mardi 12 octobre 2021

17 octobre 1961 : un « massacre » imaginaire


Le 17 octobre prochain, comme chaque année, les autorités françaises, les islamo-gauchistes et le « Système » algérien vont commémorer un massacre qui n’a pas eu lieu…

Sur ce blog, ayant périodiquement à la même date déconstruit l’histoire officielle de ce prétendu « massacre », je me contenterai de renvoyer au chapitre IX intitulé « 17 octobre 1961, un massacre imaginaire » de mon livre « Algérie l’Histoire à l’endroit » en ajoutant ici quelques éléments essentiels à la compréhension du montage culpabilisateur qui nous est imposé :
 
1) La guerre d'indépendance algérienne se déroula également en métropole. Pour la période du 1er janvier 1956 au 23 janvier 1962, 10 223 attentats y furent ainsi commis par le FLN. Pour le seul département de la Seine, entre le 1er janvier 1956 et le 31 décembre 1962, 1433 Algériens opposés au FLN furent tués et 1726 autres blessés. Au total, de janvier 1955 au 1er juillet 1962, en Métropole, le FLN assassina 6000 Algériens et en blessa 9000 autres.
 
2) Face à ces actes de terrorisme visant à prendre le contrôle de la population algérienne vivant en France, le 5 octobre 1961, un couvre-feu fut imposé à cette dernière afin de gêner les communications des réseaux du FLN et l’acheminement des armes vers les dépôts clandestins.
 
3) En réaction, le 17 octobre 1961, le FLN décida de manifester afin de montrer sa force, et pour tenter d’achever sa prise de contrôle des Algériens vivant en métropole.
 
4) Assaillis de toutes parts, les 1658 hommes des forces de l’ordre rassemblés en urgence, et non les 7000 comme cela est trop souvent écrit, sont, sous la plume de militants auto-baptisés « historiens », accusés d’avoir massacré des centaines de manifestants, d’en avoir jeté des dizaines à la Seine et d’en avoir blessé 2300.
 
Or, cette version des évènements du 17 octobre 1961 à Paris relève de la légende et de la propagande. Tout repose en effet sur des chiffres inventés ou manipulés à l’époque par le FLN algérien et par ses alliés communistes. Jouant sur les dates, additionnant les morts antérieurs et postérieurs au 17 octobre, pour eux, tout Nord-Africain mort de mort violente durant le mois d’octobre 1961, est une victime de la « répression policière »… Même les morts par accident de la circulation comme nous le verrons plus loin !!!
 
Cette manipulation fut réduite à néant en 1998, quand le Premier ministre de l’époque, le socialiste Lionel Jospin, constitua une commission d’enquête. Présidée par le conseiller d’Etat Dieudonné Mandelkern, elle fut chargée de faire la lumière sur ce qui s’était réellement passé le 17 octobre 1961 à Paris. Fondé sur l’ouverture d’archives jusque-là fermées, le rapport remis par cette commission fit litière de la légende du prétendu « massacre » du 17 octobre 1961[1].
 
Le paragraphe 2.3.5 du Rapport intitulé Les victimes des manifestations est particulièrement éloquent car il parle de sept morts, tout en précisant qu’il n’y eut qu’un mort dans le périmètre de la manifestation, les six autres victimes n’ayant aucun lien avec cet évènement, ou ayant perdu la vie postérieurement à la dite manifestation dans des circonstances parfaitement détaillées dans le rapport.
 
Quel est donc l’état des connaissances aujourd’hui ?
 
- Le 17 octobre 1961 à Paris, il n’y eut qu’une seule victime dans le périmètre de la manifestation… et ce ne fut pas un Algérien, mais un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21h devant le cinéma REX, crâne fracassé. Par qui ? L’enquête semble attribuer cette mort à des coups de crosse de mousqueton.
 
- Le 17 octobre 1961, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant « massacre » faisant des dizaines, voire des centaines de morts algériens, ni les hôpitaux parisiens, ni l’Institut Médico-Légal (la Morgue), n’enregistrèrent l’entrée de corps de « NA » (Nord-Africain dans la terminologie de l’époque). Ce qui ne veut naturellement pas dire qu’il n’y eut pas de blessés, mais mon analyse ne porte que sur les morts.
 
- A Puteaux, donc loin du périmètre de la manifestation, deux morts furent néanmoins relevés, or ils étaient étrangers à la manifestation. L’un d’entre eux deux, Abdelkader Déroues avait été tué par balle, quand le second, Lamara Achenoune, avait quant à lui été achevé par balle après avoir été étranglé.
 
- Le 18 octobre, à 04 heures du matin, le bilan qui parvint à Maurice Legay le directeur général de la police parisienne était donc de 3 morts, pour rappel, Guy Chevallier, Abdelkader Déroues et Lamara Achenoune. Nous sommes donc loin des dizaines ou des centaines de morts et de « noyés » auxquels la bien-pensance française rend annuellement hommage !!!
 
Conclusion : le seul mort algérien de la manifestation est donc un Français métropolitain…
 
Certes, postulent les accusateurs de la France, mais les cadavres des Algériens « massacrés » par la police furent reçus à l’IML, l’Institut Médico-Légal de Paris (la Morgue), les jours suivants.
 
Cette affirmation est également fausse. En effet, l’Annexe III du « Rapport Mandelkern » donne un décompte détaillé des 41 cadavres de Nord-Africains entrés à l’IML de Paris du 19 octobre au 4 novembre. Pour mémoire, le 17 octobre il n’y eut aucune entrée, et 2 le 18 octobre.
Sur ce nombre de 41 morts, 25, soit 13 corps identifiés et 12 corps non identifiés sont mentionnés sous la rubrique « Dossiers pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre ». Ceci fait que les 16 autres morts n’ont rien à voir avec la manifestation du 17 octobre.
 
En ce qui concerne les 25 morts restants, notons immédiatement que le sous-titre de l’Annexe III est singulier car la manifestation dont il est question eut lieu le 17 octobre et non les 19 et 20 octobre. De plus, ce titre est trompeur car il laisse sous-entendre que ces 25 décès auraient donc pu être causés par la police française, chiffre d’ailleurs régulièrement et péremptoirement transformé en morts avérés par certains auteurs ou journalistes. Or :
 
1) Si ces derniers avaient pris la peine de lire le document en question dans son originalité et son intégralité, et non à travers ses recensions, ils auraient vu qu’en face de chaque corps est porté un numéro de dossier de la police judiciaire suivi de la précision suivante : « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire ».
 
2) Or, grâce à ces « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire », il apparait clairement que 17 de ces 25 défunts ont été tués par le FLN, la strangulation-égorgement, l’emploi d’armes blanches etc., n’étant pas d’usage dans la police française… D’autant plus que parmi ces 17 morts, quatre furent assassinés le 19 octobre, soit deux jours après le 17 octobre, à savoir un commerçant qui avait refusé de suivre la grève du 19 octobre décrétée par le FLN et deux autres ligotés et noyés par ce même FLN…
 
3) Cela interroge donc sur le placement de ces morts dans la rubrique « Dossiers pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre ».
 
Voyons le détail de cette liste : 
 
Corps Identifiés :
 
- 6 furent tués par le FLN (strangulation, arme blanche, arme à feu)
- 2 décès sur la voie publique (troubles mentaux et alcoolisme)
- 1 décès par crise cardiaque le 21 octobre
- 1 décès par accident de la circulation
- 1 mort à l’hôpital Boucicaut des blessures reçues le 17 octobre.
- 2 morts dont les causes ne sont pas élucidées.
 
Corps non identifiés
 
- 7 tués par le FLN (1 arme blanche, 2 noyades, 1 noyade nu, 2 armes à feu, 1 strangulation)
- 1 mort de blessures à la tête. Blessures reçues le 17 octobre ? Nous l’ignorons.
- 1 mort des suites de blessures reçues Place Saint-Michel
- 3 morts dont les causes ne sont pas élucidées.
 
