertation avec la mairie de l’arrondissement concerné, de débaptiser la rue Maréchal Bugeaud. Cédant ainsi aux demandes de plusieurs collectifs érigés en vengeurs du passé, la mairie de Lyon continue donc avec détermination la déconstruction de notre histoire.

Les épurateurs de l’histoire font trois grands reproches à la mémoire du maréchal Bugeaud :

1) Lors des émeutes parisiennes d’avril 1834, son nom fut associé au massacre de la rue Transnonain que la célèbre lithographie de Daumier fit entrer dans l’historiographie républicaine. Or, que s’est-il passé le 14 avril 1834, alors que des barricades bloquaient le centre de Paris ?
Le 13 avril Bugeaud qui commande les troupes reçoit d’Adolphe Thiers ministre de l’Intérieur l’ordre de déblayer ces barricades. Le 14 avril, le capitaine Rey du 35ᵉ régiment de Ligne est tué par un tir très probablement parti du 12 rue Transnonain. Dans le feu de l’action, à chaud, les soldats prennent l’immeuble d’assaut pour venger la mort de leur capitaine, faisant 12 morts dont des femmes et des enfants.
Bugeaud qui n’était pas sur place n’a pas donné l’ordre d’investir cet immeuble et, contrairement à la légende, il n’a jamais dit : « Massacrez les habitants du 12 rue Transnonain ». Les travaux récents d’historiens qui lui sont pourtant hostiles, montrent qu’il n’a pas ordonné le massacre et qu’il s’est agi d’une initiative locale de soldats, d’une « bavure » dans un contexte de panique et de représailles immédiates. (Maïté Bouyssy, Rue Transnonain, 14 avril 1834, un massacre à la française, 2024.)

2) Il est reproché à Bugeaud d’avoir participé à la répression des journées révolutionnaires de 1848, soit de la Révolution de février 1848 qui renversa la monarchie de Juillet, et de l’insurrection ouvrière de juin 1848 contre la Deuxième République.  La réalité est que, au mois de février 1848, face à la montée de la tension à Paris, Louis‑Philippe qui cherchait un commandant militaire à poigne fit appel à Bugeaud, mais, gagnée par le mouvement révolutionnaire, la Garde nationale parisienne refusa cette nomination. Le roi retira alors son commandement à Bugeaud lequel, avec le franc-parler qui le caractérisait lui déclara : « Sire, votre majesté est fichue ». Bugeaud n’était donc plus au commandement lors de l’insurrection du mois de juin 1848 qui fut réprimée par le général Cavaignac et non par lui.

3) Il est également reproché à Bugeaud des massacres commis en Algérie par ses subordonnés quand il était commandant en chef, notamment lors de trois « enfumades » clairement documentées (11 juin 1844 contre les Sbéhas ; 18 au 20 juin 1845 contre les Ouled Riah et août 1845 une deuxième fois les Sbéhas). Fuyant devant les troupes françaises, ces partisans d’Abd el-Kader s’étaient réfugiés dans des grottes avec des membres de leurs tribus. Donner l’assaut aurait provoqué des pertes énormes chez les soldats français, aussi, fut-il décidé d’enfumer les fuyards afin de les forcer à quitter leurs repaires. Ces enfumades furent alors justifiées par le fait que les centaines de morts, tant combattants que membres des tribus qu’elles provoquèrent chez l’ennemi permirent d’épargner la vie de centaines  de soldats français qui auraient été fauchés en cas d’assauts frontaux. Durant tout son temps de commandement, Bugeaud, le « père Bugeaud », qui était adulé de la troupe eut d’ailleurs le souci constant de la vie de ses hommes. Les justiciers du passé qui  refont l’histoire de la guerre depuis leurs douillets cabinets auraient sans doute préféré qu’au nom de cet ethno-masochisme qui fait préférer l’ « Autre » aux siens, Bugeaud fut avant l’heure un Nivelle qui fit tuer 30 000 de ses hommes, sans compter les  100 000 blessés et mutilés, dans d’inutiles assauts…

Le fond du débat revient donc une fois encore à la question de savoir s’il est légitime de juger l’histoire à la lumière d’une certaine morale actuelle, dans l’ignorance du contexte de la commission des faits reprochés et de la réalité des terribles lois de la guerre. En chevauchant les anachronismes, dans l’ignorance bétonnée de la situation du terrain en Algérie en 1844-1845, où  les combattants des tribus massacraient les prisonniers français qu’ils éventraient et émasculaient vivants - un aspect des choses sur lequel les vengeurs du passé sont silencieux -, les justiciers d’aujourd’hui s’arrogent le droit de réécrire l’histoire selon leurs vues de 2026 et de jeter l’opprobre sur l’illustre soldat qu’était Bugeaud.
 
