jeudi 21 mai 2015
lundi 11 mai 2015
Une nouvelle guerre vient d'éclater au Mali. Pourquoi ?
L'on
se bat à nouveau dans le nord du Mali. Pas contre les islamistes cette fois, mais
entre Touareg, dans un conflit se nourrissant d'une rivalité séculaire entre les
"nobles" Iforas composant le noyau dur du MNLA (Mouvement national de
libération de l'Azawad) et leurs anciens tributaires Imghad du GATIA (Groupe
d'auto défense touareg Imghad et alliés) dirigés par le colonel Ag Gamou. Les
premiers sont partisans d'un confédéralisme alors que les seconds obéissent au
régime de Bamako qui les utilise afin d'affaiblir le MNLA ; avec, semble-t-il, le soutien de la Minusma (Mission des Nations
Unies au Mali). Résultat : la signature des accords de paix prévue le 15 mai à
Bamako est compromise.
Explication
et point de la situation.
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lundi 4 mai 2015
L'Afrique Réelle N°65 - Mai 2015
Actualité
- Kenya : Garissa, les raisons d'un massacre
- Nigeria : analyse du scrutin présidentiel
Dossier : Rwanda, l'héritage du juge Trévidic
- Attentat du 6 avril 1994 : le point sur l'enquête
française
- Comment l'Etat français a torpillé l'enquête sur
l'attentat du 6 avril 1994
- Où en est l'enquête espagnole ? Entretien avec M° Jordi Palou-Loverdos
Editorial de Bernard Lugan :
La repentance, notamment au sujet de Sétif, interdit de construire une vraie politique franco-algérienne
Les nations n'ont ni amis ni ennemis éternels. Leurs intérêts présents doivent donc prendre le pas sur les tragédies qui, hier, ont pu les opposer. Cependant, il n'est possible d'aller de l'avant qu'à la condition que ne subsiste pas le non-dit, ce terreau de la repentance qui met l'un des partenaires en position de faiblesse.
Que la situation actuelle conduise la France et l'Algérie à se rapprocher et même à construire un partenariat, notamment dans la lutte contre le terrorisme islamique et contre le « grand remplacement », pourquoi pas ? Mais que le président socialiste français décide de fonder cette nouvelle relation entre les deux pays en envoyant à Sétif, sur le chemin de Canossa, un membre de son gouvernement, est inadmissible politiquement, insupportable moralement, inconcevable historiquement.
Pour être clair :
1) Tant que le postulat de l'exploitation coloniale permettra aux dirigeants algériens d'expliquer leurs échecs, aucune relation solide ne pourra être construite avec la France. Gouvernée par l' « alliance des baïonnettes et des coffres-forts »[1], l'Algérie est en effet, de toutes les possessions françaises, celle qui reçut le plus de son ancienne métropole: de 1830 à 1962, la France l'unifia et lui offrit un Sahara qu’elle n’avait par définition jamais possédé. En 1962, elle lui légua 70.000 kilomètres de routes et 4300 de voies ferrées, 4 ports équipés aux normes internationales, une douzaine d’aérodromes principaux, des centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), des milliers de bâtiments administratifs, d'immeubles ; 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ; une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc. ; des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités, d’hôpitaux, de maternités, de dispensaires, de centres de santé etc. Sans parler d’une agriculture largement exportatrice et des hydrocarbures que ses géologues et prospecteurs avaient découverts[2].
2) Tant que le mythe de l'unité de la population dressée contre le colonisateur français permettra aux satrapes qui ont fait main basse sur l'Algérie de cacher les profondes divisions du pays, rien de durable ne pourra être édifié entre Paris et Alger. En effet, entre 1954 et 1962, 200 000 Algériens combattirent dans les rangs de l’armée française (tirailleurs, spahis, harkis, moghaznis etc.), ce qui constitua des effectifs au moins quatre fois supérieurs à ceux des maquisards de l’intérieur ou des membres de l’ALN stationnés en Tunisie ou au Maroc.
3) Tant que les nombreuses associations d’ayants-droit composées d'auto proclamés acteurs ou héritiers de la « guerre de libération », imposeront aux historiens leur propre lecture de l'histoire, aucune vraie politique franco-algérienne ne pourra être fondée. Or, ces rentiers de l'indépendance qui forment le noyau dur du régime prélèvent, à travers le ministère des anciens combattants, 6% du budget de l'Etat algérien, soit plus que ceux des ministères de l'Agriculture (5%) et de la Justice (2%)...
