vendredi 21 juillet 2023
samedi 1 juillet 2023
L'Afrique Réelle n°163 - Juillet 2023
Sommaire
Actualité
- Mayotte, le Lampedusa français de nouveau et comme toujours en situation insurrectionnelle…
- Nigeria : Le jihad pastoral du Middle-Belt
Dossier :
La civilisation grecque aurait-elle été créée par des Africains ?
- Martin Bernal, la caution blanche des afrocentristes
- Black Athena : une arme idéologique
- Les Grecs étaient-ils noirs de peau ?
- Mayotte, le Lampedusa français de nouveau et comme toujours en situation insurrectionnelle…
- Nigeria : Le jihad pastoral du Middle-Belt
Dossier :
La civilisation grecque aurait-elle été créée par des Africains ?
- Martin Bernal, la caution blanche des afrocentristes
- Black Athena : une arme idéologique
- Les Grecs étaient-ils noirs de peau ?
Histoire
Abd el-Kader fut-il l’ « Unificateur de l’Algérie » ?
Editorial de Bernard Lugan
Les délires de l’afrocentrisme
Abd el-Kader fut-il l’ « Unificateur de l’Algérie » ?
Editorial de Bernard Lugan
Les délires de l’afrocentrisme
Quand de la « blonde Athéna aux yeux bleu clair », les afrocentristes prétendent faire une « négresse », le moins averti s’aperçoit qu’on se paie sa tête. Et pourtant, c’est ce que soutient dans son livre Black Athena, l’Américain Martin Bernal, le pendant blanc de l’afrocentriste Cheick Anta Diop dont nous avons analysé les écrits dans le précédent numéro de l’Afrique Réelle.
Il est affligeant de devoir réfuter de telles stupidités, mais, la marche pour le moment inexorable de l’afrocentrisme, du décolonialisme et du wokisme, oblige à le faire afin de ne pas laisser le terrain à ceux dont le but est la déconstruction systématique de notre civilisation. Afin de mieux nous asservir.
Nous savons pourtant fort bien à quoi ressemblaient les anciens Grecs. Nous le savons par la statuaire, par une foule de documents figurés, de témoignages littéraires, et notamment les traités de physiognomonie. A supposer que les Proto-grecs du IIe millénaire aient été colonisés par des Egyptiens postulés être des « Nègres », il n’en est donc rien résulté du point de vue physique… Qu’ils aient le fin visage de Platon ou celui, plus grossier, de Socrate, les Grecs ne ressemblaient pas plus à des Egyptiens que leurs temples à des pyramides, ou leurs cités à leur monarchie théocratique.
Acculés devant le vide de son néant historique par les spécialistes de toutes les disciplines concernées, Bernal a eu recours à un procédé bien peu scientifique mais constamment utilisé par les afrocentristes : il a accusé de racisme les spécialistes de la Grèce classique lesquels auraient écarté toutes les preuves africaines qui, lors de leurs découvertes seraient venues en contradiction du schéma des origines indo-européennes de la Grèce.
En dépit de ses immenses richesses en hydrocarbures, le Nigeria, quadrilatère artificiellement découpé par la colonisation britannique, n’en finit pas de mourir.
En plus du nord-est du pays où sévissent Boko Haram et l’Etat islamique (EIAO), une autre guerre sanglante se déroule au Nigeria, dans la région du Middle-Belt, avec pour épicentre la ville de Jos.
Historiquement, la région constitue un front historique entre sultanats nordistes esclavagistes et populations sédentaires qui, aux XVIIIe et XIXe siècles, subirent les raids des premiers. Et qui voient dans les actuelles migrations des Peul-Fulani un retour aux temps anciens, d’avant la colonisation libératrice. La région forme également une ligne de faille religieuse entre un islam septentrional en pleine expansion et des christianismes sur la défensive.
Les affrontements sanglants qui s’y déroulent sont clairement le prolongement de ceux de l’époque précoloniale. Ils sont inscrits dans la longue durée ethnique régionale.
En réalité, ici comme partout ailleurs au Sahel, nous assistons à la reprise d’un mouvement historique en direction du monde soudanien, mouvement qui fut provisoirement bloqué par la colonisation. On, lira à ce sujet mon livre « Histoire du Sahel ».
vendredi 16 juin 2023
Qui doit « rendre des comptes » ? La France à l’Algérie, ou les dirigeants algériens à leur peuple pour avoir pillé et ruiné l’Algérie ?
