lundi 1 juillet 2024

L'Afrique Réelle N°175 - Juillet 2024

Sommaire

Actualité
- La Chine ne veut pas renoncer à sa dette africaine
- Algérie : nouveau règlement de comptes au sein de l’odjak des janissaires

Dossier : Les élections en Afrique du Sud ou le mythe de la « nation arc-en-ciel »
- L’évolution du corps électoral depuis 1994
- Afrique du Sud : la grande stabilité du corps électoral
- Quelle coalition pour diriger un pays en crise ?

Histoire
Lyautey et le Maroc


Editorial de Bernard Lugan

Ce numéro de l’Afrique Réelle comporte quatre thèmes.

1) A la différence des « Occidentaux » qui, périodiquement, rongés par une auto-culpabilisation relevant du masochisme, acceptent de rééchelonner ou d’annuler la dette africaine, les Chinois, eux, ne prêtent pas pour perdre de l’argent. Voilà pourquoi ils refusent tout rééchelonnement global.

2) En Algérie, il faudra bientôt compter les généraux qui ne sont pas passés par la case prison… Ce pays ravagé par la guerre des clans militaires est le digne héritier de la régence turque durant laquelle, et cela pendant trois siècles, les règlements de comptes se sont faits au sein de l’odjak des janissaires dont les militaires algériens semblent être les successeurs. 

3) En Afrique du Sud où, à l’issue des dernières élections, l’ANC a perdu la majorité absolue, un gouvernement de coalition a donc été constitué. Mais, paradoxe, alors que les programmes politiques de l’ANC, de l’Umkhonto we Sizwe et des EFF sont quasiment identiques, les haines personnelles entre leurs trois dirigeants, Cyril Ramaphosa, Jacob Zuma et Julius Malema, ont fait que c’est finalement une alliance quasi surréaliste qui s’est constituée. La nouvelle majorité associe en effet l’ANC et la DA (Democratic Alliance). 
Vont ainsi gouverner ensemble un parti qui veut amplifier l’Affrmative Action, qui demande qu’Israël soit condamné pour génocide, dont tous les députés ont voté pour la saisie des fermes blanches, et un parti blanc qui combat l’Affirmative Action, qui soutient Israël et qui s’oppose à la saisie des fermes appartenant aux Blancs… 

Résultat, l’EFF et Umkhonto we Sizwe parlent de trahison des idéaux de l’ANC, de combine destinée à sauvegarder les postes et les prébendes des caciques de l’ANC, et appellent tous les Noirs à les rejoindre… Une situation à suivre…

4) Dans le contexte universaliste et assimilateur dans lequel baignait alors la colonisation française, Hubert Lyautey constitue une exception car il ne fut pas un colonisateur au sens « classique » du terme. Son action procéda en effet d’une grande constante qu’il eut toujours à l’esprit : le Protectorat français sur le Maroc n’était qu’un état transitoire, provisoire même, devant inéluctablement aboutir à l’indépendance du pays. 
Tout le contraire de la politique appliquée en Algérie après 1870 quand le régime civil républicain succédant au régime militaire exerça des ravages et provoqua un traumatisme insurmontable.