jeudi 16 juin 2022

Kivu : pourquoi cette nouvelle guerre ?

La guerre a repris au Kivu sur fond de veillée d’armes entre la RDC et le Rwanda. En réalité, nous sommes face à la résurgence d’un conflit qui n’a jamais cessé d’ensanglanter cette partie de l’Afrique des Grands Lacs depuis 1996, et dont la cause est claire : le Rwanda s’emploie à créer au Kivu une situation de non-retour débouchant sur une sorte d’autonomie régionale sous son contrôle. Et cela, pour trois raisons constituant autant d’objectifs géostratégiques vitaux pour lui:

1) Etouffant démographiquement sur ses hautes terres surpeuplées (14 millions d’habitants sur 26.338 km2),  le Rwanda va droit au collapsus si, d’une manière ou d’une autre, il ne déverse pas son trop-plein humain vers les régions  peu peuplées du Kivu congolais. En comparaison, l’’immense RDC a une superficie de 2,345 millions de km2  et une population de 90 millions d’habitants.

2) Sans une ouverture vers le Kivu, le Rwanda qui est naturellement tourné vers l’océan indien, n’est que le cul de sac de l’Afrique de l’Est, la forêt de la cuvette congolaise formant une barrière naturelle, politique, ethnique, culturelle et linguistique (kiswahili oriental et lingala occidental).

3) La « réussite » économique actuelle du Rwanda repose largement sur le pillage des ressources de la RDC. Ainsi en est-il du coltan (la colombite-tantalite), un métal précieux indispensable à l’industrie électronique dont le Kivu congolais  détient les ¾ des réserves mondiales, mais dont l’exportation se fait en grande partie par le Rwanda …Selon l’ONU, Kigali constituerait ainsi la plaque tournante du commerce illicite des métaux rares et des pierres précieuses congolais.

En 2019, avant le Covid, le Rwanda a exporté pour  56,6 millions de dollars de minerais qu’il ne produit pas, ou alors de manière anecdotique. Le trafic se fait à travers des sociétés écran et des coopératives minières qui donnent le label « Rwanda » aux productions congolaises. En plus du coltan, de l’or, des diamants et autres minerais rares, le pétrole de la région de Rutshuru, prolongement de celui du bassin du lac Albert, fait que le Rwanda ne peut pas se retirer d’une région au riche sous-sol. De plus, si Kinshasa reprenait le contrôle du Kivu, les acheteurs de ses productions minières ne seraient plus les alliés anglo-américains de Kigali, mais les Chinois…

Signe que le Rwanda n’est pas disposé à abandonner sa politique expansionniste dans le Kivu congolais, la société rwandaise Power Resources achève actuellement la construction d’une raffinerie de coltan à Kigali, ce qui fera du pays un acteur mondial essentiel pour la fourniture de ce minerai stratégique.

Voilà les trois grandes raisons pour lesquelles le Rwanda fomente les  rébellions successives de la région du Kivu. Aujourd’hui, le relais de sa politique est le mouvement dit « M23 », qu’il aide en matériel et en hommes[1]. Jusqu’à ces derniers temps, adossé à la tragique mémoire du génocide de 1994, soutenu par l’opinion mondiale, le régime du général Kagamé a pu agir impunément en RDC. Aujourd’hui, bientôt trois décennies après la tragédie, la situation est différente car le voilà mis en accusation de plus en plus régulièrement.

[1] Le numéro de juillet de l’Afrique réelle que les abonnés recevront le 1er juillet contiendra un dossier consacré à cette question. Pour en savoir plus, voir mon Histoire de l’Afrique publiée aux éditions Ellipses, notamment les pages 948 à 989.

mercredi 15 juin 2022

mercredi 8 juin 2022

Congo : les nouveaux regrettables « regrets » du roi des Belges

Le mardi 30 juin 2020, pliant à son tour sous l’air du temps, le roi des Belges avait présenté « ses plus profonds regrets pour les blessures infligées lors de la période coloniale belge au Congo ».

