vendredi 27 septembre 2013

L'Afrique Réelle N°46 - Octobre 2013



























Sommaire

Actualité :
Le Mali après la visite de François Hollande

Dossier : Derrière l’attentat de Nairobi, les enjeux géostratégiques régionaux
- La guerre de Somalie ou l’origine de la déstabilisation régionale
- Pourquoi le Kenya est-il intervenu en Somalie ?
- Le projet LAPSSET et ses conséquences sur la géopolitique régionale

Océan Indien :
- L’île Maurice ou le respect des identités ancestrales
- Vie et mort du plus vieux  quotidien de langue française


Editorial de Bernard Lugan :

Nairobi : à qui profite le crime ?

L’explication officielle ne manque ni de clarté, ni de simplicité : l’attaque du centre commercial de Nairobi est un acte terroriste commis et revendiqué par les Shebaab somaliens voulant répliquer à l’intervention de l’armée du Kenya en Somalie.
Une fois cette évidence énoncée, nous ne sommes pas davantage éclairés. Posons alors la vraie question : à qui profite le crime ?

Oublions un instant l’« ennemi de confort » islamiste, cet « arbre qui cache la forêt », trop souvent simple surinfection d’une plaie préexistante - nous l’avons vu dans un précédent numéro de l’Afrique Réelle avec le cas du Mali -, pour identifier les grands enjeux régionaux qui donnent la véritable clé d’explication des tragiques évènements de Nairobi.

Trois pays enclavés, l’Ethiopie, le Soudan du Sud et l’Ouganda, ont conclu avec le Kenya un accord ayant pour but la construction d’un corridor routier, ferroviaire et pétrolier aboutissant à Lamu sur le littoral de l’océan indien. Il s’agit du LAPSSET (Lamu Port and Lamu Southern Sudan-Ethiopia Transport Corridor). Les raisons de ce colossal chantier sont que :

1) L’Ethiopie qui est en phase de renaissance a impérativement besoin de diversifier ses débouchés maritimes. Avec l’indépendance de l’Erythrée, elle a perdu ses poumons de Massawa et d’Assab. Aujourd’hui, elle ne peut plus dépendre du seul port de Djibouti situé sur la ligne de fracture ethnique entre les Afar qui vivent en majorité en Erythrée, pays avec lequel elle est en guerre larvée, et les Issa qui, étant des Somali, sont donc à tout moment, susceptibles d’être entraînés dans la guerre civile somalienne. Il en est de même avec le port de Berbera dans le Somaliland.
2) Le Soudan du Sud est étranglé par le Soudan du Nord. Pour l’exportation de son pétrole, le pays dépend en effet du pipeline de Khartoum qui aboutit à Port-Soudan sur la mer Rouge.
3) L’Ouganda ne sait pas comment exporter le pétrole du lac Albert.
4) Pour les puissances asiatiques, Lamu serait un terminal autrement plus commode que Port-Soudan et c’est pourquoi elles ont décidé de financer le projet LAPSSET.

Pour le Soudan du Nord et pour l’Erythrée, la réalisation du LAPSSET serait une catastrophe. Le premier n’encaisserait plus les taxes de transit du pétrole du Soudan du Sud à travers son territoire, cependant que le second ne pourrait plus exercer un chantage sur l’Ethiopie en menaçant Djibouti.
Pour bloquer la réalisation du LAPSSET, ces deux pays ont entrepris de déstabiliser le Kenya, ce qui leur permet à la fois d’affaiblir l’Ethiopie et le Soudan du Sud, tout en décourageant les investisseurs asiatiques.
L’attentat du Westgate Center a eu pour résultat de faire comprendre que si des terroristes somaliens sont capables de frapper au coeur de Nairobi, il leur sera encore plus facile d’« opérer » dans le corridor du LAPSSET puisque ce dernier traverse ou jouxte des régions du nord Kenya peuplées par des Somalis (voir les cartes à l’intérieur de la revue).