Thomas Robert Bugeaud, marquis de la Piconnerie, duc d’Isly, maréchal de France (1784-1849) s’engagea en 1804 dans la Garde impériale. Il participa à la bataille d’Austerlitz et il gagna la plupart de ses grades durant les campagnes d’Espagne où il servit de 1808 à 1813. Rallié à l’Empereur durant les Cent Jours, il fut mis en demi-solde sous la Restauration. Retiré sur ses terres, en Dordogne, il reprit sa carrière sous la Monarchie de Juillet comme colonel du 56° régiment d’infanterie. Nommé général le 2 avril 1831, il se fit élire député de la Dordogne au mois de juillet de la même année. Le 27 janvier 1834, il tua dans un duel au pistolet le député Dulong qui l’avait traité de « geôlier » parce qu’il avait été chargé, en 1832, de surveiller la duchesse de Berry enfermée à Blaye.
 
La carrière algérienne de Bugeaud débuta au mois de juin 1836.

La suite de cette analyse (67%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.

jeudi 18 juin 2026

Promotion été 2026

5 livres de Bernard Lugan















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mardi 2 juin 2026

Comment Emmanuel Macron vient une nouvelle de réussir à se mettre à dos l’Afrique francophone

Soit Emmanuel Macron le fait exprès, soit il n’a décidément rien compris à l’Afrique. L’inauguration avec le président Kagamé mardi 2 juin 2026 d’un mémorial à Paris en hommage aux victimes du génocide des Tutsi en est une nouvelle illustration. En effet :

1) Le samedi 9 mai 2026, à Alexandrie, en Égypte, le président français déclara que :
« L’épicentre de la langue française est sur le bassin du fleuve Congo et pas sur les quais de la Seine, parce que c’est là qu’il y a le plus de locuteurs ».

2) Or, l‘inauguration de ce monument en compagnie du président Kagamé est ressentie par les dizaines de millions de « locuteurs » congolais comme une véritable provocation. Non pas parce qu’il y aurait contestation de ce génocide, mais en raison de la guerre d’agression contre le Congo (RDC) menée par le Rwanda depuis 1996. Un Rwanda qui occupe une partie de l’est du Congo (RDC) pour en piller les richesses à travers un conflit qui a fait au moins plusieurs centaines de milliers de morts civils, certaines sources avançant même le chiffre de plusieurs millions.

Ce qu’Emmanuel Macron ne comprend pas, c’est que, pour l’immense majorité des Africains de l’ouest et du centre, soit pour plusieurs centaines de millions d’hommes et de femmes, le Rwanda anglophone du président Kagamé avec ses douze millions d’habitants est vu comme un agresseur.
Sans parler qu’inaugurer un tel monument à Paris laisserait entendre que la France aurait une quelconque responsabilité dans ce génocide, ce qui est totalement faux comme cela a été démontré devant le TPIR (Tribunal international pour le Rwanda). Voir à ce sujet mon livre « Rwanda, un génocide en questions » 

lundi 1 juin 2026

L'Afrique Réelle N°198 - Juin 2026


Sommaire

Actualité
- L’Algérie manipule les jihadistes du Mali afin d’empêcher la création d’un « Etat » touareg
- Mali : l’échec français et l’échec russe s’expliquent par l’ignorance du réel ethnique
- Tchad : Tama contre Zaghawa
- En Algérie et en Afrique du Sud, l’histoire est moins une science qu’une thérapie des traumatismes du passé
Histoire
Le génocide des Herero serait-il la conséquence de la libération des Damara par les Allemands ?


Editorial de Bernard Lugan

Paris-Alger, plus qu’un an de relation sadomasochiste ?

Il ne reste plus qu’une année à Emmanuel Macron pour achever sa «_normalisation » des relations entre Paris et Alger, c’est-à-dire en ancrant dans le marbre l’acceptation définitive de la soumission française aux diktats algériens. Les prochaines échéances présidentielles pourraient en effet aboutir à une remise en cause fondamentale de la relation sadomasochiste existant entre le « Système » algérien et le « pays légal » français.

Les prétentions aussi exorbitantes que surréalistes du « Système » algérien s’inscrivent dans une stratégie de surenchère revendicatrice destinée à obtenir des excuses, puis des réparations « sonnantes et trébuchantes » de la part de la France. L’affaire des « restitutions » en est la dernière illustration.

Ni Georges Pompidou, ni Valéry Giscard d’Estaing, ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac et ni Nicolas Sarkozy, n’auraient accepté de telles demandes. Mais tout a changé avec les déclarations irresponsables de François Hollande suivies de celles d’Emmanuel Macron au sujet de la colonisation. 

A partir de là, la France s’étant auto-humiliée, l’Algérie s’est donc trouvée en position de force pour exiger toujours plus d’elle. D’autant qu’acculé par la rue, sa survie étant même en jeu, le « Système » algérien est habile à détourner dans la haine de la France la marée de la contestation populaire qui menace de l’emporter. 
L’attitude des dirigeants français relève quant à elle d’un complexe ayant germé sur le terreau philosophique de 1789 avec la notion révolutionnaire de « table rase du passé_». En s’attaquant frontalement aux piliers de l’histoire de France, la gauche universaliste qui détruit la France depuis des décennies est le vecteur d’une lente décadence s’achevant aujourd’hui dans la haine de soi. 