[1] L'expression est d'Omar Benderra (Algeria-Watch, décembre 2014), en ligne.
[2] Pierre Goinard, Algérie : l’œuvre française. Paris, 1986.
jeudi 30 avril 2015
Pourquoi l'Afrique du Sud est-elle en proie à des émeutes xénophobes ?
Depuis les années 2000, en Afrique du Sud, les émeutes xénophobes constituent un phénomène récurrent[1], inscrit dans un contexte de crise économique, de chômage, d'insécurité, de crise sociale et de flux migratoires incontrôlés.
Les actuelles émeutes débutèrent fin mars 2015 dans la région du Natal, encouragées par le roi des Zulu. Elles s'étendirent ensuite aux townships (zones urbaines réservées aux non-Blancs) de la région de Johannesburg, où les immigrés africains, Malawites, Mozambicains, Somaliens, Zimbabwéens, Soudanais ou encore Nigérians, furent pris pour cible, lynchés ou forcés à se réfugier dans les camps militaires, pendant que leurs maigres biens étaient pillés. Pour tenter de mettre un terme à ces violences, l'armée fut déployée dans les townships, comme dans les années 1980-1990, aux pires moments de la lutte contre le régime blanc.
Au début du mois d'avril, ces violences "xénophobes" prirent une telle ampleur que le Malawi décida d'évacuer ses ressortissants, pendant que le Mozambique demandait fermement aux autorités sud-africaines d'assurer la protection de ses nationaux.
Les Zulu, une des principales ethnies d'Afrique du Sud, apparaissent en pointe dans ces tragiques événements pour trois grandes raisons:
1) C'est par le port de Durban que débarquent nombre de clandestins. Et, la région du Natal a une frontière commune avec le Mozambique, pays d'origine de nombreux immigrés et relais pour ceux venus d'autres régions d'Afrique.
2) Nombreux dans les mines et les industries de la région de Johannesburg, les Zulu dénoncent la concurrence à l'embauche exercée par les immigrés.
3) Dans la perspective des prochaines élections présidentielles auxquelles le président zulu, Jacob Zuma, ne pourra pas se représenter car la Constitution interdit de briguer un 3e mandat. Certains extrémistes zulu craignent des naturalisations massives qui feraient pencher le vote vers un non Zulu.
La xénophobie n'est cependant pas l'apanage des Zulu puisque la région du Cap, où la population zulu est quasiment inexistante, est également touchée.
L'émigration vers l'Afrique du Sud s'explique car le pays a longtemps fait figure d'eldorado. De plus, après 1994, année qui vit l'accession d'une majorité noire au pouvoir, l'idéologie de la nouvelle Afrique du Sud post-raciale fut l'ouverture et le multiculturalisme. Il est également important de rappeler qu'ayant très largement participé à la lutte contre le régime blanc, le Zimbabwe et le Mozambique estimaient qu'en retour, leurs propres ressortissants avaient, en quelque sorte, droit aux fruits de la libération.
Selon les chiffres officiels, les immigrés légaux et illégaux vivant en Afrique du Sud seraient plus ou moins 5 millions pour une population de 45 millions de citoyens. Ces chiffres sont cependant à la fois invérifiables et peu fiables; d'autant plus qu'en 2008, les étrangers vivant dans le pays étaient alors estimés à 8 millions au moins dont 3 à 4 millions de clandestins. Cependant, que ces chiffres soient réels ou fantasmés, la réalité est que la population sud-africaine ressent une forte pression étrangère et comme la machine économique est en panne, des tensions éclatent car le pays est incapable de donner à la fois du travail à ses chômeurs et aux immigrés. Nous sommes là au coeur du problème.
Bien que totalisant un quart du PIB de tout le continent, l'Afrique du Sud est en effet en crise. L'état des lieux de son économie a été dressé dans le "Rapport économique sur l'Afrique" pour l'année 2013, rédigé par la Commission économique de l'Afrique (ONU) et l'Union africaine. Pour la période 2008-2012, l'Afrique du Sud a ainsi été classée parmi les 5 pays "les moins performants" du continent, devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland, quatre pays en faillite...
Alors qu'en 2000, il avait été acté par 189 Etats signataires que les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ne pourraient être atteints sans un minimum de croissance annuelle de 7% durant plusieurs années, pour l'année 2014, la croissance du PIB sud-africain ne fut que de 1,8% (1,9% en 2013, 2,6% en 2012 et 3,5% en 2011).