En définitive, l’attaque du centre commercial de Nairobi fut bien commise et revendiquée par les Shebaab somaliens  avec lesquels l’Erythrée et le Soudan du Nord ont  des « liens ».
C’est à cette question qu’est consacré le dossier central de ce numéro de l’Afrique Réelle.

dimanche 22 septembre 2013

Derrière l’attentat de Nairobi

L’attentat islamiste qui a ensanglanté Nairobi le 21 septembre 2013 est le dernier d’une longue série[1]. Même si les réseaux jihadistes en sont les responsables, il cache le jeu complexe qui se joue actuellement dans cette partie de l’Afrique et qui dépasse l’habituelle dénonciation de l’ « ennemi de confort » islamiste. Quatre points méritent d’être mis en évidence : 

1) La Somalie est en guerre depuis 1991 après que, au nom des « droits de l’homme » et de la démocratie postulée salvatrice, la communauté internationale eut applaudi le renversement du général Syad Barré, autocrate certes, mais seul capable de maintenir l’unité de ce conglomérat de clans baptisé Somalie. Depuis, tout y fut tenté pour y rétablir la paix : interventions militaires directes puis indirectes des Etats-Unis suivies de celles de l’ONU, de l’Ethiopie, des Etats africains, puis enfin du Kenya. Sur ce terreau propice, se sont développés les jihadistes dont, mais pas exclusivement, les Shabaab. Ils sont soutenus à la fois par l’Erythrée qui continue à mener sa guerre indirecte contre l’Ethiopie, et par certaines pétromonarchies qui pensent acheter leur survie en subventionnant le terrorisme.

2) Depuis le mois d’octobre 2011, l’armée kenyane mène la guerre en Somalie, officiellement afin de protéger la partie nord de son territoire de la contagion terroriste. Cette intervention s’est faite à la suite de l’enlèvement de touristes au Kenya par les Shabaab somaliens. Comme le tourisme est sa seconde source  de devises, le Kenya ne pouvait pas ne pas réagir.

3) Dans tout le nord du Kenya, la contagion islamo-tribale somalienne est réelle. La région est en effet peuplée de Somali de la grande tribu Darod, cette dernière localement éclatée en trois  clans : les Ogadeni à cheval sur la frontière Kenya-Somalie, les Majertein dans la région de Kismayo et les Maheran au Nord, dans le triangle des trois frontières Somalie-Kenya- Ethiopie. Ce continuum ethnique transfrontalier est naturellement hautement crisogène.

4) L’évacuation du pétrole du Sud-Soudan et du lac Albert doit se faire par un pipe-line qui aboutira à Lamu dans le nord du Kenya, ce qui fera de la région un terminal pétrolier essentiel pour les puissances asiatiques. Or, comment assurer la sécurité de cette zone si le sud de la Somalie et le nord du Kenya sont emportés par les troubles ?
  
Derrière la lutte contre le terrorisme islamiste, l’intervention militaire du Kenya en Somalie cache une tentative de faire du Jubaland une zone tampon, un quasi « protectorat ». Ce territoire que Londres retira au Kenya en 1925 pour le rattacher à la Somalie italienne en compensation de l’entrée en guerre de Rome aux côtés des Alliés durant la première guerre mondiale, a toujours été considéré par Nairobi comme une partie du Kenya. D’autant plus que la région contient d’importantes réserves de pétrole off shore.

Le prochain numéro de l’Afrique Réelle que les abonnés recevront début octobre contiendra un dossier illustré de cartes  consacré à cette question. 

Bernard Lugan
22/09/2013

[1] Le 24 octobre, une grenade fut lancée dans une discothèque Nairobi ; au mois de décembre 2011, de nombreuses attaques se produisirent dans le nord du Kenya, le dimanche 30 septembre 2012, une église de Nairobi fut attaquée, le 1°juillet 2013, 17 morts furent à déplorer dans l’attaque de deux églises à Garissa près de la frontière avec la Somalie, etc.