L’Algérie vient donc de décider de rétablir le
couplet de son hymne national demandant à la France de « rendre des comptes ».
Pourquoi ? La réponse est pourtant claire : comme à chaque fois que
les dirigeants algériens vitupèrent contre la France, c’est parce que leur pays
traverse une grave crise.
C’est très exactement le cas aujourd’hui avec
la marche de l’Algérie vers la faillite, et voilà donc pourquoi le
« Système » prédateur sort son joker habituel qui est l’insulte à la
France.
Retour sur le
naufrage algérien :
1) Faute de diversification, l’économie
rentière algérienne est quasi totalement dépendante des hydrocarbures qui
représentent environ 90% des exportations nationales. Or, tant que la tendance des
cours sera baissière, les revenus le seront donc également et automatiquement.
2) Les réserves de change se sont effondrées, passant de 193
milliards de dollars début 2014, à 66,1 mds fin mars 2023 (FMI).
3) Dans le même temps, la dette publique du pays a considérablement
augmenté, passant de 7,7 % du PIB fin 2014, à 52,4 % fin 2022 (FMI).
4) Le déficit budgétaire représentait 12,3 % du PIB en 2022 (Banque
mondiale).
Dans ces conditions, quel avenir attend l’Algérie ?
Une chose est certaine : comme le pays n’a toujours pas lancé
une véritable politique de diversification, s’il ne bénéficie pas d’une
« divine surprise » qui serait une envolée des cours des hydrocarbures,
ses réserves de change vont donc continuer à baisser au rythme de plusieurs
milliards de dollars par an.
Pour deux principales raisons :
1) Les prix des hydrocarbures reviennent au niveau qui était le leur
avant la guerre en Ukraine, et même globalement en dessous, du fait de la
montée en puissance des énergies renouvelables
2) Les réserves algériennes en hydrocarbures stagnent, cependant
que le volume des exportations baisse en raison de la hausse de la consommation
intérieure.
Le calcul est donc vite fait, et il l’a été par le FMI. Avec des
réserves de change qui atteignaient 66,1 milliards de dollars fin mars 2023, et
en supposant une baisse annuelle des réserves ramenée à seulement 10 milliards
de dollars par année, contre presque 14 milliards sur la période 2018-2021, en 2028,
l’Algérie ne devrait plus pouvoir couvrir que quatre mois d’importations. Une
situation de faillite, et un scénario semblable à celui qu’a connu le Venezuela,
avec toutes les conséquences politiques et géopolitiques d’un tel cataclysme.
L'Algérie est donc dans la nasse car,
quoique ne produisant rien, elle est cependant condamnée à continuer d'importer
afin de nourrir, soigner et habiller une population à la suicidaire croissance,
et cela, afin de tenter d’éviter l’inéluctable explosion sociale annoncée.
D'autant plus que, même les productions traditionnelles (dattes, oranges,
semoule pour le couscous) étant insuffisantes, leur volume d'importation est
toujours en augmentation.
L’Algérie va donc, tôt ou tard, devoir rétablir les licences
d’importation pour freiner les achats à l’étranger. Avec plusieurs conséquences
qui vont être de pénaliser encore davantage des pans entiers de l’économie,
tout en amplifiant les trafics et le
marché noir.
Le plus grave pour la stabilité politique est
que l’Algérie va également devoir couper dans les transferts sociaux qui
atteignent en moyenne plus de 70 milliards de dollars par an, soit environ 30%
du PIB. Le risque d’explosion sociale est donc immense car l'Etat-providence
algérien va être condamné à prendre des mesures impopulaires comme la
suspension des recrutements de fonctionnaires, l’abandon de projets sociaux
indispensables, de projets transport comme de nouvelles lignes de tramway ou la
réfection de voies ferrées. Sans parler de l’obligation
de réduire un colossal budget de l’armée uniquement destiné à l’absurde guerre
que l’Algérie mène contre le Maroc à travers le Polisario.
L’Etat algérien ira-t‘il cependant jusqu’à oser
toucher aux 6% du budget de l’Etat alloués
à l’« Organisation nationale des moudjahidines » (ONM), soit davantage
que le budget des ministères de l'Agriculture et de la Justice…. ? L’on peut en douter car cette
organisation sangsue constitue l’ultime socle du « Système » alors
que, selon l’ancien ministre Abdeslam Ali Rachidi « tout le monde
sait que 90% des anciens combattants, les moudjahidine, sont des faux » (El Watan, 12 décembre 2015)…
Plutôt que de
demander des comptes à la France, c’est le peuple algérien qui, tôt ou tard, va
en demander à des dirigeants qui, depuis 1962, ont pillé les richesses du pays après avoir dilapidé
le colossal héritage laissé par la France.
