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Russie-Algérie, une double rivalité régionale
Dossier
Maroc-Algérie : quand la géographie façonne l’histoire
Qui a assassiné les moines de Tibhirine ?
La question du Somaliland
Document
Mali, aux origines d’une guerre de soixante-dix ans
Livres
Relire Emile-Félix Gautier
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Editorial de Bernard Lugan
La descente aux enfers du Mali
Triste retour à la réalité pour la junte malienne. Il y a trois ans, porté par la liesse populaire et ivre de superlatifs anti-Français, un groupe de militaires jurait qu’il allait reprendre le contrôle du territoire sur les groupes armés et rétablir la « souveraineté sécuritaire ». Trois ans plus tard, la junte a perdu le contrôle de la quasi-totalité du pays… Et, sans l’appui des mercenaires russes d’Africa Corps, elle aurait été balayée de Bamako par l’offensive coordonnée des Touareg, tant islamistes que nationalistes. Quant à la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale du dispositif militaire, elle a révélé au grand jour la vulnérabilité et la faiblesse d’une armée dépassée par des « rebelles » désormais capables de frapper au cœur même du dispositif étatique. Sans même parler de la situation économique qui est tout simplement apocalyptique.
Il faut en effet bien avoir à l’esprit que le départ des troupes françaises exigé par la junte malienne au nom de l’anti-impérialisme, a permis aux divers mouvements en lutte contre le pouvoir de Bamako de monter en puissance. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une nébuleuse « terroriste » cantonnée aux zones rurales, mais d’une force en mesure - elle l’a montré fin avril - de planifier des opérations à la fois complexes et coordonnées. Face à cela, la junte a commis une grande erreur qui est d’avoir cru que la Russie était un partenaire militaire fiable qui allait avantageusement remplacer l’armée française. Résultat, elle est aujourd’hui totalement dépendante des mercenaires russes dont l’efficacité sur le terrain n’a toujours pas été démontrée…
Ivre de propos nationalistes, la junte sudiste ethnocentrée a refusé de prendre en compte la réalité ethnoculturelle du Mali, s’enfermant tout au contraire dans une stratégie sécuritaire sans issue. Une permanence stratégique qui, depuis l’indépendance, traduit la volonté des sudistes de soumettre et de dominer leurs anciens maîtres nordistes. En face, les groupes armés touareg ont réalisé une convergence tactique, réussissant - pour le moment du moins - à former un front militaire, certes hétérogène, mais uni par un lien ethnique et un rejet commun de l’État sudiste malien. Peut-être encore plus grave, le naufrage malien a fait également apparaître au grand jour l’incapacité de l’Alliance des Etats du Sahel qui avait été présentée comme une réponse souveraine et régionale à l’insécurité, et qui a totalement échoué.
Tous ces drames auraient été évités si le général de Gaulle avait écouté les notables touareg comme le montre le document exceptionnel publié pages 13 à 15 dans ce numéro.
Face à cette descente aux enfers, le discours officiel de la junte est de plus en plus hors sol. Saoulés d’invectives anti-françaises, de discours panafricanistes anti-impérialistes et de promesses vides, les militaires au pouvoir à Bamako savent que, sauf miracle, leurs jours sont comptés. Pendant ce temps, au Tchad, où un timide réalisme semble peu-à-peu renaître, les conseillers militaires français commencent discrètement à revenir…
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