samedi 10 octobre 2026

L’Algérie abandonne les Touareg du Mali

La chute de Kidal aux mains de l’armée malienne fortement appuyée par les forces russes est le résultat du revirement stratégique de l’Algérie. Voilà qui confirme mes dernières analyses dans lesquelles j’annonçais un profond changement de la politique algérienne au Sahel (voir l’Afrique Réelle n°200, ainsi que mon communiqué en date du 2 septembre 2026 intitulé « Pourquoi l’Algérie est-elle intervenue militairement au Niger ? »). Or, un tel revirement a tout naturellement conduit à l’abandon de la politique algérienne de soutien aux Touareg. Un changement de cap amorcé après la victoire russo-malienne à Anéfis du 10 juillet 2026 (voir mon communiqué en date du vendredi 17 juillet 2026 intitulé « Mali : Anéfis, un Na San malien ? »).
Cette victoire a fait comprendre à l’Algérie que son soutien aux Touareg du Mali allait provoquer une rupture avec la Russie qui, elle, et tout au contraire, est l’alliée militaire des juntes sudistes, tant au Mali qu’au Niger.
Résultat, au mois d’août 2026 Alger et Bamako ont annoncé vouloir “tourner la page des tensions”, ce qui incluait une normalisation politique et sécuritaire, donc la fin de l’appui algérien aux Touareg du Mali. Puis fin août-début septembre, l’armée algérienne a apporté son appui à la junte nigérienne aux prises avec un coup d’Etat.
Ce total retournement de l’Algérie qui illustre ce qu’est la réalpolitique est motivé par ses intérêts gaziers (le gazoduc Nigeria-Algérie), et par le nécessaire maintien de sa coopération avec la Russie, l’arrière-plan étant sa rivalité sahélienne avec le Maroc.
Comme je l’ai expliqué dans les publications citées plus haut, la Russie a contraint l’Algérie de choisir entre continuer à aider les indépendantistes touareg et donc rompre avec elle, ou tout au contraire, s’aligner sur sa stratégie de soutien aux gouvernements militaires du Mali et du Niger. Or, les Touareg étant désormais un obstacle à ses projets énergétiques, l’Algérie les a donc abandonnés, les laissant sans appui, ce qui a permis aux Russes et aux Maliens de reprendre Kidal.
 
Quatre questions se posent désormais :
 
1) L’Algérie va-t-elle laisser les forces russo-maliennes conquérir la totalité de l’Azawad, ce qui forcerait les Touareg maliens à un exode en Algérie ?
2) Comment  l’Algérie va-t-elle justifier son abandon à ses protégés touareg ?
3) Cet abandon aura-t-il des conséquences auprès des Touareg algériens ?
4) Vers qui les Touareg pourraient-ils se tourner pour avoir les moyens de poursuivre la lutte alors qu’ils ont perdu leur sanctuaire algérien ?
 
Le numéro de novembre de l‘Afrique Réelle que les abonnés recevront le 1er novembre comportera un important dossier consacré à cette question.
Pour en savoir plus sur les origines de ce conflit, on se reportera à mes livres :
- Les guerres du Sahel des origines à nos jours.
- Histoire du Sahel des origines à nos jours.

mardi 6 octobre 2026

Nouveau livre de Bernard Lugan : Afrique, l'histoire à l'endroit


















Editions Ellipses
(200 pages, 42 cartes couleur pleine page, index, bibliographie).

Ce livre met en lumière les nouveautés scientifiques qui ont fait exploser les dogmes sur lesquels repose  le « politiquement correct africain », matrice de l’acte d’accusation de l’Europe. Des nouveautés scientifiques que le monde médiatique et la classe politique refusent de prendre en compte, soit par ignorance, soit parce qu’elles pulvérisent leurs certitudes idéologiques. Un monde médiatique et une classe politique ouverts en revanche aux divagations de l’afrocentrisme et du post-colonialisme, ces véhicules d’une pseudo histoire  naviguant  entre  mythification, fictionnalisation, tradition inventée, paramnésie historique et thérapie mémorielle.
Une thérapie mémorielle destinée à enfouir les frustrations historiques de certains déracinés dans le refuge de l’imaginaire à travers une compensation-revanche s’affranchissant des règles élémentaires de l’histoire scientifique présentée comme un « complot raciste ».
A la différence de ce prêt-à-porter idéologique et de la sélection des mémoires, ce livre est construit sur le croisement des disciplines formant le socle méthodologique indispensable à toute recherche historique dont, entre autres, l’archéologie, la génétique, la paléoclimatologie, la climatologie tropicaliste, l’iconographie, l’anthropologie, etc.
 
