mardi 1 septembre 2026

L'Afrique Réelle n°201 - Septembre 2026

Sommaire

Dossier : La question de Ceuta et Melilla
- Retour à l’histoire
- Ceuta avant 1415
- La querelle juridique
-La position du Maroc
Dossier : Peul et Dogon, un conflit multi séculaire
- Bandiagara : un refuge menacé
- Une guerre ethnique sous drapeau jihadiste
- Un lourd contentieux séculaire
Livres
Relire Yves Urvoy


Editorial de Bernard Lugan

1) A l’origine des évènements de Ceuta se trouve l'appel d’air migratoire formé par l’annonce espagnole de la régularisation d’un demi-million de clandestins suivi de l’aberrante décision de la Cour suprême de Madrid de non refoulement des migrants arrivés par la mer.

2) La mobilisation de l’ensemble des services marocains afin d’assurer la sécurité autour de la fête du trône qui rassemblait tous les dignitaires et responsables marocains ainsi que la totalité du corps diplomatique. Une cible prioritaire pour les terroristes. Dans les jours précédant la cérémonie les services de sécurité marocains avaient mis hors d’état de nuire plusieurs cellules terroristes prêtes à frapper. Mais, une telle mobilisation a eu pour résultat de dégarnir les effectifs habituellement chargés de bloquer les passages clandestins vers Ceuta.

3) Si l’Algérie n’est pas à l’origine de l’affaire, en revanche, elle en fit très opportunément une intense exploitation nourrie par son opposition systématique et quasi psychanalytique au Maroc. Avec en arrière-plan, et nous en revenons toujours à ce point, la question du Sahara occidental, Alger n’ayant toujours pas renoncé à détacher l’ancienne colonie espagnole du Maroc afin d’y créer un « Etat » vassal lui ouvrant une porte sur l’océan atlantique. 
Ce point qui n’a généralement pas été vu par les observateurs, doit être développé car, le 31 octobre 2026 le Conseil de sécurité de l’ONU doit renouveler ou modifier le mandat de la MINURSO, conformément à la résolution 2797 (31 octobre 2025) qui prorogeait la mission jusqu’à cette date. Le Conseil de sécurité va alors devoir valider ou non la dynamique diplomatique engagée autour du plan d’autonomie marocain désormais considéré par une majorité de ses membres permanents comme la base « la plus réaliste, crédible et pragmatique » pour une solution politique de la question du Sahara dit occidental.

Or encore, face à la résolution 2797 qui soutient l’initiative marocaine comme base d’un règlement durable, l’Algérie continue à s’arc-bouter sur le « droit à l’autodétermination du peuple sahraoui », alibi commode de son objectif visant en réalité à la création d’un « Etat » vassal sur la côte atlantique. 

Dans ces conditions, la propagande algérienne a eu beau jeu de se saisir de la crise de Ceuta comme d’une opportunité politique pouvant affaiblir l’image internationale du Maroc. Ce qui, naturellement, n’efface pas la crise sociale que connaît la partie de la jeunesse du pays qui ne profite pas de ses spectaculaires retombées du  développement.

4) Enfin, il faut bien voir que les contradictions de la politique de l’UE nourrissent le phénomène migratoire car, comme l’a écrit Mouna Hachim le 8 août dernier dans le 360 « (…) Les mêmes frontières qui se ferment à l’immigration irrégulière s’entrouvrent pour une immigration dûment sélectionnée afin de répondre aux besoins démographiques, économiques et technologiques du Vieux Continent (…) Ce double discours nourrit, pour nombre de pays africains, un profond sentiment de contradiction: on leur demande de retenir leur jeunesse tout en recrutant leurs élites. »