vendredi 27 octobre 2023
dimanche 15 octobre 2023
mercredi 4 octobre 2023
mardi 3 octobre 2023
lundi 2 octobre 2023
L'Afrique Réelle n°166 - Octobre 2023
Sommaire
Actualité
- Propositions pour une nouvelle politique africaine de la France
- Maroc : Tinmel rayée de la carte
Dossier : Gabon
- Aux origines du Gabon
- Le Gabon indépendant
- La fin du clan Bongo ?
- Les Fang du Gabon
- Le Gabon et l’après pétrole
- La forêt au Gabon
Editorial de Bernard Lugan
La nouvelle politique africaine de la France devra passer par la prise en compte de trois réalités :
1) Les problèmes de l’Afrique sont démographiques, climatiques, économiques et ethno-politiques. La France n’est pas en mesure de les régler.
2) La lutte contre le terrorisme en Europe ne se livre pas au Sahel car les groupes terroristes sont étroitement sahélo-centrés et aucun attentat en France n’a été commis par eux. Quant à l’immigration, comme il est illusoire de penser qu’il est possible de la traiter dans des intérieurs africains en totale anarchie, c’est en Méditerranée qu’il faudra agir, et très vigoureusement.
3) L’Afrique ne compte pas pour l’économie française : moins de 5% du commerce extérieur français dont la moitié avec le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. L’Afrique sud saharienne n’est pas un réservoir de matières premières pour la France car, dans sa totalité elle représente à peine 1,5% de toutes ces importations, pétrole, gaz, fer, uranium etc., compris.
Quant à la zone CFA elle représente 0,79% de tout le commerce extérieur français.
Pour la France, aujourd’hui comme hier durant la période coloniale (voir mon livre Pour répondre aux décoloniaux et aux terroristes de la repentance, l’Afrique n’est donc ni un débouché, ni un fournisseur « significatif ». Elle n’y a donc pas d’intérêts économiques nationaux à y défendre.
Ceci étant quatre grandes orientations devront être données à la nouvelle politique française :
1) Abandon de notre prétention à l’universalisme démocratique et sociétal. En effet, trois décennies après l’injonction faite à l’Afrique par François Mitterrand lors de son « discours de La Baule » le 20 juin 1990, la démocratie qu’il postulait être le remède aux maux du continent n’y a apporté ni développement économique, ni stabilité politique, et encore moins sécurité.
2) Comment imaginer pouvoir « développer » un continent qui, dans les années 2050 aura une population comprise entre 2 et 3 milliards d’individus (dont 90% au sud du Sahara), puis de plus de 4 milliards en 2100, soit 1/3 de la population mondiale ?
3) Ouverture de nouveaux partenariats avec les pays africains anglophones, là où nos relations ne sont pas « polluées » par la « culpabilisation » coloniale.
4) Abandon du Sahel et des zones africaines enclavées. En revanche, établissement ou renforcement de très sérieux et très solides partenariats avec l’Afrique du Nord et l’Afrique sud saharienne littorale.
En définitive, renouer avec la tradition maritime du XVIIIe siècle, en faisant des littoraux nos bases d’action et en laissant à ceux qui ne se sont pas encore « brûlé les ailes », la découverte des « subtilités » des intérieurs du « Continent mystérieux »…
mardi 26 septembre 2023
Au Niger, Monsieur le Président de la République, ce n’est pas Trafalgar, mais Fachoda plus la Bérézina. Une fois encore bravo à ceux qui vous conseillent !!!
Je dois reconnaître une erreur. Dans mon communiqué
en date du 15 août dernier concernant le
fiasco de l’Elysée au Niger, j’écrivais
« aujourd’hui Trafalgar, demain Fachoda ». La réalité est autre
puisqu’il s’agit en réalité de « Fachoda plus Bérézina ».
Fachoda en effet car nos très bons alliés et fidèles amis séculaires Etats-Uniens se sont une fois de plus totalement désolidarisés de la France. Et, comme toujours en pareil cas avec nos fiables et indéfectibles partenaires anglo-saxons, ces derniers ont « joué perso ». Ils ont ainsi négocié dans le dos de Paris avec la junte nigérienne afin de pouvoir conserver leur base d’Agadès !!! Résultat, nous partons sous les crachats, mais eux restent avec leurs dollars !!!
Bérézina également car l’arrogance, la suffisance, la naïveté et d’abord l’incompétence des danseurs à claquettes qui conseillent l’Elysée, ont placé le contingent français du Niger dans une telle situation que le désengagement va automatiquement prendre la forme d’une retraite. Or, le Niger étant un pays enclavé, deux options sont possibles qui s’apparentent effectivement à une nouvelle Bérézina… mais sans le corps des Pontonniers… :
1) Vers le Tchad. Cela impliquerait de longs et lourds convois progressant à travers tout le Niger sous les attaques de civils poussés sur nos convois afin d’obliger nos forces à ouvrir le feu avec toutes les conséquences médiatiques que l’on peut imaginer…A moins naturellement de verser à la junte une très forte rançon…Sans compter que le Tchad est un cul-de-sac où, de plus, se posent les mêmes problèmes de fond qu’au Niger et au Mali…et alors, quand ce pays explosera, car il va finir par exploser, par où évacuer nos forces ? La lecture d’une carte est à ce sujet instructive…
2) Vers le Bénin et la mer. Fort heureusement, le Bénin a, avec le Niger une frontière de 266 kilomètres à une distance relativement courte de nos bases de la région de Niamey. Mais, encore, faudrait-il que Cotonou accepte le transit, ce qui sera probablement le cas moyennant une fois encore « espèces sonnantes et trébuchantes », ainsi qu’avantages divers…
Dans tous les cas, le prestige de la France n’existant plus, il va donc falloir penser à redéfinir une politique africaine, question qui constituera d’ailleurs le dossier principal du numéro du mois d’octobre de l’Afrique Réelle que les abonnés recevront le 1er octobre.