Dans cette relation de type sadomasochiste, l’Algérie impose son histoire fabriquée à la victime consentante qu’est la France. Une France dont les « élites » acceptent cette histoire à laquelle tous font semblant de croire et qui fait peu de cas de la réalité du passé (voir à ce sujet mon livre Algérie l’histoire à l’endroit.

En Algérie, l’histoire officielle est ainsi bloquée sur les années 1954-1962 et sur le postulat de la lutte d’un peuple uni contre le colonisateur français dont la période est désormais juridiquement criminalisée. Dans cette thérapie nationale reposant sur l’addition de mythes et d’affirmations de nature idéologique, les historiens algériens sont d’abord des vengeurs de l’histoire, leur fonction étant d’affranchir le récit national du traumatisme existentiel originel qui est que l’Algérie est née de la volonté française au mois de juillet 1962.

Rien ne changera donc dans la relation entre la France et l’Algérie tant qu’il n’y aura pas changement de paradigme du côté de la victime masochiste qu’est la France. Or, ce changement de paradigme pourrait être rendu possible par les prochaines échéances électorales françaises.

jeudi 28 mai 2026

De l’évidente, nécessaire et impérative « urgence » de faire abroger par les députés le « Code Noir » pourtant caduc depuis 1848 !

Jeudi 28 mai 2026, rien n’étant à leurs yeux plus urgent, les députés français vont voter à l’unanimité l’abrogation symbolique de l’ensemble des édits esclavagistes - dont le Code noir -, pourtant formellement abrogés par deux fois. La première le 4 février 1794, lorsque la Convention nationale décréta l’abolition de l’esclavage dans les colonies. La seconde abolition est datée du 27 avril 1848 quand le gouvernement provisoire de la II République, mit définitivement fin à l’esclavage dans les colonies françaises.  Avec un sens des priorités égal à sa temporalité, les députés français vont donc voter l’abolition d’une disposition juridique caduque depuis 178 ans…

Les honorables représentants du Peuple français seront en revanche bien silencieux sur la réalité d’un autre esclavage. Ils ignorent en effet probablement que l’Abolition décidée unilatéralement par les Européens au XIXe siècle ne concerna pas la traite arabo-musulmane. Depuis la Libye, au nord, ou depuis Zanzibar, à l’est, des caravanes organisées militairement continuèrent ainsi à dévaster des régions entières de l’Afrique sud-saharienne. À la veille de la colonisation, au centre comme à l’est de l’Afrique, les réseaux esclavagistes musulmans étaient même en pleine extension. Jusqu’à ce que la colonisation les détruise.

On lira à ce propos mon livre « Esclavage, l’histoire àl’endroit »

Ce vote chronologiquement insolite ne renforcera pas le prestige de l’Assemblée. Cela n’est cependant pas une nouveauté. Le 23 novembre 1913, le maréchal Lyautey écrivait ainsi à Albert de Mun à propos des députés : 

« La horde des parlementaires abattus sur ce malheureux pays, encombrants, plastronnant, pérorant à tort et à travers, et si ignorants et si vulgaires (…) En temps normal, tous ces gens que je devais recevoir à ma table avec égards, auraient mangé à l’office (…). Et dire que c’est « ça » qui dispose de notre sort. Le spectacle me donne la nausée du Parlement et j’envie celui (qui ne sera pas moi-je suis trop vieux) qui aura la joie, la plus grande probablement qu’on puisse avoir sur cette terre, d’entrer au Palais-Bourbon avec 100 baïonnettes derrière lui et de jeter tout cela à la Seine ».

dimanche 24 mai 2026

Immigration : comment la France est devenue la « colonie de ses colonies »

Le samedi 9 mai 2026, à Alexandrie, en Égypte, Emmanuel Macron a déclaré que :

« L’épicentre de la langue française est sur le bassin du fleuve Congo et pas sur les quais de la Seine, parce que c’est là qu’il y a le plus de locuteurs ».

Cette singulière vision de l’identité française fait un tragique écho à ce que le général de Gaulle déclarait près de soixante-dix ans auparavant, en 1960 :

« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France (…) La France c’est un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ».

Ce que ne voulait par le général, c’était, et selon ses propres termes, que son village de Colombey-les-deux-Eglises, devienne un jour «  Colombey-les-deux-Mosquées !».

