mercredi 15 février 2023
mardi 7 février 2023
Histoire du Maroc, nouvelle édition
Dans cet ouvrage, l’auteur retrace toute l’histoire du Maroc, des origines à nos jours.
À la différence de tout ce qui avait été écrit jusque-là̀, Bernard Lugan replace dans ce livre le Maroc au cœur de l’espace saharo-méditerranéen.
En 987, quand Hugues Capet monte sur le trône de France, l’État marocain a déjà̀ deux siècles d’existence. À la fin du XIXe siècle, la France amputa largement le Maroc au profit du nouvel État algérien. Quant à l’Espagne, elle coupa le pays de ses assises sahariennes puisque plusieurs dynasties marocaines en sont originaires. En ayant récupéré́ le Sahara occidental, le Maroc a renoué avec ses racines et est devenu une puissance atlantique ouverte sur les grandes routes maritimes.
Editions Ellipses.
En vente dans toutes les librairies.
Pour le commander directement via l'Afrique Réelle :
lundi 30 janvier 2023
L'Afrique Réelle N°158 - Février 2023
Sommaire
Actualité
- Qui est responsable de l’échec politique français au Sahel ?
- Les Peul sont-ils menacés de génocide ?
Economie
La Chine ne croit pas dans l’avenir de l’Afrique
Histoire
La question des sources du Nil
Actualité
- Qui est responsable de l’échec politique français au Sahel ?
- Les Peul sont-ils menacés de génocide ?
Economie
La Chine ne croit pas dans l’avenir de l’Afrique
Histoire
La question des sources du Nil
Editorial de Bernard Lugan
Selon Rémi Carayol, journaliste présenté comme « spécialiste », la France a échoué au Mali parce que : « Au Sahel, les officiers français réfléchissaient avec un logiciel issu de la colonisation ».
Cette phrase mérite une analyse à plusieurs niveaux :
1) En imputant clairement aux officiers l’échec politique sahélien de la France, Rémi Carayol fonde son approche sur un grave contre-sens. En effet, et il suffit d’avoir fréquenté les états-majors pour l’avoir constaté, les cadres de Barkhane ne furent pas les décideurs de la politique française au Sahel. Ils ne firent qu’appliquer une politique définie - sans eux - à l’Elysée, et même plus que régulièrement, contre leurs propres préconisations. Peut-être est-il utile de rappeler à notre « spécialiste » qu’en France, ce sont les dirigeants politiques qui donnent des ordres et qui définissent les missions des Armées, et non le contraire…
2) Au Sahel, les officiers français ont très vite constaté que si l’ethnisme n’explique pas tout, rien ne s’explique cependant sans lui. Or, par idéologie, les décideurs français successifs ont refusé de prendre en compte cette évidence, mettant donc dès le départ nos Armées entre l’enclume et le marteau, ainsi que je l’ai écrit dès 2012...
3) Les décideurs politiques français ont postulé que la solution de la question sahélienne passait par des élections. Or, l’ethno-mathématique électorale confirmant, scrutin après scrutin, la domination démographique, donc démocratique, des plus nombreux, les élections entretiennent le conflit… Et Paris s’étonne que Touareg et Peul aient refusé un processus destiné à les marginaliser une nouvelle fois…
4) Au Sahel où Rémi Carayol ramène le problème à la colonisation - forme exotique de reductio ad Hitlerum -, le cœur de la question est bien identifié. Depuis le néolithique, sudistes et nordistes y sont en rivalité pour le contrôle des zones intermédiaires situées entre le désert du nord et les savanes du sud (voir à ce sujet mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours). Or, cette constante séculaire est aujourd’hui dramatiquement aggravée par la suicidaire démographie qui y amplifie encore davantage la compétition territoriale entre pasteurs et agriculteurs. Une situation opportunément utilisée par le jihadisme qui est d’abord la surinfection de plaies ethno-géographiques séculaires.
5) Illustration du point 4, depuis plusieurs mois, au Burkina Faso, ayant en tête le souvenir des conquêtes peul de la période précoloniale, certaines ethnies subissant les exactions des jihadistes accusent les Peul d’être leurs complices. Victimes de représailles aveugles, les Peul se regroupent pour se défendre, cependant que les terroristes utilisent leur ressentiment et leur implantation transnationale pour tenter d’étendre leurs actions à tout le Sahel et à la région soudanienne.
