jeudi 18 juillet 2019

Algérie : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux »


Ce communiqué peut être abondamment repris à la condition d’en citer la source

Cette phrase d’Etienne de la Boétie résume la relation franco-algérienne. A chaque fois qu’il est en difficulté, le « Système » algérien sort en effet le joker-martingale de l’accusation de la France, sachant qu’il sera immédiatement relayé par les héritiers des « porteurs de valises », ethno-masochistes buvant goulûment  au calice de la repentance et de la contrition.

Le 15 juillet dernier, montrant en cela qu’il n’est pas encore mentalement décolonisé, Mohand Ouamar Bennelhadj, membre essentiel du « Système » algérien puisqu’il est le secrétaire général par intérim de l’ « Organisation nationale des moudjahidines », les « anciens combattants », a ainsi appelé le parlement algérien à voter une loi criminalisant la colonisation française. Il a en outre demandé que cette loi ouvre la voie à des « compensations », osant écrire que les Français ont « génocidé » les Algériens et que, après avoir pillé le pays, ils « n’ont laissé ici que des broutilles, des choses sans valeur».

Ces accusations ne relèvent pas de l’anecdote. Ce n’est pas de sa propre initiative que ce pâle apparatchik dont l’association constitue le pivot du « Système » et dévore 6% du budget de l'Etat -plus que ceux des ministères de l'Agriculture (5%) et de la Justice (2%)-, a lancé ces accusations gravissimes. Depuis deux ou trois semaines, acculé par la rue, le général Gaïd Salah a en effet ordonné qu’une offensive anti-française destinée à tenter de faire dévier la contestation populaire soit lancée. Face à cette véritable déclaration de guerre, le président Macron garde un étourdissant silence…

 Alors, puisque, comme ils en ont hélas l’habitude, les « lapins de coursive » qui dirigent la France se tairont, il est donc nécessaire que les « réseaux sociaux » s’emparent de  l’affaire, à la fois pour exiger une réponse officielle des autorités françaises, et pour « remettre les pendules à l’heure ».

En 1962, la France a légué à l’Algérie un héritage exceptionnel et non des « Broutilles » et des  « choses sans valeur », à savoir 54 000 kilomètres de routes et pistes (80 000 avec les pistes sahariennes), 31 routes nationales dont près de 9000 kilomètres étaient goudronnés, 4300 km de voies ferrées, 4 ports équipés aux normes internationales, 23 ports aménagés (dont 10 accessibles aux grands cargos et dont 5 qui pouvaient être desservis par des paquebots),  34 phares maritimes, une douzaine d’aérodromes principaux, des centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), des milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels, 31 centrales hydroélectriques ou thermiques, une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc., des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités avec 800 000 enfants scolarisés dans 17 000 classes (soit autant d’instituteurs, dont deux-tiers de Français), un hôpital universitaire de 2000 lits à Alger, trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, 14 hôpitaux spécialisés et 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants. Sans parler d’une agriculture florissante laissée en jachère après l’indépendance, à telle enseigne qu’aujourd’hui l’Algérie doit importer du concentré de tomates, des pois chiches et de la semoule pour le couscous…

Tout ce que la France légua à l’Algérie avait été construit à partir du néant, dans un pays qui n’avait jamais existé et dont même son nom lui fut donné par la France. Tout avait été payé par les impôts des Français. Daniel Lefeuvre a montré qu’en 1959, toutes dépenses confondues, l’Algérie engloutissait 20% du budget de l’Etat français, soit davantage que les budgets additionnés de l’Education nationale, des Travaux publics, des Transports, de la Reconstruction et du Logement, de l’Industrie et du Commerce ! 

Tous les arguments permettant de réfuter la fausse histoire de l’Algérie écrite par les profiteurs du « Système » se retrouvent dans mon livre Algérie, l’histoire à l’endroit.

mardi 9 juillet 2019

Le réchauffement de l’Afrique n’est pas dû à l’homme


Mise au point  de Bernard Lugan
  
En Afrique, le  postulat du « réchauffement climatique global dû à l’homme » est contredit par cinq disciplines scientifiques majeures :

1) Les paléoclimatologues ont, en analysant les « carottes » obtenues lors de forages continentaux et marins, montré que, durant tout le Quaternaire, c’est-à-dire depuis 2,5 millions d’années, l’Afrique a connu des alternances de périodes froides et chaudes, sèches et humides. Les australopithèques et les premiers hominiens en seraient-ils responsables… ?