Conclusion, sur 25 morts « pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre », la Morgue n’en a reçu que deux décédés très probablement des suites de blessures reçues le 17 octobre. Une interrogation demeure pour l’un d’entre eux, mais sans aucune certitude.
Soit 2 ou 3 morts des suites de leurs blessures, aucun n’ayant perdu la vie durant la manifestation[2] laquelle n’a donc comme il a été dit plus haut, connu qu’un seul mort, le Français Guy Chevallier.
 
Nous voilà donc très loin des 50, 100, 200 ou même 300 morts « victimes de la répression » avancés par certains, et pour lesquels François Hollande a reconnu la responsabilité de la France !!!
 
Mais, plus encore :
 
1) Le « Graphique des entrées de corps « N.A » (Nord-africains) par jour. Octobre 1961 », nous apprend que du 1er au 30 octobre 1961, 90 cadavres de « NA », furent reçus à l’Institut Médico-Légal. Or, selon les enquêtes judiciaires, chaque décès étant suivi d’une enquête, la plupart de ces morts étaient des musulmans pro-Français assassinés par le FLN !!!
 
2) Pour toute l’année 1961, 308 cadavres de « N.A » entrèrent à l’IML, dont plusieurs dizaines de noyés. Or, toujours après enquête, il fut établi que la quasi-totalité de ces morts étaient des victimes du FLN (Harkis, partisans de la France, individus ayant refusé d’acquitter « l’impôt de guerre », membres du MNA etc.). Or, une des méthodes d’assassinat du FLN était l’étranglement ou l’égorgement suivi de la noyade…
 
Pour les historiens de métier, les prétendus « massacres » du 17 octobre 1961 constituent donc un exemple extrême de manipulation de l’histoire.
Quand la liberté de penser sera rétablie dans cette Corée du Nord mentale qu’est devenue la pauvre université française, ils feront l’objet de thèses car ils seront alors étudiés comme un cas d’école de fabrication d’un mythe. Comme Katyn, comme les « charniers » de Timosoara en Roumanie, comme les « couveuses » au Koweit ou encore comme les « armes de destruction massive » en Irak.
 
Mais, dans l’immédiat, sourds, aveugles ou simples agents d’influence, les butors continueront à ânonner la légende culpabilisatrice du « 17 octobre 1961 ». D’autant plus que, dans l’actuel contexte de tension franco-algérienne, Alger va faire donner ses affidés qui seront complaisamment relayés par ses habituels supplétifs de presse. 

Bernard Lugan


[1] « Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961 ». Rapport établi à la demande du Premier ministre, M. Lionel Jospin et remis au mois de janvier 1998 par M. Dieudonné Mandelkern président de section au Conseil d’Etat, président ; M. André Wiehn, Inspecteur général de l’administration ; Mme Mireille Jean, Conservateur aux Archives nationales ; M. Werner Gagneron, Inspecteur de l’administration. En ligne. 
[2] Dans une note infrapaginale, Brunet (2011) parle de 13 morts « certains » dont plusieurs blessés décédés ultérieurement. Or, ces morts ne sont pas documentés dans les archives de l’IML. Brunet, J-P., (2011) « Combien y a-t-il eu de morts lors du drame du 17 octobre 1961 ? ». Atlantico, 17 octobre 2011.

dimanche 3 octobre 2021

Les raisons de la crise franco-algérienne

L’Algérie vient de rappeler en consultation son ambassadeur à Paris, puis elle a décidé de fermer son espace aérien aux avions français
  ravitaillant Barkhane. La raison ? Simple calcul électoral ou véritable et louable prise conscience, le président Macron qui, jusque-là, parlait de la colonisation comme d’un « crime contre l’humanité », vient étonnamment de faire preuve de « virilité » en dénonçant le cœur du « Système » qui pompe la substance de l’Algérie depuis 1962. Deux points de la déclaration présidentielle ont littéralement ulcéré les dirigeants algériens :
 
1) Les prédateurs qui dirigent l’Algérie survivent à travers une rente mémorielle entretenue par une fausse histoire.
 
2) L’existence de l’Algérie comme nation est discutable puisqu’elle est directement passée de la colonisation turque à la colonisation française. Or les dirigeants d’Alger ne dénoncent jamais la première.
 
Le président Macron aurait-il donc lu mon livre Algérie, l’histoire à l’endroit, un livre expédié à l’Elysée au moment de la publication du lamentable « rapport Stora », et dans lequel la fausse histoire algérienne est démontée en dix chapitres ? L’on pourrait en effet le penser puisque, l’Algérie vit effectivement au rythme d’une fausse histoire entretenue par une association sangsue, l’ « Organisation nationale des moudjahidines » (ONM), les « anciens combattants ». Or, comme l’a déclaré l’ancien ministre Abdeslam Ali Rachidi, « tout le monde sait que 90% des anciens combattants, les moudjahidine, sont des faux » (El Watan, 12 décembre 2015). J’ai ainsi démontré, toujours dans mon livre, que les moudjahidine furent en réalité cinq fois moins nombreux que les Algériens combattant dans les rangs de l’armée française.
 
En 2008, Nouredine Aït Hamouda, député du RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie), a lui-même pulvérisé cette fausse histoire et son mythe du 1,5 million morts causés par la guerre d’indépendance. Un chiffre que tous les Algériens sérieux considèrent comme totalement fantaisiste, mais qui permet au « Système » de justifier le nombre surréaliste des veuves et des orphelins, soit 2 millions de porteurs de la carte de moudjahidine et d’ayants-droit, dont les ¾ sont des faux…
Ces faux moudjahidine qui vivent de la rente mémorielle née de la fausse histoire, bénéficient du 3° budget de l’Etat, juste derrière ceux de l’Education et de la Défense. Car, « originalité » algérienne, et contrairement à la loi naturelle voulant que plus on avance dans le temps, moins il y a de gens qui ont connu Abd el-Kader…, en Algérie, tout au contraire, plus les années passent, et plus le nombre des « anciens combattants » augmente…Ainsi, fin 1962-début 1963, l’Algérie comptait 6000 moudjahidine identifiés, 70.000 en 1972 et 200.000 en 2017…
 
Comment regarder l’histoire en face quand, en Algérie, six décennies après l’indépendance, l’on obtient encore la carte d’ancien moudjahidine sur la simple déclaration de « faits d’armes » imaginaires ? La raison est que ses détenteurs ainsi que leurs ayants-droit touchent une rente de l’Etat, bénéficient de prérogatives, jouissent de prébendes et disposent de passe-droits. Cette carte permet également d’obtenir une licence de taxi ou de débit de boisson, des facilités d’importation, notamment de voitures hors taxes, des réductions du prix des billets d’avion, des facilités de crédit, des emplois réservés, des possibilités de départ à la retraite, des avancements plus rapides, des priorités au logement etc.
Dans ces conditions, toute remise en question de la fausse histoire entrainerait la ruine des prébendiers et la mort du « Système ». Voilà donc pourquoi les dirigeants algériens se sont directement sentis visés par les propos du président Macron.
 
