samedi 19 décembre 2020
vendredi 11 décembre 2020
Monsieur le président Macron, la langue religieuse des immigrés nord-africains est certes l’arabe, mais leur langue maternelle est majoritairement le berbère
« Quand votre enfant parle arabe, c’est une chance pour la France, ça a quelque chose à apporter à notre pays », le président français était en réalité sur la même ligne nationaliste arabe que Jack Lang, président de l’Institut du Monde Arabe pour lequel « la langue arabe est une langue et un trésor de France ».
Or, même si l’arabe est la langue religieuse des musulmans, ce n’est pas elle qui est majoritairement parlée en France par la constellation de l’immigration maghrébine, mais la langue berbère (amazighe) sous ses diverses variantes. En faisant ce contre-sens généralisateur, le président Macron livre en réalité les jeunes issus de l’immigration aux radicalistes arabo-islamistes. Donc aux descendants des conquérants arabes qui, au VIIIe siècle, rebaptisèrent Maghreb (le Couchant), la Berbèrie originelle.
Politiquement, la confusion est grave car elle prend le contre-pied de la lutte que les autorités françaises prétendent vouloir mener contre le « séparatisme » islamiste.
Pour le courant arabo-islamiste nord-africain, l’islamisation du VIIIe siècle a en effet marqué la fin de l’histoire des Berbères, leur conversion à l’Islam les ayant inscrits de façon irréversible dans l’aire culturelle de l’arabité. Dans les années 1950, en pleine crise berbériste, la revue Al Maghrib écrivit même que les Berbères ne pouvaient accéder au Paradis que s’ils se rattachaient à des lignées arabes, leur salut passant par leur intégration au peuple ayant donné naissance à l’ultime messager de Dieu. En un mot, le salut par le suicide ethno-national…
En Algérie, mis en accusation, les cadres berbéristes, essentiellement des Kabyles, furent écartés de la direction du mouvement nationaliste, puis exclus. Certains furent même assassinés. Le berbérisme fut ensuite évacué de la revendication nationaliste au profit de l'arabo-islamisme qui devint la doctrine officielle du FLN. En 1962, le gouvernement algérien supprima la chaire de kabyle de l’université d’Alger. Cette mesure symbolique annonçait l’orientation qu’il comptait donner au pays, la légitimité du régime s’ancrant sur la négation de son histoire et de sa composition ethnique. La génétique montre pourtant que le peuplement berbère nord-africain n’a été que très peu pénétré par la colonisation humaine arabe et que le fond ancien de peuplement de toute l’Afrique du Nord, de l’Egypte au Maroc, est Berbère (voir à ce sujet mes livres cités en note infrapaginale).
Paniqués à l’idée d’un réveil de la belle endormie berbère qui risquait d’entraîner à la fois le rejet de l’arabité et celui de l’islam politique, les dirigeants algériens définirent une ligne nationalitariste arabo-islamique. Ayant échoué, les salafistes, les wahhabites et les diverses obédiences islamistes prirent ensuite le relais, cherchant à dissoudre l’identité berbère dans l’universalisme islamique et la Umma. Actuellement, une course contre la montre est engagée entre l’identité berbère enracinée et le broyeur arabo-islamiste universaliste. Or, le président Macron vient de donner un sérieux appui au second en encourageant la langue arabe…
Portés par le réveil identitaire
planétaire, les Berbères vont-ils prendre véritablement conscience de leur
situation de colonisés ? S’ils y parvenaient, au terme de leur
réappropriation historique, culturelle et politique, la géopolitique de la
Méditerranée serait alors totalement bouleversée. Redevenu la Berbérie, le
Maghreb cesserait en effet de regarder vers l’Orient pour revenir dans sa
matrice occidentale. Comme avant la conquête arabo-musulmane du VIIIe siècle[1].