Une chose est cependant positive dans les insupportables
attaques portées contre la France dans la mesure où, pour l’opinion française,
la coupe est désormais pleine. Résultat, la parole se libère comme les
déclarations d’Edouard Philippe en sont une éloquente illustration...
Pour l’exposé et les réfutations de la fausse
histoire sur laquelle l’Algérie fonde ses accusations contre la France, on se
reportera à mon livre : « Algérie l’histoire à l’endroit »
mercredi 7 juin 2023
Sénégal : l’affligeante lecture journalistique de la crise
Rarement avares de schématisations et d’analyses médiocres, les médias français viennent de se surpasser à propos de la crise que traverse actuellement le Sénégal et des
émeutes sanglantes qui en ont découlé ces dernières semaines. Pour eux,
l’explication est simple : il s’agit du rejet par la jeunesse d’un
président tentant de se maintenir au pouvoir à travers un 3° mandat, et qui,
pour y parvenir, aurait fait disqualifier son jeune opposant épris de démocratie par une justice
aux ordres. Le tout sur fond de crise économique et sociale.
Affligeante de superficialité,
une telle présentation fait l’impasse sur le mal profond qui mine le Sénégal. Longtemps
exception en Afrique, ce pays voit en effet aujourd’hui son système politique
arriver à la fin d’un cycle à travers l’essoufflement du mythe de l’Etat supra
ethnique. Et cela, les butors médiatiques français ne l’ont naturellement pas
vu…
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mercredi 31 mai 2023
L'Afrique Réelle n°162 - Juin 2023
Sommaire
Numéro spécial :
L’afrocentrisme entre mythes et mensonges
- A l'origine de l'afrocentrisme se trouve cheikh Anta Diop
- Les Européens sont-ils les descendants de migrants africains ?
- Les anciens Egyptiens étaient-ils des « Nègres » ?
- La génétique contre l’afrocentrisme
- L’Egypte est-elle la matrice des cultures africaines ?
- L’Amérique aurait-elle été découverte par des Noirs ?
Numéro spécial :
L’afrocentrisme entre mythes et mensonges
- A l'origine de l'afrocentrisme se trouve cheikh Anta Diop
- Les Européens sont-ils les descendants de migrants africains ?
- Les anciens Egyptiens étaient-ils des « Nègres » ?
- La génétique contre l’afrocentrisme
- L’Egypte est-elle la matrice des cultures africaines ?
- L’Amérique aurait-elle été découverte par des Noirs ?
Editorial de Bernard Lugan
Le premier homme était noir. L’ancienne Egypte était « nègre », Cléopâtre avait la peau noire. Toutes les inventions primordiales ont été faites par les Egyptiens, donc par des Noirs. La civilisation égyptienne-noire est donc à l’origine de toutes les évolutions intellectuelles et technologiques, notamment l’électricité produite par les pyramides qui étaient en réalité des centrales électriques. Les Noirs Africains ont découvert l’Amérique avant Colomb, ils sont à l’origine de la civilisation maya et ils ont appris la momification aux Inca… etc… etc…
Voilà quelques-unes des calembredaines constituant le « corpus doctrinal» de l’afrocentrisme. Hérité des postulats aussi « pittoresques » que fantasmagoriques de Cheick Anta Diop, son origine est l’Amérique, notamment les campus des Etats-Unis. Hantés par l’enfer de leur histoire, des intellectuels afro-américains y ont inventé l’afrocentrisme, mirage leur permettant d’enfouir leurs frustrations dans le refuge de l’imaginaire.
Avec l’afrocentrisme et ses dérivés, nous ne sommes cependant pas face à de simples élucubrations produites par des illuminés. C’est en effet une idéologie cohérente dans son enfermement doctrinal présentée comme l’alternative à l’histoire officielle postulée être l’instrument de domination de l'homme blanc. Une idéologie raciale abreuvée au mythe d’une « nation africaine » dont l’histoire grandiose aurait été occultée à la suite d’un « complot raciste » de la science historique blanche-coloniale.
