mercredi 18 février 2015

Libye : qui présentera "l'addition" à MM. Sarkozy, Juppé et BHL?

Ce communiqué peut être reproduit à condition d'en citer la source

Au mois de mars 2011, à l'issue d'une campagne médiatique d'une rare intensité initiée par BHL, Nicolas Sarkozy décida d'entrer en guerre contre le colonel Kadhafi avec lequel il était encore dans les meilleurs termes quelques mois auparavant.
Le 17 mars, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, arracha la résolution 1973[1] au Conseil de Sécurité de l'ONU, ce qui permit d'ouvrir les hostilités.
Le 19 mars, 19 avions français (chasseurs et ravitailleurs) lancèrent un raid de 2h30 au dessus de la Libye. L'incompréhensible guerre franco-libyenne ou otano-libyenne, venait de débuter.

Les raisons de ce conflit aux conséquences à ce point dramatiques qu'une intervention internationale paraît aujourd'hui indispensable sont toujours aussi mystérieuses. A l'époque, l'Elysée avança l'argument d'une action humanitaire destinée à "sauver la population de Benghazi". Le mardi 16 décembre 2014, le président tchadien Idriss Deby donna une autre explication en déclarant qu'en entrant en guerre en Libye: " l'objectif de l'OTAN était d'assassiner Kadhafi. Cet objectif a été atteint "[2].

Quoiqu'il en soit de ses causes officielles ou officieuses, réelles ou supposées, étayées ou fantasmées, le résultat de cette guerre "pour la démocratie et les droits de l'homme", est catastrophique :

- Les alliés islamistes du Qatar et de la Turquie ont pris le contrôle d'une partie des approvisionnements gaziers et pétroliers de l'Europe.

- Daesh a lancé une entreprise de coagulation des milices islamistes. Celles qui lui ont fait allégeance contrôlent une partie de la Cyrénaïque et à l'ouest, elles sont sur la frontière tunisienne. Partout, elles font régner la terreur.

- L'Egypte est directement menacée ainsi que la Tunisie et l'Algérie. Au sud, le Tchad et le Niger sont en première ligne alors qu'avec Boko Haram un second front islamiste s'est ouvert sur leurs frontières.

- Les gangs islamo-mafieux déversent des dizaines de milliers de migrants sur les côtes européennes. Au lieu de les refouler, la marine italienne les récupère en mer pour les installer en Europe...d'où ils ne repartiront plus. Or, tout le monde sait que des terroristes se dissimulent parmi eux et qu'ils vont créer des cellules "dormantes" au sein de l' "espace Schengen".

Face à ce désastre, comme s'ils étaient étrangers au chaos qu'ils provoquèrent, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé aspirent à la plus haute charge de l'Etat français. Quant à leur inspirateur guerrier, il continue à promener sa superbe et son échancrure de col sur les plateaux des télévisions...

Bernard Lugan
18/02/2015



[1] Voir à ce sujet le texte de la conférence de presse d'Alain Juppé à New York (www.ambafrance-at.org).
[2] Voir mon communiqué daté du 1 janvier 2015 dont le titre est "Le but de la guerre était-il d'assassiner le colonel Kadhafi ?".

dimanche 15 février 2015

Nigeria-Tchad : la nouvelle stratégie de Boko Haram

Boko Haram qui contrôle une partie du Nigeria opère désormais au Niger, au Cameroun et également au Tchad. Dans un premier temps sa stratégie fut d'exacerber la fracture entre le nord et le sud du Nigeria afin d’imposer l’indépendance d'un Etat théocratique nordiste inscrit dans la tradition des émirats du XIXe siècle. Une rupture s'étant ensuite produite entre les Haoussa et les Kanouri, ces derniers formant la base ethnique du mouvement, la stratégie de Boko Haram a  changé. Désormais, son objectif est le pourrissement de la région péri tchadique à travers la zone de peuplement kanouri qui déborde largement du Nigeria puisqu'elle s'étend au Niger, au Cameroun et au Tchad. Une évolution qui n'a pas été vue par les observateurs et qui change d'autant plus en profondeur les données du problème que Boko Haram commence à recruter parmi les populations arabes péri tchadiennes.

La suite de cette analyse est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle. Pour la recevoir par courriel, vous devez être abonné.

lundi 2 février 2015

L'Afrique Réelle N°62 - Février 2015

Sommaire

Actualité
- Algérie : L'effondrement du prix du pétrole menace la paix sociale
- Le Nigeria et le Niger face à Boko Haram
- Burkina Faso : De Thomas Sankara à Blaise Compaoré

Histoire
Le premier conflit mondial en Afrique du Nord

Afrique du Sud
Quand Mgr Lafont louvoie entre niaiserie, aveuglement et déni de réalité


Editorial de Bernard Lugan :

Par leurs provocations irresponsables, les « Charlie » réussiront-ils à paralyser la lutte anti-jihadiste au Sahel ?

