jeudi 1 janvier 2026

L'Afrique Réelle n°193 - Janvier 2026

Sommaire

Actualité
Sud Kivu : l’emblématique prise d’Uvira par le M23
Dossier
L’année 2025 en Afrique : bilan et perspectives pour 2026
- Algérie : 2025, l’annus horribilis
- Du Sahel au Sahélistan ?
- Soudan : une guerre à la fois ethno-raciale et régionale
- Le Kivu face à l’expansionnisme du Rwanda
Dossier
Les changements climatiques et le peuplement de l’Afrique

Editorial de Bernard Lugan
 
Le chaos démocratique

Si la France fait face aujourd’hui à un rejet massif et global en Afrique, le désamour remonte à la Conférence franco-africaine de La Baule, quand, en 1990, François Mitterrand déclara que c’était par déficit de démocratie que le continent ne parvenait pas à se « développer ». Il conditionna alors l’aide de la France à l’introduction du multipartisme. 

Le résultat de ce diktat démocratique fut que, dans toute l’Afrique francophone, la chute du système de parti unique provoqua une cascade de crises et de guerres, le multipartisme y exacerbant l’ethnisme et le tribalisme jusque-là contenus et canalisés dans le parti unique.
Or, la démocratie du « one man, one vote » imposée à l’Afrique a mathématiquement donné le pouvoir aux peuples, aux ethnies ou aux tribus ayant le plus grand nombre d’électeurs. Ce que j’ai défini comme l’« ethno-mathématique électorale africaine », les peuples les plus prolifiques étant automatiquement détenteurs d’un pouvoir issu de l’addition des suffrages.

Or, encore, ce furent ces diktats électoraux vus localement comme des ingérences néocoloniales, qui ont peu-à-peu conduit à l’éviction de la France, notamment de la région sahélienne où, en dehors des officiels français et des vampires des ONG, personne n’a jamais cru à la comédie électorale, sondage ethnique grandeur nature et rite destiné à satisfaire les donateurs occidentaux… 
Plus de trois décennies après l’injonction faite à l’Afrique par François Mitterrand lors de son « discours de La Baule » le 20 juin 1990, la démocratie qu’il postulait être le remède aux maux du continent n’y a en effet apporté ni développement économique, ni stabilité politique et encore moins sécurité. 
Cet échec explique pourquoi des pays comme le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, le Tchad et la Centrafrique, ont décidé de tourner le dos à l’impératif de la « bonne gouvernance » et de se donner ou de se redonner des régimes autoritaires. Nous assistons là, à la fois à la fin d’un cycle et à un changement de paradigme.

Or, si la démocratie électorale a échoué à régler les conflits africains, c’est en raison de l’inadéquation entre des réalités socio-politiques communautaires enracinées et un système politique importé à base individualiste. Comment le greffon démocratique européen aurait-il d’ailleurs pu prendre en Afrique sud-saharienne où, traditionnellement, l’autorité ne se partageait pas, où la séparation des pouvoirs était inconnue, et où les chefs détenaient à travers leur personne à la fois l’auctoritas et la potestas ?
Comment a-t-on pu faire croire aux Africains que la transposition de la démocratie occidentale était possible sans qu’auparavant il ait été réfléchi à la création de contre-pouvoirs, au mode de représentation et d’association au gouvernement des peuples minoritaires condamnés par l’ethno-mathématique électorale à être pour l’éternité écartés du pouvoir ?

jeudi 25 décembre 2025

C’est à l’Algérie de rembourser ce qu’elle doit à la France et non le contraire…

Mercredi 24 décembre 2025, l’Assemblée algérienne a voté à l’unanimité une proposition de loi insultante visant à obtenir « la reconnaissance et les excuses officielles de l’État français ». Or, si les godillots parlementaires algériens avaient un minimum de décence, ils auraient, tout au contraire, dû acclamer la France, tant leur pays lui doit tant. Jusqu’à son nom qui lui fut donné par elle en 1839…
Au moment de l’indépendance de juillet 1962, tout ce qui avait été bâti en Algérie y avait en effet été construit par la France à partir du néant, dans un pays qui n’avait jamais existé puisqu’il était directement passé de la colonisation turque à la colonisation française. Ce fut en effet la France qui créa l’Algérie en lui donnant ses frontières. Des frontières qui, à l’Ouest et à l’Est, furent tracées en amputant territorialement le Maroc, la Libye et la Tunisie. Une Algérie que la France ouvrit vers le Sud en lui offrant un Sahara qu’elle n’avait, et par définition, jamais possédé puisqu’elle n’avait jamais existé…