Toutes les branches du secteur industriel sont en crise, à commencer par les industries de main d'œuvre (textile, vêtement, chaussures), qui n'ont pu résister aux importations chinoises. Quant aux secteurs de la mécanique dans lesquels, avant 1994, l'Afrique du Sud produisait la majeure partie des pièces dont ses industries avaient besoin, ils sont aujourd'hui frappés de plein fouet, car ils ne sont plus compétitifs en économie ouverte.
Les mines qui représentent 10% du PIB sud africain, qui emploient 8% de la population active et qui sont le premier employeur du pays avec 500 000 emplois directs, traversent elles aussi une très grave crise. Elles ont ainsi perdu prés de 300.000 emplois au cours des dix dernières années. Les pertes de production et de revenus, qui se conjuguent avec des coûts d'exploitation en hausse constants, ont pour conséquence la fermeture des puits secondaires et la mise à pied de milliers de mineurs. Or, dans les zones d'extraction, toute l'économie dépend des mines.Pour relancer la production, il est urgent d'investir des sommes colossales, mais le climat social décourage les investisseurs au point que la question se pose désormais d'un glissement d'activité vers les pays émergents dans lesquels le monde syndical est inexistant. Le chômage va donc encore augmenter. L'agriculture a elle aussi perdu plusieurs centaines de milliers d'emplois, car les interventions et les contraintes de l'Etat-ANC au sujet de la main d'oeuvre ont eu pour résultat d'inciter les fermiers blancs à mécaniser, ce qui a amplifié le mouvement de migration des zones rurales vers les villes, essentiellement vers les régions de Johannesburg et du Cap.
Le climat social est donc lourd car, au lieu de se combler, comme l'ANC le promettait en 1994, les inégalités se sont au contraire davantage creusées, nourrissant les sentiments hostiles à l'égard des étrangers. En 2014, 65% des familles noires vivaient ainsi en dessous du seuil de pauvreté. Quant au chômage, il était officiellement de 25% de la population active alors que les agences indépendantes parlaient de plus de 40% avec des pointes à 80% dans certaines régions.
Tout cela a fait dire à Julius Malema, le bouillant leader noir "qu'en Afrique du Sud, la situation est pire que sous l'apartheid. La seule chose qui a changé, c'est qu'un gouvernement blanc a été remplacé par un gouvernement de Noirs". En dépit de ses outrances, Julius Malema dit, en partie vrai, car économiquement et socialement, un abîme s'est en effet creusé entre une minorité de privilégiés noirs les Blacks Diamonds, et des millions de chômeurs, d'assistés[2] et de travailleurs sous-payés qui paralysent le pays avec de continuels mouvements de revendication. N'étant pas entendus par les dirigeants, ces derniers n'ont que la violence pour s'exprimer. L'Afrique du Sud est ainsi quotidiennement secouée par des mouvements sociaux de plus en plus fréquents, qui prennent régulièrement un tour quasi insurrectionnel[3]. Les immigrés en sont les premières victimes.
Bernard Lugan
27/04/2015
Source : http://www.huffingtonpost.fr/bernard-lugan/emeutes-xenophobes-en-afrique-du-sud_b_7149608.html
[1] Au mois de mai 2008, le township d'Alexandra près de Johannesburg a connu de véritables scènes de chasse à l'étranger et 62 personnes y furent tuées. Parmi les victimes: 21 Sud-africains appartenant aux ethnies Shangaan et Venda et qui avaient été pris pour des étrangers, car ils ne parlaient pas l'isiZulu, la langue des Zulu. Les grandes cités noires de Pretoria et de Durban s'embrasèrent ensuite ainsi que le township de Milnerton au nord du Cap. Le 22 mai 2008, le bilan des violences était de plusieurs dizaines de morts et de 15 à 20.000 déplacés réfugiés dans les commissariats de police ou dans des zones sécurisées par l'armée. En 2010, les mêmes régions furent touchées par de nouvelles flambées xénophobes.
[2] Environ 17 millions de Sud-africains reçoivent des prestations, cependant que plus 13 millions ne survivent que grâce au versement d'une allocation (Social Grant) qui leur assure le minimum vital.