1) Parlons vrai : que cela plaise ou non, pour une grande partie de l'Afrique, l'odieux assassinat des journalistes de Charlie Hebdo est vu comme la « juste punition de blasphémateurs ». Quant aux imprudents responsables africains qui furent littéralement convoqués à la marche parisienne des « Charlie », notamment les présidents Ibrahim Boubacar Keita du Mali et Mahamadou Issoufou du Niger, les voilà désignés comme des ennemis de l'islam. Ils sont donc politiquement affaiblis et cela alors qu'ils sont en première ligne contre le jihadisme.

Les conséquences géopolitiques qui vont découler de cette situation ne peuvent encore être mesurées. Notamment au Niger où Boko Haram qui, jusqu'à présent ne s'était pas manifesté, a pris le prétexte de la livraison du numéro spécial de Charlie Hebdo publié après les assassinats, pour lancer des foules fanatisées contre les intérêts français à Zinder et à Niamey. Au même moment, nos postes militaires avancés veillent aux frontières du pays pour empêcher le Niger de passer sous le contrôle des jihadistes...

Un officier supérieur égyptien pourtant peu suspect de sympathies islamistes me disait récemment : « Quand Charlie Hebdo représentait le pape Benoît XVI sodomisant un enfant de choeur, ses journalistes passaient pour de facétieux potaches et les catholiques protestaient par la prière. Mais quand ils insultent le prophète Mahomet, ils le paient de leur vie. Il est désolant de devoir constater que ce sont les malades mentaux salafistes qui, par l'assassinat, rappellent vos journalistes à la décence ».

Cruelle réflexion !
Les irresponsables de Charlie Hebdo ont-ils conscience des dégâts que leur jusqu'au-boutisme a provoqué en Afrique ? Peuvent-ils comprendre qu'ils ont mis en danger la vie de Français expatriés ? Peuvent-ils imaginer qu'ils fournissent des armes aux jihadistes tout en paralysant nos soldats engagés dans de difficiles combats pour les réduire ?

2) Mortelle culture de l'excuse : des terroristes islamistes de nationalité française et issus de l'immigration assassinent 17 compatriotes. Pour le Premier ministre français, l'origine de ces crimes odieux est à rechercher dans l' « apartheid » qu'auraient pu subir les meurtriers...
Au lieu de s'attaquer aux vraies causes du mal, voilà donc ouvert un nouveau et inutile débat sémantique à travers l'utilisation d'un « mot-prison » permettant à des politiciens faillis de gagner du temps et des points de popularité[1]. Tout en tentant de faire oublier que les tragiques évènements du mois de janvier 2015 sont une conséquence du « grand remplacement » dont ils sont responsables...

[1] Pour ce qui est du véritable sens du mot « apartheid », on se reportera au chapitre XIII de mon livre Mythes et manipulations de l'histoire africaine intitulé « Apartheid mérite-t-il d'être devenu un "mot prison" ? »

vendredi 23 janvier 2015

Afrique : La guerre en cartes



Présentation :
Cet ouvrage de 278 pages tout en quadrichromie est composé d'une centaine de cartes accompagnées de leurs notices-commentaires.
Il s'agit d'un exceptionnel outil de documentation et de référence construit à partir des cours que Bernard Lugan dispense à l'Ecole de Guerre et aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan.
Il est composé de deux parties. Dans la première sont étudiés les conflits et les crises actuels ; la seconde traite de ceux de demain.
Sa vocation est d'être  directement utilisable par tous ceux, civils et militaires qui sont concernés par l'Afrique.

La table des matières de l'ouvrage est indiquée ci-dessous.
Vous pouvez trouver l'exemple d'une carte et de sa notice :






























IMPORTANT : Cet ouvrage est exclusivement disponible auprès de l'Afrique Réelle.

Prix :
- 45€ (livraison colissimo et TVA compris)
- 47€ pour livraison Suisse/UE
- 50€ pour livraison monde
- Pour toute commande à partir de 5 exemplaires, 37€ par exemplaire.