La situation économique, sociale, politique et morale de l’Algérie est à ce point catastrophique que des milliers de jeunes sans espoir tentent l’aventure mortelle de la haraga, la traversée de la Méditerranée. Quant au « Système », totalitaire et impuissant tout à la fois, acculé par la rue dans une impasse, il est aux abois.  Réduit aux expédients et aux basses manœuvres, afin de tenter de faire diversion, voilà pourquoi, totalement isolé diplomatiquement et coupé de sa propre population, il a ordonné une double offensive, à la fois contre le Maroc, d’où la rupture des relations diplomatiques avec Rabat (voir le numéro d’octobre de l’Afrique Réelle), et  contre la France. Une fuite en avant suicidaire.

samedi 2 octobre 2021

L'Afrique Réelle n°142 - Octobre 2021


























Sommaire

Numéro spécial :
Le contentieux algéro-marocain


- L’état de la question du Sahara 
- Une situation figée (1979-2021)
- La guerre des sables (octobre-novembre 1963) 
- Le Maroc dans l’espace saharo-méditerranéen
- Les reconnaissances internationales de la marocanité du Sahara occidental
- L’Espagne et la France détachent le Sahara occidental du Maroc
- Derrière le contentieux algéro-marocain, la frustration de l’Algérie de n’avoir jamais existé comme Nation


Editorial de Bernard Lugan

La crise qui couvait entre l’Algérie et le Maroc depuis plusieurs années, a éclaté au grand jour le 24 août 2021 quand Alger annonça la rupture unilatérale de ses relations diplomatiques avec Rabat. Puis, le 22 septembre, dans une surenchère politique, le gouvernement algérien décida la fermeture de son espace aérien aux avions marocains et à tous ceux immatriculés au Maroc. 
Cette rupture entre les deux pays est-elle une simple crispation annonçant un grand marchandage régional, ou doit-elle au contraire être considérée comme une veillée d’armes ? 
En Algérie où rien ne se dit clairement, tout repose sur le non-dit. Or, à la fin du mois d’août, le ministre algérien des Affaires étrangères a laissé échapper la vraie raison de la crise, en déclarant que le contentieux algéro-marocain remonte à l’année 1963. Donc à la « guerre des sables », qui opposa les deux pays et qui vit une victoire militaire marocaine. Une humiliation qui hante encore Alger. 
Le cœur du problème est en effet celui des frontières entre les deux pays. Pour créer l’Algérie, un pays qui n’avait jamais existé, la France démembra en effet le Maroc sur toute sa frontière orientale, lui enlevant plusieurs régions historiquement marocaines, qu’il s’agisse de Tindouf, du Gourara, du Tidikelt et autres, comme cela est expliqué et cartographié dans ce numéro. 
A cela, s’ajoute la question du Sahara occidental, immensité arrachée au Maroc par la colonisation espagnole. Or, pour les Marocains, il s’agit de leur « Alsace-Lorraine », alors que les Algériens voudraient la création d’un « Etat saharaoui » qui leur soit inféodé et qui interdirait au Maroc de disposer d’un littoral de plusieurs milliers kilomètres depuis Tanger au nord jusqu’à la frontière mauritanienne au sud. 
Hubert Védrine, ancien chef de la diplomatie française a lumineusement résumé la question en disant que : « (…) l’affaire du Sahara est une affaire nationale pour le Maroc et une affaire identitaire pour l’armée algérienne ».
Affaire identitaire, en effet, d’autant plus que l’actuel chef d’état-major algérien, le général Saïd Chengriha, ancien commandant de de la Troisième région militaire, celle qui a pour cœur Tindouf et qui fait donc face au Maroc, nourrit une aversion connue à l’égard de ses voisins marocains. Quant à ses sympathies pour le Polisario, elles ne sont plus à démontrer.
Pour une Algérie « enclavée » dans cette mer fermée qu’est la Méditerranée, il est insupportable de devoir constater que le Maroc dispose au contraire d’une immense façade maritime océanique ouvrant de ce fait le royaume à la fois sur le « grand large » atlantique et sur l’Afrique de l’Ouest. Jamais l’Algérie n’acceptera d’admettre cette réalité géostratégique. Là est bien le fond du problème. 
Dans ces conditions, le risque est donc que, acculée par ses colossaux problèmes intérieurs, l’Algérie, pays en faillite après avoir été consciencieusement pillé par ses dirigeants depuis 1962, décide une fuite en avant suicidaire à travers le recours aux armes.

samedi 25 septembre 2021

Mort du colonel Bagosora, accusé d’avoir été le « cerveau du génocide » du Rwanda, mais acquitté par le TPIR du chef d’accusation de préméditation de ce même génocide…

Présenté par le régime de Kigali et par les médias  comme  le « cerveau du génocide » du Rwanda, le colonel Théoneste Bagosora vient de mourir à l’âge de 81 ans dans la prison du Mali où il purgeait une peine de 35 années de détention.
Arrêté au Cameroun au mois de mars 1996, défendu par Maître Raphaël Constant, avocat réputé du barreau de la Martinique, son procès (TPIR-98-41-T) débuta au mois d’avril 2002. Ce ne fut cependant qu’au mois d’octobre 2004, après un délai surréaliste de neuf années de détention préventive, que le Procureur fut en mesure de soutenir son acte d’accusation.
Construit sur le postulat qui était que le colonel Bagosora fut le maître d’œuvre du génocide, cet acte d’accusation reposait sur un « trou » de quelques heures  dans  son emploi du temps, entre 01h 30 et 06 heures du matin dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, durant lequel l’accusé aurait « allumé la mèche du génocide » !!!
 
N’ayant fait aucune vérification, ni aucune enquête sérieuse, sous la pression constante du régime du général Kagamé et de ses porte-voix médiatiques, le Procureur ancra son acte d’accusation sur cette abstraite  construction intellectuelle.
 
Expert assermenté devant le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), j’ai travaillé durant plusieurs années sur ce dossier et, dans le volumineux rapport d’expertise que j’ai défendu devant la Cour (Lugan, TPIR-98-41-T), j’ai notamment minutieusement reconstitué l’emploi du temps du colonel (voir l’intégralité de mon rapport publié dans  Dix ans d’expertises devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda), faisant effondrer comme un château de cartes l’artificielle construction idéologique du Procureur.
 
Dans leur jugement, les juges rejetèrent donc tout naturellement  les éléments de « preuve » avancés par le Procureur, infligeant ainsi un camouflet d’une rare puissance à l’Accusation et à la thèse officielle.
Au terme d’un procès fleuve rythmé par 409 jours d’audience, par les déclarations de 242 témoins à charge et à décharge remplissant 30 000 pages de compte rendus d’audience, par 1 600 pièces à conviction, par 4 500 pages de conclusions et par 300 décisions écrites, la Cour, dans son jugement en date du 18 décembre 2008,  déclara en effet le colonel Bagosora non coupable « d’entente en vue de commettre un génocide ».
 
Ce jugement faisait donc  voler en éclats les bases de l’histoire officielle postulant que le génocide avait été programmé puisque les 40 éléments présentés par le Procureur pour tenter de prouver sa planification ne furent pas considérés comme probants par les juges (Résumé du jugement rendu en l’affaire Bagosora et consorts, TPIR-98-41-T, jugement 18 décembre 2008, page 1) :
 
« Plusieurs éléments qui ont servi de base à la thèse développée par le Procureur sur l’entente (en vue de commettre le génocide) n’ont pas été étayés par des témoignages suffisamment fiables (…) En conséquence, la Chambre n’est pas convaincue que le Procureur a établi au-delà du doute raisonnable que la seule conclusion raisonnable qui se puisse tirer des éléments de preuve produits est que les quatre accusés se sont entendus entre eux, ou avec d’autres, pour commettre le génocide (…) » (Résumé du jugement rendu en l’affaire Bagosora et consorts,TPIR-98-41-T, jugement 18 décembre 2008, pages 16-18).
 
Le colonel Bagosora fut néanmoins condamné à l’emprisonnement à perpétuité  pour des crimes commis par des hommes supposés avoir été ses subordonnés, entre le 6 et le 9 avril 1994. Le colonel Bagosora interjeta appel de ce jugement.
 
