mercredi 15 janvier 2014

A propos de la nouvelle hospitalisation d’Abdelaziz Bouteflika en France[1].


Hospitalisé en France - au Val de Grâce -, du 27 avril au 16 juillet 2013, puis à nouveau depuis le lundi 13 janvier 2014, le président algérien Abdelaziz Bouteflika aura donc privilégié les hôpitaux militaires de l’ancien colonisateur qu’il ne cessa pourtant à aucun moment de dénoncer, d’accuser et d’acculer à la repentance.
Alors qu’au mois de novembre 2013 le FLN l’a désigné comme son candidat lors des élections présidentielles du mois d’avril 2014, à moins de quatre mois du scrutin, l’on ne sait toujours pas s’il sera physiquement et intellectuellement en mesure de briguer un 4° mandat.Son véritable état de santé est caché à l’opinion algérienne parce que les clans régionaux et politiques qui se partagent les fruits du pouvoir ne se sont toujours pas mis d’accord sur sa succession. L’Algérie est en effet dirigée par une nomenklatura opaque dont le principal souci semble être de s’auto-reproduire. Son cœur est représenté par l’ANP (armée nationale populaire) dont les 350 000 hommes sont commandés par le général Ahmed Gaïd Salah né en 1940, et la DRS (Département du renseignement et de la sécurité) avec dit-on, plus de 100 000 agents dirigés par le général Mohamed Mediène, né en 1939.

L’Algérie qui était demeurée à l’écart des convulsions liées au prétendu « printemps arabe » pourrait donc connaître de sérieuses convulsions en 2014. Tous les ingrédients d’une crise politico-sociale majeure y sont en effet réunis : démographie suicidaire, moitié de la population ayant moins de 20 ans, 35% de chômage chez les jeunes, misère sociale, société fermée incapable de se réformer, industrie inexistante, système bancaire d’un autre temps et administration apoplectique forte d’environ 1,5 million de fonctionnaires. De plus, le pays  est fracturé entre arabisme et berbérisme avec une influence de plus en plus forte de l’islamisme

L’Algérie qui est donc dans une impasse sociale, morale et politique, navigue, tel un vaisseau fantôme au milieu des écueils nés de la quasi vacance du pouvoir. Jusqu’à présent elle a échappé à la crise majeure grâce au colossal bas de laine tiré d’une rente pétrolière et gazière qui lui a permis d’éviter l’embrasement en achetant la paix sociale. Pour combien de temps encore ?

Bernard Lugan
15/01/2013

[1] Le numéro de mars de l’Afrique Réelle comportera un dossier consacré à l’Algérie.

dimanche 12 janvier 2014

Guerres d'Afrique reçoit le prix Raymond Poincaré

Bernard Lugan est heureux et fier de porter à la connaissance de ses amis et du public que le jury de l’UNOR (Union nationale des officiers de réserve) vient de lui décerner, à l’unanimité de ses membres, le prestigieux prix Raymond Poincaré pour son livre Les Guerres d’Afrique, des origines à nos jours (Editions du Rocher).
Ce livre est le développement du cours que Bernard Lugan dispense aux Ecoles militaires de Saint-Cyr-Coëtquidan aux futurs officiers dont la devise est « Ils s’instruisent pour vaincre ».

Le Prix sera remis le vendredi 17 janvier à 18h30 à l’Ecole Militaire (Rotonde Gabriel) lors de la cérémonie des vœux de l’UNOR.

(Pour commander le livre, cliquez sur la couverture.)

mardi 7 janvier 2014

L'Afrique Réelle n°49 - Janvier 2013


























SOMMAIRE

Actualité :

- Sud Soudan : Nuer contre Dinka et tous contre les Murle
- Etat des lieux des crises africaines au mois de décembre 2013

Dossier :
Nelson Mandela : le vrai portrait d’un combattant et d’un révolutionnaire

- Nelson Mandela, un acteur essentiel de la stratégie soviétique en Afrique
- Nelson Mandela, l’ANC et la guerre civile noire
- L’ANC et Nelson Mandela n’étaient pas les seuls représentants des Noirs

Editorial de Bernard Lugan :

Dans ce premier numéro de l’Afrique Réelle de l’année 2014, deux grands sujets sont abordés, le portrait du « vrai » Nelson Mandela et l’état des lieux des crises ou des conflits africains.
La sidération médiatique passée, la disparition de Nelson Mandela peut maintenant être replacée dans son contexte historique.
Ce fut Frederik De Klerk qui créa l’icône Mandela. Destinée à incarner à fois la révolution pour les Noirs et la survie pour les Blancs, une nouvelle personnalité lui fut fabriquée par une intense campagne médiatique gommant l’image du combattant pour la remplacer par celle du réconciliateur, presque du Rédempteur.
Les conflits qui ont ensanglanté l’Afrique en 2013 ne cesseront pas en 2014 car leurs causes n’ont pas été traitées.
En 2014, certains conflits risquent de connaître une contagion : celui de la RCA menace ainsi de déborder au Tchad et au Soudan en devenant une guerre ethno-religieuse, cependant que celui du Soudan du Sud contient les germes d’une guerre ethno-tribale régionale.

En 1989, avec la fin de l’URSS, l’ANC ayant perdu son principal soutien militaire, les forces de sécurité sud-africaines gagnèrent la guerre contre-insurrectionnelle. Alors que le contexte était totalement favorable à la coalition rassemblant le régime blanc et ses alliés fédéralistes noirs, le président Botha fut mis à l’écart et remplacé par Frederik De Klerk qui décida de faire de Nelson Mandela son unique interlocuteur et de lui offrir le pouvoir.