Pour le commander, deux possibilités :

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2) Par chèque, avec ce bon de commande :
















Table des matières

Première partie : les guerres d'aujourd'hui

I- Présentation

- La conflictualité africaine en 2014 (carte)
- La conflictualité africaine en 2014 (notice)
- Les guerres africaines de 1960 à aujourd'hui (notice)
- Les guerres africaines de 1970 à 2000 (carte)
- Les frontières sont-elles la cause des conflits africains? (notice)
- L'Afrique politique (carte)
- L'Afrique, un continent qui s'arme (notice)
- Les 12 premiers budgets militaires africains en 2013-2014 (carte)

II- Définitions et constantes

- La terre et l’eau (notice)
- La végétation (carte)
- Le pastoralisme et ses problèmes (notice)
- L'Afrique entre le désert et la forêt (carte)
- La géopolitique de la mer (notice)
- L'Afrique enclavée (carte)
- Les langues et les populations (notice)
- L'Afrique ethno-linguistique (carte)
- La question religieuse (notice)
- Les religions (carte)
- L'Afrique francophone (carte)
- L'Afrique anglophone (carte)
- Economie: l'état des lieux (notice)
- Les cinq pays africains les moins performants (carte)
- Les dix pays africains les plus performants (carte)
- La géopolitique du pétrole et du gaz (notice)
- Pétrole et gaz en Afrique sud-saharienne (carte)
- La géopolitique du pétrole dans l'espace saharo-soudanais (notice)
- La géopolitique du pétrole enclavé (carte)

III- Les Afriques embrasées

A- L'Afrique du Nord

- Les "printemps arabes" entre mythe et réalité (notice)
- Les "printemps arabes" au Maghreb et au Machrek (1 carte)
- La désintégration de la Libye (notice)
- La Libye ethnique et tribale (carte)
- Les confédérations tribales de Libye (carte)
- Les alliances tribales  de Libye (notice)
- La guerre de Libye (mars-octobre 2011) (carte)
- Libye:pétrole et gaz (carte)
- La Libye:porte d'entrée du Sahara (carte)
- Les Berbères de Libye, acteurs essentiels de la guerre civile (notice)
- La contagion libyenne (carte et notice)

B- Le Sahel

- Les guerres du Sahel (notice)
- L'espace sahélo-soudanais: un archipel de conflits (carte)
- Le Sahel (carte)
- Les grandes définitions (notice)
- Les quatre grands verrous de la zone sahélo-saharienne (carte)
- Les quatre principaux peuples du Sahara (carte)
- Maures,Touareg,Toubou et Zaghawa (notice)
- La complémentarité entre l' Afrique du Nord et le Sahel (notice)
- Les relations entre l'Afrique du Nord et le Sahel à l'époque précoloniale (carte)
- Le Maroc dans sa plus grande extension (XVII°-XVIII° siècles) (carte)
- La zone sahélo-saharienne: un monde de tradition jihadiste (notice)
- Le Sahel: un monde de Jihad (carte)
- Le Sahel, plaque tournante du trafic de la cocaïne (notice)
- La cocaïne et l'"autoroute n°10" (carte)
- La question du Mali ( notice)
- Mali : les trois Azawad (carte)

C- La région Tchad-Nigeria

- Le verrou tchadien et ses fragilités (notice)
- Le verrou tchadien (carte)
- Les ethnies du Tchad (carte)
- Les trois Tchad (carte)
- Le Nigeria, un mastodonte éclaté (notice)
- Le Nigeria et la guerre de Boko Haram (carte)
- Les deux Nigeria (carte)
- La guerre de Boko Haram (notice)

D- L'Afrique orientale et la Corne

- L'Afrique orientale (carte)
- La géopolitique de la Corne de l'Afrique (notice)
- L'Ethiopie et ses périphéries (carte)
- Soudan: la Nubie contre ses périphéries ( notice)
- Les guerres du Soudan (carte)
- Soudan: un pays éclaté (carte)
- Les principales tribus non "arabes" du Darfour (carte)
- La guerre du Darfour (notice)
- Les guerres de Somalie (notice)
- La guerre de Somalie (carte)
- Le Somaliland, poumon de l'Ethiopie? (carte)
- La question du Somaliland (notice)
- Les guerres ethniques du Kenya (notice)
- Le Kenya ethnique (carte)
- La mosaïque ethnique du Kenya (carte)
- Le Kenya, le terrorisme somalien et le Jubaland (notice)
- La question du Jubaland (carte)

E- L'Afrique centrale et la région interlacustre

- L'arc de crise de l'Afrique centrale (carte)
- La guerre ethnique du Soudan du Sud (notice)
- Soudan du Sud: la mosaïque des populations nilotiques (carte)
- La géopolitique de la région interlacustre (notice)
- La région interlacustre ou " l'Afrique de la vache et de la lance" (carte)
- L'interminable guerre du Kivu (notice)
- Le Kivu (carte)
- Le Nord Kivu (carte)
- RDC: la zone d'influence du Rwanda (carte)
- Centrafrique: d'une guerre ethnique à une guerre religieuse (notice)
- La conquête de la République centrafricaine par la Séléka (carte)

Deuxième partie : les guerres de demain

- Est-il possible de prévoir les futurs conflits africains ? (notice)
- Les zones de conflits futurs (carte)