2) Les paléoenvironnementalistes ont mis en évidence les modifications de la végétation africaine résultant de ces changements climatiques intervenus en dehors de toute intervention humaine.

3) Les climatologues tropicalistes ont démontré que l’actuel  et réel réchauffement est un phénomène à la fois naturel - même si la suicidaire démographie africaine aggrave la désertification -, et de longue durée puisqu’il s’inscrit dans un cycle ayant débuté il y a  5 000 ans. Toujours sans responsabilité humaine.

4) Les archéologues nous apprennent que sur les quinze derniers millénaires, ce furent ces changements climatiques qui, du nord au sud et de l’est à l’ouest, conditionnèrent la mise en place des populations africaines.

5) Les historiens ont mis en évidence le synchronisme existant entre changements climatiques et grandes séquences de l’histoire du continent. (Ce thème du synchronisme constitue le cœur de mon livre « Les guerres du Sahel des origines à nos jours »).

Il a donc été démontré que, depuis des millions d’années, les changements climatiques africains se font selon des cycles naturels connus, décrits, analysés et indépendants des activités humaines.
Et pourtant, tels de nouveaux messies, les « ayatollahs verts » imposent leurs prophéties hallucinatoires à des populations frappées de panurgisme, cependant qu’ à travers un matraquage orwellien de plus en plus inquisitorial, ils tentent de réduire au silence les « hérétiques » ne croyant pas à leurs « révélations ».

Cette mise au point est destinée à fournir un argumentaire aux « sceptiques » à travers la mise en évidence des véritables raisons des changements climatiques africains.

Développements :

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mardi 2 juillet 2019

L'Afrique Réelle n°115 - Juillet 2019

Sommaire

Actualité :
- Algérie et Soudan : le « Système » contre-attaque
- Les Iles Eparses sont françaises

Dossier :
Mali et Burkina Faso : La descente aux enfers
- Le Mali en perdition
- Gourma-Liptako : Le retour de la longue histoire
- Mali : la colonisation aurait-elle créé les ethnies ?


Editorial de Bernard Lugan

Ce n’est pas de « développement » dont l’Afrique a besoin, mais du contrôle des naissances

Quelques semaines avant les dernières élections, les députés européens ont voté de nouveaux généreux budgets à destination de l’Afrique. En plus d’une rente permanente se chiffrant à des dizaines de milliards d’euros, l’UE va ainsi offrir 32,5 milliards (mds) d’euros d’ici 2020, puis 40 mds entre 2021 et 2027, soit au total 72,5 mds d’euros afin de créer 10 millions d’emplois. 
Outre que cela fait tout de même « cher » par emploi supposé être créé, nous sommes en réalité en présence d’une entreprise de dilapidation des fonds européens car l’inutilité d’un tel cadeau est en effet actée. Dans son rapport de 2017 publié en 2018, la BAD (Banque africaine de développement) nous apprend ainsi que, compte tenu de sa folle démographie, l’Afrique est condamnée à créer 450 millions d’emplois d’ici 2040. Le rapport don-résultat est donc à la fois ridicule compte tenu de l’océan des besoins africains, et élevé à l’échelle des nécessités européennes. 

L’argument de ceux qui ont ainsi amputé l’UE de sommes qui y sont pourtant indispensables, est que, si nous ne développons pas l’Afrique, nous subirons les migrations. 
Or, comme je l’ai expliqué dans mon livre Osons dire la vérité à l’Afrique, depuis 1960, tout a déjà été tenté pour développer le continent. En vain, car la croissance économique africaine (entre 1,4% et 1,6%), est inférieure à la croissance démographique (4%). D’autant plus qu’il faudrait au moins 7% de croissance économique durant des années pour simplement rééquilibrer le rapport croissance-démographie. Dans ces conditions, comment prétendre « développer » un continent qui, d’ici à 2030, verra sa population passer de 1,2 milliard à 1,7 milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an ? 

La priorité n’est donc pas de continuer de remplir le « Tonneau des Danaïdes » africain, mais de protéger l’Europe de la déferlante annoncée et même programmée par certains. Or, les 72,5 mds d’euros qui vont être dilapidés dans l’illusoire projet de création d’une poignée d’emplois, auraient été nécessaires à une politique ayant pour but la survie de l’identité de l’Europe. 