Mais cela, le président Macron et ses conseillers sont incapables de le voir… et encore moins de le comprendre. Par manque de culture ethno-historique, voilà en effet qu’ils font le lit du nationalisme arabo-islamique qu’ils prétendent pourtant combattre...
[1] Pour en savoir plus, voir mes livres : Histoire des Berbères, Histoire de l’Afrique du Nord et Algérie l’histoire à l’endroit.
lundi 30 novembre 2020
L'Afrique Réelle n°132 - Décembre 2020
Actualité :
Aux origines de la guerre du Tigré
- Une question d’abord ethnique
- Comment Henri Konan Bédié et les Baoulé ont détruit le système Houphouët-Boigny
- De Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara
Questions sur les deux insolites « commissions Duclert »
Editorial de Bernard Lugan
vendredi 20 novembre 2020
Pourquoi Emmanuel Macron se croit-il obligé de voler au secours de Vincent Duclert, président de l’insolite « commission sur le rôle de la France au Rwanda » ?
« La commission Duclert est-elle encore légitime » ?
Réponse :
« Je pense que Vincent Duclert est parfaitement légitime. C’est un grand historien, reconnu pour ses travaux. J’ai vu la nature de la polémique et elle ne me semble en rien entacher sa légitimité académique »
Si l’on veut comprendre le sens de cette réponse, il convient de se reporter à mon communiqué daté du 16 novembre 2020 intitulé : « Un nouvel exemple caractérisé de censure et d’exigence de repentance : l’affaire Julie d’Andurain ou comment les officines du général Kagamé et leurs relais médiatiques font pression sur la France » ?
En effet, au mois d’avril 2019, cédant une fois de plus à son tropisme de la repentance, le président Macron décida de la création d’une commission chargée de faire la lumière sur la politique française au Rwanda dans les années 1990-1994, et cela, à travers les archives. Et il confia la présidence de cette commission au professeur Vincent Duclert.
Or, la « crédibilité » de la « commission Duclert », est « discutable » pour au moins quatre raisons principales :
1) Quel est le but véritable de cette commission ?
Scientifiquement, cette commission est en effet parfaitement inutile car tout a déjà été dit et écrit sur le sujet, notamment dans le Rapport d’information de la commission d’enquête parlementaire présidée par M. Paul Quilès publié au mois de décembre 1998, dans l’énorme masse documentaire livrée par le TPIR (Tribunal pénal international sur le Rwanda), notamment à travers mes expertises ou mon livre Rwanda, un génocide en questions, également à travers le livre définitif de Charles Onana Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise. Quand les archives parlent.
2) Une commission qui aurait pu être composée par le « Père Ubu »
En effet, aucun des membres de la « commission Duclert » n’a travaillé sur le Rwanda, ni même sur l’Afrique des Grands Lacs ou encore sur l’Afrique en général… Quant aux deux seuls spécialistes français, experts durant des années auprès du TPIR, à savoir André Guichaoua pour l’Accusation et Bernard Lugan pour la Défense, tous deux ont été écartés d’emblée de cette très insolite commission… En revanche, y siègent une archiviste paléographe, deux professeurs de droit public, un spécialiste du génocide des Arméniens, une spécialiste des « femmes et du genre » (?), un conseiller d’Etat, deux spécialistes de la Shoah, une « spécialiste du général de Gaulle » (?), un spécialiste « des organisations clandestines (?) », un professeur certifié du secondaire spécialiste des « archives secrètes », une doctorante (traduction une étudiante qui n’a pas soutenu de thèse) spécialiste des « ressources images, photos et vidéos » et Julie d’Andurain, spécialiste d’histoire militaire contemporaine. Quant à Vincent Duclert, président de la commission, sa thèse porte sur « L’engagement des savants dans l’affaire Dreyfus », et son mémoire d’habilitation sur « L’histoire des engagements démocratiques depuis le XIX° siècle »… On chercherait vainement le lien entre ces spécialités, fort honorables au demeurant, et la connaissance de la complexité des questions ethno-politiques du Rwanda…
3) Un président de commission à la singulière « impartialité »
Comme cela sera démontré dans le numéro du mois de décembre de l’Afrique Réelle, depuis 10 ans, Vincent Duclert a en effet relayé les accusations de Kigali de « complicité de la France dans le génocide rwandais ». Un exemple : c’est ès-qualités, qu’il parla d’ :
« (…) une histoire tragique de la France, celle d’avoir été - à un point qui reste à définir exactement - impliquée dans un génocide alors qu’elle avait les moyens diplomatiques, militaires, de l’arrêter » (Libération, 14 Avril 2019).