I- Les principaux conflits ethniques en sommeil

1- La Guinée

- La Guinée menacée par son ethnocratie (notice)
- Langues et peuples de Guinée (carte)
- Les élections  présidentielles de 2010, résultats nationaux (carte)
- Les élections présidentielles de 2010, résultat nationaux (notice)

2- La Côte d'Ivoire

- Côte d'Ivoire : tous les problèmes demeurent (notice)
- La Côte d'Ivoire point de rupture de la tectonique ethnique de l'Ouest-africain atlantique (carte)
- Les peuples de Côte d'Ivoire (carte)
- La population de Côte d'Ivoire (carte)
- Résultats du deuxième tour des élections présidentielles de 2010 (carte)
- Les religions de Côte d'Ivoire (carte)

3- La RDC

- La République démocratique du Congo (carte)
- Les menaces d'éclatement de la RDC (notice)
- RDC : les cinq principales ethnies (carte)
- Les langues véhiculaires en RDC (carte)
- L'ethno-fédéralisme de la RDC (carte)

4- L'Ituri

- La question de l'Ituri n'est pas réglée (notice)
- Les populations de l'Ituri (carte)

5- L'Ethiopie

- La mosaïque ethnique éthiopienne peut-elle tenir ? (notice)
- Les ethnies d'Ethiopie (carte)
- Les ethnies d'Ethiopie (tableau)

6- L'Ouganda

- L'Ouganda et sa question ethnique (notice)
- Ouganda: les trois grandes populations (carte)

7- Le Mozambique

- Le Mozambique, un pays coupé en deux (notice)
- Le Mozambique ethnique (carte)
- Mozambique: les élections de 1994 (carte)

8- La Casamance

- Casamance et Guinée Bissau: la question Diola (carte)
- La question de la Casamance (notice)

II- Les conflits frontaliers potentiels

1- Le Sahara occidental

- La question du Sahara occidental (notice)
- Le contentieux territorial entre le Maroc et l'Algérie (carte)
- La guerre du Sahara occidental (carte)

2- Le Soudan

- La guerre des deux Soudan aura-t-elle lieu ? (notice)
- Les deux Soudan (carte)
- Le pétrole des deux Soudan (carte)

3- Ethiopie-Erythrée : la guerre est-elle inévitable ? (notice)

- L'enclavement de l'Ethiopie (carte)

4- Le pétrole du lac Albert peut-il provoquer un conflit régional ? (notice)

- Photos

5- Le pipe line de Lamu : un projet crisogène ? (notice)

- Les projets de désenclavement pétrolier du Soudan du Sud et de l'Ouganda (carte)

6- Gabon-Guinée Equatoriale: la question  de Mbagné (carte)

- Ghana-Côte d'Ivoire, Gabon-Guinée équatoriale: de futurs pétro-conflits ? (notice)
- Le contentieux pétrolier Ghana-Côte d'Ivoire (carte)

7- Une guerre pour les eaux du Nil est-elle possible ?

- Le bassin du Nil (carte)

III- Autres questions crisogènes

- Algérie: la crise de fond va-t-elle se transformer en révolution ? (notice)
- L'Algérie des islamistes (carte)
- La démographie va conduire à la guerre (notice)
- La population en 2014 (carte)
- La population mondiale (carte)
- La question berbère pourrait-elle prendre la forme d'une seconde décolonisation ? (notice)
- Les berbérophones aujourd'hui (carte)

IV- Afrique du Sud : l' "arc-en ciel" avant le tsunami ? 

- Le naufrage économique sud-africain va-t-il déboucher sur un chaos social et racial ? (notice)
- Le secteur minier fait couler l'économie  (notice)
- Les principaux gisements miniers sud-africains (carte)
- Le délitement de la fragile mosaïque raciale sud-africaine (notice)
- Les quatre grands blocs ethniques sud-africains (carte)
- Les évolutions démographiques sud-africaines (notice)
- Evolution de la population sud-africaine de 1899 à 2013 (tableau)
- La population par province en 2007 (carte)
- La population par province en 2013 (carte)
- Les Blancs face à un apartheid à rebours (notice)
- Le changement de population dans la région du Cap entre 1994 et 2013 (tableau)

samedi 17 janvier 2015

L'Afrique n'est pas "Charlie"

Vu d'Afrique, l' "affaire  Charlie hebdo" illustre les limites de l'universalisme européo-centré. Vendredi 16 janvier, alors que les sociétés de l'hémisphère nord communiaient dans le culte de la liberté d'expression, une partie de l'Afrique s' insurgeait contre la France des "Charlie". Du Sénégal à la Mauritanie, du Mali au Niger, de l'Algérie à la Tunisie et au Soudan, le drapeau français a été brûlé, des bâtiments français incendiés et en "prime", des églises détruites. Quant aux imprudents chefs d'Etat africains qui participèrent à la marche des "Charlie", dont Ibrahim Boubacar Keita du Mali, les voilà désormais désignés ennemis de l'islam.