Cela, d’autant plus que la religion climatique que nous voyons naître sous nos yeux à travers les prophéties hallucinatoires des grands prêtres du « climatiquement correct », répond en partie à un but très clair : préparer les opinions européennes à l’accueil des « réfugiés climatiques » venus d’Afrique. 
Nous sommes là dans la suite de l’entreprise de désarmement moral et mental des peuples européens qui a débuté au lendemain du second conflit mondial. Avant-hier, nous étions accusés d’avoir pillé l’Afrique en la colonisant. Hier nous l’étions pour l’avoir saignée en lui volant ses ressources naturelles. Aujourd’hui, les mêmes clament que notre niveau de vie provoque le réchauffement climatique qui va rendre la vie intenable en Afrique. Conclusion, comme nous sommes par postulat responsables, nous devrons nous racheter en accueillant les futurs « réfugiés climatiques ». 
Le masochisme des Européens est décidément sans limite !!!

vendredi 28 juin 2019

Comprendre les conflits au Sahel

Afin de comprendre les conflits au Sahel, Bernard Lugan propose un cours vidéo de 2 heures et illustré de nombreuses cartes.



Pour visionner le cours, s'inscrire sur :
https://lescours-bernardlugan.teachable.com

Le cours est divisé en 6 parties (format HD) consultables pour une durée illimitée.
Les abonnés à l'Afrique Réelle bénéficient de 30% de réduction.

jeudi 20 juin 2019

Peul contre Dogon et Bambara : une plaie ethnique ancienne surinfectée par le jihadisme contemporain

Dans le sud du Mali, dans le nord et dans l’est du Burkina Faso, les massacres se multiplient depuis plusieurs semaines. Vouloir les expliquer par le jihadisme contemporain est une vue de l’esprit car leur arrière-plan est à la fois ethno-historique et inscrit dans la longue durée.
Nous sommes en réalité en présence de la résurgence de conflits datant de la fin du XVIIIe et de la première moitié du XIXe siècle. La région fut alors dévastée et conquise par des éleveurs peul dont l’impérialisme s’abritait derrière le paravent religieux. Il y eut alors trois jihad peul. Celui d’Ousmane dan Fodio débuta en 1804 et il dévasta le pays Haoussa ; celui de Seku Ahmadou ravagea le Macina à partir de 1818. Quant à celui d’El-Hadj Omar, il s’étendit à toute la région de la boucle du Niger ainsi qu’au Macina à partir de 1852.
Partout les sédentaires furent razziés pour être réduits en esclavage. Au Mali, les principales victimes furent les Bambara et les Dogon. Au Burkina Faso, dans le Gourma, la constitution de l’émirat peul du Liptako se fit par l’ethnocide des Gourmantché et des Kurumba (le numéro de juillet 2019 de l’Afrique Réelle contiendra un dossier consacré à la question du Gourma-Liptako et à la région dite des « Trois frontières » Pour profiter de l'abonnement spécial 10 ans du blog (36 numéros au lieu de 12), cliquer ici.

Les actuels affrontements, notamment ceux opposant Peul et Dogon, tirent directement leur origine de ces épisodes ignorés ou lointains pour les Européens, mais totalement présents dans la mémoire locale.

A partir de 1893, la colonisation établit la paix et les Dogon redescendirent peu à peu des falaises dans lesquelles ils s’étaient réfugiés pour se réinstaller dans la plaine occupée par les Peul. Or, depuis deux ou trois décennies, en raison, de l’essor démographique et de la péjoration climatique, la cohabitation entre les deux peuples est de plus en plus difficile. D’où de très nombreux affrontements avec constitution de milices ethniques d’auto-défense. Avec opportunisme, les jihadistes ont infiltré les milices peul. Résultat, les Dogon pensent revivre le retour du jihad qui, au XIXe siècle les chassa de leur terre.

Dans les immensités sahéliennes, domaine du temps long, l’affirmation d’un islamisme radical est d’abord le paravent d’intérêts économiques ou politiques à base ethnique. Mais, pour le comprendre, encore faut-il connaître l’ethno-histoire régionale. C’est pourquoi j’ai écrit « Les Guerres du Sahel des origines à nos jours », un livre spécialement consacré à cette question. En commande ici.

jeudi 6 juin 2019

Offre spéciale 10 ans du blog : 36 numéros de l'Afrique Réelle au lieu de 12 !