Le mercredi 8 juin 2022, en visite officielle à Kinshasa, le roi Philippe a une nouvelle fois fait repentance pour « les blessures infligées au Congo durant la période coloniale ». Une repentance qui n’a pas lieu d’être. Pour trois raisons principales :

1) En 1885 quand fut internationalement reconnu l’État indépendant du Congo (EIC), les esclavagistes musulmans venus de Zanzibar avaient franchi le fleuve Congo, dépeuplant les régions de la Lualaba, de l’Uélé, du bassin de la Lomami, et ils avançaient vers la rivière Mongala. A cette époque, les Africains étaient enlevés par dizaines de milliers pour être vendus sur le littoral de l’océan indien ou sur le marché aux esclaves de Zanzibar. De 1890 à 1896, de courageux belges menèrent alors ce qui fut à l’époque baptisé de « campagne antiesclavagiste » ou « campagne arabe ».

A la place de ces injustifiables et répétitifs « regrets », c’est donc tout au contraire la mémoire de ces hommes généreux que le roi des Belges devrait célébrer. Parmi eux, les capitaines Francis Dhanis, Oscar Michaux, Guillaume-François van Kerckhoven, Pierre Ponthier, Alphonse Jacques, Cyriaque Gillain, Louis Napoléon Chaltin, Nicolas Tobback et bien d’autres.

Pour avoir voulu arracher les malheureux noirs aux esclavagistes, Arthur Hodister et ses compagnons ainsi que le lieutenant Joseph Lippens et le sergent Henri De Bruyne furent massacrés. Les deux derniers eurent, alors qu’ils étaient encore vivants, les mains et les pieds coupés par les esclavagistes.
Certains fanatiques demandent que leurs statues soient déboulonnées. Cela se fera probablement tant, outre-Quiévrain comme partout ailleurs en Europe, l’ethno-masochisme est désormais sans limites.

2) La Belgique n’a pas pillé le Congo. Et pourtant, cette colonie fut une de celles dans lesquelles  les profits  privés et ceux des consortiums furent les plus importants.  L’originalité du Congo belge était qu’il subvenait à ses besoins, le plan de développement décennal ainsi que les investissements étant financés par l’impôt des grandes sociétés qui était payé et investi sur place. La colonie s'autofinançait donc, un cas à peu près unique dans l’histoire coloniale de l’Afrique qui contredit à lui seul le postulat culpabilisateur.

Mais, pour mettre en valeur cet immense territoire, il fallut commencer par y créer des voies de communication et notamment une voie ferrée reliant l’estuaire du Congo (Matadi), à la partie navigable du fleuve. En 1898, au bout de neuf années d’efforts surhumains, les 390 kilomètres de la ligne Matadi-Léopoldville furent achevés, mais 1800 travailleurs noirs et 132 cadres et contremaîtres blancs étaient morts durant les travaux. Rapportées aux effectifs engagés, les pertes des Blancs étaient 10 fois supérieures à celles des Noirs.

En 1908, le Congo, propriété personnelle du roi Léopold II, fut repris par la Belgique. De 1908 à 1950, les dépenses engagées par Bruxelles dans sa colonie furent de 259 millions de francs-or et durant la même période, le Congo rapporta 24 millions de francs-or à l’Etat belge[1]. La Belgique n’a donc pas bâti sa richesse sur le Congo, même si des Belges y ont fait fortune, et parfois de colossales fortunes, mais ce n’est pas la même chose.

3) Parmi toutes les puissances coloniales, la Belgique fut la seule à avoir défini un plan cohérent de développement en partant d’une réalité qui était que tout devait être fait à partir du néant. En matière d’éducation, la France et la Grande Bretagne saupoudrèrent leurs colonies d’Afrique sud-saharienne tandis que la Belgique choisit de procéder par étapes et de commencer par bien développer le primaire, puis le secondaire et enfin seulement le supérieur. Mais, pour que ce plan puisse être efficace, il lui fallait une certaine durée. Or, il fut interrompu par une indépendance précipitée et alors qu’il fallait à la Belgique au moins encore deux décennies pour le mener à son terme. Si le roi des Belges doit exprimer des « regrets », c’est donc d’avoir décolonisé trop tôt, trop vite, précipitamment, sous la pression de l’émotionnel … comme aujourd’hui !!!