Aveuglés par la légitime émotion et noyés sous l'immédiateté, nos responsables politiques n'ont pas songé à se demander comment l'Afrique percevait les événements. Or, alors que pour nous, il s'agit d'un ignoble attentat contre la liberté d'expression commis contre des journalistes, personnes sacrées dans nos sociétés de la communication, pour une grande partie de l'Afrique, il s'agit tout au contraire de la "juste punition de blasphémateurs".  Qui plus est ces derniers n'en étaient pas à leur coup d'essai et ils avaient même été solennellement mis en garde. Voilà pourquoi leurs assassins sont considérés comme des "héros". Quant aux foules de "Charlie", elles sont vues comme complices des insultes faites au Prophète. De plus, comme le président de la République a marché à leur tête, cela signifie que la France et les Français sont coupables.

Les conséquences géopolitiques qui vont découler de cette situation ne peuvent encore être mesurées, notamment dans les pays du Sahel en raison du jihadisme récurrent contre lequel nos troupes sont engagées. Le plus grave est ce qui s'est passé au Niger où Boko Haram qui, jusqu'à présent ne s'était pas manifesté, a pris le prétexte de la nouvelle livraison de Charlie Hebdo pour lancer les foules contre le centre culturel français de Zinder; au même moment, nos postes militaires avancés veillent aux frontières du pays...

Personne n'a dit ou vu que l' "affaire Charlie Hebdo" n'est que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase des impératifs politiques et moraux que nous imposons à l'Afrique: démocratie, droits de l'homme, avortement, mariage homosexuel, anthropomorphisme etc. Tous y sont considérés avec dédain ou même comme de "diaboliques déviances".

C'est donc dans les larmes et dans le sang que les bonnes âmes et les idéologues vont devoir constater que le "village Terre" n'existait que dans leurs fantasmes universalistes. Ce qui est bon ou juste aux yeux de leur branchitude est en effet une abomination pour une grande partie de l'Afrique et même de la planète.
En plus de cela, pour nombre d'Africains, l'Europe est devenue une terre à prendre : ses habitants ne croient plus en Dieu, ses femmes à la vertu volage ne font plus d'enfants, les homosexuels s'y marient et la féminisation y a dévirilisé ses mâles. Paradoxe cruel, ceux qui, depuis des décennies, ont permis cette révolution en tournant systématiquement en dérision les valeurs fondatrices et le socle social (famille, travail, discipline, ordre, effort, armée, police etc.) ont été odieusement assassinés par les enfants de ceux auxquels ils ont si largement ouvert les portes...

Nous voilà donc au terme du processus. Désormais, la contradiction est telle que seul un "saut qualitatif brusque", comme le disaient les marxistes, permettrait de la surmonter. L'obsolète méthode "soustellienne" de l'intégration ou celle du "radeau de la Méduse" de la laïcité n'y suffiront sans doute pas...

Bernard Lugan
17/01/2015

mardi 6 janvier 2015

L'Afrique Réelle N°61 - Janvier 2015

Sommaire :

Actualité : Nigeria
Boko Haram : mouvement islamiste nordiste ou Kanouri ?

Dossier : La Chine et l'Afrique

- Les relations entre la Chine et l'Afrique
- La lune de miel est terminée
- La nouvelle politique chinoise

Bilan et prospective :
L'Afrique entre 2014 et 2015


Editorial de Bernard Lugan

Le mercredi 12 septembre 2012, dans un communiqué publié sur le blog de l'Afrique Réelle j'écrivais : « Désormais, en Libye, l’alternative est simple : soit les nouvelles autorités mettent un terme au chaos - mais comment_? - et reconstruisent l’Etat sous une forme ou sous une autre, soit la Libye demeure ingouvernable. Dans ce cas, les islamistes pourraient alors jouer une carte maîtresse, celle du modèle religieux transcendant les divisions afin de les coaguler dans un tout commun, l’Oumma. »

C'est très exactement ce qui est actuellement en cours de réalisation en Tripolitaine où, au nom de l'islam unificateur, nous assistons à l'engerbage de nombre de milices par la coalition des Frères musulmans de Misrata et des fondamentalistes de Tripoli. Or, cette alliance est en passe de conquérir toute la région. Les milices de Zenten sont en effet sur la défensive et elles risquent même de se trouver encerclées si les Berbères du jebel Nefusa se tournaient vers les islamistes comme viennent de le faire les Touareg de la région de Mourzouk.
Le possible basculement des Berbères livrerait alors la Tripolitaine aux islamistes tout en permettant à ces derniers de s'adosser à la frontière de la Tunisie et de l'Algérie ; d'où les conséquences régionales que l'on peut imaginer. Dans ce cas, combien de temps l'Algérie pourrait-elle encore refuser d'intervenir ? Mais si elle le faisait, quel serait son but puisque tout le monde sait que la pacification de la Tripolitaine passe l'éradication du foyer de déstabilisation de Misrata, ce que la Turquie n'acceptera pas.