De plus, au sein de l’insolite « commission Duclert », Julie d’Andurain se trouva victime d’une « purge » digne des pires procès de Moscou, une « affaire » montée de toutes pièces par le tandem Canard Enchaîné - Mediapart alimenté en sous-main par les « compagnons de route » du général Kagamé et autres « amis démocrates des dictateurs ».
4) Un président de commission qui, par le passé, a veillé à épargner le régime du général Kagamé.
Vincent Duclert a co-présidé avec Stéphane Audouin-Rouzeau une commission créée le 30 mai 2016 à l’initiative de Madame Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale, destinée à « la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse ». Or, le volumineux rapport final qui fait plus de 100 mentions au génocide des Tutsi fait en revanche totalement l’impasse sur les crimes de masse commis au Congo (RDC) par les forces du général Kagamé, crimes ayant fait a minima des centaines de milliers de victimes, et qui ont été largement documentés, tant par l’ONU que la Cour pénale internationale[1].
[1] Pour en savoir plus sur cette « impasse », voir le dossier réalisé par le politologue canadien Patrick Mbeko « France-Afrique des Grands Lacs : un rapport universitaire occulte les crimes de Kagame ». Revue Proche et Moyen-Orient du 10 octobre 2020.
lundi 16 novembre 2020
Un nouvel exemple caractérisé de censure et d’exigence de repentance : l’ « affaire » Julie d’Andurain ou comment les officines du général Kagamé et leurs relais médiatiques font pression sur la France
Première remarque, tout a déjà été dit et écrit sur le sujet, notamment à travers le Rapport d’information de la commission d’enquête parlementaire présidée par M. Paul Quilès publié au mois de décembre 1998. Mais aussi à travers mes expertises devant le TPIR 10 ans d’expertise et mon livre Rwanda, un génocide en questions.
La seconde remarque pose un sérieux problème de crédibilité car aucun des membres de la dite commission n’a travaillé sur le Rwanda, ni même sur l’Afrique des Grands Lacs ou encore sur l’Afrique en général… Quant aux deux seuls spécialistes français, experts durant des années auprès du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda), à savoir André Guichaoua pour l’Accusation et Bernard Lugan pour la Défense, tous deux ont été écartés d’emblée de cette insolite commission… En revanche, y siègent une archiviste paléographe, deux professeurs de droit public, un spécialiste du génocide des Arméniens, une spécialiste des « femmes et du genre » ( ?), un conseiller d’Etat, deux spécialistes de la Shoah, une « spécialiste du général de Gaulle » (?), un spécialiste « des organisations (?) », un professeur certifié du secondaire spécialiste des « archives secrètes », une doctorante (traduction une étudiante qui n’a pas soutenu de thèse) spécialiste des « ressources images, photos et vidéos » et Julie d’Andurain, spécialiste d’histoire militaire contemporaine.