En 2019, le blog de l’Afrique Réelle fête ses dix ans d’existence. A l’occasion de cet anniversaire nous vous proposons un abonnement spécial à l’Afrique Réelle, soit les 12 numéros de l’année 2019, plus, les numéros, au choix, de deux années précédentes, soit au total 36 numéros. Le tout pour 45 euros. Le sommaire de tous les numéros est visible sur cette page

Pour souscrire cet abonnement spécial, deux possibilités :

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En nous renvoyant ce bon de commande :


samedi 1 juin 2019

L'Afrique Réelle n°114 - juin 2019

Sommaire

Actualité :
La question des eaux du Nil

Dossier : Libye 
- Les deux Libye
- L’offensive du général Haftar (2017-2019)
- Sud libyen-nord Tchad : nouveau point chaud

Débat :
Quelle démocratie pour l'Afrique ?


Editorial de Bernard Lugan :

L’ethnie, rempart face au jihadisme ?

Dans la BSS (Bande Saharo-Sahélienne) où le jihadisme prospère sur les fractures ethno-raciales, seul le temps long permet de comprendre la complexité de la situation et d’en saisir les véritables enjeux.

Avant la colonisation, les pasteurs saharo-sahéliens (Maures, Touareg, Peul, Toubou, Zaghawa etc.), razziaient les sédentaires sudistes. Après avoir imposé une parenthèse de paix, les colonisateurs se retirèrent et le temps long africain reprit son cours. Avec une nouveauté cependant puisque les anciens prédateurs et les anciennes victimes étaient désormais rassemblés à l’intérieur de frontières artificielles. 
Dans ces cadres étatiques plaqués sur les réalités locales, les  anciennes fractures furent aggravées par l’ethno-mathématique électorale qui donna le pouvoir aux sudistes puisqu’ils étaient plus nombreux que les nordistes. Dès les années 1960, refusant cette situation nouvelle, ces derniers se soulevèrent et éclatèrent alors les révoltes des Touareg à l’ouest et celles des Toubou-Zaghawa à l’est[1].

Nous sommes là à l’origine des évènements qui ensanglantent actuellement la BSS et que Barkhane n’est évidemment pas en mesure de résoudre. 
A supposer que nos forces réussissent à éliminer les jihadistes, la question des rapports entre nordistes et sudistes ne serait en effet pas réglée pour autant puisque le jihadisme n’est ici que la surinfection d’une plaie  ethno-raciale millénaire.  
Or, cette réalité explique à la fois le succès des jihadistes et l’échec de leur tentative de création d’un califat transnational et transethnique. Pour survivre ou se développer, ils ont en effet été contraints de prendre appui sur certaines ethnies ou tribus. 
Ce faisant, ils se sont isolés des autres car ils ont réveillé chez les anciennes victimes les souvenirs des exactions d’avant la colonisation « libératrice ». Quand ils prennent pied dans une région, les jihadistes créent certes un nouveau foyer, mais ils réactivent en même temps les anciennes chaines défensives, les antiques solidarités ethniques. Voilà qui explique les évènements du Macina, du Liptako ou encore du Gourma.

Le cas des Dogon est emblématique. Ce n’est pas par choix qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle, se repliant devant la poussée des cavaliers peul musulmans, leurs ancêtres abandonnèrent les plaines fertiles pour se retrancher dans les falaises ingrates de Bandiagara où ils furent harcelés et assiégés par les chasseurs d’esclaves (voir à ce sujet le numéro du mois d’avril 2019 de l’Afrique Réelle). Aujourd’hui, face à la dilution de l’Etat malien et à l’impuissance de son armée[2], les Dogon sont de nouveau contraints d’assurer leur défense contre le jihadisme porté par certains groupes peul…comme aux XVIIIe-XIXe siècles…

La leçon doit être retenue car le jihadisme va pousser vers le golfe du Bénin, la région guinéenne et la Côte d’Ivoire où, au fur et à mesure de son expansion, vont se réveiller les fronts ethniques d’avant la colonisation. Comme actuellement dans la région de Jos au centre du Nigeria. Comme ce sera alors sur les ethnies que s’organisera la résistance, nos Armées doivent donc dès à présent reprendre à leur compte la célèbre phrase de Kipling : « Le loup afghan se chasse avec le lévrier d’Afghanistan ». Mais encore faudrait-il que de véritables enseignements africanistes soient dispensés à l’ESM de Coëtquidan et à l’Ecole de Guerre.