En définitive :
1) Au nord la paix dépend des Touareg.
2) Au sud la paix dépend des Peul.
Une évidence relevant d’ « un logiciel issu de la colonisation »…
dimanche 15 janvier 2023
La loi « immigration métiers en tension » va tout à la fois accélérer le pillage des compétences africaines et amplifier encore davantage la perte d’identité de la France
"Nous
avons la volonté de simplifier l'accès au territoire pour des compétences
particulières, dont l'économie a besoin", a annoncé Olivier Dussopt le mercredi
2 novembre 2022, dans un entretien au journal Le Monde. Le ministre du Travail veut même créer un
statut spécifique pour les immigrés dans les secteurs « en tension »,
une mesure qui figure dans le projet de loi immigration présenté
par le gouvernement et discuté au Parlement.
Les
groupements représentant les professions dites « en tension » à
l’origine de cette loi sont
donc fidèles à la ligne constante du patronat français à l’origine de la
première vague d’immigration massive des années 1970-1980. Cette forme contemporaine
de « traite »[1] est rendue possible grâce
à l’alliance des « gentils » de l’anti-ségrégation et des « requins »
du capitalisme. Au nom du paradigme de la « culpabilité européenne »,
les premiers s’interdisent de voir que cette loi va encore davantage saigner
l’Afrique. Quant aux seconds, ils l’appellent de leurs vœux au nom du marché,
du travail global et de la mobilité de la main d’œuvre.
Face au désastre qu’ils auront
provoqué, le gouvernement qui a initié cette loi, et ceux des députés qui la
voteront ne pourront pas prétendre qu’ils ne savaient pas… Laissons en effet
parler les chiffres.
La suite de cette analyse (89%) est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle.
mardi 3 janvier 2023
Tirailleurs : du mensonge à la propagande
Il est triste de devoir faire un
« exercice comptable » concernant les effectifs et les pertes des
« Métropolitains » et des « Africains » durant le Premier
conflit mondial.
J’y suis cependant contraint par les déclarations idéologiques de l’acteur Omar Sy qui, à travers elles, ajoute sa touche à la grande entreprise de réécriture de l’histoire de France[1].
En effet, à travers l’action des Tirailleurs dits « Sénégalais » mais majoritairement venus de toute l’AOF (Afrique occidentale française), il adresse aux Français un message-postulat plus que subliminal : les Africains que vous avez utilisés comme « chair à canon » durant le Premier conflit mondial ayant permis la victoire française, leurs descendants ont des droits sur vous. Voilà donc pourquoi ils sont chez eux chez vous…
- Parmi ces 7,8 millions de Français, figuraient 73.000 Français d’Algérie, soit 20% de toute la population « pied-noir ».
- Les
pertes parmi les Français métropolitains furent de 1.300 000 morts, soit 16,67%
des effectifs.
- Les
pertes des Français d’Algérie furent de 12.000 morts, soit 16,44% des
effectifs.
- Les
pertes des Maghrébins combattant dans l’armée française furent de 35.900
hommes, soit 16,47% des effectifs.
- Les
chiffres des pertes au sein des unités composées d’Africains sud-sahariens (les
Tirailleurs) sont imprécis. L’estimation haute est de 35.000 morts, soit 18,51%
des effectifs ; l’estimation basse est de 30 000 morts, soit 15.87%.
Ces chiffres contredisent donc l’idée-reçue de
« chair à canon » africaine d’autant plus qu’au minimum, un tiers des
pertes des Tirailleurs « sénégalais » furent la conséquence de
pneumonies et autres maladies dues au froid, et non à des combats. D’ailleurs,
en 1917, aucune mutinerie ne se produisit dans les régiments coloniaux, qu’ils
fussent composés d’Européens ou d’Africains.
Enfin, une grande confusion existe dans
l’emploi du terme « Coloniaux ». Ainsi, l’héroïque 2° Corps
colonial engagé à Verdun en 1916 était composé de 16 régiments (pour 254
régiments et 54 bataillons composant l’Armée française), mais ces 16 régiments
étaient largement formés de Français
mobilisés, dont 10 régiments de Zouaves composés majoritairement de Français
d’Algérie, et du RICM (Régiment d’infanterie coloniale du Maroc), unité alors très
majoritairement européenne.