A cette « liste à la Prévert », manque le président de la commission, à savoir le professeur Vincent Duclerc, dont la thèse porte sur « L’engagement des savants dans l’affaire Dreyfus », et le mémoire d’habilitation sur « L’histoire des engagements démocratiques depuis le XIXe siècle »… Une double garantie de compétence scientifique pour appréhender la complexité des questions ethno-politiques du Rwanda…Comment en effet oser prétendre analyser les archives françaises consacrées à ce pays sans en connaître l’environnement, la complexe histoire, les rapports entre les hommes de la houe et de la glèbe et ceux de la vache et de la lance ? Toutes choses totalement inconnues des membres de cette insolite commission. Le Père Ubu en rirait de bon cœur…
Or, au sein de cette commission à la « crédibilité » pour le moins « problématique », Julie d’Andurain se trouva victime d’un montage digne des pires procès de Moscou, avec, dans le rôle des dénonciateurs et du procureur, comme à l’habitude en pareil cas, ses « chers collègues ». Une « affaire » montée de toutes pièces par le tandem Canard Enchaîné - Mediapart alimenté en sous-main par les « compagnons de route » du général Kagamé et autres « amis démocrates des dictateurs ».
En toute modération, objectivité et retenue, Mediapart titra ainsi le 13 novembre 2020 « Une historienne décrédibilise la commission sur le rôle de la France au Rwanda (…) et suscite l’indignation ». Puis les accusations de « négationnisme » furent lancées ici et là.
Quel crime avait donc commis Julie d’Andurain ? Pourquoi ce lynchage ? Tout simplement parce que, ayant été enseignante à l’Ecole militaire entre 2010 et 2017, elle était accusée de ne pas avoir une vision « objective » de la question du Rwanda… Et cela, naturellement à la différence des autres membres de l’insolite commission qui, eux, tels des agneaux venant de naître sont d’une totale objectivité en la matière, alors que plusieurs d’entre eux ont soit signé des pétitions ou bien manifesté publiquement leur adhésion à la thèse de la culpabilité de la France… Il faut dire que la malheureuse Julie d’Andurain avait osé soutenir que les détracteurs de l’armée française sont des civils qui ne comprennent pas les contraintes opérationnelles. Pourtant, rien de plus exact et constaté par tous les hommes de terrain. Mais voilà qui a suffi à la meute lancée à ses trousses pour la qualifier d’historienne « négationniste », sous-entendu, à ranger dans la catégorie de ceux qui réhabilitent le IIIe Reich, nient l’existence des camps de concentration et de la Shoah… Une véritable mise à mort scientifique dont Julie d’Andurain aura du mal à se relever.
Mais surtout, et là est la clé de l’affaire, Survie avait relevé des « biais » dans le rapport mi-mandat publié par l’insolite « commission Duclerc ». Et, dans la plus pure méthode stalinienne, de demander : « Etaient-ils dus à Julie d’Andurain ? » Cette aimable question était suivie d’un chantage : « On peut espérer (maintenant que Julie d’Andurain a été exclue de la commission mon ajout) une vision plus nuancée, plus indépendante ». Traduction : Survie, donc le général Kagamé, attend une conclusion du rapport reprenant les thèses de Kigali à travers des « résultats qui pourront aider les décideurs politiques à procéder à la reconnaissance officielle par la France de son rôle précis dans le génocide des Tutsi ».
L’impudence de Survie, officine porte-voix du régime de Kigali est donc sans limites. Pourquoi d’ailleurs en aurait-elle alors qu’elle est totalement immergée dans les cercles du pouvoir politique et médiatique français ?
Quant à Vincent Duclerc, drapé dans la toge immaculée de l’« impartialité », il ne pouvait pas ne pas réagir. Aussi, au nom de cette sacro-sainte « impartialité » dont il ne cesse de se réclamer, accepta-t-il la « mise en retrait », - hypocrite synonyme de démission-, de Julie d’Andurain obtenue à travers d’ « amicales » pressions.
Or, le moins que l’on puisse dire de l’« impartialité » de Vincent Duclerc dans la question qui est au cœur des travaux de l’insolite commission qu’il préside, est qu’elle est « discutable ». En effet, à de nombreuses reprises, et parfois même ès-qualités, comme cela sera publié, avec détails et références, dans le numéro du mois de décembre 2020 de l’Afrique Réelle que les abonnés recevront le 1er décembre, il a en effet montré qu’il est partisan de la thèse de la « culpabilité de la France »… ce qui annonce clairement la couleur des conclusions de la commission dont il est le président.