Or, depuis ces réflexions du général de Gaulle, l’immigration devenue « grand remplacement » a changé le visage de la France. Impuissants à la juguler, les dirigeants français qui voient s’ouvrir devant eux une situation de type balkanique se raccrochent désespérément à la vieille idée d’intégration-assimilation, celle de la gauche coloniale d’hier. Une utopie balayée il y a vingt ans, en 2006, par le démographe Jacques Dupâquier qui écrivait que :

« A partir du moment où, sur onze millions d’habitants d’Île-de-France deux millions sont de culture musulmane et que sur trois jeunes de 12 à 18 ans un est immigré ou d’origine immigrée, il ne faut pas s’imaginer que l’intégration se fera toute seule, bien gentiment ». (Entretien donné à la Nouvelle revue d’Histoire, n° 22, janvier 2006)

Plus encore, depuis 2006, la déferlante migratoire « légale » s’est encore accentuée. Elle connaît même un accroissement plus important que le croît naturel de la population française qui comptabilise déjà la natalité des immigrés installés et naturalisés. Et les chiffres ne tiennent pas compte des masses de clandestins par définition difficiles à comptabiliser…Ainsi, selon l’INSEE, les naturalisés originaires d’Afrique assurent à eux seuls 16% des naissances françaises.
 
Conclusion, la France est bien devenue « la colonie de ses colonies ». C’est pour comprendre comment une telle révolution de l’identité française s’est produite, que j’ai écrit un livre dont le titre est précisément « Comment la France est devenue la colonie de ses colonies ».

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mardi 19 mai 2026

samedi 9 mai 2026

A Sétif, Emmanuel Macron vient d’humilier une fois de plus la France

En envoyant Madame Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées et aux anciens combattants, déposer une gerbe de fleurs lors d’une cérémonie algérienne de mise en accusation de la France, Emmanuel macron a donc décidé une fois pour toutes de valider l’histoire officielle algérienne.
Dans cette repentance à sens unique qui n’en finit pas, Emmanuel Macron a en effet fait l’impasse sur les morts français pour s’aligner servilement sur
l’histoire officielle algérienne.
Or, ce qui s’est passé à Sétif et dans sa région au mois de mai 1945 est bien éloigné de la doxa (Voir mon livre « Algérie l’Histoire à l’endroit »)

La suite de cette analyse (86%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.

vendredi 1 mai 2026

L'Afrique Réelle n°197 - Mai 2026

Sommaire

Actualité :
La France a-t-elle besoin de l’Afrique ?
Dossier : Afrique, Etat et démocratie
Etat-ethnique ou Etat-Nation ?
Rwanda : comment la démocratie a conduit au génocide
Sahel : comment la démocratie entretient la guerre
Histoire :
Algérie : relire Daniel Lefeuvre
En 1830, la France s'empare du trésor du dey d'Alger


Editorial de Bernard Lugan

L’histoire de ces dernières décennies montre qu’en Afrique, démocratie = ethno-mathématique électorale, avec pour résultat que les ethnies les plus nombreuses remportent automatiquement les élections. Voilà pourquoi, au lieu d’éteindre les incendies, les scrutins électoraux les ravivent. 
Plus que jamais, il importe donc de méditer cette profonde réflexion que le Gouverneur général de l’AOF fit en 1953, et qui n’est pas une découverte pour les lecteurs de l’Afrique Réelle : « Moins d’élections et plus d’ethnographie, et tout le monde y trouvera son compte » … 

Plus de trois décennies après l’injonction faite à l’Afrique par François Mitterrand lors de son « discours de La Baule » le 20 juin 1990, la démocratie qu’il postulait être le remède aux maux du continent n’y a en effet apporté, ni développement économique, ni stabilité politique, et encore moins sécurité. Ce terrible échec explique pourquoi des pays comme le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, le Tchad et la Centrafrique, ont décidé de se donner ou de se redonner des régimes autoritaires. 

Or, si la démocratie électorale a échoué en Afrique, c’est en raison de l’inadéquation entre des réalités socio-politiques communautaires enracinées et un système politique importé à base individualiste. 
Comment le greffon démocratique individualiste aurait-il d’ailleurs pu prendre en Afrique sud-saharienne où, traditionnellement, l’autorité ne se partageait pas, où la séparation des pouvoirs était inconnue, et où les chefs détenaient à travers leur personne à la fois l’auctoritas et la potestas ? 
Comment a-t ‘on pu faire croire aux Africains que la transposition de la démocratie occidentale était possible sans qu’auparavant il ait été réfléchi à la création de contre-pouvoirs, au mode de représentation et d’association au gouvernement des peuples minoritaires condamnés par l’ethno-mathématique électorale à être pour l’éternité écartés du pouvoir ? 

L’exemple du Sahel est parlant : comme ils sont minoritaires, les pasteurs, notamment les Touareg et les Peul qui, à la veille de la colonisation étaient les dominants, sont aujourd’hui exclus du pouvoir par les urnes. Pour eux, la « solution » électorale n’est donc qu’une farce puisqu’elle ne fait que confirmer à chaque scrutin les pourcentages ethniques, légitimant ainsi le pouvoir de ceux dont les femmes sont les plus fécondes. Acculés par la démocratie à être pour l’éternité des sous-citoyens, dès la décennie 1960, ils ont donc pris les armes. 