samedi 7 septembre 2013

Bangui avant la Syrie


La RCA est en perdition. Dans ce pays que  les négriers arabo-musulmans venus de la bande sahélienne et plus particulièrement du Soudan avaient jadis baptisé Dar Kouti  (« terre des esclaves »), la colonisation avait mis un terme aux razzias des esclavagistes. Aujourd’hui, la poussée séculaire des sahéliens vers le Sud a repris. Là est la clé de compréhension des actuels évènements. Les coupeurs de route du Séléka au pouvoir à Bangui où ils font régner la terreur, sont en effet les héritiers directs des bandes mahdistes et de celles de Snoussou qui faisaient déjà subir l’indicible aux populations de la forêt et du fleuve avant la colonisation .
Ces violations des « droits de l’homme » ne préoccupent guère l’actuel occupant de l’Elysée. Tout à sa ridicule guerre humanitaire contre la Syrie, ce président sans culture historique ne voit pas que le drame qui se joue actuellement en RCA est  d’une extrême gravité pour la stabilité de toute une partie de l’Afrique. Il serait donc totalement irresponsable de laisser se créer un nouveau foyer de déstabilisation au sud du Tchad et cela au moment où la contagion sahélienne a touché la zone tchado-nigériane et toute la Libye saharienne. A quoi bon en effet être intervenus au Mali si, au même moment, nous laissons se développer plus à l’est un furoncle purulent ?
Ce n’est donc pas en Syrie où nos intérêts ne sont nullement  engagés que nous devons intervenir, mais en RCA. Et vite !

Le problème ethnique étant à l’origine de l’instabilité récurrente que connaît cet autre pays artificiel qu’est la RCA, il importe donc de bien l’analyser et c’est le sens de cette note[1]. La cause de l’interminable anarchie centrafricaine est que ce quadrilatère de 623 000 km2 est un non-Etat présentant de grandes différences géographiques, donc humaines, entre un nord-ouest sahélien, un nord-est soudanais, des savanes centrales, une forêt  méridionale et des régions bordières du fleuve.

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[1] Le problème ethnique qui est à l’origine de l’instabilité récurrente que connaît la RCA a été largement traité dans le numéro de février 2013  de l’Afrique Réelle.

mercredi 4 septembre 2013

L'Afrique Réelle n°45 - Septembre 2013


























Sommaire :

Dossier : Algérie
- Le vaisseau fantôme
- Une société en crise, un Etat riche
- La succession du président Bouteflika
- Les islamistes en embuscade ?
- L’armée n’est plus le seul pouvoir
- Le mythe fondateur du pouvoir algérien
- A travers la presse algérienne : Tlemcen, nouvelle capitale de l’Algérie ?

Rwanda :
Et si le général Roméo Dallaire avait eu pour mission cachée de faire triompher Paul Kagamé ?

Editorial de Bernard Lugan :

Egypte : la défaite d’Obama, d’Erdogan et du Qatar

Le temps des recompositions et du retour aux grandes constantes historico-géopolitiques est venu en Egypte et dans tout le Moyen-Orient pour au moins trois grandes raisons :

1) La crise économique, sociale et politique qui a suivi l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Tunisie et en Egypte a permis de mettre en évidence la véritable nature de cette internationale sunnite. Avançant masquée et pratiquant constamment le double langage, elle utilisa habilement le suffrage universel pour arriver au pouvoir et tenter d’imposer une dictature théocratique à des pays sans traditions démocratiques. Mais, trop sûre d’elle-même, arrogante et dominatrice, elle fut rejetée par les masses quand ces dernières comprirent qu’elles avaient été abusées.

2) Le monde sunnite sort de cette « expérience » encore plus meurtri et plus divisé que jamais. Il va donc rapidement lui falloir choisir entre la marginalisation et l’invention de nouveaux systèmes politiques non démocratiques au sens occidental du terme. Parlons clair : il lui faut donc de nouveaux Nasser et de nouveaux Saddam Hussein. Au Maghreb, la situation est différente, notamment en raison de la réalité ethno-politique berbère.

3) L’échec égyptien venant après le désastre irakien et la déconvenue syrienne, l’effacement des Etats-Unis est désormais une évidence. L’axe Washington - Ankara - Jérusalem - Doha - Ryad - Le Caire n’existant plus, l’Arabie saoudite et les émirats naviguent désormais à vue, tétanisés à la fois par la puissance iranienne et par l’inéluctable révolution interne qui, tôt ou tard les balayera.

