mercredi 18 mai 2011

L'Afrique Réelle N°17 - Mai 2011


























SOMMAIRE :

Actualité : Mayotte
- Les affres du vice-recteur

Dossier : Nigeria
- Le Nigeria politique
- La guerre ethno-religieuse
- Avenir : confédération ou partition ?

Sous le projecteur : L'Ethiopie
- L'Ethiopie politique
- Un Etat ethnique
- La nouvelle donne géopolitique

EDITORIAL :

Sous l’ancien régime les Tunisiens vivaient certes sous la « dictature », mais, du moins, mangeaient-ils à leur faim, la sécurité publique était assurée et ils ne quittaient pas leur pays. Aujourd’hui, ils « sont en démocratie », mais avec le ventre vide et des milliers d’entre eux se ruent vers l’île de Lampedusa. Quant à l’anarchie, elle est telle que les nouvelles autorités ont été contraintes d’instaurer le couvre-feu. Comme sous Ben Ali…

A court terme la situation économique et sociale ne va pas s’améliorer. Le secteur touristique, pourtant essentiel, est ainsi particulièrement sinistré. Ses 350.000 employés sont majoritairement au chômage, 25% des principaux hôtels sont en faillite, 40% vont l’être et 80% demeurent fermés. Quant aux compagnies aériennes, dont Tunisair, leur survie étant en jeu, l’Etat a décidé de leur payer une partie des vols annulés. Face à cette réalité, les dirigeants tunisiens en sont réduits à faire appel à un « tourisme militant » (sic). Il n’est pas certain que cela suffise à faire revenir des vacanciers passablement échaudés car c’est le capital image que le pays avait eu tant de mal à constituer qui est parti en fumée.
La « révolution du jasmin », aura donc fait accomplir à la Tunisie un grand bond en arrière, sous les applaudissements des niais et des journalistes militants.

Pour des raisons bien obscures, le président Sarkozy, puissamment conseillé en cela par BHL, est « passé par dessus » son ministre des Affaires étrangères pour déclarer la guerre au colonel Kadhafi au motif qu’il fallait aider la « révolution libyenne » et sauver la population de Benghazi menacée par ses forces. Au nom de quoi, l’OTAN bombarde la ville de Tripoli, y faisant des victimes civiles, dont deux des petits-enfants du colonel Kadhafi. Sur ces morts « collatéraux », les journalistes et les pacifistes partisans de l’ « ingérence humanitaire », version contemporaine de la « guerre juste », ne se sont guère apitoyés...

Or, c’est un mensonge qui a permis de déclencher cette guerre puisqu’il n’y a jamais eu de « révolution libyenne » et encore moins de soulèvement du « peuple libyen ». La réalité est que la Cyrénaïque « rebelle » s’est une nouvelle fois insurgée[1] et que la minorité berbère de l’Ouest de la Tripolitaine, elle qui a toujours eu à souffrir de la politique d’arabisation du colonel Kadhafi, en a profité pour prendre les armes.

Preuve que toute la Libye ne s’est pas dressée contre le régime, si depuis trois mois, ce dernier tient en dépit des bombardements et de l’embargo, c’est parce que la plupart des tribus de Tripolitaine et du Fezzan lui sont demeurées fidèles. La grande responsabilité de BHL aura donc été de faire croire au président Sarkozy que toute la Libye était derrière les insurgés.

Aujourd’hui, après bientôt trois mois de guerre, le contexte a changé et le colonel Kadhafi est en passe de perdre la partie. Il ne dispose en effet d’aucune réserve stratégique, ses armements sont déclassés et il est acculé à la défensive, toute réaction de ses maigres forces entraînant immédiatement une intervention aérienne. De plus, l’embargo sur les armes, les munitions, les pièces détachées et les carburants le met dans une position d’infériorité criante face à des « rebelles » impuissants tant qu’ils étaient réduits à leurs seules forces, mais qui sont désormais ravitaillés, armés, guidés et directement conseillés par les Européens.
Dans ces conditions, combien de temps pourra t-il encore conserver ses soutiens tribaux ? Là est toute la question.