En Cyrénaïque, la situation est plus claire dans la mesure où l'Egypte soutient le général Khelifa Heftar qui, depuis le début du mois de mai 2014 est entré en guerre contre les islamistes de Benghazi et de Derna, ces derniers ayant fait allégeance à l'EI. Les milices de Misrata leur sont venues en aide. Elles ont également attaqué le « croissant pétrolier » constitué par les terminaux de Ras Lanouf, d'Al-Sedra et de Brega avec leurs 19 réservoirs. Comme Misrata et les islamistes ont pris le contrôle des hydrocarbures de Tripolitaine, s'ils parvenaient à s'emparer de cette zone hautement stratégique, ils seraient les maîtres de la production libyenne. En plus des revenus qui y sont attachés, ils pourraient exercer un chantage sur l'Union Européenne qui serait alors contrainte d' « aller à Canossa » chez le président Poutine...

Le possible basculement berbère qui ne serait que tactique s'explique car ces derniers jouent leur propre survie. Ils furent en effet les « dindons de la farce » du renversement du régime Kadhafi contre lequel ils luttèrent en raison de la négation de leur existence par ce dernier. Pour le colonel Kadhafi, les Berbères étaient en effet  sortis de l’histoire car :

« (…) les tribus amazighs (berbères) se sont éteintes il y a longtemps, depuis le temps du royaume de Numidie. Personne n’a le droit de dire « je viens d’ici ou de là-bas ». Celui qui le fait est un agent du colonialisme, qui veut diviser pour régner ». (Mouammar Kadhafi, discours à la Nation le 2 mars 2007).

Or, après le colonel Kadhafi, les nouveaux dirigeants libyens furent pareillement arabo-islamistes. Aujourd'hui, les Frères musulmans de Misrata, ont proposé un marché aux Berbères : abandonner leur alliance avec Zenten en échange de la reconnaissance de la Berbérité dans la future Libye islamiste. Personne n'est dupe de cette promesse, mais, tactiquement, certains responsables berbères ont semble-t-il décidé de tenter ce pari risqué qui pourrait rebattre les cartes régionalement.

PS : La réimpression de l'Afrique, la guerre en cartes est terminée et l'ouvrage est à nouveau disponible (voir le bon de commande à l'intérieur de ce numéro).

jeudi 1 janvier 2015

Libye : le but de la guerre était-il d'assassiner le colonel Kadhafi[1] ?

Mardi 16 décembre 2014, à Dakar, lors de la clôture du Forum sur la paix et la sécurité en Afrique, acclamé par les participants, le président tchadien Idriss Déby a lâché une véritable bombe quand, en présence du ministre français de la Défense, il déclara qu'en entrant en guerre en Libye : "l'objectif de l'OTAN était d'assassiner Kadhafi. Cet objectif a été atteint".

Cette accusation est gravissime car, si ce qu'a dit cet intime connaisseur du dossier est fondé, c'est en effet toute l'histoire d'une guerre insensée et aux conséquences dévastatrices qui doit être ré-écrite. Sans parler d'une possible saisine de la Cour pénale internationale. D'autant plus que ce conflit rationnellement inexplicable fut déclenché au moment où, paradoxalement, le régime libyen était devenu notre allié à la fois contre le jihadisme et contre les filières d'immigration.

Revenons donc en arrière: l'intervention décidée par Nicolas Sarkozy influencé par BHL ne prévoyait originellement qu'une zone d'exclusion aérienne destinée à protéger les populations de Benghazi d'une prétendue "extermination". Il n'était alors pas question d'une implication directe dans la guerre civile libyenne. Mais, de fil en aiguille, violant avec arrogance la résolution 1973 du 17 mars 2011 du Conseil de sécurité des Nations Unies, la France et l'Otan menèrent une vraie guerre tout en ciblant directement et à plusieurs reprises le colonel Kadhafi.
L'attaque la plus sanglante eut lieu le 1er mai 2011 quand des avions de l'Otan bombardèrent la villa de son fils Saif al-Arab alors que s'y tenait une réunion de famille à laquelle le colonel assistait ainsi que son épouse. Des décombres de la maison furent retirés les cadavres de Saif al-Arab et de trois de ses jeunes enfants. 
Réagissant à ce qu'il qualifia d'assassinat, Mgr Martinelli, l'évêque de Tripoli, déclara : "Je demande, s'il vous plaît, un geste d'humanité envers le colonel Kadhafi qui a protégé les chrétiens de Libye. C'est un grand ami." Telle n'était semble t-il pas l'opinion de ceux qui avaient ordonné ce bombardement clairement destiné à en finir avec le chef de l’État libyen sans tenir compte des "dégâts collatéraux"... La guerre "juste" permet bien des "libertés".