Au mois d’août 2013, les deux principaux perdants de cette recomposition régionale étaient le Qatar et la Turquie.
En dépit du silence qu’il achète avec ses dollars, le Qatar ne pouvait plus cacher qu’il est, avec l’Arabie saoudite, le principal soutien de toutes les tentatives de terrorisme islamiste, de la Libye à la Syrie, en passant par la Bosnie et par l’Egypte. Quant à la Turquie d’Erdogan, elle paraissait affaiblie par son échec en Syrie, ses maladresses en Egypte et la crise économique qui se profilait.
L’échec d’Obama était alors criant et cela, au moment où la victoire de Poutine paraissait au contraire éclatante. Le premier avait une stratégie de court terme faite de coups rapides, comme au basket, quand le second, solidement appuyé sur l’alliance chiite déplaçait avec méthode ses pions sur l’échiquier régional. Résultat, au moment où la chaîne sunnite se disloquait, emportant les rêves hégémoniques américains, le bloc chiite affirmait au contraire sa solidité.

Les Etats-Unis devaient donc réagir ; la Syrie leur en donna le prétexte. La Turquie se rallia naturellement au projet militaire américain cependant qu’en bons valets, les Européens, en premier lieu les Britanniques et les Français, se faisaient une fois de plus les porte-cotons de leur suzerain d’outre-Atlantique. Dans la plus totale ignorance des constantes géopolitiques régionales.


Bernard Lugan

samedi 17 août 2013

L’Egypte peut-elle devenir une nouvelle Syrie ?

Entre le « cancer islamiste » - lire les Frères musulmans -, et « l’apostasie militaire », - lire le général  Abdel Fattah al-Sissi -, l’Egypte se dirige-t-elle vers une guerre civile dont les conséquences seraient telluriques pour toute la sous région ?

Comme je l’ai déjà écrit lors de précédentes analyses, en Egypte, depuis le début du processus révolutionnaire, l’armée est constamment demeurée maîtresse du jeu politique[1]. Elle a laissé la rue évincer le président Moubarak, ce qui lui a permis de remplacer une génération militaire usée par une plus jeune. Puis elle a profité de l’échec politique et économique des Frères musulmans pour recueillir le pouvoir tout en affirmant haut et fort qu’elle souhaitait mettre en place  une transition civile.

Après avoir attendu 80 ans pour enfin accéder au pouvoir, les Frères musulmans l’ont perdu en raison de leur arrogance, oubliant que le 24 mai 2012, lors du premier tour des élections présidentielles, Mohamed Morsi n’avait recueilli que 24,8% des suffrages, quasiment à égalité avec le général Ahmed Chafik ex-Premier ministre de Moubarak (23,7%). Au second tour, Mohamed Morsi qui avait réussi à rallier nombre de modérés l’emporta de justesse, avec un petit score de 51,7%. Face à lui, le général Chafik avait rassemblé sur sa candidature 48% d’électeurs résolument hostiles aux Frères musulmans.   
De plus, ces derniers ne voulurent pas voir qu’entre les législatives du mois de novembre-décembre 2011 et les présidentielles de mai-juin 2012, ils  avaient perdu 50% de leurs suffrages, passant de 10 à 5,7 millions de voix, les « modérés » un moment abusés par leurs promesses s’étant en effet détournés d’eux.

Enfermés dans leurs certitudes et soutenus par les Etats-Unis et le Qatar, ils voulurent malgré tout faire passer en force une Constitution islamiste. Pour y parvenir, le 22 novembre 2012, le président Morsi fit un coup d’Etat en signant un décret l’autorisant à prendre les pleins pouvoirs. Des manifestations énormes se produisirent alors et les Frères musulmans qui ne s’attendaient pas à une telle réaction populaire virent leurs locaux pris d’assaut par la foule et incendiés.
Le 7 décembre 2012, dans un communiqué particulièrement clair, l’armée égyptienne mit en garde le président Morsi, soulignant que les pleins pouvoirs qu’il venait de s’octroyer afin de faire adopter en force une Constitution théocratique, allaient faire emprunter à l’Egypte « un sentier obscur qui déboucherait sur un désastre, ce que nous (l’armée) ne saurions permettre »[2].
La tension atteignit son paroxysme le 30 juin quand plusieurs millions d’Egyptiens descendirent dans la rue pour exiger la démission du président Morsi. C’est dans ce contexte qu’un coup d’Etat militaire eut lieu le 3 juillet.

