dimanche 1 février 2026

L'Afrique Réelle n°194 - Février 2024

Sommaire

Actualité
- L’Algérie se marginalise
- Le football, triste révélateur de l’état moral de l’Algérie
Dossier : Les frontières de l'Algérie
- Le contentieux territorial algéro-libyen
- Les amputations du Maroc au profit de l’Algérie
- Le contentieux territorial  Tunisie-Algérie
Livre
Quand les Africains colonisaient l’Afrique


Editorial de Bernard Lugan

L’Algérie, dernier Etat colonial en Afrique…

L’Algérie qui vient de criminaliser la colonisation française ferait bien de «_balayer devant sa porte ». En effet, et comme le dossier central de ce numéro de l’Afrique Réelle le montre, l’Algérie dont la boussole semble être définitivement bloquée sur les années 1960, est en réalité le dernier Etat colonial en Afrique. 

Guidée par sa haine de la France, elle a décidé de réactiver le discours anticolonialiste  qui fut celui du siècle dernier. Or, ce faisant, elle va se trouver dans l’inconfortable position de l’« arroseur arrosé ». 

Durant des décennies, l’Algérie a en effet exigé que se tienne un référendum afin de savoir si les populations du Sahara dit « occidental » qui n’avaient pourtant rien à voir avec elle, avaient vocation à retourner dans le giron de leur mère patrie marocaine, ou bien si elles souhaitaient au contraire revendiquer l’indépendance. 
Or, en même temps, cramponnée à son riche héritage territorial colonial, Alger écartait toute idée de référendum pour les populations des provinces marocaines, tunisiennes et libyennes qui lui avaient été rattachées par le colonisateur français honni… 
De même, Alger se gardait bien d’évoquer la volonté des Touareg qui, dans les années 1960, refusant toute appartenance à la future Algérie, avaient demandé à la France un statut séparé. Quant au souhait des Kabyles, il s’inscrivait lui aussi dans une claire et argumentée revendication nationale obstinément niée par l’Algérie. 

En réactivant un discours anticolonial appartenant à une époque révolue,   l’Algérie  a donc ouvert une « boite de Pandore » qui, dans l’avenir, va lui causer bien des problèmes. Elle va en effet apparaître comme étant le dernier Etat colonial en Afrique. Un Etat colonial refusant d’appliquer le droit international à l’autodétermination, c’est-à-dire le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, aux populations des territoires marocains, tunisiens et libyens qui lui furent offerts par le colonisateur français et qu’elle considère comme lui appartenant définitivement. 

Quant à la revendication kabyle présentée comme une question de décolonisation inachevée, elle va se poser avec de plus en plus de force dans les années futures, les Kabyles soutenant, à juste titre, que leur patrie fut rattachée à l’Algérie sans consultation de sa population. 
Les mouvements kabyles vont donc nécessairement demander à l’ONU d’initier un processus international permettant au peuple kabyle d’exercer librement son droit à l’autodétermination dans ses frontières historiques d’avant la colonisation française. 
S’ils y réussissaient, ce serait alors l’existence même de l’Algérie qui serait en jeu. 
Voilà quel serait le résultat des réactions anti-françaises primaires des gérontes algériens …

Pour en savoir plus voir mes deux livres : Algérie l’Histoire à l’endroit et Histoire des Algéries.