Aujourd’hui, à l’ère du wokisme et des décoloniaux (voir à ce sujet mon livre Pour répondre aux décoloniaux), pour une partie des intellectuels afro-américains et africains, les postulats farfelus de l’afrocentrisme sont devenus autant de vérités prospérant dans la négation du réel. Ceux qui y adhèrent refusent de reconnaître qu’il existe une différence de nature entre fait et mythe.
Pour les afrocentristes et les décoloniaux, l’histoire n’est en effet pas une science avec ses règles, ses lois, sa méthodologie, mais un outil de l’impérialisme blanc colonial, un complot destiné à abaisser les Noirs afin de faire oublier qu’ils furent les moteurs de l’histoire humaine.
Afin de répondre à l’histoire blanche-coloniale, l’ « histoire » écrite par les afrocentristes et les décoloniaux prétend rétablir la vérité. Or, elle n’est en réalité qu’une tentative d’affirmation de visions valorisantes permettant de dépasser les frustrations de groupes déchirés par leurs complexes existentiels.
Voulant justifier leurs postulats, les afrocentristes et les décoloniaux ont donc définitivement renoncé à l’histoire science. Toute critique de leurs élucubrations est interdite car considérée comme « raciste » par les afrocentristes. Cela leur permet donc de mettre un terme au débat, tant leurs contradicteurs sont aussitôt désarmés et paralysés par une telle accusation…
lundi 22 mai 2023
François Mitterrand et Vladimir Poutine : deux visions contradictoires de l’avenir de l’Afrique
Le
20 juin 1990, dans son fameux discours prononcé à La Baule lors du 16° sommet
franco-africain, François Mitterrand déclara
que c’était par déficit de démocratie que le continent ne parvenait pas à se
« développer ». En conséquence de quoi, il conditionna désormais
l’aide de la France à l’introduction du multipartisme.
Le résultat fut que, dans toute l’Afrique
francophone, la chute du système de parti unique provoqua une cascade de crises
et de guerres, le multipartisme y exacerbant l’ethnisme et le tribalisme jusque-là
contenus et canalisés dans le parti unique. Avec pour conséquence le triomphe
électoral des ethnies les plus nombreuses, ce que j’ai baptisé il y a plus de
trois décennies d’ « ethno-mathématique électorale ».
L’échec fut donc total car le postulat français
qui était que les élections allaient permettre de dégager un consensus
« national » entre les factions ethno-politiques ne fut pas vérifié.
En effet, non seulement la démocratie a échoué à régler les conflits africains,
mais plus encore elle les a nourris. Trois exemples :
1) Au
Sahel, comme ils sont minoritaires, les nordistes qui sont assurés de perdre
les élections sont donc exclus du pouvoir par les urnes. Pour eux, la « solution »
électorale n’est donc qu’une farce puisqu’elle ne fait que confirmer à chaque
scrutin les pourcentages ethniques, donc leur subordination démocratique aux
sudistes (voir mon livre Histoire du Sahel des origines à nos jours).
2) Au
Rwanda où les Tutsi forment 10% de la population et les Hutu 90%, sous la
pression de la France, le président hutu Habyarimana fut contraint d’accepter
le multipartisme. Or, ce système fit remonter
au grand jour les profondes fractures de la société rwandaises jusque-là engerbées
au sein du parti unique. Le résultat fut une atroce guerre civile suivie du
génocide de 1994 à l’issue duquel les Tutsi du général Kagamé qui n’étaient pourtant
toujours que 10% de la population, reprirent par les armes un pouvoir perdu par
les urnes trois décennies auparavant.
Ici, la démocratie a donc débouché sur
le chaos, puis sur un génocide ( voir mon livre Rwanda, un génocide en questions) et finalement sur la
déstabilisation de toute la région des Grands Lacs et du Kivu .
3) En Libye, après y avoir provoqué
l’anarchie, la France, ses alliés de l’Otan et ses partenaires de l’UE ont prétendu
reconstruire le pays à partir d’un préalable électoral. Or, ce dernier est inapplicable car il se heurte de front au
système politico-tribal, les tribus libyennes ayant en effet leurs propres
règles internes de fonctionnement qui ne coïncident pas avec la démocratie
occidentale individualiste fondée sur le « One man, one vote »(Voir
mon livre Histoire de la Libye des origines à nos jours).
