mardi 2 novembre 2010

L'Afrique Réelle N°10 - Octobre 2010

 
SOMMAIRE :

Actualité : Rwanda
- La mort de Joshua Ruzibiza vue par les journalistes militants
- Joshua Ruzibiza : vérité judiciaire et vérités journalistiques

Dossier : Sud-Soudan
- Les quatre Soudan
- La guerre du Sud-Soudan
- La question du pétrole
- Un avenir hypothéqué

EDITORIAL :

Le Soudan, pays mastodonte, est secoué par trois conflits internes, celui du Darfour, celui des Beja (Bedja) à l’est du Nil, dans la région montagneuse parallèle à la mer Rouge et celui du Sud Soudan où un référendum doit en principe être organisé au début de l’année 2011. La guerre du Darfour a masqué celle du Sud-Soudan où les hostilités ont éclaté dès 1956, année de l’indépendance du Soudan anglo-égyptien. En 2005, affaibli par la guerre de sécession livrée par les Sudistes, et acculé à des concessions par la communauté internationale en raison des exactions commises au Darfour, le régime islamiste de Khartoum fut contraint de composer. C’est ainsi qu’il accorda une large autonomie au Sud-Soudan et qu’il accepta le principe de la tenue d’un référendum portant sur le statut de la région. Au mois de janvier 2011, les populations du Sud-Soudan iront donc en principe aux urnes et elles auront alors le choix entre maintenir l’unité du pays ou faire sécession. La question du Sud-Soudan peut donc déboucher sur l’éclatement du plus vaste Etat de l’Afrique sud saharienne et sur la remise en cause du principe de l’intangibilité des frontières africaines. La consultation pourrait également être la motrice d’une véritable dynamique de conflits, la question du partage des ressources pétrolières et celle de l’utilisation des eaux du Nil en faisant une bombe à retardement.

Entre la sécession pure et simple et le maintien de l’unité du pays, des solutions alternatives sont « suggérées » par ceux des acteurs internationaux qui ont intérêt à maintenir la liberté d’extraction du pétrole, à commencer par la Chine, premier client du Soudan. La géopolitique régionale est en effet en partie conditionnée par le projet chinois de pipeline qui conduirait jusqu’à la région de Port Soudan et à son terminal pétrolier les productions du Tchad et pourquoi pas celles du sud de la Libye, ce qui éviterait aux tankers chinois de devoir faire le tour de l’Afrique pour aller charger à Port Kribi au Cameroun ou en Méditeranée. Or, qu’adviendrait-il de ce projet si la partition du Soudan devenait effective et si la guerre embrasait la région ? Comme les plus importantes réserves pétrolières du Soudan sont situées dans les zones qui pourraient faire sécession, la solution pourrait alors être dans une confédération avec séparation politique doublée d’une complémentarité économique. Cette idée est refusée par les pays de la « ligne de front chrétienne », au premier rang desquels l’Ouganda dont le président, Yoweri Museveni, a clairement soutenu auprès du président Obama l’idée de l’indépendance du Sud Soudan. Cette option est également celle de Jérusalem, qui ne peut que voir d’un bon œil la perspective de l’affaiblissement du géant musulman qu’est le Soudan. D’autant plus qu’une recomposition politique régionale pourrait alors se produire, un « Etat chrétien » de plus venant renforcer l’Ethiopie (62% de chrétiens), l’Ouganda (70% de chrétiens) et le Kenya (66% de chrétiens). Quant à l’Egypte qui a toujours considéré le Soudan comme sa dépendance méridionale, comment réagirait-elle en cas d’indépendance du Sud Soudan ? Pour le moment, l’Egypte et le Soudan sont alliés dans la question du partage des eaux du Nil, contre sept pays d’Afrique de l’Est qui sont l’Ethiopie, le Kenya, la Tanzanie, la RDC, le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda. Ces derniers réclament la renégociation du traité de 1929, actualisé en 1959, qui accorde plus de 85% du débit du fleuve à l’Egypte et au Soudan. Le Caire dispose également d’un droit de veto sur toute nouvelle construction (barrage, station de pompage ou d’irrigation) en amont du fleuve, ce qui bloque des dizaines de projets nationaux et régionaux. Quelle serait alors l’attitude d’un Sud Soudan indépendant qui pourrait être tenté d’ouvrir ses immensités à l’agriculture industrielle alors que l’Egypte a clairement menacé de bombarder tout chantier qui pourrait être susceptible d’affecter en amont le débit du Nil ?