Dans les hautes terres du Forez, l’on a coutume de dire de qui veut monter au mât de cocagne « qu’il doit avoir le fond du froc propre »... Or, visiblement le « cher collègue » Vincent Duclerc a oublié de faire passer le sien à la lessiveuse… Rendez-vous donc à la prochaine parution de l’Afrique Réelle pour plus de détails…
mardi 10 novembre 2020
La Première Guerre mondiale n'a pas pris fin le 11 novembre 1918
II n’en fut pas de même de la Deutsche Ost-Afrika (Tanganyika et Ruanda-Urundi) et plus
généralement de toute l’Afrique orientale où, à travers les actuels Etats du
Rwanda, du Burundi, de Tanzanie et du Mozambique, commandés par le colonel,
puis général, Paul von Lettow-Vorbeck, quelques centaines d’Allemands et deux à trois milliers d’askaris,
l’équivalent des tirailleurs français, résistèrent en effet jusqu'au 25
novembre 1918, ayant réussi à immobiliser loin du front d’Europe jusqu'à
200.000 soldats britanniques, sud-africains, portugais et belges. Coupés de
tout ravitaillement, sachant utiliser au mieux leurs maigres moyens, vivant des
prises faites à l’ennemi, leur expérience mériterait d’être étudiée dans les
académies militaires.
C’est à cette épopée que
Bernard Lugan a consacré un livre intitulé Heia Safari ! Avec le général von Lettow-Vorbeck du
Kilimandjaro aux combats de Berlin (1914-1920). Un ouvrage illustré de plusieurs centaines de photos originales et de cartes qui en font une source
documentaire unique.
vendredi 6 novembre 2020
A l’unanimité, les députés français bradent le patrimoine inaliénable de nos musées
Composée de deux articles, cette loi
stipule qu’à compter de l’entrée vigueur du texte, 26 œuvres d’art provenant du
trésor du grand chef esclavagiste Béhanzin, roi d’Abomey (voir à ce sujet mon
livre « Esclavage, l’histoire à l’endroit ») conservés
au musée du quai Branly, cesseront de faire partie des Collections nationales.
Cette loi qui déshonore ceux qui l’ont votée mais également ceux qui, par leur absence se sont rendus complices du vote alors qu’ils n’ignoraient pas que sa discussion allait venir en séance, concrétise une promesse unilatérale faite par Emmanuel Macron le 28 novembre 2017 quand, lors d’une visite d’Etat au Burkina Faso, il déclara : « D’ici à cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain à l’Afrique ».
Allant vite en besogne, et en violation flagrante du principe d’inaliénabilité des biens inscrits aux Inventaires nationaux, le 17 novembre 2019, à Dakar, le « sabre d’el-Hadj Omar » fut remis au président sénégalais Macky Sall - d’ethnie toucouleur comme el-Hadj Omar -, par le Premier ministre français Edouard Philippe. Or, cette arme qui, soit dit en passant, n’a rien d’africain puisqu'il s’agit d’un sabre d’infanterie de l’armée française modèle 1821 forgé à Kligenthal, en Alsace, honore la mémoire d’un conquérant « sénégalais » qui mit en coupe réglée et vendit comme esclaves les ancêtres de 90% de la population de l’actuel Mali…et d’une partie de celle du Burkina Faso...Un beau geste de paix dans l’actuel contexte de jihadisme…
Dans la foulée de sa visite au Burkina Faso, le président Macron demanda un rapport sur les « restitutions » à Felwine Sarr de l’Université de St-Louis du Sénégal et à Bénédicte Savoy, historienne de l’Art et militante engagée que la sénatrice Catherine Morin-Desailly qui fut présidente de la commission de la culture au Sénat qualifie d’ « activiste ».