En 1962, la France légua à l’Algérie un héritage composé de 54 000 kilomètres de routes et pistes (80 000 avec les pistes sahariennes), de 31 routes nationales dont près de 9000 kilomètres étaient goudronnés, de 4300 km de voies ferrées, de 4 ports équipés aux normes internationales, de 23 ports aménagés (dont 10 accessibles aux grands cargos et dont 5 qui pouvaient être desservis par des paquebots),  de 34 phares maritimes, d’une douzaine d’aérodromes principaux, de centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), de milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels, de 31 centrales hydroélectriques ou thermiques, d’une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc., de milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités avec 800 000 enfants scolarisés dans 17 000 classes ( soit autant d’instituteurs, dont deux-tiers de Français), d’un hôpital universitaire de 2000 lits à Alger, de trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, de 14 hôpitaux spécialisés et de 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants.

Sans parler du pétrole découvert et mis en exploitation par des ingénieurs français. Ni même d’une agriculture florissante laissée en jachère après l’indépendance. Or, tout ce qui existait en Algérie en 1962 avait été payé par les impôts des Français. En 1959, l’Algérie engloutissait ainsi 20% du budget de l’Etat français, soit davantage que les budgets additionnés de l’Education nationale, des Travaux publics, des Transports, de la Reconstruction et du Logement, de l’Industrie et du Commerce !
 

La France s’est ruinée en Algérie alors qu’elle n’y avait aucun intérêt économique réel. Qu’il s’agisse des minerais, du liège, de l’alpha, des vins, des agrumes etc., toutes les productions algériennes avaient en effet
   des coûts supérieurs à ceux du marché international. Or, toujours généreuse, la France achetait à des cours largement supérieurs au marché des productions qu’elle avait déjà largement payées puisqu’elle n’avait jamais cessé de les subventionner !

Non seulement la France n’a pas pillé l’Algérie, mais, à défaut d’une réaction virile, elle serait fondée à « présenter la facture » aux gérontes qui gouvernent ce pays.

lundi 1 décembre 2025

L'Afrique Réelle n°192 - Décembre 2025

Sommaire du n°192 (décembre 2025)

Actualité :
- Nigeria : Guerre ethnique ou conflit religieux ?
- Soudan : Une guerre ethnique et raciale
- Mali : Vers l’effondrement ?
- Russie-Algérie, vers la rupture ?

Dossier :
Madagascar et la double colonisation africano-indonésienne


Editorial de Bernard Lugan

Opéré à la demande des autorités maliennes, le départ des forces françaises a ouvert la voie au GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). Affilié à Al-Qaida, le GSIM est en réalité autonome de la centrale dirigeant cette nébuleuse terroriste. Même s’il se réclame de l’islam rigoriste, sa prise de contrôle  par le chef Touareg Iyad agh Ghali a fait du GSIM un mouvement d’abord ethno-islamiste avant d’être jihadiste. Cependant, compte tenu de la situation sur le terrain, la question qui se pose est de savoir si Iyad agh Ghali est aux portes du pouvoir au Mali. A ce sujet, certains médias ont annoncé la chute prochaine de Bamako. Une annonce qui semble prématurée pour deux grandes raisons :

1) La première est clairement ethnique. Apparaissant comme le bras armé des Touareg, le JNIM ne peut en effet que susciter le rejet de la part des sudistes, notamment des Bambara. Voilà pourquoi, depuis quelques semaines, le GSIM  tente de se présenter comme un mouvement islamo-nationaliste pluriethnique. Compte tenu des mémoires collectives, l’entreprise parait complexe…

2) Avec des effectifs variants, selon les sources, entre 5000 et 10 000 hommes, le GSIM n’est semble-t-il pas en mesure de lancer un assaut direct sur la capitale malienne. Pour mémoire, au mois de juin 2025, après avoir échoué devant Tombouctou, le 1er juillet, à Kayes, le GSIM a subi un grave échec en laissant des dizaines de morts sur le terrain. Même en difficulté, les 40_000 hommes des Forces armées maliennes (FAMa) conservent en effet une supériorité numérique et matérielle tout en bénéficiant théoriquement de l’appui-feu du contingent russe. A ce propos, comme depuis plusieurs semaines, les Russes d’Africa Corps sont curieusement  absents du champ de bataille, la question qui se pose est de savoir si Moscou n’aurait pas déjà acté la fin de l’actuel régime malien. L’avenir nous en dira plus.