Bernard Lugan

lundi 27 septembre 2010

L'Afrique Réelle N°9 - Septembre 2010


























SOMMAIRE : 

Actualité : Grands lacs
- Le pétrole du lac Albert : vers un embrasement régional ?

Dossier : L'emblématique affaire Nahimana
- Retour sur le cas Jean-Pierre Chrétien à propos de Ferdinand Nahimana
- L'insolite expertise de Jean-Pierre Chrétien devant le TPIR
- Le mea culpa d'Hervé Deguine

EDITORIAL :


Les lignes de force se sont remises à bouger dans la région des Grands Lacs où la RDC et le Rwanda, les deux ennemis d’hier, sont, aujourd’hui, devenus des alliés de fait. Pourquoi ce retournement et peut-il durer ? Tout a changé au début de l’année 2009 quand un accord fut conclu entre Kigali et Kinshasa dont l’objectif officiel était l’éradication dans le Kivu des milices hutu du FDLR. Puis un écran de fumée fut mis en place avec l’arrestation par le Rwanda du « général » tutsi Laurent Nkundabatware dit Nkunda. Cette opération servit à faire croire à la réalité de l’intégration dans les rangs des FARDC (Forces armées de la République Démocratique du Congo), des milices tutsi congolaises. En réalité, les anciens miliciens continuèrent d’agir dans les zones qu’ils occupaient et sous le commandement de leurs chefs, s’étant contentés de coudre sur leurs uniformes les insignes des FARDC. D’ailleurs, si le but de l’accord avait été l’intégration des forces armées, les unités rebelles auraient été éclatées au sein des forces nationales et envoyées en garnison à travers le pays. Toute la région, spécialement celle du Nord Kivu, est donc de fait demeurée entre les mains de Kigali, mais avec l’aval de Kinshasa cette fois. Le président Kabila qui, certes est faible, mais qui est loin d’être un naïf, aurait-il donc accepté et même cautionné la quasi partition de son pays ? Evidemment non. L’affaire est plus complexe qu’il n’y paraît car, en réalité, c’est un jeu subtil qu’il mène. Comme il n’est pas de taille à lutter à la fois contre les ambitions ougandaises dans la région du lac Albert et contre la politique annexionniste du Rwanda dans les Kivu, il a donc provisoirement décidé de « faire la part du feu » en s’appuyant sur Kigali pour éviter de se voir spolié par Kampala et les grandes compagnies pétrolières.
Le marché est clair : Kigali doit s’immiscer dans le jeu pétrolier du lac Albert afin de tenter de faire obstacle à la tentative de mainmise ougandaise. En échange, Kinshasa se montrera discret sur la présence des troupes rwandaises au Kivu et n’utilisera pas contre Kigali le rapport de l’ONU sur le génocide commis par ses troupes dans l’est de la RDC. Le chef de l’Etat congolais qui a plusieurs fers au feu fait le calcul suivant : dans le futur, il aura moins à craindre de Kagamé que de Museveni car, après avoir été adulé par l’opinion internationale, le président rwandais devient peu à peu un paria au fur et à mesure que les mensonges liés au génocide, à ses causes, à son éclatement, à son déroulement et à ses conséquences en RDC, apparaissent au grand jour.
Le pari de Kinshasa n’est cependant pas gagné car Kagamé n’est pas non plus un naïf et comme il a déjà été lâché par plusieurs de ses soutiens, prendra t’il le risque de se mettre à dos les compagnies pétrolières ? Comme il n’est plus en mesure de jouer sa carte internationale favorite qui est le chantage à la guerre, lui aussi doit donc miser sur plusieurs tableaux. C’est pourquoi, tout en donnant des assurances à la RDC, il fait miroiter les potentialités pétrolières de la région du lac Kivu dont il se ferait fort de garantir l’exploitation, l’intérêt des pétroliers étant naturellement de traiter avec un régime fort… Certes, mais ses opposants tutsi actuellement réfugiés en Afrique du Sud font la même promesse et ils appellent clairement à son renversement… Dans ces conditions, Kagamé qui désormais joue sa survie, n’a donc pas intérêt à se brouiller encore davantage avec Museveni. Comme ce dernier est lui aussi affaibli, tous deux ne vont-ils pas se rapprocher ? Le problème est qu'une telle politique se ferait aux dépens de Kabila qui ne manquerait alors pas d’utiliser le rapport de l’ONU qui accable Kigali... Quoiqu’il en soit, le président ougandais a-t-il, lui, intérêt à une entente avec un Kagamé sur le déclin? Ne pourrait-il pas plutôt tenter de reprendre la main en proposant un « accord » à Kinshasa sur le dos de l’actuel président rwandais ? Toutes les options sont ouvertes.
 