Alors, certes, et il serait historiquement mensonger de le nier, il y eut effectivement une période sombre au Congo avec une authentique politique d’exploitation fondée sur le travail forcé dénoncée dès 1899 par Joseph Conrad dans son livre « Au cœur des ténèbres ». Ce fut l’époque de la Fondation de la Couronne à laquelle le roi Léopold attribua environ 1/10° de la superficie de tout le Congo et qui perçut les revenus domaniaux des concessions. Mais ce ne fut qu’une parenthèse de quelques années qui, de plus, ne concerna que le 1/10° de l’immense Congo. A partir de 1908, le Congo rentra en effet dans l’Etat de droit et ses ressources ne servirent plus qu’à sa mise en valeur.

Voilà pourquoi les « regrets » du roi des Belges qui sont aussi injustifiés qu’injustifiables, sont d’abord et avant tout une véritable insulte à l’Histoire. Mais également une insulte à la mémoire de ceux qui donnèrent leur vie pour combattre les esclavagistes. A la mémoire de ces fonctionnaires et de ces colons qui firent que dans le Congo belge les populations mangeaient à leur faim, étaient soignées et connaissaient la paix… A l’époque, les habitants du Kivu et de l’Ituri n’étaient ainsi pas massacrés comme aujourd’hui par des bandes armées… Une insulte à la mémoire de ceux qui firent que les services publics fonctionnaient, que les  voies de communication créées à partir du néant, tant pour ce qui était de la navigation fluviale, que des voies ferrées, des aérodromes ou des ports étaient entretenues. Quant au réseau routier, il était exceptionnellement dense, des pistes permettant de traverser le pays d’ouest en est et du nord au sud en toutes saisons. Après l’indépendance, ces voies de communication disparurent, littéralement « mangées » par la brousse ou par la forêt.

Pour en savoir plus, voir mon Histoire de l’Afrique des origines à nos jours pages 552-555 et 705-715

[1] Stengers, J., (1957) « Combien le Congo a- t-il coûté à la Belgique ? » Académie Royale des Sciences Coloniales, T.XI, fasc 1, 1957, 354 pages.

vendredi 3 juin 2022

mercredi 1 juin 2022

L'Afrique Réelle N°150 - Juin 2022

Sommaire

Numéro spécial :
L’identité de l'Algérie : La question au cœur de tout

- Quand la génétique démontre que le Maghreb n’est pas arabe
- Les Berbères, une vieille histoire
- Les Berbères, de la conquête arabe à la conquête française
- Quand l’Algérie était une colonie turque
- La question « berbériste » (1949)
- Le congrès de la Soummam, une tentative berbériste ?
- Le coup d’Etat de l’armée des frontières (été 1962)
- Comment les Berbères se sont fait voler l’indépendance


Editorial de Bernard Lugan :

L’identité de l’Algérie

En 2004, Mohamed Chafik posa une question « Pourquoi le Maghreb arabe n’arrive-t-il pas à se former ? » Et il donna la réponse suivante : « C’est précisément parce qu’il n’est pas arabe ». 

Cette interrogation-réponse était incluse dans un article publié dans Le Monde amazigh, (n°53, novembre 2004), dont le titre explosif était : « Et si l’on décolonisait l’Afrique du Nord pour de bon ! », ce qui signifiait, qu’après la colonisation française, les Berbères devraient se libérer de quatorze siècles de colonisation arabe…

En Algérie comme dans tout le Maghreb, les Berbères constituent le fond ancien de la population. Charles-André Julien écrivit à ce propos que « Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sont peuplés de Berbères que l’on qualifie audacieusement d’Arabes ». (Voir à ce sujet mon livre Histoire des Berbères). 