[3] Pour les années 2011-2013, le Ministre de la Police Nathi Mthetwa, a donné les chiffres suivants:
2010/2011: protestations pacifiques 11.843 contre 974 protestations violentes
2011/2012: protestations pacifiques 10.832 contre 1226 protestations violentes
samedi 18 avril 2015
Afrique du Sud : boule de feu dans l'arc-en-ciel
En Afrique du Sud, les dernières violences "xénophobes" ont pris une telle ampleur que le Malawi a décidé d'évacuer ses ressortissants et que le Mozambique a demandé fermement aux autorités sud-africaines d'assurer la protection de ses nationaux. Quant au président Zuma, il vient d'annuler une visite officielle à l'étranger afin de suivre l'évolution de la situation.
Un peu partout dans le pays, notamment au Natal et dans la région de Johannesburg, les immigrés africains qu'ils soient Malawites, Mozambicains, Somaliens, Zimbabwéens, Soudanais ou encore Nigérians sont en effet pris pour cible, lynchés ou forcés à se réfugier dans les camps militaires cependant que leurs biens sont systématiquement pillés. Au Natal, les pogroms ont été encouragés par le roi des Zulu et ailleurs dans le pays par le propre fils du président Zuma... Dans la "nation arc-en-ciel-", au pays de Nelson Mandela, des Noirs massacrent donc d'autres Noirs, et qui plus est, des Noirs immigrés... Voilà de quoi déstabiliser les bonnes âmes qui pensaient, la main sur le coeur et abreuvées de certitudes morales, qu'une fois le régime blanc d'apartheid balayé, les fontaines sud africaines allaient laisser couler le lait et le miel de la société post-raciale...
Un peu plus d'un an après la mort de Nelson Mandela, le culte planétaire quasi religieux rendu à sa personne apparaît donc en total décalage avec les évènements. Le réel est en effet de retour -une fois de plus et comme toujours-, balayant au passage le mythe-guimauve de la « nation arc-en-ciel » fraternelle et ouverte au monde.
Un peu partout dans le pays, notamment au Natal et dans la région de Johannesburg, les immigrés africains qu'ils soient Malawites, Mozambicains, Somaliens, Zimbabwéens, Soudanais ou encore Nigérians sont en effet pris pour cible, lynchés ou forcés à se réfugier dans les camps militaires cependant que leurs biens sont systématiquement pillés. Au Natal, les pogroms ont été encouragés par le roi des Zulu et ailleurs dans le pays par le propre fils du président Zuma... Dans la "nation arc-en-ciel-", au pays de Nelson Mandela, des Noirs massacrent donc d'autres Noirs, et qui plus est, des Noirs immigrés... Voilà de quoi déstabiliser les bonnes âmes qui pensaient, la main sur le coeur et abreuvées de certitudes morales, qu'une fois le régime blanc d'apartheid balayé, les fontaines sud africaines allaient laisser couler le lait et le miel de la société post-raciale...
Un peu plus d'un an après la mort de Nelson Mandela, le culte planétaire quasi religieux rendu à sa personne apparaît donc en total décalage avec les évènements. Le réel est en effet de retour -une fois de plus et comme toujours-, balayant au passage le mythe-guimauve de la « nation arc-en-ciel » fraternelle et ouverte au monde.
Dans
un pays où le chômage touche environ 40% des actifs et où le revenu de la
tranche la plus démunie de la population noire est inférieur de près de 50% à
celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994, dans un pays où 18
millions de Noirs sur une population de 53 millions d’habitants, ne survivent
que grâce aux aides sociales, le Social
Grant, quoi d'étonnant à ce qu'éclatent des violences xénophobes, les
étrangers étant accusés de prendre le travail des plus pauvres?
L’échec
économique sud-africain est en effet total - je développe ce point dans le
chapitre IV de mon dernier livre Osons
dire la vérité à l'Afrique. Selon le Rapport
Economique sur l’Afrique pour l’année 2013, rédigé par la Commission économique de l’Afrique (ONU) et
l’Union africaine (en ligne)
l’Afrique du Sud s’est en effet classée parmi les 5 pays « les moins
performants » du continent sur la base de la croissance moyenne annuelle,
devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland.
Pris dans la nasse de ses propres mensonges, de ses prévarications, de
ses insuffisances, le parti gouvernemental, l'ANC - le parti de Nelson Mandela -,
ne pourra pas éternellement mettre en accusation le "régime
d'apartheid" afin de tenter de dégager ses responsabilités dans la
faillite de ce qui fut un pays prospère.