Les chefs d’État africains qui s'étaient quasi unanimement opposés à cette guerre et qui avaient, en vain, tenté de dissuader le président Sarkozy de la mener, pensèrent ensuite avoir trouvé une issue acceptable: le colonel Kadhafi se retirerait et l'intérim du pouvoir serait assuré par son fils Seif al-Islam et cela, afin d'éviter une vacance propice au chaos. Cette sage option fut refusée, notamment par la France, et le colonel Kadhafi se retrouva assiégé dans la ville de Syrte soumise aux bombardements incessants et intensifs de l'Otan.
Une opération d'exfiltration vers le Niger fut alors préparée[2]. Or, les miliciens de Misrata, amis de BHL, alliés de la Turquie et du Qatar, se disposèrent en demi cercle sur l'axe conduisant de Syrte au Niger. L'histoire dira comment et par qui ils furent prévenus de la manœuvre en cours.
Le 20 octobre 2011, le convoi du colonel Kadhafi composé de plusieurs véhicules civils réussit à sortir de la ville. Bien que ne constituant pas un objectif militaire, il fut immédiatement pris pour cible par des avions de l'Otan et en partie détruit. Pour échapper aux avions, le colonel s'abrita dans une buse de béton. Capturé, il fut sauvagement mis à mort après avoir été sodomisé avec une baïonnette. Les gentils démocrates de Misrata ne s'en tinrent pas là puisqu'ils crevèrent les yeux de son fils Moutassim avant de lui couper les mains et les pieds. L'Otan n'avait laissé aucune chance à Mouammar Kadhafi et à son fils. Leurs dépouilles sanglantes furent ensuite exposées comme des trophées dans la morgue de Misrata.

Ces faits étant rappelés, les accusations du président Deby prennent donc toute leur valeur. Rétrospectivement, le déroulé des événements peut en effet s'apparenter à un "contrat" mis sur la tête du colonel, aucune issue diplomatique honorable ne lui ayant été proposée.

Alors que le résultat de cette guerre insensée est d'avoir offert aux islamistes, au Qatar et à la Turquie la possibilité de prendre le contrôle de la Libye, donc d'une partie des approvisionnements gaziers et pétroliers de l'Europe, le président du Niger, Mamadou Issoufou vient de lancer un cri désespéré:

" Il faut une intervention militaire pour réparer les dégâts liés à la chute de Kadhafi, sinon nous aurons Daesh à nos portes" (Jeune Afrique 28 décembre 2014).

Mamadou Issoufou est d'autant plus fondé à exiger cette intervention que, lors du sommet du G8 de Deauville au mois de mai 2011, il avait fortement demandé au  président Sarkozy de renoncer à sa guerre. Il ne fut, hélas, pas davantage écouté que les présidents Déby, Zuma et tous les autres responsables africains...
Conséquence : à l'heure où ces lignes sont écrites, soutenus par la Turquie et le Qatar, les islamistes sont en passe de conquérir la Tripolitaine. Ils sont déjà sur la frontière tunisienne cependant qu'au sud, dans la région de Mourzouk, ils ont pris le contrôle du champ pétrolier d'El-Sharara avec l'aide de certaines fractions touareg.

Bernard Lugan
01/01/2015


[1] Ce communiqué peut être reproduit à la condition d'en citer la source.
[2] Selon plusieurs sources sud-africaines, cette opération aurait été coordonnée par des "spécialistes" anciens des forces spéciales de ce pays avec l'aval du président Jacob Zuma. Ce dernier était furieux d'avoir été berné par la France car son pays avait certes voté la résolution 1973 d'exclusion aérienne de la région de Benghazi, mais pas la guerre et il avait décidé d'offrir l'asile politique au colonel Kadhafi. Là encore, l'histoire nous en apprendra davantage quand les langues des témoins se délieront "officiellement'...

vendredi 19 décembre 2014

Pourquoi François Hollande a t-il décidé d'abandonner la Centrafrique à la Séléka ?

Les affrontements qui opposent actuellement anti-balaka et Séléka montrent que la Centrafrique est plus que jamais en perdition. Or, c'est le moment choisi par Paris pour annoncer que d'ici le printemps 2015, l'essentiel du dispositif Sangaris sera retiré. Une décision ahurissante et insolite tout à la fois. En effet :

1) Des élections présidentielles étant "prévues" en 2015, le retrait français va laisser le champ libre à la Séléka qui occupe déjà le centre, le nord et l'est du pays, ainsi que les zones minières. Dans les territoires qu'elle contrôle, les chrétiens sont persécutés ou islamisés et les élections seront "arrangées".