Mais, d’ores et déjà, le réel impose que nos futures orientations stratégiques en Afrique passent par un dégagement du Sahel où il n’y a que des coups à prendre - et où la France n’a pas d’intérêts comme cela est démontré toujours dans le même numéro d’octobre de l’Afrique Réelle -, et par un retour à la tradition maritime du XVIIIe siècle, c’est-à-dire en faisant des littoraux nos bases d’action.
lundi 25 septembre 2023
samedi 16 septembre 2023
Mali, retour à la case départ…
Le point de départ de l’actuelle
guerre qui embrase le Mali, le Burkina Faso et le Niger n’est pas l’islamisme,
mais la question de l’irrédentisme touareg. Le conflit a éclaté au mois de
janvier 2012 dans le nord du Mali quand des combattants touareg mirent en
déroute les forces armées maliennes. Les insurgés se réclamaient alors du MNLA
(Mouvement national de libération de
l’Azawad) qui avait été fondé au mois d’octobre 2011, deux ans donc après
la fin de la quatrième guerre touareg. Le MNLA engerbait plusieurs mouvements
touareg et son ossature était composée de membres de la tribu des Ifora qui
avaient servi dans l’armée du colonel Kadhafi.
Avec le MNLA, en plus de la
résurgence d’un conflit séculaire entre Touareg et sédentaires sudistes,
c’était une nouvelle forme de revendication qui était formulée. Lors des quatre précédentes guerres, les
Touareg s’étaient en effet battus pour obtenir plus de justice de la part de
l’Etat malien dirigé par les sudistes. Au mois de janvier 2012, ils exigeaient tout
autre chose, à savoir la partition du Mali et la création d’un Etat touareg,
l’Azawad.
Or, pour des raisons
classiques et plus qu’habituelles de rivalité entre sous-clans touareg, Iyad Ag
Ghali, lui-même Ifora et chef des précédents soulèvements, avait été tenu à
l’écart de la fondation du MNLA. N’acceptant pas cette éviction, il créa alors
un mouvement rival dont les buts ethno-nationaux étaient les mêmes que ceux du
MNLA. Mais, pour pouvoir exister, il le déclara islamiste. Début janvier 2013,
Iyad Ag Ghali doubla le MNLA en lançant une offensive vers le sud, en direction
de Mopti puis de Bamako. Le 8 janvier 2013 la ville de Konna fut prise et, le
11 janvier 2013, plusieurs colonnes se dirigeant vers le sud, furent « traitées »
par des hélicoptères français. Le régime sudiste de Bamako fut alors sauvé
d’une défaite annoncée, ce que les membres de la junte actuelle ont bien oublié…
Dès ce moment l’analyse
française fut erronée. En effet, les « décideurs » français ne virent
pas -ou refusèrent de voir- que l’islamisme n’était ici que l’habillage de la
revendication touareg, qu’il n’était en quelque sorte que la surinfection d’une
plaie ethno-raciale millénaire. Ceci fit que pour l’Elysée, Iyad Ag Ghali fut l’ennemi
alors qu’en réalité il était la solution du problème et qu’il fallait prendre
langue avec lui …Or, durant les années qui suivirent, la France refusa de comprendre
cette réalité, le président Macron ordonnant même l’élimination de Iyad ag
Ghali, ce que ce dernier n’a pas oublié…
Or, avec le départ du Mali des
forces françaises et de celles de l’ONU, le vrai problème, son cœur, est
réapparu au grand jour, à savoir que ce n’est pas l’islamisme, mais
l’irrédentisme touareg. Entendons-nous
bien, et je précise cela à l’attention de ceux qui se font un plaisir de déformer mes propos, je
ne parle ici que du seul nord Mali, non de la région des Trois frontières où la
situation est différente car s’y superposent, ou s’emboitent, islamisme et
problème peul.
En effet, et comme je n’ai
cessé de l’écrire depuis des années, les abonnés à l’Afrique Réelle le savent bien,
Iyad Ag Ghali qui est le chef historique des combattants touareg a
constamment cherché à refaire l’unité des clans touareg autour de son
leadership. Et il a réussi ! Les groupes armés touareg se sont en effet regroupés dans le CSP-PSD (Cadre stratégique permanent- Pour la paix,
la sécurité et le développement), qui inclut la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad), afin d’offrir un front
commun face à l’armée malienne qui, avec l’appui jusque-là peu déterminant du
groupe Wagner, tente de reprendre pied dans un Azawad dont elle avait été
chassée en 2012.
Résultat, le 12 septembre
dernier, à Bourem les forces armées maliennes ont subi une attaque meurtrière,
là même où, au mois de janvier 2012, débuta la guerre qui est à l’origine de
l’embrasement de toute la région. Quant à la ville de Tombouctou, elle est
quasiment encerclée. Or, comme cette fois, les forces françaises ne viendront
pas les sauver, les sudistes pourraient bientôt regretter d’avoir demandé le
départ de Barkhane…
La longue histoire
connait donc des résurgences naturellement ignorées par ceux qui prétendent
définir la politique africaine de la France et qui portent la terrible
responsabilité de l’humiliation que notre pays subit actuellement au Sahel et
plus largement dans toute l’Afrique. Une longue histoire déroulée dans mon
livre Histoire du Sahel des origines à nos jours.
Inscription à :
Articles (Atom)