Enfermés dans la bulle idéologique du « démocratique d’abord », ceux qui font la politique africaine de la France n’ont pas voulu prendre en compte l’évidence qui est qu’ici, les rapports entre les populations nordistes et les populations sudistes répondent à des constantes millénaires, et que les structures civilisationnelles reposent sur les groupes, non sur les individus, ce qui interdit de ce fait toute transposition de notre individualisme politique électoral.

lundi 27 avril 2026

Mali : le grave échec militaire que vient de subir la Russie rebat les cartes au Sahel

A Kidal, dans le nord du Mali, dimanche 26 avril, après avoir totalement encerclé les forces russes et l’armée malienne, les indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA), appuyés par la composante touareg du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), ont annoncé qu’« Un accord a été conclu pour permettre à l’armée et à ses alliés d’Africa Corps de quitter le Camp 2, où ils étaient retranchés ».
Cette retraite sans gloire était d’ailleurs la seule issue pour le contingent russo-malien, tant sa position était devenue intenable. Désormais  attaquée sur plusieurs fronts, la junte au pouvoir, a une priorité vitale : éviter la chute de Bamako.
Or, c’est pour avoir refusé, comme la France avant elle, de prendre en compte la réalité ethno-raciale régionale et les rapports de force millénaires, que la Russie vient de subir ce très grave échec militaire dont les conséquences vont être considérables pour l’équilibre de toute la zone sahélienne.
On se reportera à mon livre : Les guerres du Sahel des origines à nos jours.

La suite de cette analyse (85%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.

mardi 21 avril 2026

La France va-t-elle généreusement offrir à l’Algérie le canon turc qui a servi au martyre du Révérend Père Le Vacher en 1683 ?

En gage de « normalisation mémorielle », la députée EELV Sabrina Sebaihi demande que la France « restitue » à l’Algérie le canon qui servit aux Turcs à martyriser le Père lazariste Jean Le Vacher. Consul de France et vicaire apostolique, envoyé par Saint Vincent de Paul pour apporter une aide aux esclaves chrétiens détenus à Alger, le 28 juillet 1683, ainsi que seize autres Français, le RP Le Vacher fut en effet massacré d’une manière atroce. Ligoté à la bouche d’un canon, il fut déchiqueté par le tir de ce dernier. En 1830, après la prise d’Alger, ce canon, surnommé la « Consulaire », fut envoyé à Brest où, érigé en colonne monumentale et surmonté d’un coq en bronze, il se trouve actuellement. Les députés de gauche et leurs supplétifs macronistes s’apprêtent à le livrer à l’Algérie. Mais, ce faisant, ils permettent de mettre au grand jour ce que fut la réalité de l’esclavage des chrétiens à Alger.

La suite de cette analyse (84%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.

vendredi 17 avril 2026

jeudi 16 avril 2026

Seul Monsieur Bally Bagayoko maire de Saint-Denis, aurait-il donc le droit d’évoquer ses origines soninké ?

Le 26 mars 2026, au micro de Radio Nova, tout juste élu, Monsieur le maire de Saint-Denis, a porté à la connaissance du public que sa famille est issue de la noblesse malienne soninké et que « l’engagement politique je l’ai dans le sang ».

Certains esprits chagrins ont alors reproché à l’édile élu de la
France Insoumise, de revendiquer une « noble » ascendance. Je tiens immédiatement à les rassurer car, se revendiquant en même temps d’une caste de forgerons, il y a par définition antinomie avec la « noblesse ». La société soninké est en effet divisée en castes héréditaires avec, au sommet, les nobles, suivis des castes artisanales (forgerons ou cordonniers) et des esclaves-dépendants. Les forgerons ne sont donc pas considérés comme nobles, même s’ils sont respectés car ils maîtrisent le feu et le travail du fer. Socialement, ils sont inférieurs aux nobles, mais supérieurs aux anciens esclaves-dépendants. La confusion faite par Monsieur Bally Bagayoko vient probablement du fait que les forgerons pouvaient exercer des fonctions de conseil auprès des chefs.

Le but de cette mise au point n’étant pas de traiter de la question du statut social des forgerons chez les Soninké, je peux donc renvoyer ceux qui désireraient approfondir la question à deux publications fondamentales à ce sujet :

- Winter, G ; Pollet, E., (1972) Bibliographie de la société soninké. Bruxelles, Institut de sociologie, 1972.
- Dianifaba, L ; Diakho,F., (2024) « L’enclume et ses “pouvoirs” : forger dans la société traditionnelle du Gajaaga ». Temporalités, n° 40, 2024.

Mon propos est tout autre. Il a pour cœur une question : serait-il permis aux décoloniaux de toujours présenter l’homme blanc en faisant référence à ses origines sociales, familiales, politiques, et à son passé historique, tout en interdisant à un historien africaniste de faire de même avec un maire nouvellement élu et qui, de lui-même, sans que la question se soit posée avant ses propres déclarations, a fait état de ses origines soninké ?

C’est pourtant ce que fait le site Mondafrique en publiant une tribune intitulée « Bally Bagayoko sommé de rendre des comptes… à ses ancêtres ». Une tribune qui se veut la réponse à mon analyse en date du 5 avril 2026 intitulée Monsieur le Maire Bally Bagayoko, et sinous parlions de l’esclavage héréditaire chez les Soninké ?