D'autant plus qu'en Afrique du Sud, une presse libre existe. Et elle ne
se prive pas d'écrire qu'en deux décennies, l'ANC a dilapidé le colossal
héritage laissé par le régime blanc et a transformé le pays en un Etat du
« tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de
misère sociale et de violences, réalité encore en partie masquée par quelques
secteurs ultraperformants, mais de plus en plus réduits.
En France, faire un tel constat est considéré comme une insulte à la
Nation arc-en-ciel et à la mémoire de Nelson Mandela.
jeudi 16 avril 2015
Questions et interrogations au sujet de mon éviction des écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan
1) Le
mardi 14 avril 2015 vers 17 heures, je suis contacté par téléphone par la
direction de l’enseignement des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESCC) qui me
signifie verbalement l’annulation de toutes mes interventions programmées, sans
en préciser les raisons ;
2) Officiellement,
à ce jour, je n'ai reçu aucune information écrite concernant ces annulations;
3) Je ne sais pas plus officiellement ce qui a motivé cette décision-sanction;
4) J'ignore la nature de l’autorité qui l’a ordonnée.
Or,
l’ancien journaliste à Libération Jean-Dominique MERCHET, proche des
milieux de gauche et qui se targue d’être informé directement par le cabinet du
MINDEF (Ministère de la Défense) rapporte dans un article publié sur son blog
le 15 avril 2015 que :
1) « les Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESCC)… confirment que « suite
à ses (mes) récentes déclarations
sur le déplacement du secrétaire d'Etat aux anciens
combattants à Sétif mettant formellement en cause le chef des armées (François Hollande), le commandement des écoles a annulé sa (ma) prestation du 29 avril, sans remettre en
cause son (mon) expertise d’historien ni
présumer de l’avenir de la
collaboration entre les ESCC et Mr Bernard Lugan ».
2) L’entourage du ministre a rappelé
la « consigne » donnée il y a un an et que doivent respecter
les universitaires intervenant aux Ecoles, en particulier
de Saint Cyr Coëtquidan, de ne déclencher aucune polémique et de ne
pas nuire à l’image des dites
écoles.
II) Analyse des faits
Dans
un article très documenté au sujet du futur déplacement du secrétaire d’état français
aux anciens combattants à Sétif, publié exclusivement sur mon blog le 9 avril
2015 et sans qu'il y soit fait état de mes enseignements aux ESCC, j'étais légitimement
fondé à exprimer mon avis tant es qualité d’historien chercheur qu’en vertu de
ma liberté d’expression en dehors de mes interventions aux ESCC. Même si cela
s'est fait en des termes qui effectivement incriminent le chef de l’Etat :
« la décision de François Hollande d'envoyer un membre de son gouvernement
à Sétif est une provocation. Ce faisant, le président de la République montre à
la fois son aveuglement historique et son sectarisme politique puisqu'il
cautionne la re-écriture de l'histoire faite par les autorités algériennes. Au
prix d'une nouvelle humiliation de la France. »
Si
l’on en croit Jean-Dominique MERCHET, la décision du Général Commandant les
ESCC de suspendre mes interventions:
1) Ne
se fonde pas sur une remise en cause de mon expertise d’historien chercheur sur
l’Afrique et donc notamment sur les évènements du 8 mai 1945 qui se sont
déroulés à Sétif;
2) Serait une interprétation autoritaire à caractère politique émanant au mieux du
rappel à la consigne du cabinet du ministre (voir plus haut).
Or,
en l'état, il n’y a aucune trace d’une quelconque polémique déclenchée par mon
article intitulé « Sétif (mai 1945): encore une provocation socialiste » depuis
sa publication sur mon blog le 9 avril.
De
plus, en quoi cet article aurait-il pu porter atteinte à l’image de
l’enseignement des écoles de Saint Cyr Coëtquidan alors qu'il n'y est
aucunement fait mention de ces dernières?
En
l’espèce, c'est l’interprétation de la nature politique de cette sanction par Jean-Dominique
MERCHET qui crée une polémique nuisant à la réputation du commandement des
écoles et qui remet en cause la qualité de son enseignement sur l’Afrique.
Quant
à mon avis parfaitement argumenté sur la décision de François Hollande
d’envoyer le secrétaire d’état aux anciens combattants à Sétif, il est tout à
fait légitime, même s'il conteste effectivement le bien fondé tant historique
que politique de la décision du chef de l’Etat. Ce dernier n’en demeure en
effet pas moins un homme public et la Cour européenne des droits de l’homme
précise à ce sujet qu’il est soumis à la critique, même désagréable, de ses
compatriotes.