Le 14 décembre 2011, la Chambre d’Appel du Tribunal Pénal International pour le Rwanda réduisit à 35 ans la peine de perpétuité infligée en première instance au colonel Théoneste Bagosora, les juges d’appel n’estimant pas qu’il avait ordonné les crimes pour lesquels il avait été condamné en première instance, et ils le condamnèrent uniquement parce que, en tant que supérieur hiérarchique postulé, alors qu’il était à la retraite, il n’aurait rien fait pour les prévenir ou en punir les auteurs.
Compte tenu des pressions exercées par le régime de Kigali, par les Etats-Unis et par la Grande-Bretagne, il n’était en effet politiquement pas possible aux juges d’acquitter purement et simplement  l’accusé-phare du TPIR, celui qui, durant des années, avait été présenté comme le « cerveau » d’un génocide programmé, mais qui ne l’avait pas été puisque son déclencheur fut l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Habyarimana. Voir à ce sujet les articles extrêmement détaillés publiés dans la revue « Le Fana de l’aviation » n° 619, 620 et 621 (2021), qui expliquent avec une grande minutie et une rare précision le déroulé de cet attentat, et dans lesquels le FPR du général Kagamé est clairement accusé d’en être l’auteur.
Pour l’état des connaissances scientifiques concernant ce génocide, ses origines et son déroulé, on se reportera à mon livre « Rwanda, un génocide en questions », éditions du Rocher, nouvelle édition 2021.

dimanche 19 septembre 2021

Sortie du livre de Bernard Lugan : Nouvelles incorrectes d’une Afrique disparue

 






















Présentation

Ceux qui connaissent Bernard Lugan le reconnaîtront sans peine sous les traits de son narrateur, Henri Nérac. Style colonial old school : chaussettes remontées jusqu’aux genoux, chemises aux plis réglementaires, shorts à deux pinces et single malt. On commande d’ailleurs son whisky en tirant en l’air, deux coups pour un double scotch. L’auteur du Banquet des Soudards n’est pas du genre à sympathiser avec le premier venu : il choisit ses amitiés dans le cercle restreint des hommes authentiquement libres. On les retrouve dans ces Nouvelles incorrectes d’une Afrique disparue. Rien que des pièces uniques au cuir tanné : seigneurs de guerre, coloniaux hauts en couleur, soldats perdus qui ont coiffé le képi blanc, vieux Pères blancs en burnous… On les suit du Rwanda à l’Afrique du Sud, du Maroc à la Rhodésie, du Sud-Ouest africain à la Tanzanie. En bons gentlemen, ils mettent un point d’honneur à ne jamais déroger à un certain art de vivre aristocratique. Comme Lugan, plus drolatique que jamais.

Disponible à partir du 8 octobre.

Pour le commander (livraison colissimo suivi inclus) :

Livraison

mercredi 1 septembre 2021

L'Afrique Réelle n°141 - Septembre 2021


























Sommaire

 Numéro spécial : Les Peul
- La question peul
- Qui sont les Peul ?
- Les Peul, éternels «réfugiés climatiques »
- Le Macina ou l’épicentre de la révolte des Peul
- L’épuration ethnique dans la région des « Trois frontières »
- Quatre siècles d’expansion des Peul
- Quand les jihad peul d’hier expliquent les tensions ethniques d’aujourd’hui
- Nigeria : les Peul à l’avant-garde de l’islamisation


Editorial de Bernard Lugan

Dans son numéro 80 du mois d’août 2016, alors que la « question peul » ne se posait pas encore, l’Afrique Réelle publia un dossier intitulé : « Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera ». 
Aujourd’hui, ce n’est plus le seul Sahel qui est embrasé par la revendication peul puisque, outre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin, le Nigeria, le Tchad et la Centrafrique sont désormais concernés.

Qui sont les Peul ? C’est à cette question qu’est consacré ce numéro spécial de l’Afrique Réelle

Chassés du Sahara par la péjoration climatique, un phénomène qui débuta il y a 4000 ans, les pasteurs Peul ont, depuis, essaimé dans tout l’ouest africain, suivant le recul des pâturages. Aujourd’hui, en butte à l’hostilité des agriculteurs qui colonisent peu à peu leurs couloirs de transhumance, victimes de la « rapacité de la houe », les Peul ne s’identifient pas aux Etats dans lesquels ils vivent, et que certains ne font que traverser. D’autant plus qu’à l’exception du Nigeria et du Cameroun, la colonisation a inversé le rapport de force précolonial au profit des sédentaires. Après les indépendances, grâce à l’ethno-mathématique électorale, ces derniers héritèrent du pouvoir dont les Peul furent totalement exclus. 

L’hostilité qui, dans le nord de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo et du Bénin, entoure désormais les Peul, vient du fait que leur transhumance se fait depuis un Sahel largement contrôlé par les jihadistes. La crainte des populations et des autorités est donc que des terroristes s’infiltrent parmi les pasteurs.

Cette inquiétude n’est pas infondée. Cherchant à étendre leur zone d’action vers le littoral atlantique, les jihadistes ont en effet besoin d’une assise ethnique. Voilà pourquoi, soufflant sur les braises du ressentiment, ils recrutent des combattants parmi ce peuple de 40 millions de membres dispersé sur 15 pays. Désormais, le risque est grand en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo et au Bénin, dont les régions  de l’extrême septentrion sont englobées dans les zones de nomadisation des Peul. D’autant plus que, depuis deux ou trois décennies, dans tout l’ouest africain, nombre de Peul sans bétail constituent un prolétariat manipulable et prêt à toutes les aventures. 

Comme je l’explique dans mon livre Les guerres du Sahel, des origines à nos jours, les Peul se trouvent donc, le plus souvent contre leur gré, placés au cœur de plusieurs conflits hérités de la longue histoire régionale, du temps d’ « avant les Blancs ». Sans leur connaissance, les observateurs et les journalistes sont condamnés à la superficialité des analyses. 

Rallumés par le jihadisme et nourris par une suicidaire démographie dont la conséquence est la lutte pour la terre et les pâturages, ces conflits font peser une menace supplémentaire sur la stabilité déjà bien fragile d’une vaste partie de l’Afrique.

mercredi 25 août 2021

Derrière le contentieux algéro-marocain, la frustration historique de l’Algérie face au Maroc

Aboutissement d’une tension qui n’a cessé de croître ces dernières années, l’Algérie vient de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc.

Le contentieux entre les deux pays est certes d’ordre politique, mais également historico-psychologique. Pour quatre grandes raisons :

1) Directement passée de la colonisation turque à la colonisation française, l’Algérie jalouse le Maroc et ses 1200 ans d’histoire (voir à ce sujet mon livre Algérie, l’Histoire à l’endroit). Elle refuse d’admettre que les brillantes principautés de Tlemcen à l’ouest, et de Bougie à l’est, ne constituèrent pas les matrices de l’Algérie,  quand Fès et Marrakech  créaient le Maroc. Avec les Idrissides, les Almoravides, les Almohades, les Saadiens, les Mérinides et les Alaouites, durant 1200 ans, le Maroc développa en effet un Etat, puis des Empires s’étendant à certaines époques sur tout le Maghreb, une partie de l’Espagne et jusqu’à Tombouctou. Rien de tel à l’est de la Moulouya, où, ni les Zianides de Tlemcen, ni les Hafsides de Bougie, n’eurent un destin comparable à celui des grandes dynasties marocaines. Là est le non-dit de toute la politique maghrébine d’Alger.

2) Les dirigeants algériens ne veulent pas reconnaître qu’ils ont hérité de la France de territoires historiquement marocains, la colonisation française ayant amputé le Maroc au profit des départements français d’Algérie. Voilà pourquoi le Touat, la Saoura, le Tidikelt, le Gourara et la région de Tindouf sont aujourd’hui Algériens. Ils refusent d’admettre qu’au moment des indépendances, il fut  demandé au Maroc millénaire d’entériner ces amputations territoriales faites au profit d’une Algérie née au mois de juillet 1962.