En réaction, les partisans du président déchu occupèrent deux grandes places du Caire. La période étant celle du ramadan, l’armée laissa faire.
Le 26 juillet se déroula une immense manifestation destinée à donner à l’armée « mandat pour combattre le terrorisme » et pour déloger les partisans du président Morsi qui occupaient l’espace public en terrorisant le voisinage.
L’armée programma alors une intervention graduée mais le 13 août, de très violents affrontements opposèrent pro et anti Morsi. L’exaspération de la majorité des Egyptiens était en effet telle que des milices civiles anti-islamistes commençaient à attaquer les rassemblements pro Morsi. Il fallait donc agir rapidement afin d’éviter une guerre civile.

Le mercredi 14 août, près avoir plusieurs fois sommé les  occupants des places Rabaa al-Adawiya et Nahda de se disperser, la police, soutenue par l’armée intervint avec « vigueur ». Certains occupants n’hésitèrent pas à ouvrir le feu sur les forces de l’ordre qui eurent à déplorer plusieurs morts et blessés ; sans commune mesure toutefois avec les 600 morts et les 3000 blessés relevés parmi les  islamistes. Des incidents éclatèrent également dans les principales villes de province.

L’Egypte étant aujourd’hui au bord de la guerre civile, existe t-il un risque d’évolution vers une situation de type algérien ou syrien ?
Il faut bien avoir à l’esprit que quatre grandes différences existent entre ces trois pays :

1) La première  est d’ordre géographique. A l’exception du Delta, l’Egypte n’est peuplée que le long de son étroit cordon alluvial, tout le reste est désert ou oasis facilement contrôlables.

2) À la différence de l’Algérie, il n’y existe pas de vastes zones de montagne propices à la création de maquis.

3) À la différence de la Syrie, il n’y existe pas de zones confessionnelles en damier, car ici, en dehors des 10% de chrétiens coptes mélangés à la population musulmane, tous les Egyptiens sont sunnites.

4) D’éventuels jihadistes ne disposeraient pas de base arrière comme l’est la Turquie pour les révolutionnaires syriens. A l’Ouest, vers la Libye côtière, plusieurs centaines de kilomètres de désert forment tampon. En cas de problème, l’armée égyptienne pourrait facilement intervenir contre d’éventuelles bases libyennes avec le meilleur accueil des populations de Cyrénaïque qui subissent le joug des jihadistes. A l’Est, Israël ne pourra évidemment pas constituer une base jihadiste, quant au confetti de la bande de Gaza, il peut être étranglé en quelques instants. Au sud, le Soudan ne tient pas à être impliqué dans un mouvement incontrôlable.

En cas d’insurrection jihadiste  le sud-ouest pourrait en revanche poser problème avec la zone grise située dans le sud de la Libye et ses prolongements au Tchad et vers la RCA et le Nigeria. Nous en revenons ainsi à la question sahélienne dont j’ai longuement parlé dans de précédentes analyses.
 
Après la parenthèse révolutionnaire, l’Egypte est donc revenue à la situation antérieure qui est celle de la loi d’urgence, comme entre 1981 et 2012. L’armée a de plus « l’habitude » de réprimer les Frères musulmans ; elle le fit sans états d’âme sous Nasser quand plusieurs dizaines d’entre eux furent pendus en place publique, puis dans les années 1990, quand près de 100 000 furent internés. Aujourd’hui, confortée par les sondages indiquant que la population soutient son action à 82%, l’armée ne peut plus reculer : il lui faut écraser les Frères musulmans ou bien perdre la partie.
Dans ce contexte, l’agitation des chefs d’Etat européens parait tout à la fois décalée et dérisoire. Quant à leurs menaces de sanctions, elles sont tout simplement ridicules. L’armée égyptienne peut en effet compter sur l’aide financière illimitée de l’Arabie saoudite et des Emirats qui viennent d’ouvrir au général Abdel Fattah al-Sissi une première ligne de crédit sans intérêt équivalent à dix années d’aide américaine… A travers le soutien à l’armée égyptienne, les pétromonarchies règlent un double compte, à la fois contre les Frères musulmans qui ont juré leur perte, et contre le Qatar, leur principal allié. Comme la grenouille de la fable, ce dernier, qui a voulu se faire aussi gros que le bœuf a fini par indisposer le grand frère saoudien par son interventionnisme brouillon et ses appétits démesurés.