De 1990 à 1994, Nelson Mandela fut spectateur durant tout le processus de négociation qui le hissa au pouvoir et qui fut, de bout en bout, dirigé par le président De Klerk :
- Ce fut ce dernier qui le fit libérer.
- Ce fut lui qui légalisa l’ANC.
- Ce fut lui qui fit abolir l’apartheid par un vote du Parlement blanc, et non Nelson Mandela comme les perroquets de presse ne cessent de le répéter.
- Ce fut lui qui fit de l’ANC son seul interlocuteur.
- Ce fut lui qui abandonna ses alliés fédéralistes noirs, les livrant à l’ANC.
- Ce fut lui qui bloqua les tentatives de résistance des nationalistes afrikaners.

La zone sahélo-saharienne, monde contact entre la civilisation sédentaire des greniers au sud, et le monde du nomadisme au nord, constitue un authentique cas d’école. Le long de ce véritable Rift racial où, depuis la nuit des temps, sudistes et nordistes sont en rivalité pour le contrôle des zones intermédiaires situées entre le désert et les savanes, rien n’a ainsi été fait pour corriger les effets pervers de la démocratie ethno-mathématique. Or, cette martingale politique est un facteur hautement crisogène car elle donne automatiquement le pouvoir aux plus nombreux, en l’occurrence les sudistes, ce que les moins nombreux, à savoir les nordistes refusent.

D’autres conflits menacent de se réveiller, comme en RDC, cependant que, plus au nord, la Libye continuera à supporter les conséquences de la folle guerre que Nicolas Sarkozy et le « philosophe » BHL déclenchèrent contre le colonel Kadhafi. Quant à l’Algérie où l’explosion couve, tout y est suspendu à la stratégie de survie du clan au pouvoir qui cherche à faire briguer un 4e mandat à la momie d’Abdelaziz Bouteflika.

jeudi 2 janvier 2014

Le juge Trévidic va devoir faire vite s’il veut rencontrer des témoins « en vie » de l’assassinat du président Habyarimana


Patrick Karegeya, l’ancien chef des renseignements extérieurs de Paul Kagame entre 1994 et 2004, l’homme de tous les secrets, qui avait fini par rompre avec son ancien chef, a été étranglé dans sa chambre d’hôtel de Johannesburg.
Réfugié en Afrique du Sud avec le général Faustin Kayumba Nyamwaza, ancien chef d’état-major de l’APR (Armée patriotique rwandaise), l’armée tutsi, l’ancien chef du renseignement militaire accusait de la façon la plus claire le président Kagame d’être le responsable de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président  Habyarimana, acte terroriste commis en temps de paix et qui fut l’élément déclencheur du génocide. Patrick Karegeya avait affirmé au micro de France Info qu’il était en mesure de prouver d’où les missiles avaient été tirés.

Au mois de juin 2010, le général Kayumba a survécu par miracle à une tentative d’assassinat dont les auteurs, des Rwandais, sont jugés en Afrique du Sud. Le jeudi 21 juin 2012, lors du procès, il fit une déclaration fracassante en affirmant sous serment que Paul Kagamé « a ordonné le meurtre du président Habyarimana». Il confirmait ainsi les termes de l’ordonnance du juge Bruguière accusant l’actuel chef de l’Etat rwandais d’être à l’origine de l’attentat déclencheur du génocide du Rwanda.

Apprenant la nouvelle de l’assassinat du colonel Karegeya, le général Kayumba a déclaré : « Le gouvernement du Rwanda est responsable de tout cela. Patrick Karegeya est réfugié ici, en Afrique du Sud. Il n’a jamais eu aucun problème avec qui que ce soit dans ce pays. Qui d’autre que le président Paul Kagame, qui l’a pourchassé au cours des dix dernières années, voudrait le voir mort ? C’est un assassinat politique comme le gouvernement du Rwanda en a toujours mené. C’est la politique du gouvernement du Rwanda de tuer ses opposants ».

Le général Kayumba et le colonel Karegeya demandaient depuis des mois à être entendus par la justice française car, affirmaient-ils, ils détenaient tous les secrets entourant l’attentat du 6 avril 1994. Le juge Trévidic ne pourra donc plus interroger le second…
Trois témoins de très haut rang sont encore en vie, le général Kayumba Nyamwasa, Gérald Gahima ancien procureur général du régime Kagame et Théogène Rudasingwa, ancien chef de cabinet du président Paul Kagame qui, tous trois accusent ce dernier d’avoir ordonné l’attentat qui fut l’élément déclencheur du génocide. Le juge Trévidic doit donc faire vite s’il veut pouvoir les interroger… A moins qu’en « haut lieu » il ait été décidé de « jouer la montre » afin de protéger Paul Kagamé...
  
Le 27 janvier 2014, je publierai aux éditions du Rocher un livre intitulé Rwanda : un génocide en questions[1]. Ce livre repose sur les archives jusqu’alors inexploitées du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Expert assermenté dans les principaux procès qui se tinrent devant ce tribunal  créé par le Conseil de Sécurité de l’ONU, j’ai en effet eu accès aux dizaines de milliers de pages des procès-verbaux des audiences, aux auditions des centaines de témoins, aux innombrables pièces ajoutées en preuve ou en contre preuve, aux rapports présentés et défendus par les experts, aux interrogatoires, aux contre-interrogatoires et aux jugements rendus en première instance ou en appel. Cette considérable et irremplaçable masse documentaire était jusque là demeurée inutilisée ou même ignorée par tous ceux qui ont écrit sur le génocide, ce qui m’a permis de déconstruire point par point une histoire officielle frappée d’obsolescence ; à commencer par la question de l’attentat du 6 avril 1994. 

Bernard Lugan
03/01/2014

[1] 286 pages, cahier de cartes en couleur, 22 euros.