C’est dans ce jeu de poker menteur à la fois complexe et mouvant que la France tente actuellement de s’introduire avec une connaissance superficielle de la subtile alchimie ethno politique régionale.

Bernard Lugan

dimanche 19 septembre 2010

S'abonner à l'Afrique Réelle par PayPal et Carte bleue

Formule

jeudi 19 août 2010

L'Afrique Réelle N°8 - Août 2010

























 
SOMMAIRE :

Dossier : La réalité ethnique en Afrique
- Définitions
- Jean-Pierre Chrétien, ou les ethnies vues comme un fantasme colonial
- Les tutsi ont ils été créés par la colonisation ?
- L'insolite méthodologie de Jean-Pierre Chrétien

Actualité des ethnies :
- Guinée : la réalité ethnique à travers l'exemple des dernières élections présidentielles
- Afrique du Sud : la réalité ethnique à travers les forces politiques

EDITORIAL :

En France, le fait ethnique a longtemps été banni des études africaines car le postulat qui sous-tendit les travaux des africanistes de la seconde moitié du XX° siècle, fut que ces dernières avaient été créées par la colonisation. Poussons à son terme ce postulat aberrant énoncé par Jean-Pierre Chrétien, Jean Loup Amselle ou encore Catherine Coquery-Vidrovitch : si l’Afrique précoloniale ignorait les ethnies, le continent n’avait donc pas d’histoire et il n’était qu’un conglomérat d’individus indifférenciés ultérieurement structuré par la colonisation... Cette vision est parfaitement stupide, mais revenons néanmoins au cœur de la théorie de Jean-Pierre Chrétien et consorts. La réponse à leur thèse tient en une question : les ethnies existaient-elles au moment où se fit la colonisation ? La réponse est oui, évidemment oui car, en Afrique comme dans le reste du monde, l’Histoire s’écrit autour des peuples, des ethnies. En Afrique, l’actualité le montre quotidiennement, et, hélas, de manière régulièrement dramatique de la Côte d’Ivoire au Soudan, du Tchad au Rwanda et du Kenya à la RDC, etc. Nier une telle évidence ne relève pas de la controverse scientifique, mais de la pathologie. Dans ce numéro de l’Afrique Réelle, nous montrons que cette réalité ethnique est également la clé de la situation en Afrique du Sud et en Guinée.

Tout est-il pour autant ethnique ? La question africaine se résume t-elle à une addition de problèmes ethniques ? Evidemment non, mais si l’ethnie n’explique pas tout, elle est cependant à la base de tout, même quand l’apparence des crises est économique.
Trois exemples le démontreront :
 
1) Ce n’est pas le pétrole qui est à l’origine de la guerre du Sud Soudan, mais l’opposition entre populations nordistes arabo-musulmanes et sudistes négro-africaines. Cette guerre, résurgence de conflits multi séculaires a éclaté en 1956 alors que le pétrole n’est produit que depuis une décennie à peine.
2) Le trafic du coltan n’explique pas les guerres du Kivu, même si aujourd’hui il les alimente en partie. Elles ont en effet éclaté dans les années 1990 quand les Tutsi congolais (les Banyamulenge) furent instrumentalisés par le Rwanda pour déstabiliser le régime Mobutu.
3) Les diamants n’ont pas provoqué la guerre civile de Sierra Leone puisque sa cause en est la contagion découlant de la guerre ethnique du Liberia et des évènements ethno politiques de Guinée. Ce ne fut que dans un second temps que le conflit s’est nourri du commerce des diamants.