Nous
serions donc face à une sanction prise contre la liberté d'expression pourtant
garantie à tout citoyen par la Constitution. Sauf naturellement à devoir considérer
que le seul fait d’intervenir aux écoles de Saint Cyr Coëtquidan priverait par
voie de conséquence tout universitaire de sa liberté d’expression, y compris en
dehors des dites écoles...
Dès
lors, je suis en droit de m’interroger publiquement sur les véritables
motivations d’une telle décision qui bafouerait ma liberté d’expression. En
l’absence d’information officielle écrite, je demande donc une audience au
commandant des ESCC pour connaître tant l’auteur de cette décision insolite et
attentatoire aux libertés, que ses motivations. Cela afin d’en comprendre la
nature exacte et être en mesure d'y porter réponse, éventuellement devant les
juridictions nationales et européennes compétentes.
Bernard Lugan
16/04/2015
mercredi 15 avril 2015
A Saint-Cyr, l'Afrique n'est plus au programme...
Court-circuitant
l'ensemble de la hiérarchie militaire afin de lui rappeler -si besoin était-,
dans quel mépris elle est tenue, le cabinet du ministre de la Défense vient
d'intimer l'ordre au général commandant les écoles de Coëtquidan de suspendre
de cours Bernard Lugan.
Qu'il
soit ainsi fait affront à la bienséance, nul ne s'en étonnera de la part de
technocrates parvenus dont le carriérisme le dispute à la servilité. Ce qui est
plus grave c'est que les libertés universitaires soient ainsi violentées par un
pouvoir à la dérive.
Il
est somme toute assez pittoresque qu'un chef de l'Etat devant l'unique succès
de sa présidence à l'efficacité de l'armée de terre en Afrique, décide
d'écarter le seul expert qui, du Mali à la RCA en passant par la Libye, le
Tchad ou encore la Passe Salvador, la conseille efficacement au quotidien... Mais
après tout, le sort de ses soldats est peut-être le cadet de ses soucis.
Quant
aux joyeux élèves de la Spéciale, le cabinet du ministre vient de leur offrir,
sans le savoir, un cadeau inespéré. Ils savent désormais qu'une secte
d'idéologues faillis vivant ses derniers jours s'attache à détruire les
enseignements ramenant les hommes de terrain à la réalité. Mais en se
prétendant indépendante de la vérité,
cette secte est devenue la risée de l'opinion. C'est elle qui la détruira.
Et
puis, après tout, pour de jeunes élèves-officiers, l'interdit ne reste-t-il pas
le meilleur moyen de faire ouvrir un livre ?
Si tu ne viens pas à Saint-Cyr, Saint-Cyr viendra à toi... On ne lâche rien !
Bernard Lugan
15/04/2015
jeudi 9 avril 2015
Sétif (mai 1945) : encore une provocation socialiste
Du 19 au 21 avril 2015, M.
Jean-Marc Todeschini, Secrétaire d'Etat français chargé des Anciens combattants
effectuera un "voyage mémoriel" en Algérie. Une mémoire sélective
puisqu'il est prévu un déplacement à Sétif, repentance oblige..., mais pas à
Oran où des centaines de Français furent massacrés et enlevés le 5 juillet 1962
(de Ternant, 2001; Jordi, 2011; herodote.net/5 juillet 1962 ; Mathias,
2014 et Pervillé, 2014). Le secrétaire d'Etat français n'ira pas davantage à la
mine d'El Halia où, le 20 août 1955, 132 Européens furent assassinés; ni d'ailleurs
sur l'un des nombreux lieux de supplice des Harkis.
Le déplacement du secrétaire
d'Etat français à Sétif s'effectuera à la veille des cérémonies du 70e anniversaire des évènements sanglants qui marquèrent la ville et sa région.
Plus qu'un symbole, c'est un gage que François Hollande donne là au noyau dur
de son électorat. Les porteurs de valises et leurs héritiers demandent en effet
depuis des années que la France "reconnaisse sa responsabilité dans la
répression" de Sétif. Une telle reconnaissance serait d'ailleurs la suite logique
de la politique définie le 17 octobre
2012 par François Hollande quand il rendit un hommage plus que déplacé aux
prétendues « victimes » de la manifestation interdite du 17 octobre 1961 à Paris[1].