Autre idée-reçue utilisée par les partisans de la culpabilisation et de son corollaire qui est « le grand remplacement » : ce serait grâce aux ressources de l’Afrique que la France fut capable de soutenir l’effort de guerre.
Cette affirmation est également fausse car, durant tout le conflit, la France importa 6 millions de tonnes de marchandises diverses de son Empire et 170 millions du reste du monde.
Conclusion :
Des Tirailleurs « sénégalais » ont
courageusement et même héroïquement participé aux combats de la « Grande
Guerre ». Gloire à eux !
Cependant, utiliser leur mémoire pour des buts
idéologiques est honteux car, durant la guerre de 1914-1918, ils ne composèrent
que 2,3% du corps de bataille français.
Autre idée-reçue utilisée par les partisans de la culpabilisation et de son corollaire qui est « le grand remplacement » : ce serait grâce aux ressources de l’Afrique que la France fut capable de soutenir l’effort de guerre.
Cette affirmation est également fausse car, durant tout le conflit, la France importa 6 millions de tonnes de marchandises diverses de son Empire et 170 millions du reste du monde.
[1]
Sur toute l’entreprise de falsification de l’histoire de la colonisation
française on lira mon livre « Colonisation l’histoire à l’endroit .Comment la France est devenue la colonie de ses colonies » publié en 2022
[2] Faivre, M (Général)., (2006) « A la mémoire des combattants musulmans morts pour la France », La Voix du Combattant, mai 2006, p.6.
[2] Faivre, M (Général)., (2006) « A la mémoire des combattants musulmans morts pour la France », La Voix du Combattant, mai 2006, p.6.
dimanche 1 janvier 2023
L'Afrique Réelle n°157 - Janvier 2023
Sommaire
Dossier
L’année 2022 en Afrique : Bilan et perspectives pour 2023
Dossier
Les routes africaines de la migration à destination de l’Europe
Les routes africaines de la migration à destination de l’Europe
Histoire
Algérie : Du « royaume Arabe » à la départementalisation jacobine
Algérie : Du « royaume Arabe » à la départementalisation jacobine
Dans les années 1950, juste avant les indépendances, le monde en perdition n’était pas l’Afrique, mais l’Asie qui paraissait alors condamnée par de terrifiantes famines et de sanglants conflits : guerre civile chinoise, guerres de Corée, guerres d’Indochine et guerres indo-pakistanaises. En comparaison, durant la décennie 1950-1960, les habitants de l'Afrique mangeaient à leur faim, étaient gratuitement soignés et pouvaient se déplacer le long de routes ou de pistes entretenues sans risquer de se faire attaquer et rançonner.
Ce temps lointain était celui des colonies, époque dont il est impossible de parler d’une manière objective et au sujet de laquelle il est obligatoire de dire que ce fut l’enfer sur terre…
Or, soixante-dix ans plus tard, le contraste est saisissant avec des dizaines de milliers de migrants qui se livrent au bon vouloir de gangs qui les lancent dans de mortelles traversées en direction de la « terre promise » européenne. Les crises alimentaires sont permanentes, les infrastructures de santé ont disparu, l'insécurité est généralisée et la pauvreté atteint des niveaux sidérants. Quotidiennement, les journaux et les divers organes d'information font état de famines, d'épidémies, de massacres qui montrent que le continent africain s’enfonce chaque jour un peu plus dans un néant dans lequel surnagent quelques îlots pétroliers.
Que s’est-il donc passé pour que, malgré ses immenses richesses naturelles et en dépit des océans d'aides aveuglément déversées par les pays dits riches, l'Afrique connaisse un tel naufrage, ne parvenant même plus à nourrir sa population ?
Et que l’on ne vienne pas nous parler des aléas climatiques car le continent possède certaines des terres les plus fertiles de la planète sur lesquelles jusqu'à trois récoltes annuelles sont possibles. De plus, l'agriculture africaine n'est pas paralysée par un long hiver, par un tapis neigeux ou par les glaces. Avec ses de 9.000.000 km2, le Sahara représente certes environ 25% de la superficie du continent, mais proportionnellement moins que la toundra eurasienne ou nord-américaine où l'on ne parle pourtant pas de malédiction.