Depuis les années 1990, le problème ethnique africain a été amplifié par la démocratie. Le placage de la démocratie fondée sur le « one man one vote » aboutit en effet à l’ethno mathématique puisqu’il débouche sur la victoire automatique des plus nombreux. Le problème n’est d’ailleurs pas tant la démocratie en elle-même que la manière dont elle a été transposée en Afrique sans qu’auparavant il ait été réfléchi au mode de représentation et d’association au pouvoir des ethnies minoritaires. C’est pourquoi il est impératif de définir des voies constitutionnelles permettant la cohabitation ethnique sur des bases consensuelles et cela, afin d’éviter que les plus nombreux soient automatiquement détenteurs d’un pouvoir issu de l’addition des suffrages. La solution pourrait être un système dans lequel la représentation irait d’abord aux groupes et non plus aux individus. Mais il s’agirait là d’une véritable révolution culturelle car, en définitive, ce sont les fondements philosophiques des sociétés démocratiques « occidentales » fondées sur l’individualisme qui seraient alors remis en cause. Avec l’universalisme destructeur qui les supportent.

Bernard Lugan

mardi 27 juillet 2010

L'Afrique Réelle N°7 - Juillet 2010


























SOMMAIRE :

Actualité : Football
- La grande désillusion des équipes africaines

Dossier : Afrique du Sud
- Comment les afrikaners ont été trahis par Frederik De Klerk

Dossier : Rwanda
- Le génocide aurait-il été programmé après le 6 avril 1994 ?

Histoire :
- L'arabisation du Maroc berbère
- Vers la reconstitution d'Al-Andalus ?

EDITORIAL :

Ce ne fut pas n’importe où en Afrique qu’eut lieu la coupe du monde de football, mais en Afrique du Sud, ce qui n’est pas la même chose. Peut-on en effet imaginer un seul instant qu’un tel évènement ait pu se dérouler au Nigeria, en RDC, au Soudan, en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Kenya, en Guinée, au Liberia, au Zimbabwe, en Somalie, ou n’importe où ailleurs au sud du Sahara ?
Disons-le clairement, si cette compétition fut tenue en Afrique du Sud, c’est parce que les Blancs qui ont hier créé ce pays gèrent ou dirigent aujourd’hui ce qui y marche encore.
Certes, des ouvriers noirs travaillèrent sur les chantiers routiers, tracèrent les voies de chemin de fer, construisirent les aéroports et édifièrent les stades, mais les concepteurs de tous ces projets, les ingénieurs qui les transformèrent en réalité et les contremaîtres qui en assurèrent le suivi quotidien étaient Blancs.
Certes, la sécurité de l’évènement fut physiquement assurée par des dizaines de milliers policiers noirs, mais la lourde organisation fut pensée, prise en charge et supervisée par des Blancs, cependant que les sociétés de sécurité privées blanches épaulaient la police officielle.
Si les touristes ont pu bénéficier d’infrastructures médicales performantes et d’une hôtellerie de classe internationale, c’est encore aux Blancs qu’ils le doivent. Enfin, ceux qui ont nourri visiteurs et nationaux furent ces 45 000 fermiers quotidiennement mis en accusation et dont plus de 3000 ont été assassinés depuis 1994. Quant au coût exorbitant de l’évènement, il sera assumé in fine par les contribuables sud africains, donc par les seuls Blancs, eux qui acquittent 95% de l’impôt !!!