Si Bamako est son objectif, la meilleure stratégie pour le GSIM serait de laisser la ville s’effondrer de l’intérieur, soit par des manifestations, soit par un blocus alimentaire et en carburant, soit par le chaos ou, d’abord, par un changement de régime. L’éclatement au grand jour de la rivalité au sein de l’armée entre Assimi Goïta et Sadio Camara, le ministre de la Défense, pourrait en effet être le signe annonciateur d’une révolution de Palais.

Une telle évolution pourrait débloquer la situation politique en ouvrant la voie à des négociations qui pourraient déboucher sur une coalition associant une fraction de la junte, une partie de la société civile et certains éléments « jihadistes ». Une solution pour gagner du temps mais qui sauverait la face de tous les protagonistes, et qui pourrait permettre à la Russie de ne pas perdre les positions acquises après l’éviction ou l’auto-éviction de la France.

jeudi 20 novembre 2025

Promotion Noël 2025

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vendredi 14 novembre 2025

Boualem Sansal libéré, se pose maintenant la question des frontières de l’Algérie

Boualem Sansal a été embastillé à Alger pour avoir déclaré : « Quand la France a colonisé l’Algérie, toute la partie ouest de l’Algérie faisait partie du Maroc ».

En disant cela, Boualem Sansal donna une immense visibilité à ce que, hormis Benjamin Stora et son école, tous les historiens sérieux ne cessent d’écrire depuis des décennies, à savoir
que l’Algérie, création coloniale a été formée de bric et de broc par le rattachement de pans entiers du Maroc, de la Tunisie et de la Libye. Selon Benjamin Stora, dire cela « blesse le sentiment national algérien ». Sans doute. Mais l’Histoire est l’Histoire, ce que, ayant les « yeux de Chimène » pour l’Algérie « révolutionnaire » , l’ancien militant trotskiste semble avoir oublié.

Le paradoxe est que l’Algérie qui demande un insolite référendum d’autodétermination pour un inexistant « peuple saharaoui », a, en revanche, toujours et avec constance, refusé qu’une telle consultation soit proposée aux populations originellement marocaines du
Touat, du Tidikelt, du Gourara, de la Saoura, de Tindouf, de Béchar et de Tabelbala au sujet de leur volonté de rattachement national. Et que dire du refus opposé par Alger à toute demande de référendum d’autodétermination en Kabylie ?

Affaiblie diplomatiquement après son échec cuisant devant le Conseil de sécurité de l’ONU au sujet du Sahara « occidental », l’Algérie est régionalement brouillée avec ses voisins - hormis la malheureuse Tunisie devenue une quasi willaya algérienne -, elle est en froid avec la Russie pourtant son allié historique, et elle vit un chaotique climat de fin de règne. Dans ces conditions, comment va-t-elle être en mesure de justifier aux yeux de ceux qui en sont les victimes, les acquis territoriaux hérités d’une colonisation française qu’elle voue aux gémonies et à laquelle elle doit tout, jusqu’à son nom et ses frontières. ?

Pour en savoir plus sur l’artificialité territoriale de l’Algérie voir :
Algérie l’histoire à l’endroit
Histoire des Algéries, des origines à nos jours

samedi 1 novembre 2025

L'Afrique Réelle n°191 - Novembre 2025

Sommaire

Actualité :
- Quand l’ambassadeur turc rappelle que l’actuelle Algérie fut une colonie ottomane
- La Russie et la Chine enferment l’Afrique dans la dépendance
- C’est au Rwanda et au Zaïre (RDC) que la France  a perdu l’Afrique

Dossier : Afrocentrisme et décolonialisme ou l’histoire revanche
- Afrocentrisme ou négro-centrisme ?
- La découverte de l’Amérique par des Noirs ou la magie du syllogisme
- Pour les décoloniaux et les afrocentristes, l’homme blanc est coupable