3) Pour une Algérie, « enclavée » dans cette mer fermée qu’est la Méditerranée, il est insupportable de constater qu’avec la récupération de ses provinces sahariennes, le Maroc dispose d’une immense façade maritime océanique partant de Tanger au nord, jusqu’à la frontière avec la Mauritanie au sud, ouvrant ainsi le royaume à la fois sur le « grand large » atlantique et sur l’Afrique de l’Ouest. Refusant  obstinément d’admettre cette réalité, l’Algérie porte à bout de bras le Polisario pour tenter d’affaiblir le Maroc. Or, pour Alger, il y a urgence. Le dernier carré des 24 Etats -sur 193 membres de l’ONU-, reconnaissant encore ce fantôme qu’est la RASD (République arabe sahraouie démocratique), achevant de se déliter, une tension avec le Maroc pourrait permettre de freiner l’hémorragie.

4) L’Algérie traverse une très profonde crise économique, politique, institutionnelle et identitaire. Il lui faut donc tenter de rassembler les énergies nationales et pour cela, depuis l’indépendance, elle a toujours eu recours à deux boucs émissaires : la France et le Maroc. Actuellement, pour des raisons diverses, elle a besoin de la France. Reste donc le Maroc. En espérant que cette politique de fuite en avant ne débouchera pas sur une nouvelle « guerre des sables », comme en 1963…

dimanche 1 août 2021

L'Afrique Réelle n°140 - Août 2021


 























Sommaire
   
Actualité
- Afrique du Sud : les véritables raisons du chaos
- Nigeria : la sous-traitance du jihad par les Peul
- Aux origines de la guerre du Tigré
 
Histoire
Maroc : Pétain contre Lyautey


Editorial de Bernard Lugan

La puissance du déterminant ethnique

Afrique du Sud, Nigeria et Ethiopie, voilà trois des plus importants pays africains qui traversent actuellement des crises existentielles. Pas de ces crises économiques ou sociales qui frappent tous les Etats africains et qui, même en cas de gravité extrême ne remettent pas en cause le contrat social national. Mais des crises qui posent la question de la simple survie de ces trois Etats multi-ethniques :
- Derrière le miroir aux alouettes de la crise sociale, l’Afrique du Sud est ainsi confrontée au déterminant zulu. 
- Derrière l’apparence  religieuse, le Nigeria central est face à la question peul. 
- Quant à l’Ethiopie, un pays qui n’a jamais été véritablement colonisé, c’est sa mosaïque ethnique qui se délite sous nos yeux avec la revendication indépendantiste du Tigré.

La question ethnique qui se pose donc avec intensité dans ces trois pays permet, une fois de plus, de juger de la « pertinence » du postulat de ces « africanistes » français qui soutiennent que les ethnies africaines ont une origine coloniale. Une théorie ancrée sur le paradigme de la culpabilité européenne (voir à ce sujet mon livre Pour répondre aux décoloniaux). 
En effet, comme les problèmes africains sont essentiellement d’ordre ethnique, si les ethnies ont une origine coloniale, les drames que connaît le continent ont donc été provoqués par la colonisation. CQFD ! 

Une théorie singulièrement « raciste » puisqu’elle sous-entend que les peuples africains auraient donc tout reçu des colonisateurs. Jusqu’à leur nom et leur identité… Un postulat qui domine dans la forteresse doctrinale du petit monde académique. Ainsi, selon l’universitaire Catherine Coquery-Vidrovitch, ce fut durant la période coloniale que : « (…) l'ethnie fut largement fabriquée à des fins de contrôle, non seulement administratif et politique, mais aussi religieux ».

Si nous interprétons le « largement » de cette insolite affirmation, nous pourrions dire qu’à environ 75% les ethnies africaines auraient donc été « fabriquées » par les Français, les Britanniques, les Belges, les Portugais ou les Allemands. J’invite son auteur à démontrer que les Sotho et les Xhosa en Afrique du Sud, les Ovimbundu et les Kongo  en Angola, les Kru et les Mano au Liberia, les Temné et les Mendé en Sierra Leone, les Baoulé et les Bété en Côte d’Ivoire, les Oromo et les Amhara en Ethiopie, les Tutsi, les Hutu et les Twa au Rwanda, les Darod et les Saab en Somalie, les Touareg et les Dogon au Mali, les Toubou et les Sara au Tchad,  etc., n’existaient pas à la veille de la colonisation…

Au lendemain des indépendances, alors que la construction de l’Etat passait  par la reconnaissance des ethnies et par leur prise en compte dans les élaborations constitutionnelles, les idéologues français du CNRS et de l’africanisme universitaire ont mis l’interdit sur la question ethnique. 

Dans ces conditions, comment prétendre aujourd’hui régler la question de l'Etat en Afrique quand les réalités sociopolitiques qui les composent (ethnies, tribus et clans) sont niées jusqu'à l'absurde par ceux qui ont formaté des générations d’étudiants, et qui sont présentés dans les médias comme les « spécialistes » de ce continent ?

samedi 17 juillet 2021

Afrique du Sud : derrière le chaos, le soulèvement des Zulu

Les très graves émeutes-pillages qui secouent l’Afrique du Sud depuis le 8 juillet dernier ont été déclenchées par la faction pro-Zuma de l’ANC (Zulu), avec pour objectif de déstabiliser la présidence de Cyril Ramaphosa (Venda), auquel elle reproche d’avoir évincé son leader en 2018. La présidence sud-africaine a d’ailleurs été très claire à ce sujet en parlant de « conspiration ethnique » et en inculpant douze hauts cadres zulu de l’ANC qui, selon elle, seraient impliqués dans l’organisation de ces émeutes. Dudane Zuma, un des fils de Jacob Zuma a, quant à lui, clairement appelé les Zulu à se mobiliser.

Tout le reste n’est qu’analyses journalistiques affligeantes de médiocrité et de superficialité, surtout quand elles présentent ces évènements comme s’il s’agissait d’une simple révolte sociale due à une crise économique aggravée par le Covid…

Le retour au réel passe par la mise en évidence de deux étapes distinctes, ce qui permet de ne pas confondre les causes et leurs conséquences:

1) Tout est parti du pays zulu, le Kwazulu-Natal, avec pour épicentres les villes zulu de Durban et de Pietermaritzburg, et cela, à partir du moment où Jacob Zuma a été incarcéré. Dans la région de Johannesburg, seuls les townships zulu ont été touchés. Il est remarquable de constater que les zones non-Zulu n’ont pas suivi le mouvement. 

Les raisons de ce soulèvement sont claires : les Zulu n’acceptent pas le coup d’Etat de 2018 qui a abouti à l’éviction de Jacob Zuma par son vice-président Cyril Ramaphosa. Ils l’acceptent d’autant moins que ce coup de force fut suivi de poursuites judiciaires contre Jacob Zuma, considérées par eux comme une vengeance de ses adversaires ethniques au sein de l’ANC. D’autant plus qu’ils accusent à raison l’actuel président, l’ex syndicaliste Cyril Ramaphosa, d’avoir bâti sa colossale fortune sur la trahison de ses mandants. Nommé dans les conseils d’administration des sociétés minières blanches, il y fut en effet coopté pour son « expertise » syndicale, c’est-à-dire en échange de son aide contre les revendications des mineurs noirs dont il fut le représentant avant 1994 !!! 

Considérant qu’à travers Jacob Zuma c’est leur peuple qui est attaqué, les Zulu se moquent de savoir qu’il était effectivement totalement corrompu. Englué dans plusieurs affaires de corruption, il a même été pris la main dans le sac d’une gigantesque entreprise de favoritisme d’Etat au profit de la famille Gupta[1] et une commission judiciaire fut désignée pour enquêter sur la gravissime accusation de « State Capture ». Ces gangsters affairistes d’origine indienne avaient en effet réussi à imposer leur droit de regard sur les nominations officielles, ce qui leur avait permis de placer leurs agents à tous les rouages de décision de l’Etat et des entreprises publiques. 