Bernard Lugan

[1] Voir le dossier consacré à la Libye dans le numéro 15 de l’Afrique Réelle.

dimanche 24 avril 2011

L’alchimie tribale libyenne

La nouvelle selon laquelle le colonel Kadhafi aurait ordonné à son armée de se retirer de la ville  de Misrata  pour y confier le rétablissement de l’ordre aux tribus qui lui sont loyales, permet de mettre en évidence la grande réalité tribale sur laquelle repose la vie sociale libyenne[1].  Le problème, lorsque l’on parle des tribus de Libye tient au fait que nous sommes en présence d’ensembles divisés en une infinité de clans et de sous clans aux alliances fluctuantes et aux zones d’habitat mouvantes. On recense ainsi environ 150 tribus et clans dont la plupart vivent éclatés sur plusieurs régions et dont les intérêts sont régulièrement contradictoires. Ces tribus ne constituent pas des blocs homogènes unanimement rangés dans un camp ou dans l’autre. Ainsi, au sein même des Gaddafa, la tribu du colonel Kadhafi, l’un des cousins de ce dernier, Ahmed Gaddaf al-Dam est passé chez les insurgés. S’agit-il d’une adhésion sincère ou d’une habitude bédouine de ménager une porte de sortie pour les siens ? L’histoire le dira.  Entre ces tribus et ces clans, les apparentements familiaux sont étroits, ce qui fait qu’en dépit des combats, les liens qui ne sont jamais rompus peuvent donc être renoués à tout moment. Deux exemples :

1) Les liens historiques et matrimoniaux entre la tribu des Gaddafa et certaines composantes des Warfallah sont anciens. Au mois de mars 2011, quand une majorité de clans warfallah abandonna le colonel Kadhafi, le chef de la branche warfallah de Beni Wallid  « capitale » historique des Warfallah déclara qu’il ne considérait plus Kadhafi comme un « frère ». Certes, mais les liens du sang demeurent qui permettront, un jour, de procéder à des retrouvailles…
2) Toujours au mois de février,  Seif al-Islam, fils du colonel Kadhafi, prononça un  discours télévisé dont la portée a échappé à bien des observateurs. S’adressant aux rebelles de Cyrénaïque, il parla de ses « oncles d’el Baida », un des bastions de l’insurrection et centre de la tribu des Barasa. La raison de cette adresse était claire : le coeur de la confédération tribale de Cyrénaïque est la tribu Barasa, celle de l’ancien roi Idriss ; or, la seconde femme du colonel Kadhafi,  Safeya Farkash al-Baraasa, mère de Seif al-Islam, est une Barasa. En parlant à « ses oncles d’el Baida», Seif al-Islam tentait donc de rallier le lignage de sa mère au régime de son père. 

Pour ce qui est des grandes tribus, à la date à laquelle ces lignes sont écrites (24 avril 2011), la situation est la suivante :   Les Warfallah (Werfella) qui forment la principale tribu de Libye et qui sont divisés en plus de 50 clans que l’on retrouve dans toute la partie septentrionale du pays, avec une assise en Cyrénaïque dans la région des villes de Benghazi et de Dernah, mais qui sont également présents en Tripolitaine, se sont majoritairement rangés dans le camp des rebelles. Plusieurs de leurs clans, notamment une partie de ceux résidant en Tripolitaine sont cependant demeurés loyaux au colonel Kadhafi. Pour mémoire, l’opposition entre certains clans warfallah, essentiellement ceux de Cyrénaïque, et le régime libyen, remonte à l’année 1993 quand plusieurs dizaines d’officiers accusés de complot furent arrêtés et certains exécutés. L’ensemble Maghara (al-Maghara) de Tripolitaine est en majorité demeuré fidèle au régime du colonel Kadhafi. Quant aux tribus du Sud, elles n’ont pas la même importance démographique que celles du Nord, mais elles sont demeurées loyales. Elles auraient à craindre des représailles de la part des insurgés de Cyrénaïque si ces derniers étaient vainqueurs car elles ont fourni au colonel Kadhafi ceux qu’ils nomment les « mercenaires », alors qu’il s’agit largement de Libyens « noirs », à commencer par les Toubou du Fezzan. Pour ce qui est des tribus berbères ou dites berbères, soit entre 10 et 15% de la population totale, la situation n’est pas homogène. Il est important de rappeler que le fond de la  population de Libye est Berbère (Amazigh) et que son arabisation s’est produite aux XI-XII° siècles, sous les Fatimides d’Egypte, avec l’arrivée des tribus bédouines arabes Beni Hilal et Beni Salim.Les Touaregs qui sont des Berbères, soutiennent le régime Kadhafi tandis que les Berbères de l’Ouest, notamment ceux de la région du djebel Nefusa et de la ville de Zwara vers la frontière tunisienne, comme d’ailleurs ceux de l’Est se sont clairement rangés du côté des rebelles.