Aujourd’hui, les berbérophones - et non tous les Berbères - ne représentent plus qu'environ 25% de la population de l’Algérie Ce recul est le produit d'une histoire complexe ayant connu une accélération depuis l’indépendance de 1962 qui vit le triomphe de l’idéologie arabo-musulmane. 

Le nouvel Etat se construisit alors à travers l’éviction des maquisards berbères par l’Armée des frontières qui avait vécu la guerre, loin des combats, dans les camps de Tunisie et du Maroc. 

Or, à l’image du colonel Boumediene dont la mère était Chaoui, ses chefs, même quand ils n’étaient pas Arabes, étaient acquis à l’idéologie arabiste. Pour eux, la berbérité représentait un danger existentiel pour le nationalisme algérien à construire. Voilà pourquoi, au mois d'août 1962, donc dès l’indépendance acquise, le gouvernement algérien supprima la chaire de kabyle de l’université d’Alger.

La légitimité du régime s’ancra alors sur la négation de l’histoire de l’Algérie et de sa composition ethnique, la revendication berbère étant présentée par le « Système » algérien comme une « conspiration séparatiste dirigée contre l’islam et la langue arabe ». Pour les dirigeants algériens, le fait d’être musulman impose en effet que l’on se rattache à la nation, à la civilisation arabe. Les partisans les plus radicaux de l’idéologie arabo-islamique soutenaient même que les Berbères étaient sortis de l’histoire et qu’ils ne peuvent accéder au Paradis qu’en se rattachant à des lignées arabes. Quant au ministre algérien de l’Education nationale, il déclara en 1962 que « Les Berbères sont une invention des Pères Blancs »…

Comme les berbéristes refusaient le dogme fondateur de l’Algérie arabe, comme l’amazighité affirmait la double composante du pays, arabe et berbère, le parti FLN parla de dérive « ethnique », « raciste » et « xénophobe » menaçant de détruire l’Etat. 

Voilà pourquoi les Kabyles et les Chaoui se retrouvèrent citoyens d’une Algérie algérienne arabo-musulmane niant leur identité. D’où le problème de l’identité du pays et les non-dits existentiels qui le paralysent.

mardi 24 mai 2022

Nouveau livre de Bernard Lugan : Mai 68 vu d'en face, quand les rebelles n'étaient pas ceux qu'on croit






















Présentation


Dans notre pays où est sacralisé le souvenir de la « révolution » de Mai 68, véritable rite de passage pour toute une génération, il n’y a guère de place dans les récits officiels pour la mémoire des réprouvés qui se sont tenus, bien inférieurs en nombre, de l’autre côté de la barricade. C’est dans cet improbable corps franc que se sont regroupés les mousquetaires, les soudards, les irrévérencieux, les vrais rebelles de leur temps – dont l’auteur de cet ouvrage fut l’un des membres les plus éminents. En chroniqueur espiègle de cette formidable épopée militante, Bernard Lugan nous entraîne au milieu des souvenirs de sa folle jeunesse avec une insolence dont il ne s’est jamais départi. Une aventure à la hussarde qui fleure bon les coups de trique, les bistrots parisiens, les femmes légères et les chants coloniaux.

Disponible dans toutes les librairies

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samedi 21 mai 2022

Pap Ndiaye ministre de l’Education nationale, ou comment Emmanuel Macron livre la jeunesse de France à l’idéologie indigéniste et décoloniale…

Jules Ferry et Charles Péguy qui, à travers l’Ecole, louaient à des titres différents la valorisation des valeurs patriotiques et citoyennes, doivent se retourner dans leurs tombes. Après l’acceptation de la subversion islamo-gauchiste, voilà maintenant qu’à la tête de la malheureuse éducation dite « nationale », est nommé le représentant d’une idéologie révolutionnaire  née sur les campus américains où lui-même a été formé avant d’y enseigner, et pour qui « Il existe bien un racisme structurel en France ».