Estimant que l’Etat-ANC est contre eux, les partisans de Jacob Zuma ont donc pensé qu’ils n’avaient que la violence pour s'exprimer. D’où les premiers évènements du début du mois de juillet, immédiatement suivis, comme toujours en pareil cas, de pillages d’opportunité associés à une puissante et sanglante vengeance contre ces commerçants-usuriers indiens qui, comme des sangsues, vivent aux dépens des paysans zulu. Et ce fut alors que la deuxième étape du mouvement se produisit.

2) Conséquence d’un mouvement politique, ces pillages sont le révélateur de la faillite économique et sociale[2] de la « nation arc-en-ciel » si lyriquement chantée par les naïfs au lendemain de la fin de l’ « apartheid ». Le bilan économique de bientôt trois décennies de pouvoir ANC est en effet désastreux avec un PIB qui ne cesse de baisser (3,5% en 2011, 2,6% en 2012, 1,9% en 2013, 1,8% en 2014, 1% en 2015,  0,6% en 2016,  une entrée en récession en 2017 suivie d’un très léger rebond à 0,2% et 0,1% en 2019 et 2020). Les mines, premier employeur du pays ont perdu près de 300 0000 emplois depuis 1994. Quant aux pertes de production et de revenus, elles se conjuguent avec des coûts d’exploitation en hausse constants, cependant que les dramatiques coupures d’électricité  ont eu pour conséquence la fermeture des puits secondaires et la mise à pied de dizaines de milliers de mineurs.

En réalité, depuis 1994, l’Afrique du Sud vit sur l’immense héritage légué par le régime blanc. Ses nouveaux maîtres de l’ANC n’ayant pas réalisé les nécessaires et colossaux investissements qu’il était pourtant urgent de faire afin de simplement maintenir les capacités de production. En plus de cela, le climat social a découragé les éventuels investisseurs qui ont préféré faire « glisser » leurs activités vers des pays plus  fiables.

L’agriculture avait, elle aussi, perdu plusieurs centaines de milliers d’emplois avant le coup mortel porté aux fermiers le mardi 27 février 2018, quand le parlement sud-africain vota le commencement d’un processus de nationalisation-expropriation sans compensation des 35.000 fermiers blancs.

Résultat, au lieu de se combler, comme l’ANC le promettait  en 1994, les inégalités se sont au contraire davantage creusées. Aujourd'hui 75% des familles noires vivent  en dessous du seuil de pauvreté. Quant au chômage, il est officiellement de 30% de la population active alors que les agences indépendantes parlent de plus de 50% avec des pointes à 80% dans certaines régions. 

Enfin, chiffre terrible pour tous ceux qui croyaient dans l’avenir de la société « post-raciale » sud-africaine, aujourd’hui, le revenu de la tranche la plus démunie de la population noire est inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994 !!! Ce qui a fait dire à un célèbre chroniqueur noir qu’au rythme auquel se décompose le pays, il va bientôt falloir  se décider à en « rendre la direction aux Boers » !!! 

Une remarque d’une grande profondeur car le soit disant héritage « négatif » de  «l 'apartheid » a, des années durant, servi d’excuse aux dirigeants sud-africains. Or, aujourd’hui, personne ne peut plus nier qu’en 1994, quand le président De Klerk hissa au pouvoir un Nelson Mandela incapable de le prendre de force[3], il légua à l’ANC la première économie du continent, un pays doté d’infrastructures de communication et de transport à l’égal des pays développés, un secteur financier moderne et prospère, une large indépendance énergétique, une industrie diversifiée, des capacités techniques de haut niveau et la première armée africaine. Force est également de constater que, libérée de l’ « oppression raciste », la « nouvelle Afrique du Sud » fut immédiatement la proie du parti prédateur ANC dont les cadres, aussi incapables que corrompus, eurent comme objectif principal leur propre enrichissement. 

Aujourd'hui, l’ANC n’est plus qu’une coquille vide  ayant perdu toute forme idéologique et politique. Fragmenté par une infinité de facteurs, il ne survit plus que comme machine électorale destinée à distribuer des sièges de députés à ses membres. Quant aux masses noires totalement paupérisées, elles constituent un bloc explosif potentiel dont la colère se tournera un jour ou l’autre contre les Blancs qui n’auront plus que le choix entre l’émigration ou le repli vers l’ancienne province du Cap.

Décérébrés par l’auto-culpabilisation, par les glapissements des « décoloniaux » et par le sida mental introduit par la « culture woke » (voir à ce sujet mon livre Pour répondre aux décoloniaux), les chapons gras occidentaux continueront pourtant à se pâmer devant la figure tutélaire de Nelson Mandela, tout en continuant à avoir  « les yeux de Chimène » pour le fantasme de la « nation arc-en-ciel ». Ne voyant pas que ce qui se passe actuellement en Afrique du Sud annonce le futur apocalyptique de l’Europe « multiraciale » préparé par les mondialistes, la Commission de Bruxelles et ce pape tiers-mondiste qui ne cesse d’appeler à l’accueil des « Autres »...

[1] Voir à ce sujet le dossier consacré à cette question publié dans le numéro  du mois de juillet 2017 de l’Afrique Réelle (n°91) sous le titre « Jacob Zuma peut-il survivre au Gupta Gate ? ».
[2] Cette question sera développée dans le numéro du mois d’août de l’Afrique réelle que les abonnés recevront le 1er août.
[3] Voir à ce sujet mon livre « Histoire de l’Afrique du Sud des origines à nos jours ». Editions Ellipses, 2010. Disponible en librairie.

vendredi 2 juillet 2021

L'Afrique Réelle n°139 - Juillet 2021


























Sommaire

Actualité
Algérie : une polémique illustrant la fracture existentielle du pays

Dossier : Barkhane, une réussite militaire, un échec politique
- La question du Mali 
- Les erreurs françaises
- Les deux guerres du Sahel
- L’embrasement du Burkina Faso
- Après avoir abandonné la Centrafrique, la France va-t-elle faire de même au Mali ?


Editorial de Bernard Lugan

La France en a l’habitude : ses Armées remportent des victoires que ses décideurs civils transforment systématiquement en défaites politiques. Ainsi en fut-il de l’Algérie, puis du Rwanda et aujourd'hui de la BSS où Emmanuel Macron a annoncé la fin de l’Opération Barkhane. 
Depuis, la quasi-unanimité se fait dans les médias pour mettre en avant l’échec prétendu de cette opération militaire, ce qui est à la fois faux et mensonger.

Dans une zone d’action vaste comme une partie de l’Europe dans laquelle ne furent au  maximum déployés que moins de 5000 hommes à la fois, la moitié en protection d’emprises ou d’axes de communication, avec des moyens réduits et parfois même obsolètes, Barkhane n’avait pas pour mission d’apporter une solution à des problématiques ethno-raciales millénaires. Elle a en revanche parfaitement rempli la triple mission qui lui avait été ordonné de mener : 

1) Perturber les mouvements terroristes, limiter leur liberté d’action, empêcher leur coagulation, éliminer leurs chefs. A cet égard, les résultats du GTD (Groupement tactique désert) Altor du 2e REP dans la région des « Trois frontières », loin  des camps de base, furent remarquables.

2) Rendre la plus hermétique possible la frontière entre la Libye et le Niger, afin d’éviter le réensemencement du jihadisme sahélien à partir du foyer libyen. 

3) Empêcher la reformation d’unités jihadistes constituées.

Assurer la paix n’était pas dans la mission de Barkhane. Etablir la sécurité passe en effet par la construction des Etats, des armées et des administrations, c’est-à-dire par la recolonisation… ce qui  n’est pas exactement dans « l’air du temps »…

Au lieu de réfléchir à des solutions fondées sur le réel, les décideurs français n’ont eu qu’un seul remède à proposer, les élections. Or, ce système fondé sur le « one man, one vote » est d’abord une ethno-mathématique donnant automatiquement le pouvoir aux plus nombreux, en l’occurrence aux sédentaires Noirs sudistes, ce que les nomades ne peuvent accepter.