Le problème est que le continent africain s’auto-suicide avec sa démographie, car, chaque année, l’écart se creuse entre le nombre de bouches à nourrir et les productions alimentaires. La catastrophe est donc programmée. Un exemple : au Sahel, les 10 à 20 millions d'habitants d'avant la colonisation sont aujourd'hui 180 millions. Voilà qui explique pourquoi la subtile alchimie de ce fragile milieu de 3 millions de km2 a été détruite. Au même moment, les 40 millions de Sibériens sont à l'aise sur plus de 13 millions de km2 d’une nature hostile.
La réalité est que les Africains n'étant pas des Européens pauvres à la peau noire, parce que le corps social africain n’est pas celui de l’Europe, ou celui de l’Asie, nos modèles politiques n'y ont pas réussi.
Or, si la greffe européenne n'a pas pris sur le porte-greffe africain, c’est parce que, comme le dit le proverbe congolais : « Ce n’est pas parce qu’il pousse au bord du marigot que le manguier devient crocodile. »
jeudi 1 décembre 2022
L'Afrique Réelle n°156 - Décembre 2022
Sommaire
Actualité :
- Le Kivu, le Rwanda, et la rébellion du M23
- L’Armée, vrai pouvoir de l’Algérie
- Quel avenir pour le Tchad ?
- Le Kivu, le Rwanda, et la rébellion du M23
- L’Armée, vrai pouvoir de l’Algérie
- Quel avenir pour le Tchad ?
Dossier : Le gaz africain
- L’eldorado gazier africain
- Les incertitudes gazières algériennes
- Un gazoduc transsaharien ou littoral ?
- L’eldorado gazier africain
- Les incertitudes gazières algériennes
- Un gazoduc transsaharien ou littoral ?
Editorial de Bernard Lugan
Dans ce dernier numéro de l’année 2022, quatre sujets sont traités :
1) La guerre du Kivu menée par le M23 est en réalité une guerre d’annexion que le Rwanda poursuit depuis 1996 à travers des milices locales pour trois grandes raisons :
- Surpeuplé, le Rwanda va droit au collapsus si, d’une manière ou d’une autre, il ne déborde pas vers les régions vides d’habitants du Kivu congolais.
- Sans une ouverture vers le Kivu, le Rwanda n’est que le cul de sac de l’Afrique de l’Est, la forêt de la cuvette congolaise formant une barrière naturelle, politique, ethnique, culturelle et linguistique (kiswahili oriental et lingala occidental).
- La réussite économique actuelle du Rwanda repose largement sur le pillage des ressources de la RDC. Selon l’ONU, le Rwanda constitue ainsi la plaque tournante du commerce illicite des métaux rares, de l’or et des diamants congolais à travers des sociétés écran et des coopératives minières qui donnent le label « Rwanda » aux productions congolaises.
2) L’Algérie est dirigée par une centaine de généraux constituant le niveau supérieur d’une nomenklatura contrôlant le pays à travers une clientèle d’obligés ou d’associés civils. Après une décennie de purges liées à des querelles de clans, nous assistons aujourd’hui au retour des « professionnels » de l’« Etat-DRS » qui apportent réseaux et « savoir-faire » à l’Etat algérien, venant ainsi en renfort d’un « Système » que certains, peu au fait des lignes de forces souterraines de l’armée algérienne, avaient un peu trop rapidement considéré comme défunt…
3) Au Tchad, après les dizaines de morts ayant suivi la répression de la manifestation=insurrection d’octobre 2022 à N'Djamena, plus que jamais, se pose la question de l’avenir de ce pays, verrou de l’Afrique centrale et pivot de la lutte contre les groupes terroristes.
Ici, comme partout ailleurs en Afrique, tout va dépendre de la manière dont vont s’exprimer les puissants déterminismes ethno-claniques inscrits dans le continuum ethno-racial sahélien. De l’océan atlantique à la mer Rouge, ce dernier trace une faille le long de laquelle, depuis des millénaires les nordistes nomades poussent vers les zones humides du sud peuplées par des agriculteurs sédentaires[1]. Des résurgences historiques surinfectées par les manœuvres de la Turquie depuis la Libye, et par celles de la Russie depuis la Centrafrique.