Plus que de longs développements, je m’en tiendrai à deux grandes déclarations de notre nouveau « hussard de la République » qui vont constituer la toile de fond de sa politique éducationnelle :

1) La France « c’est le plus grand pays d’immigration d’Europe (mais) il n’y a pas de statue de la Liberté en France pour accueillir les migrants. C’est d’ailleurs une ambiguïté de notre pays ; les questions d’immigrations n’ont pas leur place dans le récit national. Or c’est pourtant essentiel si l’on veut comprendre notre histoire ».

Traduction : les futurs programmes seront fondés sur la déconstruction de notre histoire nationale afin d’y intégrer les nuées venues des Etats-Unis car, comme l’a fort bien exprimé Houria Bouteldja: « Notre simple existence, doublée d’un poids démographique relatif (1 pour 6) africanise, arabise, berbérise, créolise, islamise, noirise, la fille aînée de l’Eglise, jadis blanche et immaculée, aussi sûrement que le sac et le ressac des flots polissent et repolissent les blocs de granit aux prétentions d’éternité (…) » (Houria Bouteldja).

2) « Le terme islamo-gauchisme ne désigne aucune réalité à l’université (…) c’est une manière de stigmatiser des courants de recherche » ( France-Inter 20 mai 2021)

Traduction : les islamo-gauchistes vont encore davantage pouvoir prendre possession des universités françaises dont ils font peu-à-peu leurs places-fortes.

Avec la nouvelle victoire  de cette idéologie dont le but avoué est la destruction de notre héritage historique, les dernières digues illusoires des « droits de l’homme », du « vivre ensemble », du « pas d’amalgame » et de la « laïcité », viennent d’être emportées.
Le temps de la résistance intellectuelle et morale est donc bien venu. Mais, pour combattre, encore faut-il des armes. Voilà pourquoi j’ai écrit « Pour répondre aux « décoloniaux », aux islamo-gauchistes et aux terroristes de la repentance ».

mercredi 18 mai 2022

Comment, au nom de nuées morales, la France se coupe méthodiquement de ses derniers amis africains

La France est arrivée au bout de son capital sympathie africain. Pour deux grandes raisons :

1) Le diktat démocratique qu’elle cherche à imposer à ses anciennes colonies et qui ne correspond que de très loin aux conceptions politiques locales.

2) Son ingérence dans les questions sociétales. C’est ainsi que le mariage homosexuel et la théorie du genre promus dans ses centres culturels révulsent littéralement les Africains.

Parmi toutes les ingérences de Paris, celle dite des « biens mal acquis » cristallise ce sentiment anti-Français qui monte dans toute l’Afrique francophone. Les biens dits « mal acquis » sont les possessions immobilières et mobilières de dirigeants d’Etats africains que certaines ONG classées à la gauche de la gauche, postulent avoir été achetées grâce à des détournements de fonds. Or, et il est essentiel de bien le préciser, qu’ils soient réels ou non, ces « détournements » postulés n’ont pas été faits en France, aux dépens de la société française, mais dans les pays d’origine.

Or, pour les Africains, le fait que la justice française s’immisce dans la manière dont leurs dirigeants gèrent leurs pays respectifs, est vu comme une insupportable ingérence. Mais aussi comme une forme de paternalisme puisque la France se met à la place des peuples postulés victimes, afin de rendre en leur nom une justice qu’ils seraient incapables de demander. Nous voilà donc de nouveau dans l’esprit de la colonisation philanthropique promue par la gauche française à la fin du XIXe siècle quand, pour elle, coloniser allait permettre de libérer les populations des tyrans qui les asservissaient (Voir à ce sujet mon livre Colonisation, l’histoire à l’endroit).

De plus, suprême humiliation, lors des procès qui se tiennent en France, les médias mettent sur la place publique la vie privée des dirigeants africains. Or, en Afrique, où la définition du pouvoir n’est pas celle de nos sociétés exhibitionnistes, il existe une profonde pudeur sur ces questions.

La justice française fait également peser une véritable épée de Damoclès sur la tête de ceux des responsables politiques africains qui ont eu la maladresse d’investir en France. Il suffit en effet que tel ou tel groupe d’opposition décidé à  les déstabiliser  prenne langue avec les ONG françaises autorisées à mettre en branle l’appareil judiciaire, pour que des poursuites soient quasi automatiquement engagées.

Localement en position difficile, les représentants diplomatiques français tentent d’expliquer à leurs interlocuteurs qu’en France, l’on vit dans un système de séparation des pouvoirs et que le gouvernement ne peut aller contre ce principe constitutionnel. Les dirigeants africains ont alors beau jeu de leur rappeler que c’est le gouvernement français lui-même qui a donné à Transparency International, à Sherpa et à une poignée d’autres ONG, ce pouvoir exorbitant qu’est l’agrément leur permettant de déclencher l’action publique en se constituant partie civile. D’autant plus que le 4 septembre 2021, le Garde des Sceaux, Monsieur Eric Dupont Moretti a renouvelé l’agrément de Transparency International France...

Au nom de principes moraux totalement décalés en Afrique, la machine judiciaire française est ainsi devenue le porte-glaive d’ONG internationales. Le plus singulier est que, d’une manière que l’on pourrait à minima qualifier d’insolite, ces dernières ciblent systématiquement et très prioritairement les derniers alliés de la France en Afrique, ainsi que les pays dans lesquels de grandes sociétés françaises sont encore présentes. Comme si elles agissaient au profit de ceux qui ont intérêt à voir la France quitter l’Afrique. Un comportement qui, en d’autres temps, aurait été assimilé à une forme de trahison.

Quelques exemples :

- Theodorin Obiang  vice-président de la Guinée équatoriale, un pays qui s’était largement ouvert aux intérêts français, a été condamné le  27 octobre 2017 par le Tribunal correctionnel de Paris à 3 ans de prison avec sursis, 30 millions d’euros d’amende et à la confiscation de tous ses biens en France. La Cour de Cassation a rejeté son pourvoi.

- En 2018 plainte avec constitution de partie civile fut déposée contre le président Denis Sassou Nguesso du Congo, ami fidèle de la France.

Or, et il importe de le redire, les dirigeants de ces deux Etats pétroliers n’ont en aucune manière lésé la France ou détourné l’argent des Français. Tout au contraire, ils ont accordé des concessions pétrolières à des firmes françaises et ont placé leurs biens en France.

Dernier exemple, au mois d’avril 2022, Grâce, Bethy, Arthur et Hermine Bongo quatre des 54 enfants du défunt président Omar Bongo mort en 2009, ont été mis en examen en tant qu’héritiers de leur père qui leur a légué des immeubles parisiens achetés il y a un quart de siècle… Résultat, en dehors des autorités militaires présentes lors du cocktail du 10 mai dernier, lors de la visite exceptionnelle du Groupe maritime Jeanne d’Arc au Gabon, et contrairement à toutes les traditions, il n’y eut aucune visite d’officiels gabonais à bord du porte-hélicoptères Mistral. De plus, pour la première fois, une manifestation exigeant le départ des militaires français, donc la fermeture de l’emblématique camp de Gaulle où sont stationnés le 6° BIMA (Bataillon d’infanterie de marine) et les autres  Eléments français au Gabon, a été annoncée et autorisée.

La « politique des juges » a donc gravement altéré la relation bilatérale franco-gabonaise. Ressentie à Libreville comme une véritable persécution, le pouvoir gabonais la dénonce comme étant directement instrumentalisée par ses opposants exilés à Paris.
Les ONG et les juges concernés auront donc fait du « bon travail » en faisant perdre à la France l’un de ses derniers points d’appui en Afrique… D’autant plus que les dirigeants mis en cause ne sont guère affectés localement par les procédures parisiennes, tandis qu’ils peuvent exercer des représailles sur les sociétés françaises désireuses de s’implanter ou de se développer dans leurs pays respectifs.

Pendant que certains juges sapent consciencieusement ce qui reste encore de présence française en Afrique, Chinois, Indiens, Russes et Turcs se frottent les mains en assistant amusés au suicide de ce qui fut une grande puissance…