Une furieuse polémique sur fond de question kabyle a éclaté en Algérie. Noureddine Aït Hamouda, ancien député du parti  berbère RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie) et fils du colonel Amirouche, chef emblématique du maquis kabyle de la willaya III, tué au combat le 29 mars 1959, a en effet qualifié de « traitres », entre autres, l’émir Abd el-Kader ainsi que les présidents Boumediene et Bouteflika. 

En 2008, Nouredine Aït Hamouda avait déjà dénoncé les faux moujahidine légitimés par l’ONM (Office national des Moujahidine), 9/10e étant selon lui des imposteurs, ainsi que le chiffre de 1,5 million de morts causé par la guerre d’indépendance. Les œuvres vives du « Système » étant attaquées, sur plainte de l’ONM, Noureddine Aït Hamouda a été mis en prison. 
Il va être de plus en plus difficile à un « Système » aux abois de cacher qu’il est l’héritier des auteurs du coup d’Etat qui, en 1962, renversa le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), évinçant les combattants de l’intérieur essentiellement Berbères pour instaurer le régime arabo-musulman du FLN (voir à ce sujet mon livre Algérie, l’histoire à l’endroit.)

lundi 28 juin 2021

Algérie : le « Système » touché en plein cœur de sa pseudo « légitimité » historique

Une furieuse polémique divise actuellement l’Algérie. Elle est d’autant plus vive qu’elle a fait remonter à la surface l’artificialité de la nation algérienne et l’opposition entre la berbérité et l’arabo-islamisme. Et cela, à travers la mise en lumière du coup d’Etat par lequel, en 1962 les « planqués »[1] de l’ALN (Armée de libération nationale) ont évincé les combattants de l’intérieur.
 
Tout est parti des déclarations de Noureddine Aït Hamouda à une chaîne de télévision privée au sujet d’Abd el-Kader, de Messali Hadj, de Ben Bella, ainsi que des présidents Boumediene et Bouteflika qu’il qualifia de « traîtres ». Ce faisant, Amrane (dit Nouredine) Aït Hamouda, ancien député du parti kabyle RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie), fils du colonel Amirouche Aït Hamouda, chef emblématique du maquis kabyle de la willaya III, tué au combat le 29 mars 1959, visait le cœur même du « Système » algérien à travers son histoire fabriquée. La réaction de ce dernier a été immédiate : Noureddine Aït Hamouda a été jeté en prison…
 
En 2008, Nouredine Aït Hamouda avait déjà provoqué un tumulte quand il avait dénoncé les faux moudjahidine légitimés par l’ONM (Office national des Moujahidine, le Ministère des anciens combattants), socle du « Système » algérien dont la « légitimité » repose sur le mythe de 1,5 million de morts de la guerre d’indépendance, chiffre surréaliste permettant de justifier ces deux millions de porteurs de la carte de moudjahidine et d’ayants-droit qui forment sa clientèle. Pour le « Système », la dénonciation des faux moudjahidine représentait donc déjà un danger mortel. Or, l’actuelle polémique est encore plus dangereuse pour ceux qui dirigent et qui pillent l’Algérie depuis 1962 car, ceux que Noureddine Aït Hamouda accuse de « traitrise » sont les chefs de la tendance arabo-islamiste du courant nationaliste algérien actuellement au pouvoir.
Je laisse de côté le cas historique de l’émir Abd el-Kader qui sera traité dans le numéro de juillet de l’Afrique Réelle, pour m’en tenir aux accusations portées par Nouredine Aït Hamouda contre des personnages contemporains.
 
Un retour en arrière s’impose. Dès le lendemain du second conflit mondial, la question berbère divisa le courant nationaliste algérien. En 1948, dans son appel à l’ONU, le PPA/MTLD (Parti du peuple algérien-Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) dirigé par Messali Hadj, inscrivit la phrase suivante : « La nation algérienne, arabe et musulmane existe depuis le VIIe siècle », ce qui provoqua la fureur de la composante kabyle du mouvement.
Puis, en 1949, au sein du PPA-MTLD, éclata la « crise berbériste » qui opposa les Kabyles voulant faire reconnaître la « berbérité » comme partie intégrante du nationalisme algérien, à la direction arabo-islamique du mouvement laquelle s’y opposait farouchement. Ce fut alors que fut posée la question de l’identité algérienne : est-elle exclusivement arabo-islamique ou berbère et arabo-islamique ? (Voir à ce sujet mon livre Algérie l’histoire à l’endroit).
Pour la direction du mouvement et pour Messali Hadj, arabisme et islamisme étaient les éléments constitutifs sans lesquels l’Algérie algérienne ne pourrait pas faire « coaguler » des populations qui n’avaient jamais formé un tout commun. Tout était donc clair : l’Algérie était une composante de la nation arabe, sa religion était l’islam et le berbérisme un moyen pour le colonisateur de diviser les Algériens.
 
Les berbéristes furent donc écartés de la direction du PPA/MTLD, et ce fut alors que le Kabyle Hocine Aït-Ahmed perdit la direction de l’OS (Organisation Spéciale) au profit de l’Arabe Ben Bella.
L’opposition entre berbéristes et arabo-islamistes se prolongea durant toute la guerre d’indépendance algérienne qui, sur le terrain, fut essentiellement menée par des Berbères dont les chefs étaient Abane Ramdane, Amirouche Aït Hamouda, Krim Belkacem ou Hocine Aït Hamed, etc. Or, les dirigeants du FLN, notamment Ben Bella, Boussouf, Bentobbal, Boumediene et Bouteflika, qui se réclamaient de la ligne arabo-islamique, même quand à l’image de Boumediene, ils n’étaient pas Arabes, firent tout pour marginaliser les chefs politiques et militaires kabyles à leurs yeux suspects de berbérisme. La liquidation physique d'Abane Ramdane et la mort d’Amirouche, illustrent cette lutte à mort.
 
Durant plusieurs années après l’indépendance, les souvenirs de l’éviction des Berbères par les tenants de la ligne de l’arabo-islamisme furent enfouis sous forme de non-dit. Mais, en 2010, ils resurgirent avec une grande intensité avec la parution du livre « Amirouche, une vie, deux morts, un testament », que Saïd Sadi consacra à Amirouche Aït Hamouda, le père de Nouredine Aït Hamouda.
La thèse du livre qui est au cœur du contentieux qui divise actuellement l’Algérie, est que le colonel Amirouche Aït Hamouda, chef du maquis kabyle et de la willaya III, tué dans une embuscade, aurait été donné aux Français par ses rivaux arabo-islamistes du MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales, le service de renseignement de l’ALN), notamment par Abdelhafid Boussouf et Houari Boumediene, afin d’éliminer un dangereux rival, ce qui a permis de coup d’Etat de l’ALN durant l’été 1962.

Or, les héritiers de ceux qui livrèrent Amirouche forment aujourd’hui le « Système » algérien…

Bernard Lugan

[1] Planqués parce que, réfugiés au Maroc et en Tunisie, ils n’ont pas véritablement combattu l’armée française et cela, à différence des maquisards de l’intérieur auxquels ils volèrent l’indépendance.

samedi 19 juin 2021

Article de Valeurs Actuelles consacré à Bernard Lugan

La France debout

Pas un jour ne se passe sans que la France soit mise au ban des accusés, son passé montré du doigt, le pays et ses habitants sommés de s’excuser et de faire « repentance » pour les crimes prétendument commis, au premier rang desquels l’esclavage et la colonisation. Derrière cette offensive, une idéologie est à l’oeuvre, autrement dit une idée appliquée à l’histoire, une idée qui suit sa propre logique sans se soucier de l’expérience et des événements, ainsi qu'Hannah Arendt avait défini l’idéologie.