Conseil de lecture :
Reportages de guerre de Jean-Louis Tremblais


Editorial de Bernard Lugan

Si les nombreux conflits africains d’aujourd’hui sont souvent la résurgence de ceux d’avant la colonisation, leur aggravation découle quant à elle du tracé des  frontières coloniales acceptées durant la période post-coloniale par les Etats indépendants. Le principe de leur intangibilité date en effet du 21 juillet 1964, donc  après les indépendances, date à partir de laquelle il constitua un des fondements de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), l’ancêtre de l’Union africaine (UA).
Ce fut en effet ce jour-là, lors de la deuxième Conférence des Chefs d’États et de Gouvernements de l’OUA, réunie au Caire, en Égypte, que fut acté ce principe crisogène,  les États membres s’engageant à respecter les frontières existant au moment où ils accédèrent à l’indépendance.
Alors qu’en 1961, donc avant l’indépendance, le GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne), avait adhéré au « Groupe dit de Casablanca » qui était pour, au cas par cas, la refonte frontalière des nouveaux États, l’Algérie d’après 1962 se rangea tout au contraire à l’option du statu quo colonial. La position de l’Algérie s’expliquait car, ayant outrancièrement bénéficié des « largesses » territoriales faites par son ancien colonisateur, à savoir tout le Maroc oriental (Tindouf, Béchar, le Gourara, le Tndikelt, la Saoura, Tabelbala), ainsi qu’une partie de la Tunisie et de la Libye, et sans parler du nord de l’ancienne AOF, le «_phare » de l’anticolonialisme que fut l’Algérie a donc défendu « bec et ongles » l’héritage territorial colonial qui l’avait fait naître…
 
Or, le principe de l’intangibilité des frontières a quatre défauts principaux :
1) Il entérine les amputations-charcutages opérés par les colonisateurs.
2) Il sépare des peuples parents.
3) Il force à vivre dans les mêmes Etats, des peuples historiquement en conflit.
4) Grâce à l’ethno-mathématique électorale du « one man, one vote », il donne automatiquement  le pouvoir à ceux des peuples dont les femmes sont les plus fécondes.
Après 1960, la parenthèse coloniale ayant été refermée et cela, sans affrontements majeurs, sans ces combats de grande intensité qui ravagèrent l’Indochine, l’Afrique fut ravagée par de multiples confits ethniques nés pour la plupart de la question des frontières et qui firent des millions de morts et des dizaines de millions de déplacés. 
La « guerre froide » terminée, l’Afrique s’embrasa ensuite autour de la question avouée ou non des délimitations frontalières. Durant la décennie 2000-2010, 70% des décisions de l’ONU et 45% des séances du Conseil de Sécurité furent ainsi consacrées aux conflits africains. 
Aujourd’hui, plus de 50 conflits armés sont actifs en Afrique. Et si nous en faisons l’analyse objective, force est de constater qu’ils sont le plus souvent, directement ou indirectement la conséquence de l’un ou l’autre des quatre points négatifs mis en évidence plus haut.

dimanche 19 octobre 2025

Le 17 octobre 2025, en « chemise et la corde au cou », l’ambassadeur de France à Alger a humilié son pays en cautionnant l’histoire officielle du « massacre des Algériens » à Paris le 17 octobre 1961.Un massacre dont le seul mort « algérien » avéré a pour nom Guy Chevalier…


La guerre d'indépendance algérienne se déroula également en métropole, y provoquant des milliers de morts. Pour la période du 1° janvier 1956 au 23 janvier 1962, 10 223 attentats y furent ainsi commis par le FLN. Pour le seul département de la Seine, entre le 1° janvier 1956 et le 31 décembre 1962, 1433 Algériens opposés au FLN furent tués et 1726 autres blessés (Valat, 2007:27-28). Au total, de janvier 1955 au 1° juillet 1962, en Métropole, le FLN assassina  6000 Algériens et en blessa 9000 autres.

Face à ces actes de terrorisme visant à prendre le contrôle de la population algérienne vivant en France, le 5 octobre 1961, un couvre-feu fut imposé à cette dernière afin  de gêner les communications des réseaux du FLN et l’acheminement des armes vers les dépôts clandestins.