Rendu le 23 novembre 2018, le rapport
proprement surréaliste tant il est caricatural par son aveuglement idéologique et son
ignorance historique, recense 46.000 (!!!) œuvres africaines qui devraient être
« restituées » sur les 90.000 conservées dans les musées français ….
Dans ce rapport, l’on peut lire que
« les collections africaines conservées dans les musées occidentaux (sont)
une frustration née de la colonisation (… et) une sorte de totem de cette
souffrance ». Pour Bénédicte Savoy, toute œuvre d’art africaine conservée
en France et plus généralement en Europe est en effet postulée être le produit
d’un pillage…
Une telle impudence a entraîné la vive réponse d’Hermann Parzingzer, président de la Fondation du patrimoine prussien qui gère de très nombreuses collections africaines et qui a qualifié le rapport « de jargon dominé par une idéologie d’expiation et de pénitence ».
Cette présomption de « pillage » va donc contraindre les musées français à démontrer le caractère « légal » des acquisitions. Mais comment établir la traçabilité des achats, des échanges, des commandes datant parfois de plusieurs siècles, et des dons de collectionneurs, ces derniers constituant plus de 50% des collections ?
Alors que l’on attendait une vive réaction du Sénat, le 4 novembre 2020, ce dernier, tout en protestant, a lui aussi voté à l’unanimité (où étaient les sénateurs RN et ceux de la « droite de conviction ?), se contentant d’amender le texte en changeant simplement le mot « restitution » signifiant « rendre quelque chose que l’on possède indûment » par « retour »… Une grande marque de « virilité » qui constitue une garantie pour l’avenir de nos musées…
La boite de pandore ayant été imprudemment et idéologiquement ouverte par Emmanuel Macron, cinq pays africains se sont immédiatement engouffrés dans la brèche offerte par la loi, en réclamant dès à présent 13.000 objets qui sont pourtant autant de biens inaliénables du patrimoine français.
Mais plus encore, de nuit, en
catimini, quasi clandestinement, la couronne du dais de la reine
Ranavalona conservée au musée de l’Armée
depuis 1910 et qui n’est pas une prise de guerre, mais le don d’un particulier,
a été « restituée » à Madagascar. Qui avait autorité pour autoriser
une telle sortie d’un bien inaliénable inscrit aux Inventaires nationaux ?
Qui a donné l’ordre de cette inadmissible spoliation ?
Quelle association habilitée osera porter l’affaire devant les tribunaux afin que toute la lumière soit faite sur ce scandale ? D'autant plus que la convention de l’UNESCO de 1970 concernant les œuvres d’art conservées dans les musées n’est pas rétroactive.
Précision ne manquant pas de « sel », la couronne de la reine Ranavalona, une superbe pièce en vermeil ornée de sept fers de lance représentant les sept maisons princières et surmontée d’un aigle était conservée dans le palais d’Andafiavaratra à Antananarivo… où elle a été volée en 2011…
La « restitution » des œuvres d’art à l’Afrique est donc un gage de pérennité… Nous l’avons d’ailleurs observé avec les manuscrits de Tombouctou détruits par les jihadistes ou avec le pillage des collections du musée de Butare au Rwanda au moment du génocide… Si toutes ces collections avaient été abritées dans des musées européens, elles existeraient encore...
dimanche 1 novembre 2020
L'Afrique Réelle n°131 - Novembre 2020
L’Ethiopie va-t-elle disparaître ?
Dossier : La nouvelle situation politico-militaire dans la BSS
- Califat régional ou ethno-islamisme ?
- Les contradictions des islamistes de la BSS
- Quand Barkhane s’adapte à la situation sur le terrain
- L’islam sud-saharien pourra-t-il résister au wahhabisme ?
- Islam africain contre islam arabe
- La charia, une bulle « sécurisée » pour les trafics ?