Les lampions de la fête étant éteints, le temps des bilans est donc venu. Pour le secteur du tourisme les résultats sont négatifs car les visiteurs européens ont boudé l’évènement. Or, les budgets primitifs avaient été établis sur des prévisions de 450 000 touristes originaires des pays de l’hémisphère nord, chiffre abaissé à 375 000 avec au final moins de 250 000 visiteurs. Plusieurs centaines de milliers de réservations de chambres d’hôtel furent donc résiliées par Match, société partenaire de la FIFA qui avait le quasi monopole des réservations[1].
Le réveil risque donc d’être douloureux après un mois d’anesthésie sportive car la réalité va reprendre le pas sur le rêve.
Dans un rapport publié fin juillet et intitulé Ninth South African Employment Report, Mike Schussler, économiste de renom écrit ainsi que l’Afrique du Sud compte à peine 5,3 millions de contribuables pour 49 millions d’habitants, soit environ 11% de la population, soit encore, le total des Blancs plus quelques dizaines de milliers d’Indiens et quelques milliers de Noirs. En revanche, le nombre de personnes vivant des aides sociales et donc totalement prises en charge par l’Etat s’élève à 13 millions, soit 26% de la population, plus du double du nombre des imposés. Les personnes en âge de travailler et ayant un emploi (« Employment Rate »), sont 41%, ce qui revient à dire que 59% sont sans travail. De plus, depuis 2006, les emplois dans le secteur industriel ont baissé de 11% alors que dans le secteur étatique ils ont augmenté de 13%. La tendance est donc claire : insupportable ponction fiscale sur les Blancs qui sont les « vaches à lait » de la « Nouvelle Afrique du Sud » ; perte d’emplois dans le secteur industriel productif et augmentation dans le secteur public improductif. Des chiffres qui en disent plus que tous les longs discours concernant le soi-disant « miracle » sud-africain.

Bernard Lugan

[1] Référence : Mme Thandiwe January-Mclean, présidente du Comité du tourisme sud-africain.

dimanche 20 juin 2010

L'Afrique Réelle N°6 - Juin 2010


























SOMMAIRE :

Actualité : Afrique du Sud
- Criminalité, violence et coupe du monde de football

Actualité : Guinée Bissau
- Du non-Etat au Narco-Etat

Dossier : Rwanda
- La revue XXI et les curieuses méthodes de ses journalistes procureurs
- Etude de tir contre l'avion présidentiel rwandais le 6 avril 1994

Histoire : 
- France-Algérie : remettre les pendules à l'heure
- Sétif ou le coeur du contentieux historique franco-algérien

EDITORIAL :

La Coupe du monde de football a débuté en Afrique du Sud dans un contexte plus que morose car dès l’extinction des lampions de la fête il faudra faire les comptes. Le coût de cet évènement est en effet exorbitant : entre 4 et 6 milliards d’euros dépensés dans un pays qui compte 40% de chômeurs et dans lequel un habitant sur trois ne mange pas à sa faim. Certes, 150 000 emplois temporaires auront été créés pour les besoins de l’évènement, mais dans le même temps plusieurs centaines de milliers d'autres furent détruits... Affolés par les chiffres du crime, près de 300 000 meurtres depuis 1994 (!!!) les visiteurs étrangers sont moins nombreux que prévu, ce qui a déjà de graves conséquences pour l’industrie du tourisme. En plus des nuitées perdues, entre 1,8 et 2 millions de places destinées aux étrangers doivent être bradées à des nationaux à moins de 15 euros au lieu des 400 à 450 prévus. Le manque à gagner est donc considérable et le retour sur investissement plus que problématique. L’Afrique du Sud va donc rejoindre la cohorte des pays endettés pour avoir voulu organiser un évènement sportif planétaire, l'exemple de la Grèce qui accueillit les jeux olympiques en 2004 étant le plus éloquent.

Dans mon éditorial du numéro du mois de mai dernier, j’expliquai qu’une des raisons de la désaffection des Français pour la presse écrite d’information tient au fait que le monde médiatique qui se veut donneur de leçons s’est trop souvent enfermé dans les certitudes et les approximations imposées à la fois par le politiquement correct et par la sous culture de nombre de ses membres. La revue XXI qui vient de publier un dossier spécial sur le Rwanda illustre parfaitement ces travers. Dans ce numéro qui semble être écrit par des porte parole du régime de Kigali, les articles sont uniquement à charge et certains entretiens sont « bidonnés » avec des personnes jamais rencontrées auxquelles sont prêtés des propos inventés ; quant à l’absence de véritables investigations elle y est quasi constante. Il y a en définitive mépris du lecteur auquel sont proposées des opinions personnelles maquillées en travaux de journalistes d’investigation. Pour Alexis Senyorich qui décortique les manquements des collaborateurs de la revue XXI, la question est même de savoir si les auteurs des articles en question ont perdu leurs points de repère déontologiques ou bien s’ils sont en mission.
Au cœur de la controverse concernant les causes du génocide du Rwanda, la question de savoir qui a abattu l’avion du président Habyarimana le 6 avril 1994 est essentielle et c’est pourquoi nous avons demandé à un spécialiste d’étudier la trajectoire du missile qui a détruit en vol l’avion présidentiel rwandais. Ses conclusions sont particulièrement éclairantes.