En réaction, le 17 octobre 1961, le FLN décida alors de manifester. Assaillis de toutes parts, les 1658 hommes des forces de l’ordre rassemblés en urgence, et non les 7000 comme cela est encore trop souvent écrit, sont, sous la plume de militants auto-baptisés « historiens », accusés d’avoir massacré 300 manifestants, d’en avoir jeté des dizaines à la Seine et d’en avoir blessé 2300. (Voir :Lugan,B., (2017) « 17 octobre 1961, un massacre imaginaire ». Chapitre IX du livre « Algérie l’Histoire à l’endroit ». 

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mercredi 1 octobre 2025

L"Afrique Réelle n°190 - Octobre 2025

Sommaire

Actualité :
- En Algérie et en Afrique du Sud, l’histoire est moins une science qu’une thérapie des traumatismes du passé
- Algérie : comment les Berbères furent floués par les arabistes
- L’Afrique, un continent très marginal pour les investisseurs
Génocide des Herero : nouvelles perspectives historiques
- Les missionnaires protestants sont-ils les responsables indirects du génocide des Herero ?
- Le soulèvement des Herero
- Paul von Lettow-Vorbeck victime expiatoire de la guerre des Herero

Editorial de Bernard Lugan

La question identitaire est au cœur du non-dit et du mal être de l’Algérie. Le pays est-il arabe, berbère, arabo-berbère ou berbéro-arabe ? Cette question remonte aux origines du courant nationaliste.
Née en 1962 après être passée de la colonisation ottomane à la colonisation française, tiraillée entre arabité et berbérité, l’Algérie est en effet toujours à la recherche de son identité. 
Au lendemain du second conflit mondial, Messali Hadj, alors leader nationaliste incontesté, considérait que l’arabisme et l’islamisme étaient les éléments constitutifs sans lesquels l’Algérie algérienne ne pourrait pas faire « coaguler » ses populations. Il fut donc postulé que l’Algérie était une composante de la nation arabe, que sa religion était l’islam et que le berbérisme était un moyen pour le colonisateur de diviser les Algériens. 
Après l’indépendance, comme les berbéristes affirmaient la double composante  arabe et berbère du pays, le parti-Etat FLN parla de dérive « ethnique », « raciste » et « xénophobe ». En 1962, le ministre algérien de l’Education nationale déclara même que « Les Berbères sont une invention des Pères Blancs »…
Dans ce numéro un article est consacré à la manière dont les arabistes utilisèrent les Berbères dans la lutte contre la présence française avant de les flouer au moment de l’indépendance.

La version allemande de la culpabilisation coloniale est le « Génocide des Herero » commis en Namibie, l’ancien Sud-Ouest africain allemand en 1904-1905. Or, un aspect ignoré de ce drame est son origine. Le « génocide des Herero » est en effet la conséquence de la révolte des Herero réprimée par l’Allemagne. Or, si les Herero se sont révoltés, c’est parce que, par philanthropie, la colonisation avait bouleversé les relations sociales inter-ethniques traditionnelles en supprimant le servage (ou des relations serviles) entre les Herero et les Damara sous la pression très insistante des missions protestantes.
Un peu comme au Rwanda où, après 1945, l’Eglise catholique fit pression sur l’administration coloniale belge afin que soient renversés les rapports dominants-dominés entre Tutsi et Hutu, ce qui provoqua la révolution de 1959, puis indirectement le génocide de 1994[1]. Ce sont  ces nouvelles perspectives historiques qui sont exposées dans ce numéro.

En 2024, l’Afrique a reçu un volume record d’IDE (Investissements directs étrangers) soit 97,03 milliards de dollars, avec une augmentation de plus de 20% par rapport à 2023, ce qui a une fois de plus conduit certains observateurs à parler d’une envolée de l’attractivité économique africaine. 
Or, une simple comparaison montre que cette somme ne représentante que 6,40% du total des IDE mondiaux. Plus encore, près de la moitié  de ces 97,03 milliards a été affectée à la seule Egypte, ce qui fait que la cinquantaine d’autres pays africains n’ont attiré qu’un peu plus de 3% de tous les IDE mondiaux…
A moins de continuer à prendre des vessies pour des lanternes, force est donc de constater que l’Afrique  n'attire toujours pas les investisseurs.

[1] Voir à ce sujet mon livre Rwanda, un génocide en questions.