La visite à Sétif d'un membre du
gouvernement français est à la fois une insulte à l'histoire et une faute politique
car, pour les autorités algériennes, la "répression de Sétif" est l'emblématique
exemple de la "barbarie coloniale française". Retour sur les faits.
Le 8 mai 1945, à Sétif, dans le Constantinois,
des militants du PPA (Parti du peuple algérien), interdit depuis 1939 et
maintenu dans la clandestinité, décidèrent de profiter des commémorations de la
capitulation allemande pour tenter un coup de force (Benmebarek, 2010). Pour maintenir
l'ordre, les autorités disposaient de 40 policiers dont environ un tiers d'indigènes,
de 20 gendarmes et de 4 compagnies militaires d'instruction composées de
recrues locales (Jauffret, 1987, Benmebarek (2010). Quand la police décida de
faire retirer une bannière réclamant l'indépendance de l'Algérie, un coup de
feu fut tiré et la manifestation dégénéra. Les civils français furent
pourchassés et massacrés, non par une foule hystérique comme cela est trop
souvent dit, mais par des commandos de tueurs très mobiles et très organisés
qui commirent des meurtres à travers la ville. Le bilan fut de 21 Européens tués
et de 36 blessés. Au même moment, et donc sans lien avec la manifestation de
Sétif, d'autres massacres se déroulèrent dans la région, à Périgotville,
Amouchas, Kerrata, Chevreul, Sillègue, Canrobert, Lafayette, Ampère, Davoust,
ainsi que dans les maisons forestières isolées de Tamsout, Aïn Settah et
Tamentout où 81 victimes européennes furent à déplorer. Parmi elles, les administrateurs
Rousseau et Bancel enlevés et assassinés sur la route Sétif-Bougie et l'abbé Navarro abattu dans le
village d'El Ourica, à 12 kilomètres de Sétif. Au total, 102 Européens furent
assassinés (Vétillard, 2008; Benmebarek 2010).
Des renforts arrivèrent de
Constantine et de Philippeville. Si 10 000 hommes furent déployés dans tout le
Constantinois, seulement 3700 -dont des tirailleurs algériens- le furent dans
la subdivision de Sétif, la plus vaste, la plus difficile d'accès et la plus
touchée de la Division territoriale de Constantine.
Aussitôt la nouvelle des tueries
connue, le communiste Maurice Thorez, vice-président du Conseil de gouvernement
présidé par le général De Gaulle, lança de véritables appels au meurtre et à la
répression. Le 12 mai, le Parti communiste distribua un tract dans les villes
d'Algérie dans lequel il demandait de "
passer par les armes les instigateurs de la révolte et les hommes de main qui
ont dirigé l'émeute. Il ne s'agit pas de vengeance ni de représailles. Il
s'agit de mesures de justice. Il s'agit de mesures de sécurité pour le
pays".
Heureusement, l'armée garda raison
et la répression, réelle, n’eut pas
l’ampleur que lui donnèrent par la suite les nationalistes algériens. Ces
derniers avancèrent un bilan de 40 000 victimes, chiffre lancé sans
vérification par une source diplomatique américaine favorable aux indépendantistes
(Vétillard, 2008). Le FLN alla ensuite jusqu'à parler de 70 000 morts... Certains
historiens avancent quant à eux le chiffre de 6000 à 6500 morts tout en soulignant qu'il s'agit là
d'une estimation « haute »
(SHD, 1990 ; Vétillard, 2008). Quant au préfet Benmebarek (2010), il
estime que le nombre des morts serait d'environ 2500.
Comme il n'y eut pas de
ratissages en raison des faibles moyens dont disposait l'armée, l'on voit mal
comment 3700 hommes dispersés sur de vastes territoires auraient pu tuer des
dizaines de milliers de personnes. Et où les corps auraient-ils été enterrés?
Nul doute que si des charniers avaient existé, les actuelles autorités
algérienne se seraient empressées de les montrer...
Ce qui s’est passé à Sétif est donc
à la fois bien connu des historiens et très éloigné de cette histoire officielle
algérienne si complaisamment relayée par la gauche française. Le préfet Benmebarek
qui a vécu dans la région et qui a donné une excellente analyse des évènements (2010)
explique que nous sommes en réalité en présence d'un soulèvement raté qui
devait être suivi d’une insurrection dans toute l’Algérie, mais, comme la
coordination fut mal assurée, seule la région de Sétif fut touchée. Ce fut en
quelque sorte une répétition des évènements de la Toussaint 1954 que la IV°
république fut incapable d’anticiper.