Pour une étude à la fois globale et détaillée du printemps arabe en Afrique du Nord, je conseille la lecture de mon nouveau livre « Printemps arabe. Histoire d’une tragique illusion (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, 2010-2013). Ce livre édité par l’Afrique Réelle n’est pas en vente dans le commerce. Le  bon de commande figure sur ce blog.

Bernard Lugan
17/08/2013


[1] Voir notamment mon analyse en date du 30 juin 2013.
[2] Voir le dossier Afrique Réelle du mois d’août 2013.

samedi 10 août 2013

Printemps arabe


























Printemps arabe : Histoire d'une tragique illusion

Présentation :
En 2010-2011, la Tunisie, l’Egypte et la Libye connurent des évènements spécifiques, hâtivement baptisés « printemps arabe » par des journalistes voulant y voir autant d’avancées démocratiques.
L’échec de cette tragique illusion est à la hauteur des emballements émotionnels qu’elle suscita:
- La Tunisie est en faillite économique et le climat politique y est devenu explosif. Les Frères musulmans au pouvoir veulent faire adopter une Constitution ayant la charia pour norme, ce que refusent des foules de plus en plus nombreuses. La radicalisation des positions est illustrée par l’assassinat de leaders de l’opposition et par la naissance d’une insurrection armée islamiste qui pose de sérieux problèmes à l’armée tunisienne.
- En Egypte, ceux qui ne supportaient plus leur vieux chef militaire se sont finalement donnés à de jeunes chefs militaires pour échapper aux « fous de Dieu », ce qui n’empêcha pas le pays de basculer insensiblement dans ce qui risque de devenir une guerre civile.
- En Libye, l’Etat n’existe plus. Le nord du pays est partagé entre des milices tribales ou religieuses, cependant que tout le sud est devenu un « Libystan » aux mains des jihadistes.
Ce livre, illustré de cartes en couleur et qui n’a pas d’équivalent fait, au jour le jour, l’histoire du prétendu « printemps arabe » en Afrique du Nord. Il met également en évidence ses conséquences géopolitiques nationales, et régionales.
Il explique également pourquoi le Maroc et l’Algérie ne furent pas concernés par ces évènements.

Disponible uniquement via l'Afrique Réelle

mercredi 7 août 2013

L'Afrique Réelle n°44 - Août 2013



























Numéro spécial Egypte


Sommaire :

Actualité : 
Retour sur des coups d’Etat croisés

Histoire :
- L’armée et les Frères musulmans : 60 ans de guerre
- L’échec de la première tentative de modernisation de l’Egypte

Géopolitique :
Vers une guerre pour le Nil entre l’Egypte et l’Ethiopie ?

Livre :
Printemps arabe : histoire d'une tragique illusion


Editorial de Bernard Lugan :

Ce numéro 44 de l’Afrique Réelle est en totalité consacré à l’Egypte et au mythe du « printemps arabe » en Afrique du Nord.
Mythe en effet puisque sur les cinq pays composant cette région (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie et Maroc), seuls deux furent concernés par ce prétendu « printemps arabe » : la Tunisie et l’Egypte. La Libye constitue un cas à part car elle a subi, non pas une révolution, mais une guerre civile qui a vu la victoire d’un camp sur l’autre à la suite de cette colossale erreur politique que fut l’intervention militaire franco-otanienne.

Deux remarques doivent être faites : elles concernent un double échec, celui des Etats-Unis et celui de leurs alliés, les Frères musulmans :

1) Le rôle des Etats-Unis apparaît de plus en plus comme ayant été central dans ces évènements ; quant au suivisme des Européens, à commencer par la France, il fut plus que caricatural.
La clé d’explication est pourtant limpide : les Etats-Unis qui ont décidé de réorienter leur géopolitique vers l’Asie et qui ne vont plus avoir besoin du pétrole du Moyen-Orient en raison de leurs considérables réserves de schistes, ont voulu « organiser » leur départ. Pour cela, ils ont passé un pacte avec les Frères musulmans auxquels ils avaient prévu de confier les rênes du pouvoir, depuis la Turquie jusqu’en Tunisie.
La Maison Blanche pensait qu'en soutenant les Frères musulmans, mouvement supranational et très organisé, il serait possible de plaquer un semblant de paix sur l’ensemble de la région, tout en limitant l’influence des salafistes, et donc permettre un retrait en bon ordre.
Voilà qui explique pourquoi, et jusqu’au bout, l’ambassadeur des Etats-Unis en Egypte, madame Ann Patterson, a soutenu les Frères musulmans et le président Morsi.
Le renversement de ce dernier ayant fait capoter leur plan, les Etats-Unis ont ensuite improvisé un « plan B » en légitimant le coup d’Etat militaire tout en pesant sur l’armée égyptienne qui dépend financièrement d’eux.
L’échec des Américains est donc une fois de plus total et c’est un nouveau champ de ruines qu’ils vont laisser derrière eux ; ils en ont d’ailleurs l’habitude...

