jeudi 1 octobre 2026

L'Afrique Réelle n°202 - Octobre 2026

Sommaire

Numéro spécial : Les cinq verrous de la mer Rouge
- L’Erythrée
- Djibouti : le siècle français
- Afar et Issa : l’impossible démocratie ethnique
- Djibouti, un Etat-Port
- La question somalienne
- Somalie : la crise de l‘année 2026 
- La Somalie : un protectorat turc ?
- Le Puntland n’est pas une fiction
Livres
Relire Henry de Monfreid pour comprendre les constantes de la géopolitique de la Mer Rouge et du détroit de Bab el Mandeb


Editorial de Bernard Lugan

Intervenant après  la quasi fermeture du détroit d’Ormuz, la prise de contrôle de la rive arabe du détroit de Bab el-Mandeb par les Houtis alliés de l’Iran bouleverse la géopolitique des flux maritimes. Par le détroit de Bab el-Mandeb  transitent en effet  10 à 15 % du commerce mondial et près de 30 % du trafic conteneurisé. Toute perturbation dans ce détroit affecte donc immédiatement les chaînes logistiques entre l’Asie, le Golfe, l’Europe et le reste du monde. 

La mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb n’ont  pas attendu la guerre  américano-iranienne pour être au cœur de la géopolitique  mondiale. Depuis le XVIe siècle, cette artère économique majeure est en effet au centre des convoitises des  grandes et des moyennes puissances. 
Longtemps cul-de-sac, la mer Rouge est devenue un des axes maritimes mondiaux les plus fréquentés après 1869, date de l’inauguration du Canal de Suez. Cependant, aujourd’hui encore, ses rivages inhospitaliers sont longés par des boutres mouillant au débouché de ces routes caravanières si bien décrites par Henry de Monfreid, et dont les constantes ethno-tribales s’inscrivent en arrière-plan des conflits actuels.

Aujourd’hui, le contrôle de ses ports clés, Djibouti, Berbera, Assab, et plus au nord ceux du Soudan, explique la présence militaire régionale des États-Unis, de la Chine, de la France, de la Grande-Bretagne, des EAU et de la Turquie. Djibouti, « hub » militaire et logistique de la mer Rouge, accueille ainsi une base américaine, une base chinoise, une base française et des navires japonais et italiens  y sont régulièrement présents. Sans perdre de vue que la Turquie qui a fait de la Somalie un quasi protectorat a opéré un retour spectaculaire dans ce qui fut son ancienne zone d’influence dont elle avait été chassée durant le premier mondial.

L’émiettement entre trois Etats, Erythrée, Djibouti et Somalie, plus deux Etats auto-proclamés, le Somaliland et le Puntland disputés entre les puissances régionales et extra régionales, ajoute à la complexité de la situation actuelle. Le but de ce numéro spécial est d’en expliquer les constantes.

D'autant plus que depuis la fin du mois de septembre, la guerre a repris en Éthiopie, une guerre sur trois fronts (Tigré, Afar et Amhara). Avec à la base, une fois encore, des questions ethno-territoriales qui menacent de faire éclater la mosaïque ethnique d’un pays enclavé depuis l’indépendance de l’Erythrée. Or, si ce conflit devenait une nouvelle guerre de tous contre tous, ce serait alors toute la région de la Corne qui pourrait s'embraser. L'Afrique Réelle du mois de novembre 2026 consacrera un important dossier à ce nouveau conflit  et à ses conséquences.