Dans ce numéro de l’Afrique Réelle nous étudions également la Guinée Bissau, petit pays totalement artificiel découpé sur le littoral sénégambien et qui a fait l’actualité ces derniers mois. Ses maux sont parfaitement identifiés : oppositions ethno tribales, absence d’Etat et armée surdimensionnée. Les narcotrafiquants en ont profité pour en prendre quasiment le contrôle.


Lors du festival de Cannes, la désinformation concernant les évènements du mois de mai 1945 à Sétif a été totale. Les partisans de la repentance ont occupé les médias, se faisant les zélés porte-parole de la thèse algérienne, cependant que les autorités françaises gardèrent un silence prudent. Afin de ramener les uns et les autres à la réalité, nous abordons dans ce numéro la question de l’héritage légué par la France à l'Algérie.

Bernard Lugan

lundi 31 mai 2010

Arrestation de Peter Erlinder

Maître Peter Erlinder, avocat de nationalité américaine et président de l’association des avocats de la Défense au Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a été arrêté à Kigali le 28 mai 2010 alors qu’il s’y trouvait pour y assurer la défense de madame Victoire Ingabire, candidate hutu aux élections présidentielles du 9 août 2010, elle-même emprisonnée pour « négation du génocide, divisionnisme ethnique et terrorisme ». Maître Erlinder qui est poursuivi pour « négation et occultation du génocide » devrait être présenté devant la justice rwandaise en début de semaine. Il risque en théorie une peine de plusieurs années de prison.
Cette arrestation qui a provoqué une vive émotion aux Etats-Unis, principal soutien de Kigali, semble insolite tant ses conséquences vont rapidement apparaître comme contre-productives pour un régime devenu nerveux en raison des dissidences apparues au sein même de son premier cercle. En consultant l’impressionnante liste de personnages-clé du FPR,-hauts gradés de l’armée, de ministres, d’ambassadeurs etc.-, qui ont quitté le pays, ou qui y ont été emprisonnés, il est désormais difficile de ne pas parler d’autodestruction du système Kagamé. Après le général Faustin Kayumba Nyamwasa, longtemps numéro deux du régime et aujourd’hui réfugié en Afrique du Sud où il a rejoint le colonel Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements extérieurs, plusieurs très importants responsables militaires tutsi ont ainsi été suspendus ou mis aux arrêts, dont le général Emmanuel Karenzi Karake, ancien commandant en second de la mission de paix ONU-UA (Minuad) déployée au Darfour et le général Charles Muhire, ancien chef d’état-major des forces aériennes.
Le régime est également engagé dans une course contre la montre avec la justice internationale, les procédures judiciaires entamées par les juges Jean-Louis Bruguière en France et Fernando Andreu Merelles en Espagne étant toujours d’actualité en dépit des pressions subies par les juges français. Paul Kagamé est ainsi suspecté par la Justice française d’être le concepteur et le donneur d’ordre de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Habyarimana, attentat qui fut l’élément déclencheur du génocide ; quant à la Justice espagnole, elle l’accuse d’être l’organisateur des crimes de génocide, des crimes de guerre et des crimes de terrorisme dont sont collectivement accusés 40 officiers rwandais inculpés par l’Audiencia Civil. Quant au TPIR, c’est uniquement parce que les Etats-Unis d’Amérique y ont mis leur veto que les actes d’accusation contre les plus hauts dignitaires du FPR n’ont pas été signés par le Procureur.
Au mois d’avril 2010, Maître Erlinder a directement porté plainte aux Etats-Unis contre le président Paul Kagamé qu’il accuse d’avoir fait abattre l’avion du président Habyarimana. Cette plainte a été reçue comme une provocation à Kigali car de plus en plus nombreux sont les Américains qui commencent à s’interroger sur la nature du régime rwandais et qui se demandent pourquoi leur administration a toujours bloqué toute enquête du TPIR concernant cet attentat.
C’est dans ce contexte chargé que le président Kagamé s’est senti « nargué » par l’influent avocat et qu’il a décidé de le faire arrêter, commettant ainsi une faute politique dont les conséquences vont être lourdes pour lui.