Bernard Lugan
24/04/2011

[1] 15% seulement de la population du pays est détribalisée et vit en majorité dans les villes de Tripoli et de Benghazi (Al-Haram Weekly).

L'Afrique Réelle N°16 - Avril 2011


























SOMMAIRE :

EDITORIAL : Le printemps arabe a-t-il vraiment eu lieu ?

Actualité : Côte d'Ivoire
- La défaite de Laurent Gbagbo
- Abidjan : une ville ethno-politiquement cloisonnée

Dossier : Libye, la guerre de BHL et de l'Elysée ?

- La France dans le piège libyen
- La triple erreur de la France

Rwanda :
- Le général Tauzin parle

Idées :
- L'aide au développement a étouffé l'Afrique

mercredi 20 avril 2011

Actualité africaine

Radio Courtoisie - 29 mars 2011


Partie 1


Partie 2

Le printemps arabe

Radio Courtoisie - 29 mars 2011


Partie 1


Partie 2

Histoire du Maroc

Radio Courtoisie - 29 mars 2011


Partie 1


Partie 2


Partie 3


Partie 4

mercredi 13 avril 2011

Conférence de Bernard Lugan sur l'Afrique

Conférence pour l'Action française, 10 mars 2011


Première Partie


Seconde partie

lundi 11 avril 2011

Réflexions « à chaud » après l’arrestation de Laurent Gbagbo

En quatre mois de crise, Laurent Gbagbo n’aura commis qu’une seule véritable erreur politique, celle de déclarer la guerre à la France. Elle lui fut fatale. Revenons sur les trois jours qui firent basculer la Côte d’Ivoire afin de bien comprendre comment l’histoire s’est subitement emballée.

- Le samedi 9 avril, la zone de l’hôtel du Golf fut bombardée par les partisans de Laurent Gbagbo ce qui signifiait donc qu’ils disposaient encore de ces « armes lourdes» que la France avait pour mandat de réduire au silence afin de protéger les populations civiles.
- Le dimanche 10 avril, et bien que le camp Gbagbo eut dénoncé ces bombardements comme étant une provocation, les hélicoptères de la force Licorne attaquèrent la résidence présidentielle où ils détruisirent plusieurs véhicules armés. Les partisans de Laurent Gbagbo demandèrent alors aux miliciens de s’en prendre directement aux soldats français. A partir de ce moment, la force Licorne fut dans une impasse. Elle risqua même d’être aspirée dans un engrenage incontrôlable car le camp Ouattara la poussait à intervenir plus directement, cependant que le camp Gbagbo guettait son moindre faux pas pour pouvoir crier au néocolonialisme. Pour l’état-major français la priorité fut dès lors de sortir rapidement de ce double piège.
- Le lundi 11 avril, la solution fut trouvée par le haut, au terme d’une opération militaire parfaitement menée. Les hélicoptères français procédèrent à des frappes sévères qui réduisirent les derniers défenseurs de Laurent Gbagbo, cependant que d’autres troupes ouvraient le chemin aux forces d’Alassane Ouattara. Ce furent bien ces dernières qui pénétrèrent dans la résidence présidentielle et qui arrêtèrent l’ancien président. Mais sans le fort « coup de main » français, elles en auraient été incapables.

L’arrestation de Laurent Gbagbo ne doit pas faire oublier que la Côte d’Ivoire est coupée en deux et que toute création d’un gouvernement d’unité nationale ne serait que colmatage. De plus, Alassane Ouattara est, qu’on le veuille ou non, arrivé au pouvoir dans les fourgons de l’ancien colonisateur, ce qui ne va certainement pas renforcer son prestige aux yeux des 46% d’Ivoiriens qui ont voté pour Laurent Gbagbo lors du second tour des élections présidentielles. Toutes les informations sur la Côte d’Ivoire seront données dans le prochain numéro de l’Afrique réelle que les seuls abonnés recevront par PDF le 15 avril. Pour souscrire un abonnement annuel de 35€ donnant droit aux 12 numéros de l'année 2011.

Bernard Lugan
11/04/2011