2) Comme les 8000 hommes du volapük militaire baptisé Minusca (Mission des Nations Unies pour la Centrafrique) seront incapables de se faire respecter, le pays va donc être de fait abandonné à la Séléka. L'Opération Sangaris n'aura donc finalement servi à rien.

Dans le dossier de la RCA, François Hollande a constamment tergiversé et accumulé les erreurs :

1) La première date de la fin de l'année 2012 (voir mes communiqués de l’époque) quand, avec peu de moyens, il était possible de « traiter » rapidement et efficacement les coupeurs de route de la Séléka[1]. Mais François Hollande hésita.

2) Au mois de mars 2013, alors que tous les connaisseurs du pays le pressaient d'agir, il laissa la Séléka prendre Bangui. La Centrafrique sombra alors dans le chaos cependant que les chrétiens -95% de la population de souche-, étaient persécutés.

3) Début 2014, face au désastre humanitaire dont ses hésitations étaient la cause, François Hollande décida finalement d’intervenir mais en précisant que l'entrée en scène des forces françaises n'avait pas de but militaire... Nos troupes ne reçurent donc pas d'ordres clairs puisque ni l’ « ami », ni l’ « ennemi » ne furent désignés, Paris demandant simplement à nos soldats de jouer les « bons samaritains ».

4) Le déploiement de notre contingent se fit d'une manière insolite. Alors que l'objectif militaire prioritaire aurait dû être le verrou de Birao dans l'extrême nord du pays[2], il fut au contraire décidé d'enliser les forces françaises à Bangui dans une mission d'interposition relevant de la gendarmerie mobile. L'intérieur de la Centrafrique fut donc laissé à la Séléka qui eut tout le loisir d'y poursuivre ses massacres. L'actuelle situation catastrophique est clairement la conséquence de ce choix incompréhensible par tous ceux qui connaissent la Centrafrique car la prise de Birao aurait forcé la Séléka à se replier au Soudan et donc à abandonner le pays.

5) Dès le début de l’Opération Sangaris, au lieu de leur demander de détruire les bandes de la Séléka, Paris demanda à nos soldats de simplement séparer agresseurs et agressés, bourreaux et victimes. Alors qu’il fallait leur donner les moyens de sidérer l’adversaire et de saturer l’objectif, les chiches moyens alloués à nos troupes ne leur permirent que de lancer des patrouilles, non de quadriller et de tenir le terrain. L’impression d’impuissance fut accentuée par le fait qu’à Bangui, au lieu d’être désarmée, la Séléka voulut bien accepter d’être cantonnée...en conservant ses armes et en gardant ses gains territoriaux à travers le pays.

6) Alors que la solution était d'abord militaire, le Quai d’Orsay ne cessa d'affirmer que la résolution de la crise se ferait par la reconstruction de l’Etat à travers un mirage électoral prévu pour 2015. L’aveuglement des diplomates semble sans limite car le fossé de sang creusé entre nordistes et sudistes interdit toute reconstitution d’un « Etat » centrafricain lequel n'a d'ailleurs jamais existé ; sauf peut-être à l'époque de Bokassa. Quel administrateur sudiste osera en effet s’aventurer dans le Nord pour s’y faire massacrer et quel fonctionnaire nordiste décidera de venir se faire lyncher à Bangui ?

Aujourd’hui, après avoir désolé une grande partie de la RCA, les bandes de la Séléka tiennent plus de la moitié du pays. Les malheureuses populations occupées sont ainsi revenues aux temps des raids à esclaves lancés depuis le Soudan et dont leurs grands-parents avaient été délivrés par la colonisation. Elles avaient naïvement cru que les troupes françaises étaient venues pour les libérer. Leur illusion fut de courte durée car l'Elysée n'avait décidé qu'une gesticulation humanitaire sous habillage militaire.

Pourquoi un tel gâchis ? Pourquoi François Hollande abandonne-t-il au pire moment la Centrafrique à des bandes islamo-mafieuses qui vont être tentées d'en faire une base idéalement située au cœur du continent ? Pourquoi avoir décidé de lancer l'Opération Sangaris si c'était pour lui donner une fin aussi "discutable" ?
Ces questions sont sans réponse.

Bernard Lugan

[1] « La Séléka, une nébuleuse criminelle (…) une internationale criminelle organisée et prospère ». Rapport de la fédération internationale des droits de l’homme du mois de septembre 2013 intitulé « RCA : un pays aux mains des criminels de guerre de la Séléka ».
[2] Cette position clé avait été évacuée le 30 mars 2010 sur ordre du président Sarkozy.