Pour l’intérêt du débat, je publie ici intégralement ma tribune du 5 avril 2026 dont seule une partie avait été mise sur le blog de l’
Afrique Réelle, le reste étant réservé aux abonnés à la revue :

Début de l’analyse publiée le 5 avril 2026 par l’Afrique Réelle et primitivement réservée aux seuls abonnés à la revue.
 

Monsieur Bally Bagayoko
, nouveau maire de Saint-Denis, est d’origine soninké. Sa famille vient de la région de Koulikoro au Mali. En pointe dans le discours racialiste revanchard, la question « D’où parles‑tu ? » ne lui a jamais été posée. Elle ne pourrait pourtant qu’être bien acceptée par un proche de la France Insoumise puisqu’elle est née dans les milieux maoïstes et gauchistes des années 1968. Une question qui permet aujourd’hui aux décoloniaux et aux héritiers de Foucault, Bourdieu et Althusser de dresser l’acte d’accusation de l’homme blanc. Une interrogation signifiant pour les déconstructeurs que toute prise de parole est située, socialement, politiquement et historiquement, et qu’elle explique donc le discours et les prises de position. Ce que les anglo-saxons ont défini comme la « théorie du point de vue » (standpoint theory).
Alors, d’où « parlez-vous », Monsieur Bally Bagayoko ?

La réponse est claire : depuis le monde soninké. Un monde à la très riche histoire puisqu’elle remonte au royaume de Ghana né au VIII° siècle. Un monde dans lequel l’esclavage n’était pas un simple système économique, mais une structure sociale globale, emprisonnante et héréditaire comme le montrent, entre autres, les livres cités en fin de cette mise au point. Selon Claude Meillassoux (1975 et 1986), les Soninké formaient une société esclavagiste au sens fort et Martin Klein (1998) a montré que les esclaves représentaient un tiers à la moitié de la population dans de nombreuses régions du Soudan occidental.

Les Soninké, appartiennent au grand ensemble mandé réparti dans les actuels Mali, Mauritanie et Sénégal (Soninké, Malinké, Bambara, etc.). Fondateurs de l’empire historique de Ghana qui dura du VIIIᵉ au XIᵉ siècle, les Soninké furent des acteurs essentiels dans les réseaux marchands transsahariens dont la traite esclavagiste à destination du monde nord-africain était une composante importante. 

Mais là n’est pas l’essentiel car, dans le monde mandé, donc chez les Soninké, l’esclave n’était pas d’abord destiné à la vente en dehors de l’ethnie, de la tribu ou du village, mais à demeurer un dépendant durable et familialement définitif. Voilà pourquoi, en 1905, quand la colonisation supprima l’esclavage africain traditionnel, cette décision juridique coloniale ne mit pas un terme à sa permanence sociale, le statut servile se transformant en clientélisme, c’est-à-dire en « modernisation » de la pratique, ce qui permit sa survie.

Abner Cohen et Gibril Sankoh (1995) ont montré que les Soninké furent parmi les premiers migrants ouest-africains vers la France. Mais, et là est peut-être l’essentiel, que l’émancipation par l’émigration des anciens esclaves soninké ne fut que théorique car les hiérarchies sociales perdurèrent. En France, le clivage entre « nobles » (horon) et descendants d’esclaves (komo) demeura en effet car il reste la marque d’une identification sociale et identitaire à laquelle il est impossible d’échapper puisqu’elle est aussi définitive que le sexe. L’esclavage chez les Soninké s’inscrit donc dans le temps long, puisque les hiérarchies sociales demeurent.

La plupart des sociétés mandé présentent une stratification tripartite. Les Horon / Foroba sont les hommes libres, qu’ils appartiennent à des lignages nobles ou roturiers. Les Nyamakala sont les membres des castes artisanales. Les Jon / Jongo sont les esclaves, aujourd’hui les dépendants. Ces appartenances sont héréditaires, sauf affranchissement explicite.

D’après Cohen et Sankoh (1995), le cas soninké est l’un des plus rigides du monde mandé car le statut d’esclave ne peut y être effacé. Il est indélébile puisque les descendants d’esclaves restent marqués, et cela, même après leur éventuel affranchissement. Les mariages entre Horon et descendants d’esclaves sont interdits, et les descendants d’esclaves sont exclus des fonctions d’autorité. Nous sommes donc bien en présence de sociétés dans lesquelles l’esclavage a certes été juridiquement supprimé, mais dans lesquelles subsiste sa réalité par ascendance. Ce statut est moins prégnant chez les Malinké ou chez les Bambara, peuples chez lesquels les mobilités sociales sont plus fréquentes. Mais tel n’est pas le cas chez les Soninké.

