dimanche 12 juillet 2026

Il y a cent ans, le 15 juillet 1926, la Grande mosquée de Paris était inaugurée. Lyautey soutenait le projet quand Maurras s’en inquiétait.

Le 15 juillet sera célébré le 100° anniversaire de l’inauguration de la Grande mosquée de Paris construite à l’origine pour honorer les soldats musulmans morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale. La loi du 19 août 1920 avait autorisé l’État français à en financer la création. Or, comme celle du 9 décembre 1905, article 2, interdit à l’État, aux départements et aux communes un tel financement, la mosquée fut donc présentée comme l’élément d’un ensemble culturel et scientifique.

Le maréchal Lyautey joua un rôle essentiel dans l’histoire de l’édification  de la mosquée. Le 19 octobre 1922, alors qu’il était Résident général de France au Maroc, il vint à Paris pour la pose de sa première pierre et il prononça à cette occasion un discours dont la teneur est résumée par la phrase suivante :
« Quand s’érigera le monument que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel de l’Île-de-France qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses. »

Le discours de Lyautey s’inscrivait à la fois dans sa politique de respect des traditions musulmanes telle qu’il la réalisait alors au Maroc, et dans la vision impériale de la « plus grande France ». Charles Maurras qui, au-delà du Maroc et de l’Empire, pensait d’abord à l’avenir de la France, ne partageait pas ce sentiment que l’on pourrait qualifier d’ « œcuménique-impérial ».

Le 13 juillet 1926, deux jours avant l’inauguration de la mosquée, il consacra ainsi à l’évènement sa chronique quotidienne dans l’Action française. Il y louait le sacrifice des soldats musulmans en termes élevés, évoquant ces « nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux », mais tout en s’inquiétant du « réveil de l’Islam ». Dans cet article, Maurras craignait qu’en définitive, la France devienne en quelque sorte la « colonie de ses colonies » comme le dira plus tard Edouard Herriot [1] :

(…)  Nous sommes probablement en train de faire une grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. Il n’y a peutêtre pas de réveil de l’Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l’on fait se trouve être aussi la plus vaine des choses. Mais, s’il y a un réveil de l’Islam, et je ne crois pas que l’on en puisse douter, un trophée de la foi coranique sur cette colline SainteGeneviève où tous les plus grands docteurs de la chrétienté enseignèrent contre l’Islam représente plus qu’une offense à notre passé : une menace pour notre avenir. On pouvait accorder à l’Islam, chez lui, toutes les garanties et tous les respects. Bonaparte pouvait se déchausser dans la mosquée, et le maréchal Lyautey user des plus éloquentes figures pour affirmer la fraternité de tous les croyants : c’étaient choses lointaines, affaires d’Afrique ou d’Asie. Mais en France, chez les Protecteurs et chez les Vainqueurs, du simple point de vue politique, la construction officielle de la mosquée et surtout son inauguration en grande pompe républicaine exprime quelque chose qui ressemble à une pénétration de notre pays et à sa prise de possession par nos sujets ou nos protégés. Ceuxci la tiendront immanquablement pour un obscur aveu de faiblesse. Quelqu’un me disait hier : -Qui colonise désormais ? Qui est colonisé ? Eux ou nous ? J’aperçois, de ci de là, tel sourire supérieur. J’entends, je lis telles déclarations sur l’égalité des cultes et des races. On sera sage de ne pas les laisser propager trop loin d’ici par des hautparleurs trop puissants. Le conquérant trop attentif à la foi du conquis est un conquérant qui ne dure guère. Nous venons de transgresser les justes bornes de la tolérance, du respect et de l’amitié. Nous venons de commettre le crime d’excès. Fasse le ciel que nous n’ayons pas à le payer avant peu et que les nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux ne soient jamais grisées par leur sentiment de notre faiblesse. » (Charles Maurras, L’Action française, 13 juillet 1926).
 
L’inauguration se fit donc le 15 juillet 1926 en présence de Gaston Doumergue, président de la République française, de Moulay Youssef, sultan du Maroc, et d’Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères. Le maréchal Lyautey qui n’était plus Résident au Maroc depuis 1924, n’assista pas à l’inauguration car il était alors en convalescence après une lourde prostatectomie subie au printemps 1926. En revanche, le sultan Moulay Youssef lui rendit visite deux jours plus tard, le 18 juillet 1926, dans sa propriété de Thorey.

En 2026, un siècle après l’inauguration de cette première mosquée, selon le Ministère de l’Intérieur et le CFCM, il y a en France métropolitaine environ 2 600 lieux de culte musulmans (mosquées et salles de prière). 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire