samedi 31 octobre 2026

L'Afrique Réelle N°203 - Novembre 2026

Sommaire

Dossier : L’Algérie peut-elle se libérer de sa dépendance aux hydrocarbures ?
L’actuelle embellie des hydrocarbures est-elle durable ?
La vision pessimiste du FMI
Le gaz et la nouvelle stratégie sahélienne de l’Algérie
Dossier : L’Ethiopie à la croisée des chemins
L’Ethiopie entre centre et périphéries
La Constitution de 1994 prise dans le balancier ethnique
Les trois guerres d’Ethiopie
La colonisation des Oromo
Afrique, l'histoire à l'endroit
Interview de Bernard Lugan
Livres
Relire Kapuściński

Editorial de Bernard Lugan

ONU : la Russie remercie l’Algérie pour son ralliement à sa propre politique sahélienne

En politique internationale, il faut savoir choisir ses amis et surtout ne pas jouer double jeu. Moscou a fait comprendre cette règle élémentaire à l’Algérie qui est penaudement revenue dans l’alliance russe en abandonnant et en trahissant ses « amis » touareg. Aussi, en remerciement, le vendredi 30 octobre 2026, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie a puissamment soutenu son allié algérien en mettant son veto au projet américain d’appui au plan marocain concernant le Sahara dit « occidental ». 
Pour rappel, il y a un an, sur la même question, le 31 octobre 2025, la Russie s’était abstenue, laissant ainsi bien isolé et fort humilié son allé historique algérien qui avait eu de « mauvaises manières » avec elle. Que s’est-il donc passé en une année pour que Moscou change ainsi totalement de politique ? 
Les abonnés à l’Afrique Réelle ne seront pas surpris. Le numéro du mois d’août 2026 de la revue contenait en effet un dossier dont le titre était : Au Sahel, la Russie va-t-elle réussir à redistribuer les cartes ? ainsi qu’un article intitulé L’Algérie va-t-elle sacrifier les Touareg ? Dans ces articles, j’annonçais que Moscou « tordait le bras » à l’Algérie afin de lui faire accepter un alignement sur ses propres intérêts sahéliens.
Un retour en arrière s’impose. Ces derniers temps, au Sahel, l’Algérie s’affranchissait de son allié russe pourtant son fournisseur militaire quasi exclusif, à telle enseigne que les politiques d’Alger et de Moscou s’opposaient frontalement. La Russie soutient en effet les juntes sudistes au pouvoir contre leurs rébellions nordistes alors que l’Algérie soutenait tout au contraire ces mêmes rébellions nordistes.
Or, cet orfèvre en la matière qu’est Sergei Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a fait comprendre à Alger qu’il était temps de « rentrer au bercail ». Une « persuasion » qui s’est faite en deux temps : 

1) En refusant l’entrée de l’Algérie dans les Brics. Serguei Lavrov fut alors très clair en insistant sur la « convergence de vues » comme critère d’appartenance, la Russie privilégiant les États partageant une « lecture commune de l’ordre international ». 

2) Et pour être encore davantage comprise par Alger, le 31 octobre 2025, lors du vote de la résolution 2797 du Conseil de sécurité sur la question du Sahara occidental, la Russie s’est abstenue et n’a pas utilisé son veto, laissant ainsi l’Algérie face à sa solitude diplomatique.

Avec ces deux exemples Moscou a clairement fait comprendre à Alger que sa politique sahélienne était en contradiction avec ses propres intérêts. Ayant bien « reçu » ce double avertissement, l’Algérie a donc abandonné les Touareg avant de voler militairement au secours du régime du Niger. La Russie l’a donc remerciée en utilisant cette fois son droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU contre le texte américain qui faisait du plan d’autonomie marocain la seule base de négociation. 
Une leçon magistrale de grande diplomatie que les « danseurs à claquettes » et les « petits marquis » du Quai d’Orsay feraient bien d’apprendre… et qui est à l’opposé de ces émois moraux qui leur servent de ligne politique.

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