Or, le système soninké qui est donc l’un des plus institutionnalisés du monde mandé se retrouve dans la diaspora, ce qui explique largement les relations de travail et les clientèles électorales. Selon François Manchuelle (2004), le cas soninké est même comme un laboratoire de la sociologie des migrations ouest africaines. Il serait donc intéressant de voir comment cette réalité est articulée autour de la nouvelle équipe municipale de Saint-Denis en raison de l’endogamie stricte qui verrouille la mobilité sociale soninké. D’autant plus que Cohen et  Sankoh (1995) ont montré que la société soninké est un cas exemplaire permettant d’observer le passage « des propriétaires d’esclaves aux employeurs de travailleurs libres ».

En définitive, Saint-Denis pourrait être un laboratoire permettant de voir comment, une fois transplantée en France, une ancienne société esclavagiste sahélienne s’est transformée en société de migration de travail n’ayant rien abandonné de ses structures profondes et de ses enracinements. Nous voilà loin de l’« assimilation républicaine » …

Pour en savoir plus

Cohen, A ; Sankoh, G. S. K., (1995) Slavery, Emancipation and Labour Migration in West Africa : The Case of the Soninke. London.
- Klein, M.A., (1998) Slavery and Colonial Rule in French West Africa. Cambridge University Press.
- Lovejoy, P.E., (1983) Transformations in Slavery: A History of Slavery in Africa. Cambridge University Press (2e édition révisée : 2000 ; 3e édition augmentée : 2011.)
- Manchuelle, F., (2004) Les diasporas des travailleurs soninké (1848‑1960). Migrants volontaires. Paris.
- Meillassoux, C., (1975) L’esclavage en Afrique précoloniale. Paris.
- Meillassoux, C., (1986) Anthropologie de l’esclavage : Le ventre de fer et d’argent. Paris.

Fin de l’analyse publiée par l’Afrique Réelle le 5 avril 2026.

En réaction à mon analyse en date du 5 avril 2026, le 15 avril 2026, le site Mondafrique a publié un article  intitulé « Bally Bagayokosommé de rendre des comptes… à ses ancêtres », et me mettant en cause.

La conclusion de cet article est pour le moins insolite car j’y suis accusé : « (…) d’expliquer les vivants par les morts, les choix par les origines, et la politique par la généalogie ».

Chers confrères de Mondafrique, c’est pourtant très exactement ce que font les décoloniaux, les déconstructeurs et les membres de la France Insoumise quand ils parlent des sociétés européennes puisque, selon eux, toute prise de parole d’un homme blanc est située, socialement, politiquement et historiquement dans son passé (sombre par postulat ), ce qui explique ses discours et ses prises de position « néocoloniales » d’aujourd’hui...Le problème est que le boomerang vous est revenu en pleine figure…et de cela, vous n’avez pas encore l’habitude…

mardi 14 avril 2026

dimanche 5 avril 2026

Monsieur le Maire Bally Bagayoko, et si nous parlions de l’esclavage héréditaire chez les Soninké ?

Monsieur Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, est d’origine soninké. Sa famille vient de la région de Koulikoro au Mali. En pointe dans le discours racialiste revanchard, la question « D’où parles‑tu ? » ne lui a jamais été posée. Elle ne pourrait pourtant qu’être bien acceptée par un proche de la France Insoumise puisqu’elle est née dans les milieux maoïstes et gauchistes des années 1968. Une question qui permet aujourd’hui aux décoloniaux et aux héritiers de Foucault, Bourdieu et Althusser de dresser l’acte d’accusation de l’homme blanc. Une interrogation signifiant pour les déconstructeurs que toute prise de parole est située, socialement, politiquement et historiquement, et qu’elle explique donc le discours et les prises de position. Ce que les anglo-saxons ont défini comme la « théorie du point de vue » (standpoint theory).
Alors, d’où  « parlez-vous », Monsieur Bally Bagayoko ?

La suite de cette analyse (84%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.

mercredi 1 avril 2026

L'Afrique Réelle n°196 - Avril 2026

Sommaire

Dossier : La visite du pape en Algérie
- La visite du pape, une « divine surprise » pour le régime algérien
- La christianisation des Berbères
- Papes et grandes figures chrétiennes berbères
- Pourquoi les Coptes et les Maronites ont-ils maintenu leur religion et non les chrétiens du Maghreb ?
- Y eut-il des survivances du christianisme après la conquête arabo-musulmane ?
Hydrocarbures : L’Afrique pourrait-elle remplacer le Moyen-Orient ?
- Le pétrole africain
- Le gaz africain
- Le cas de l’Algérie