Table des matières
 
Quelle histoire de l’Afrique ?
Première partie : La terre et les hommes
I : L’Afrique se réchauffe… depuis 5000 ans
II : Origines : « Out of Africa » ou « « Born in Europa » ?
III : L’ethnisme n’explique pas tout, mais rien ne s’explique sans l’ethnisme
Deuxième partie : Les Traites esclavagistes
IV : La Traite atlantique : « invention diabolique de l’Europe » ou « partenariat commercial » entre  acheteurs européens et vendeurs africains ?
V : Les conséquences de la traite atlantique sur la démographie africaine
VI : Les  Traites arabo-musulmanes, tabou de « l’historiquement correct » et discrimination historique
Troisième partie : Les colonisations
VII : La colonisation française : une idée de gauche réalisée par la droite
VIII : L’Empire, un boulet économique pour la France 
IX : Les colonies africaines, un « mauvais investissement » pour la Grande-Bretagne
X : Le Congo n’a pas enrichi la Belgique
Quatrième partie : L’Histoire ou les Mémoires ?
XI : L’afrocentrisme, histoire revisitée ou thérapie mémorielle ?
XII : Gorée, une paramnésie de localisation
XIII : Le 17 octobre 1961 à Paris, archives contre  mémoires 
Cinquième partie : Les controverses historiques contemporaines
XIV : Le génocide du Rwanda avait-il été programmé ?
XV : Quatorze siècles d’islamisation ont-ils transformé les Berbères en Arabes ?
XVI : La France a-t-elle créé l’Algérie ?
XVII : Guerres du Sahel : islamo-jihadisme ou résurgence de conflits séculaires ?
 
Disponible en librairies

Pour le commander via l'Afrique Réelle :
 

jeudi 1 octobre 2026

L'Afrique Réelle n°202 - Octobre 2026

Sommaire

Numéro spécial : Les cinq verrous de la mer Rouge
- L’Erythrée
- Djibouti : le siècle français
- Afar et Issa : l’impossible démocratie ethnique
- Djibouti, un Etat-Port
- La question somalienne
- Somalie : la crise de l‘année 2026 
- La Somalie : un protectorat turc ?
- Le Puntland n’est pas une fiction
Livres
Relire Henry de Monfreid pour comprendre les constantes de la géopolitique de la Mer Rouge et du détroit de Bab el Mandeb


Editorial de Bernard Lugan

Intervenant après  la quasi fermeture du détroit d’Ormuz, la prise de contrôle de la rive arabe du détroit de Bab el-Mandeb par les Houtis alliés de l’Iran bouleverse la géopolitique des flux maritimes. Par le détroit de Bab el-Mandeb  transitent en effet  10 à 15 % du commerce mondial et près de 30 % du trafic conteneurisé. Toute perturbation dans ce détroit affecte donc immédiatement les chaînes logistiques entre l’Asie, le Golfe, l’Europe et le reste du monde. 

La mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb n’ont  pas attendu la guerre  américano-iranienne pour être au cœur de la géopolitique  mondiale. Depuis le XVIe siècle, cette artère économique majeure est en effet au centre des convoitises des  grandes et des moyennes puissances. 
Longtemps cul-de-sac, la mer Rouge est devenue un des axes maritimes mondiaux les plus fréquentés après 1869, date de l’inauguration du Canal de Suez. Cependant, aujourd’hui encore, ses rivages inhospitaliers sont longés par des boutres mouillant au débouché de ces routes caravanières si bien décrites par Henry de Monfreid, et dont les constantes ethno-tribales s’inscrivent en arrière-plan des conflits actuels.

Aujourd’hui, le contrôle de ses ports clés, Djibouti, Berbera, Assab, et plus au nord ceux du Soudan, explique la présence militaire régionale des États-Unis, de la Chine, de la France, de la Grande-Bretagne, des EAU et de la Turquie. Djibouti, « hub » militaire et logistique de la mer Rouge, accueille ainsi une base américaine, une base chinoise, une base française et des navires japonais et italiens  y sont régulièrement présents. Sans perdre de vue que la Turquie qui a fait de la Somalie un quasi protectorat a opéré un retour spectaculaire dans ce qui fut son ancienne zone d’influence dont elle avait été chassée durant le premier mondial.

L’émiettement entre trois Etats, Erythrée, Djibouti et Somalie, plus deux Etats auto-proclamés, le Somaliland et le Puntland disputés entre les puissances régionales et extra régionales, ajoute à la complexité de la situation actuelle. Le but de ce numéro spécial est d’en expliquer les constantes.

D'autant plus que depuis la fin du mois de septembre, la guerre a repris en Éthiopie, une guerre sur trois fronts (Tigré, Afar et Amhara). Avec à la base, une fois encore, des questions ethno-territoriales qui menacent de faire éclater la mosaïque ethnique d’un pays enclavé depuis l’indépendance de l’Erythrée. Or, si ce conflit devenait une nouvelle guerre de tous contre tous, ce serait alors toute la région de la Corne qui pourrait s'embraser. L'Afrique Réelle du mois de novembre 2026 consacrera un important dossier à ce nouveau conflit  et à ses conséquences.