Qu’on la nomme « mouvance décoloniale » ou « indigénisme », elle est un poison qui gangrène lentement le corps social avec la complicité et la lâcheté des pouvoirs publics. Leur nom dit tout du mensonge: ces idéologues souvent venus d’ailleurs se prétendent « indigènes » quand ils sont allogènes, et veulent « décoloniser » un pays vis-à-vis duquel ils se comportent eux-mêmes en colons. Leur acte d’accusation tient en quelques mots : l’homme blanc est coupable par essence, son histoire est une infamie et les descendants des peuples colonisés sont victimes de discriminations « systémiques ». La solution ? S’effacer et leur laisser la place, pardi.

C’est à ces « décoloniaux » alliés aux islamo-gauchistes (dont ils seront un jour les dupes) que Bernard Lugan répond dans un livre fort utile. Spécialiste de l’histoire africaine, expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda de l’Onu et ancien professeur à l’École de guerre, c’est peu de dire qu’il connaît son affaire. La France a pillé l’Afrique, affirment les « décoloniaux » et elle a ainsi une dette vis-à-vis des peuples colonisés. La vérité, c’est que l’empire colonial fut le véritable tonneau des Danaïdes de la France qui s’y ruina plus qu’autre chose.

Lugan rappelle que lorsque la gauche républicaine lança le pays dans la course impériale à la fin du XIXe siècle, la dimension économique était secondaire. C’est l’ « émancipation » et le progrès que l’on voulait apporter à l’Afrique, au nom d’une supériorité philosophique supposée, quoi qu’on en pense.

Et en matière de pillage, c’est 50 000 kilomètres de routes bitumées laissées par la France à son départ, 18 000 kilomètres de voies ferrées, 63 ports équipés, 196 aérodromes, 2000 dispensaires modernes, 600 maternités, etc. La vérité, c’est qu'au moment des décolonisations, la situation de l’Afrique était en tout point meilleure qu’elle ne l’est aujourd'hui et que c’est par conséquent la décolonisation qui a créé la catastrophe africaine !

Quant à l’Algérie, c’est d’avoir choisi un modèle rentier au moment de son indépendance et de s’être livrée à des dirigeants cleptocrates et incompétents qu’elle doit son naufrage, et non à la France qui l’a unifiée, lui a donné son nom, a bonifié ses terres et a soigné sa population, laissant à son départ routes, voies ferrées, ports, ponts, tunnels, viaducs, barrages, centrales hydroélectriques et thermiques, etc.

Plutôt que d’écouter des idéologues qui rêvent de nous voir mettre genou à terre, lisons Lugan et l’on verra que non seulement nous n’avons pas à avoir honte de notre histoire mais que nous avons tout lieu d’en être fiers.

Olivier Maulin, Valeurs actuelles, 3 juin 2021


Pour commander le livre « Pour répondre aux décoloniaux »cliquer ici

vendredi 11 juin 2021

Barkhane victime de quatre principales erreurs commises par l’Elysée

Prenant pour prétexte le coup d’Etat du colonel Assimi Goïta au Mali, Emmanuel Macron a décidé de « transformer », en réalité il convient de lire « démonter » Barkhane[1]
.

Et pourtant, le coup de force de l’ancien commandant des Forces spéciales maliennes était au contraire une chance pour la paix. Ayant par ses fonctions une juste appréciation des réalités du terrain, ce Minianka, branche minoritaire du grand ensemble sénoufo, n’a de contentieux historique, ni avec les Touareg, ni avec les Peul, les deux peuples à l’origine du conflit[2]. Il pouvait donc ouvrir une discussion de paix en corrigeant quatre grandes erreurs commises par les décideurs parisiens depuis 2020, erreurs qui ont interdit à Barkhane de donner toute sa mesure.

La suite de cette analyse (87%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle. 

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[1] Le bilan de l’Opération Barkhane sera fait dans le numéro du mois de juillet de l’Afrique Réelle.
[2] Voir à ce sujet mon livre Les guerres du Sahel, des origines à nos jours.

mardi 1 juin 2021

L'Afrique Réelle n°138 - Juin 2021


























Sommaire

Actualité :
Ceuta et Melilla Plazas de soberiano et portes de l’immigration

Dossier : La question ethnique et ses conséquences sur la stabilité du Tchad
- Les trois grands groupes ethno-régionaux et leurs conflits traditionnels
- Les guerres des années 1965-1979 : nordistes contre sudistes
- 1980-1990 : de la guerre inter-Toubou à la guerre Zaghawa contre Goranes
- 2004-2021: Les guerres d’Idriss Déby
- Le Tchad pourra-t-il surmonter ses déterminismes ethno-claniques ?


Editorial de Bernard Lugan :

L’explication de la déferlante migratoire sur l’enclave espagnole de Ceuta est pourtant simple à comprendre : la gauche espagnole a les « yeux de Chimène » pour le Polisario, organisation révolutionnaire, butte témoin des « mouvements de libération » des années 1970.  
Le Polisario a pour but le démembrement du Maroc par la création d’un « Etat saharaoui » indépendant, ce qui permettrait à son parrain algérien  de s’ouvrir une fenêtre sur l’océan atlantique… Pour le Maroc, auquel il serait alors demandé d’entériner les amputations territoriales sahariennes subies à l’époque coloniale, cela est évidemment inacceptable.

Or, cette gauche au pouvoir à Madrid à travers le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol), a minutieusement et clandestinement organisé l’hospitalisation en Espagne, sous un faux nom, de Brahim Ghali, chef de ce même Polisario que Rabat considère comme une organisation séparatiste. Sous un faux nom car Brahim Ghali est poursuivi par la justice espagnole pour, entre autres, tortures, assassinats et disparitions à la suite de plaintes déposées par plusieurs espagnols d’origine saharaoui ayant réussi à s’enfuir des camps où ils étaient retenus.  
Depuis des décennies, le Polisario, diverticule des Services algériens, retient en effet plusieurs dizaines de milliers de civils saharaouis dans des camps installés en Algérie et à côté desquels l’Albanie hier et la Corée du Nord aujourd’hui, pourraient faire penser à d’aimables villégiatures... Toutes réalités naturellement occultées par la bien-pensance espagnole de gauche qui considère au contraire le Polisario comme porteur des idéaux « démocratiques » face au Maroc « féodal ».
Et, comme en même temps, jouant sur deux tableaux à la fois, le gouvernement  espagnol lui demande d’empêcher le passage des migrants, le Maroc a donc lancé un avertissement aux dirigeants socialistes espagnols… et, à travers eux, à la gauche européenne qui, à Bruxelles, par idéologie, soutient le Polisario.

A Kigali, genou à terre, Emmanuel Macron a commis deux très graves fautes politiques et historiques :

1) Il a parlé d’une « responsabilité accablante » de la France dans le génocide du Rwanda.  
Or, la France est à l’origine des  Accords de paix d’Arusha d’août 1993 à la suite desquels elle s’est retirée, laissant le relais à une force militaire de l’ONU qui s’est par la suite montrée totalement incompétente. Ses forces n’étaient donc plus au Rwanda le 6 avril 1994, au début du génocide. Enfin, elle fut le seul pays au monde à proposer une opération humanitaire laquelle ne fut autorisée par le Conseil de sécurité que le 22 juin, soit plus de deux mois après le début du génocide, en raison du blocage des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne qui soutenaient les forces du général Kagamé…  
2) Alors qu’une profonde réécriture de l’histoire du génocide du Rwanda a été faite,  deux décennies durant, devant le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) (voir à ce sujet mes livres Rwanda, un génocide en questions et Dix ans d’expertises devant le TPIR) le président Macron a délibérément fait l’impasse sur l’état des connaissances scientifiques, pour cautionner d’une manière plus qu’insolite l’histoire officielle  écrite par le régime du général Kagamé. 
L’Histoire lui en demandera des comptes.