Bernard Lugan
30/05/2010

mardi 25 mai 2010

Afrique Réelle N°5 - Mai 2010


























SOMMAIRE :

Actualité : Rwanda
- Le régime est-il en phase de désintégration ?
- Les conseillers de l'Elysée devraient apprendre l'histoire
- Tentatives d'intimidation

Actualité : Afrique du Sud
- Portrait d'Eugene Ney Terreblanche

Dossier : L'immigration choisie, nouvelle forme de Traite des Noirs ?

EDITORIAL :

Depuis un quart de siècle l’historiographie africaine a fait des progrès considérables, bouleversant les dogmes de la pensée dominante sur laquelle est fondée la culture d’asservissement de l’Europe. Ainsi :
- En 1986, puis durant la décennie 1990, le postulat selon lequel la richesse de l’Europe fut fondée sur l’exploitation de ses colonies africaines a été pulvérisé par Jacques Marseille et par les historiens britanniques. Journalistes, artistes et invités des émissions de télévision continuent à pourtant à ânonner les poncifs éculés du « pillage colonial ».
- En 2005, Daniel Lefeuvre démontra que la France s’était ruinée en Algérie et que les « 30 glorieuses » ne devaient rien à la main d’œuvre immigrée venue d’Algérie. Le président Bouteflika exige pourtant des excuses de la part de la France.
- Dans le domaine de la traite des Noirs, Olivier Pétré-Grenouilleau et les historiens anglo-saxons réduisirent à néant le postulat selon lequel la révolution industrielle Européenne résultait directement de la traite. Ils mirent également en évidence l’étroite association de bien des royaumes africains au phénomène, démontrant qu’en réalité, une partie de l’Afrique avait vendu l’autre aux Européens. L’acte d’accusation de la seule Europe est pourtant toujours psalmodié, cependant que la Traite musulmane est régulièrement occultée.
- Pour ma part, j’ai longuement mis en évidence, et cela depuis une quarantaine d’années, l’importance du fait ethnique. Après avoir été nié jusqu’à l’absurde, ce dernier est désormais cité par les journalistes parce qu’ils ne peuvent plus l’occulter. Ils tentent cependant de l’amoindrir, cherchant à faire croire qu’il serait en partie le résultat de la colonisation, ou bien ils le vident de son sens. Ainsi au Nigeria les affrontements traditionnels entre pasteurs peuls (Fulani) et agro pasteurs birom (voir Afrique Réelle n°3) sont présentés comme un choc religieux, explication tronquée car ces heurts sont multi séculaires alors que l’islam n’est présent dans la région que depuis la fin du XVIII° siècle et le christianisme que depuis les années 1900-1920… Il en coûte aux universalistes de reconnaître que les hommes sont différents et que partout dans le monde quand le principe de vie « une terre, un peuple » n’est pas respecté, les affrontements sont inéluctables.
- En Afrique du Sud, tous les historiens admettent désormais que, sur 1/3 du pays les Blancs ont l’antériorité sur les Noirs et cela pour des raisons climatiques que je détaille dans mon dernier livre, mais, dans les médias, il est toujours affirmé que les Blancs ont dépossédé les Noirs.
- Sous nos yeux, les mythes imposés par l’actuel régime de Kigali explosent les uns après les autres, alors que, dans les médias, l’histoire officielle du génocide du Rwanda est encore ultra dominante.

Si les historiens se remettent en cause, actualisant constamment l’état des connaissances, le monde médiatique demeure donc enfermé dans les certitudes et les approximations imposées par le politiquement correct. Comme les citoyens l’ont enfin compris, ils ne font donc plus confiance aux journalistes et c'est pourquoi la presse d’information sur support papier est moribonde. Le Figaro est certes encore lu, mais essentiellement pour son carnet du jour. Libération et Le Monde ne survivent que par les aides de l’Etat et les abonnements institutionnels ; quant à la presse régionale, elle se maintient grâce aux renseignements de proximité qu’elle donne.
Désormais, la vraie information libre est faite par Internet qui permet de contourner la censure ou les pesanteurs de la pensée dominante. C’est dans cet appel d’air que s’est engouffrée l’Afrique Réelle. Pour devenir une tornade il lui faut encore augmenter son audience, donc ses abonnés.

Bernard Lugan