[1] Cette problématique constitue la colonne vertébrale de mon livre : « Les Guerres du Sahel des origines à nos jours ».
[2] Pour mémoire, durant le seul mois de mai 2019, l’armée nigérienne a perdu 30 morts dans la région de Tillabéry et l’armée malienne plus d’une dizaine dans la région de Mopti.

samedi 25 mai 2019

Algérie : le « Système » dans l’impasse

Cette analyse peut être reprise à condition d’en citer la source

La lecture des évènements  algériens doit se faire à deux niveaux, le visible et l’invisible.

Les apparences

Après plusieurs semaines de manifestations, le Ramadan n’ayant pas démobilisé la rue, le mouvement de contestation ne s’essouffle pas,
Face à cette réalité, la stratégie du « Système »[1] actuellement incarné par le général Ahmed Gaïd Salah a échoué. Elle avait pour but de gagner du temps et de diviser les contestataires à travers la manipulation d’une justice spectacle illustrée par une vague d’arrestations de «corrompus ». Mais les Algériens ne furent pas dupes car  ils savent bien que c’est tout le « Système » qui est corrompu. A commencer par le général Gaïd Salah dont l’affairisme familial à Annaba fut dénoncé par l’opposante Louisa Hanoune… qui a donc été jetée en prison…
Entre la rue et le « Système », les positions sont inconciliables :
-Les manifestants exigent une période de «transition »  menée par des personnalités indépendantes,
 -Le général Gaïd Salah veut, à travers l’élection présidentielle prévue le 4 juillet 2019, faire élire un candidat désigné par lui. Or, ce scrutin paraissant impossible à organiser, à l’issue des 90 jours de présidence intérimaire prévus par la Constitution,  le général va se trouver face à un vide institutionnel.

… et derrière les apparences

La lecture d’El Djeich, la revue de l’armée permet d’aller au-delà des apparences. Depuis plusieurs semaines, y est en effet dénoncé l’existence d’un « complot », ce qui confirme que la guerre est bien ouverte à l’intérieur de la caste militaire.
Or, depuis 1962, l’armée avait toujours réglé ses comptes  à huis-clos, s’abritant derrière un pouvoir civil de façade délégué au FLN. De plus, jusqu’à aujourd’hui, en dépit de leurs oppositions, les différents clans militaires n’avaient  à aucun moment transgressé l’ultime tabou qui était de  ne jamais aller jusqu’à mettre en danger la pérennité du « Système ». L’incarcération de plusieurs généraux dont Mediene « Toufik » et Tartag, montre que les haines claniques et personnelles ont pris le dessus sur le consensus indispensable à la survie commune.
La crise au sein de l’institution militaire est donc profonde et la multiplication des slogans dirigés contre sa personne montre que le  général Gaïd Salah se trouve désormais seul face à la population.
De plus en plus nombreux sont donc ceux qui se demandent si l’impopularité de leur chef ne va pas finir par provoquer un divorce entre l’armée et le peuple. Le risque serait alors de voir la lame de fond contestataire emporter l’institution militaire avec le « Système ».
Selon des rumeurs qui commencent à se faire insistantes, plusieurs de ses pairs tiendraient le général Gaïd Salah pour responsable de l’impasse politique actuelle. Le seul obstacle à son éviction serait que les généraux ne se seraient pas encore  accordés sur le nom d’un successeur. Compte tenu du climat actuel, la difficulté est en effet de trouver un général s’étant tenu au-dessus des intrigues du sérail et donc susceptible de rétablit le consensus interne à l’armée, ce qui passe par  la redéfinition de la place de chacun de ses clans.
Loin de l’agitation de la rue, mais en ayant le regard constamment tourné vers elle, les janissaires marchandent  donc afin de trouver parmi eux celui qui pourra  sauver le « Système ».  Le proche avenir dira s’ils ont réussi à trouver l’ « oiseau rare ». Mais en ont-ils encore la possibilité ?

Bernard Lugan

[1] Voir le dossier consacré au « Système » algérien dans le numéro du mois de mai 2019 de l’Afrique Réelle.