Dès 1962, les autorités
algériennes s’engagèrent dans une entreprise d'écriture de l’histoire
officielle de la lutte pour l’indépendance présentée comme le soulèvement d’un
peuple unanimement dressé contre le colonisateur français[2].
Puis, durant la terrible décennie 1990, quand l’Algérie, alors en pleine guerre
civile, fut au bord de l’implosion, ses dirigeants recherchèrent des thèmes d’union
nationale qu'ils trouvèrent dans la dénonciation des "crimes" commis
par la France. Dénonciation d'autant plus facile qu'en France même, des relais culpabilisateurs
existaient. La manœuvre eut son point d’orgue en 1995 avec la célébration du
cinquantenaire des évènements de Sétif. Une campagne fut alors orchestrée autour
de la projection sur la chaîne Arte
d’un film de Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois intitulé Le massacre de Sétif.
Depuis, et je viens de le dire, Roger
Benmebarek (2010) a publié une étude fondamentale qui met un point final à la
question. Pour les historiens, et dans l'état actuel des connaissances, le
sujet est donc clos.
Voilà pourquoi la décision de
François Hollande d'envoyer un membre de son gouvernement à Sétif est une
provocation. Ce faisant, le président de la République montre à la fois son aveuglement historique et son
sectarisme politique puisqu'il cautionne la re-écriture de l'histoire faite par
les autorités algériennes. Au prix d'une nouvelle humiliation de la France.
Bernard Lugan
09/04/2015
Bernard Lugan
09/04/2015
Bibliographie :
- Benmebarek, R., (2010) "Mémorandum :
les « évènements » de Sétif, en mai 1945". Etudes coloniales, en ligne.
- De Ternant, G., (2001) L'agonie d'Oran (3 volumes). Paris.
- Jauffret, J-Ch., (1987) La
guerre d’Algérie par les documents. 2 tomes, Service Historique de
l’Armée de Terre, Vincennes, 1987.
- Jordi, J-J., (2011) Un silence d'Etat. Les disparus civils
européens de la guerre d'Algérie. Paris. Compte rendu détaillé dans Etudes
coloniales, 5 novembre 2011, en ligne.
- Mathias,G., (2014) "Les
vampires à la fin de la guerre d'Algérie. Mythe ou réalité ?". Paris.
- SHD (Service Historique de
la Défense)., (1990) La guerre
d’Algérie par les documents. Tome I, L’avertissement 1943-1946. Vincennes.
- Vétillard,R., (2008) Sétif,
mai 1945. Massacres en Algérie. Paris
- Pervillé, Guy., (2014)
"Oran, 5 juillet 1962. Leçon d'histoire sur un massacre."Paris
[1] Voir à ce sujet le chapitre XIV de mon livre Mythes et manipulations de l'histoire africaine intitulé :"Y eut-il un massacre d'Algériens le 17 octobre 1961 à Paris ?". A commander via Paypal sur www.bernard-lugan.com ou par courrier contre un chèque de 28 euros port compris à L'Afrique Réelle, BP 45 42360 Panissières.
[2] Voir à ce sujet le chapitre XII de mon livre Mythes et manipulations de l'histoire africaine intitulé :"Les Algériens se sont-ils unanimement dressés contre la France entre 1954 et 1962 ?". A commander via Paypal sur www.bernard-lugan.com ou par courrier contre un chèque de 28 euros port compris à L'Afrique Réelle, BP 45 42360 Panissières.
[1] Voir à ce sujet le chapitre XIV de mon livre Mythes et manipulations de l'histoire africaine intitulé :"Y eut-il un massacre d'Algériens le 17 octobre 1961 à Paris ?". A commander via Paypal sur www.bernard-lugan.com ou par courrier contre un chèque de 28 euros port compris à L'Afrique Réelle, BP 45 42360 Panissières.
[2] Voir à ce sujet le chapitre XII de mon livre Mythes et manipulations de l'histoire africaine intitulé :"Les Algériens se sont-ils unanimement dressés contre la France entre 1954 et 1962 ?". A commander via Paypal sur www.bernard-lugan.com ou par courrier contre un chèque de 28 euros port compris à L'Afrique Réelle, BP 45 42360 Panissières.
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