2) La crise économique, sociale et politique qui a suivi l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Tunisie et en Egypte a mis en évidence la réalité de ce mouvement dont les projets ont davantage divisé qu’ils n’ont rassemblé. Quant à leur martingale alliant conservatisme religieux et modernité économique, elle est vite apparue pour ce qu’elle est : un mythe.
L’échec des Frères musulmans lève-t-il pour autant l’hypothèque islamiste ? Rien n’est moins certain. La nouveauté est cependant que pour une partie des populations des pays concernés, ils ne constituent plus un recours.

Désormais, il est temps de tirer les leçons de ces dramatiques évènements pour enfin revenir au réel qui s’expose de la manière la plus politiquement incorrecte qui soit :

1) Cesser de pousser ces pays dans l’impasse mortelle pour eux qu’est la démocratie.

2) Laisser se reconstituer ces pouvoirs forts qui, seuls peuvent éviter le double écueil de l’anarchie et de l’islamisme. Ce sont en effet de nouveaux Nasser dont ont besoin ces pays et non d'élections puisqu'elles ne servent qu'à élargir les fractures sociétales.

samedi 3 août 2013

Bruno Julliard-Landau renvoyé devant le Tribunal correctionnel

Bernard Lugan porte à la connaissance de ses lecteurs qu’à la suite de sa plainte déposée le 1er mars 2012, une information judiciaire fut ouverte le 13 avril 2012, aboutissant le 17 décembre 2012 à la mise en examen de M. Bruno Julliard-Landau, adjoint au maire de Paris et secrétaire à l’éducation du parti socialiste.
Par une ordonnance de renvoi  signée le 3 juillet 2013  par Madame Aïda Traoré, Vice-président chargé de l’instruction au Tribunal de grande instance de Paris, M. Bruno Julliard-Landau a ensuite été renvoyé devant le Tribunal correctionnel pour avoir « porté atteinte  à l’Honneur ou à la Considération de Bernard Lugan ».

Extrait de l’ordonnance de renvoi :

« Qualifications :-d’avoir à Paris, le 21 décembre 2011 tenu les propos suivants sur la chaîne Canal Plus, dans l’émission Happy Hour de M. Thierry Ardisson (et parlé) en ces termes de Bernard Lugan : « …oui, en fait c’est un africaniste de Lyon III et qui est raciste, antisémite, colonialiste, mais nous n’avons pas pu prouver qu’il était négationniste » et ainsi porté des allégations ou imputations d’un fait portant atteinte à l’honneur ou à la considération de M.Bernard Lugan, délit prévu et réprimé par les articles 23 alinéa 1, 29 alinéas 2,42,43,44 ,46,47 et 48-6 de la Loi du 29 juillet 1881 (…) ».

Est également renvoyé devant le tribunal correctionnel, M. Rodolphe Belmer en sa qualité de directeur de publication de la chaîne Canal Plus.

Pour mémoire, le  30 juin 2004, la Cour d’Appel de Lyon a condamné le même Bruno Julliard-Landau à payer à Bernard Lugan la somme de 4200 euros à titre d’amende, plus les frais de justice, pour l’avoir accusé de « négationnisme ».
Lors de la même émission  du 21 décembre 2011 sur Canal Plus, M. Bruno Julliard-Landau a déclaré qu’il considérait cette condamnation en date du 30 juin 2004 « comme un honneur ».

Un haut responsable du parti socialiste, adjoint au maire de Paris et promis à de hautes responsabilités, insulte donc l’institution judiciaire… Nous voilà loin de la « République irréprochable » chère à François Hollande…