Editorial de Bernard Lugan

Du 13 au 15 avril, le pape se rendra en Algérie, un pays dans lequel le catholicisme a été éliminé en 1962 par l’épuration ethnique des Européens, et où l’éradication du christianisme est depuis cette date une constante politique. Un pays dans lequel l’Eglise catholique qui a choisi la « discrétion » se cantonne à un rôle de « témoignage » timide et respectueux des autorités. 
Comme l’église catholique ne représente plus un danger pour l’unité islamique de l’Algérie, elle est donc choyée par le régime. Ce dernier s’en sert comme d’une vitrine, mettant en avant sa docile soumission à l’islamité du pays afin de contrer le prosélytisme actif et courageux des divers courants protestants et évangélistes, notamment chez les Berbères.
En Algérie, la visite du pape va d’abord être l’occasion pour un régime aux abois de redorer son image internationale. Le récit officiel est d’ailleurs clair : « l’Algérie est la gardienne légitime de l’héritage culturel et spirituel de Saint Augustin »… Une telle hypocrisie sera naturellement relayée en France par les affidés et les stipendiés d’Alger.
L’on nous dit que le voyage du pape permettra de redonner vie au « dialogue islamo-chrétien ». Mais de quel dialogue parle-t-on dans un pays où, selon le rapport de l’ONG International Christian Concern : « Le gouvernement considère le christianisme comme un danger pour l’identité islamique algérienne et tente par tous les moyens de réglementer l’Église pour la réduire à néant ». 
Un pays dans lequel les autorités associent le christianisme à une forme de « trahison identitaire » et d’allégeance à l’Occident. 
Un pays où, en 2010, le ministre des Affaires religieuses M. Bouabdellah Ghlamallah, déclarait que : « Personne ne veut qu’il y ait des minorités religieuses en Algérie, car cela risquerait d’être un prétexte pour des ingérences étrangères sous couvert de protection des minorités ». 
Un pays dans lequel l’apostasie qui est passible de deux à cinq ans de détention et d'une amende de 500 000 à 1 million de dinars, a pour résultat la mort sociale des « traitres ».

Avec la guerre d’Iran et les problèmes de circulation dans le détroit d’Ormuz la question se pose de la pérennité des approvisionnements des pays européens en pétrole et en gaz. D’autant plus que l’Europe a décidé de se couper de la production russe. Dans ces conditions, la question est posée de savoir si l’Afrique pourrait remplacer le Moyen-Orient. 
Une question absurde car, avec 6,73 millions de barils de pétrole par jour pour une production mondiale de 105,14 millions de barils par jour, l’Afrique, n’est qu’un acteur secondaire. De plus, comme pour ce qui est du pétrole, l’Afrique est un producteur modeste de gaz. Sa production moyenne est en effet d’environ 260 à 270 milliards de m³ de gaz par an quand la production mondiale se situe autour de 4 000 à 4 200 milliards de m³ par an. La part de l’Afrique tourne donc autour de 6 à 7% de la production mondiale. L’UE important environ 500 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit deux fois la production totale de l’Afrique, on voit donc mal comment, à court et à moyen terme, cette dernière pourrait remplacer ses sources principales d’importation.

samedi 28 mars 2026

L’ONU vote une résolution qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave contre l’humanité »… mais passe sous silence les traites inter-africaines et arabo-musulmanes

Le 25 mars 2026 par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions l’ONU a adopté une résolution qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave contre l’humanité ». Ont voté pour cette résolution la totalité des pays africains à l’exception du Bénin, la totalité des Pays arabes, des pays asiatiques et du « Sud global », à l’exception d’Oman ; 3 États ont voté contre (États‑Unis, Israël et Argentine), et 52 Etats se sont abstenus dont tous les pays de l’Union européenne, plus le Royaume-Uni.

Avant l’analyse en profondeur réservée aux abonnés à l’Afrique Réelle, ce vote appelle trois remarques préalables :

1) Il est pour le moins « insolite » qu’aient voté pour cette résolution des pays ayant un puissant passé esclavagiste, ainsi:
- L’Egypte, où dans les années 1880, au Caire, les soixante-dix marchands d’esclaves ayant pignon sur rue, vendaient des hommes, des femmes et des enfants capturés  dans  l’actuel Soudan du Sud.
- La Libye, dont les marchands d’esclaves d’hier razziaient la région tchadienne la vidant de sa population, et dont les trafiquants d’aujourd’hui réduisent  des milliers de migrants en esclavage,
- L’Algérie, dont les pirates écumaient la Méditerranée et ses littoraux à la recherche d’esclaves européens,
- La Mauritanie, véritable cas d’école où, malgré plusieurs abolitions l’esclavage qui est encore une réalité  touche les Haratines et certaines castes négro‑mauritaniennes, soit environ 1,2 % de la population. Et où Biram Dah Abeid, figure majeure du combat anti‑esclavagiste, fondateur  de l’IRA-Mauritanie (Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste), lauréat du Prix des droits de l’homme de l’ONU (2013) est régulièrement emprisonné.
- La Tanzanie, dont le seul marché de Zanzibar a vu passer des centaines de milliers d’esclaves,
- Les pays de la péninsule arabe qui étaient les pourvoyeurs de ce honteux commerce, ainsi que l’Iran et les pays du Moyen-Orient, destinations de ces esclaves…

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Pour une analyse en profondeur de la question, on se reportera à mon livre Esclavage, l’histoire à l’endroit

mercredi 25 mars 2026

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