4) La question du gaz. Les acheteurs européens ayant décidé de se passer du gaz russe, il leur est donc nécessaire de réorienter quasiment 50% de leurs achats. D’où un regain d’intérêt pour le gaz africain devenu de ce fait un enjeu majeur.
D’autant plus que le continent contient de très importantes réserves et que de nouvelles découvertes ne cessent de se faire, tant en Afrique du Nord qu’au sud du Sahara. Désormais, la grande question qui se pose est celle de l’exportation des productions de ces immenses réserves, donc du tracé des gazoducs par lesquels elles se feront.
[1] Voir à ce sujet mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours.
mercredi 2 novembre 2022
L'Afrique Réelle n°155 - Novembre 2022
Sommaire
Actualité
- La Russie et l’Afrique : une vision d'abord géopolitique
- Les accords militaires Russie-Afrique
Histoire
- L’arabisation de la Berbérie
- Cecil Rhodes et Paul Kruger : La race ou la Bible
Editorial de Bernard Lugan
La Russie et l’Afrique
Un dessin animé russe en langue française projeté dans les cinémas centrafricains met en scène un lion -sous-entendu l’Afrique -, attaqué par des hyènes - sous-entendu les pays occidentaux. Intervient alors l’ours russe qui aide le maître de la brousse à rétablir l’ordre des choses, c’est-à-dire le respect que l’on doit au lion. L’allégorie a bien été comprise par les spectateurs enthousiastes.
Voilà comment, à travers le soutien sans états d’âme donné aux pouvoirs forts, les seuls respectables et respectés en Afrique, la Russie évince peu à peu les Occidentaux. D’autant plus facilement que les Africains en ont assez du diktat démocratico-moralisateur qui prétend leur faire changer de nature. Assez des folies de la « théorie du genre » et des délires pathologiques LGBT devenus les « valeurs » sociétales d’un Occident ayant perdu toute référence à l’Ordre naturel. Voilà pourquoi, comme l’a déclaré le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni d’Ouganda « la majorité de l’humanité soutient l’action de la Russie en Ukraine. Poutine a absolument raison ».
D’autant plus que la politique russe n’a pas pour alibi le mirage du développement. Russes et Africains savent en effet très bien qu’il est impossible de « développer » selon les critères définis par l’Occident, un continent qui, d’ici à 2030, verra sa population passer de 1,2 milliard à 1,7 milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an. Et que, pour gouverner ces masses humaines, les principes démocratiques occidentaux sont à la fois inopérants et crisogènes.
En réalité, si Vladimir Poutine réussit en Afrique, c’est parce qu’il a très exactement pris le contre-pied du diktat démocratique que François Mitterrand imposa en 1990 au continent lors de la conférence de la Baule. Un diktat qui a provoqué un chaos sans fin parce que, comme les élections sont en Afrique autant de sondages ethniques grandeur nature, elles y débouchent donc automatiquement sur l’ethno-mathématique électorale. D’où la crise permanente. Les peuples les moins nombreux étant en effet écartés du pouvoir, soit ils ne se reconnaissent pas dans les Etats, soit ils se soulèvent contre eux. Tout au contraire, loin des nuées idéologiques, la politique africaine de la Russie est axée sur le réel, sur les forces armées qui constituent les cercles du vrai pouvoir.
Et pendant que l’OTAN avance ses pions contre la Russie en obtenant de nouvelles adhésions ou demandes d’adhésion en Europe du Nord, Moscou déplace les siens en Afrique, contre l’Occident, en signant des accords militaires avec la plupart des pays du continent.
Quant à la France, elle s’est évincée toute seule du continent en raison de la nullité de ses dirigeants et de constantes et colossales erreurs politiques que je n’ai cessé de mettre en évidence dans les numéros successifs de l’Afrique Réelle. D’autant plus que, s’étant totalement soumise à l’Otan, donc aux Etats-Unis, elle s’est montrée hostile aux intérêts russes, notamment en Libye, en Syrie, en Belarus et aujourd’hui en Ukraine. En Afrique, Moscou lui rend donc en quelque sorte « la monnaie de sa pièce »…
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