La
Russie de Vladimir Poutine a très exactement pris le contre-pied du « diktat »
démocratique de François Mitterrand. A la différence du président français,
elle considère en effet, et tout au contraire, que la cause des blocages de
l’Afrique n’est pas le manque de démocratie, mais son instabilité politique…Une
instabilité largement provoquée par cette même démocratie...
Aujourd’hui,
de plus en plus nombreux sont les pays africains qui font la même analyse. Voilà
les raisons de l’éviction de la France, un phénomène qui s’inscrit dans le
cadre du grand basculement en cours et que les dirigeant français, englués dans
leurs concepts universalistes n’ont pas vu venir. En Afrique, comme d’ailleurs
un peu partout dans le monde, nous assistons en effet à la fois à la fin d’un
cycle, et à un changement de paradigme.
dimanche 7 mai 2023
lundi 1 mai 2023
L'Afrique Réelle N°161 - Mai 2023
Sommaire
Actualité
La situation au Mali après le départ des forces françaises
Dossier : Afrique : politique d’abord
- Le quadruple problème politique de l’Afrique
- Les raisons de l’échec de sept décennies de « développement »
Dossier : La dénonciation de l’homosexualité, nouvelle arme de mise en accusation du « monde blanc »
- En Afrique, l’homosexualité n’a pas été importée par les Blancs
- La criminalisation de l’homosexualité en Afrique
Editorial de Bernard Lugan
La situation au Mali après le départ des forces françaises
Dossier : Afrique : politique d’abord
- Le quadruple problème politique de l’Afrique
- Les raisons de l’échec de sept décennies de « développement »
Dossier : La dénonciation de l’homosexualité, nouvelle arme de mise en accusation du « monde blanc »
- En Afrique, l’homosexualité n’a pas été importée par les Blancs
- La criminalisation de l’homosexualité en Afrique
Editorial de Bernard Lugan
A travers les mesures juridiques « anti-gay » prises par la grande majorité des pays, africains, c’est en réalité à un rejet des « valeurs » occidentales jugées contraires à « l’ordre naturel » que nous assistons.
Ceci étant, l’homosexualité, tant masculine que féminine, était une réalité attestée et parfois même institutionnalisée dans nombre de sociétés traditionnelles africaines. Comme il est démontré dans ce numéro de l’Afrique Réelle, l’Afrique n’a en effet pas attendu l’arrivée des « Blancs » pour en explorer les multiples « facettes ».
Le second dossier de ce numéro est consacré à la question politique qui se pose en Afrique où la transposition de la démocratie individualiste a provoqué le chaos.
A cet égard, méditons la superbe adresse à l’Occident faite le 18 septembre 1977 devant les Nations Unies par Hassan Gouled, président de la République de Djibouti :
« Notre vérité, à nous peuples du lait et du mouton, vous l’avez trop longtemps ignorée, peuples du blé et de la vigne ; vos concepts ne sont pas les nôtres. Le champ carré de vos idées forme pour nous un même paysage qui s’accorde mal à l’errance de nos troupeaux… »
Dans les pays de l'hémisphère nord où les sociétés sont individualistes; la vie politique repose sur des convictions communes et sur des programmes politiques transcendant les différences culturelles ou sociales. L'addition des suffrages individuels y fonde la légitimité politique.
Dans les Afriques, les sociétés étant communautaires, hiérarchisées et solidaires, l'idée de Nation y est donc différente et le principe démocratique du « one man, one vote » y est une impasse.
Le problème politique africain peut être résumé en une grande question : comment éviter que les peuples les plus prolifiques soient, en raison de l’ethno-mathématique électorale, automatiquement détenteurs d’un pouvoir issu de l’addition des suffrages ?
Tant qu’une réponse n’aura pas été donnée à cette interrogation, les Etats africains seront perçus comme des corps étrangers prédateurs par une large partie de leurs propres « citoyens ».
En Afrique, trois décennies après le « discours de La Baule » prononcé par François Mitterrand le 20 juin 1990, nous assistons aujourd’hui à un changement de paradigme car la démocratie postulée être le remède aux maux du continent n’y a apporté ni développement économique, ni stabilité politique et encore moins sécurité. Voilà donc pourquoi l’Afrique se tourne peu-à-peu vers des pouvoirs autoritaires, tout en cherchant des modèles et des soutiens ailleurs que parmi les démocraties occidentales.
D’où l’entrée en scène de pays comme la Chine, la Turquie et la Russie.
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