vendredi 20 novembre 2020

Pourquoi Emmanuel Macron se croit-il obligé de voler au secours de Vincent Duclert, président de l’insolite « commission sur le rôle de la France au Rwanda » ?

Le 20 novembre 2020, à l’occasion d’un entretien consacré à la politique africaine de la France, l’hebdomadaire Jeune Afrique posa à Emmanuel Macron la question suivante :

« La commission Duclert  est-elle encore légitime » ?

Réponse :

« Je pense que Vincent Duclert est parfaitement légitime. C’est un grand historien, reconnu pour ses travaux. J’ai vu la nature de la polémique et elle ne me semble en rien entacher sa légitimité académique »

Si l’on veut comprendre le sens de cette réponse, il convient de se reporter à mon communiqué daté du 16 novembre 2020 intitulé : « Un nouvel exemple caractérisé de censure et d’exigence de repentance : l’affaire Julie d’Andurain ou comment les officines du général Kagamé et leurs relais médiatiques font pression sur la France » ?

En effet, au mois d’avril 2019, cédant une fois de plus à son tropisme de la repentance, le président Macron décida de la création d’une commission chargée de faire la lumière sur la politique française au Rwanda dans les années 1990-1994, et cela, à travers les archives. Et il confia la présidence de cette commission au professeur Vincent Duclert.

Or, la « crédibilité » de la « commission Duclert », est « discutable » pour au moins  quatre raisons principales :

1) Quel est le but véritable de cette commission ?

Scientifiquement, cette commission est en effet parfaitement inutile car tout a déjà été dit et écrit sur le sujet, notamment dans le Rapport d’information de la commission d’enquête parlementaire présidée par M. Paul Quilès publié au mois de décembre 1998, dans l’énorme masse documentaire livrée par le TPIR (Tribunal pénal international sur le Rwanda), notamment à travers mes expertises ou mon livre Rwanda, un génocide en questions, également à travers le livre définitif de Charles Onana Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise. Quand les archives parlent.

2) Une commission qui aurait pu être composée par le « Père Ubu »

En effet, aucun des membres de la « commission Duclert » n’a travaillé sur le Rwanda, ni même sur l’Afrique des Grands Lacs ou encore sur l’Afrique en général… Quant aux deux seuls spécialistes français, experts durant des années auprès du TPIR, à savoir André Guichaoua pour l’Accusation et Bernard Lugan pour la Défense, tous deux ont été écartés d’emblée de cette très insolite commission… En revanche, y siègent une archiviste paléographe, deux professeurs de droit public, un spécialiste du génocide des Arméniens, une spécialiste des « femmes et du genre » (?), un conseiller d’Etat, deux spécialistes de la Shoah, une « spécialiste du général de Gaulle » (?), un spécialiste « des organisations clandestines (?) », un professeur certifié du secondaire spécialiste des « archives secrètes », une doctorante (traduction une étudiante qui n’a pas soutenu de thèse) spécialiste des « ressources images, photos et vidéos » et Julie d’Andurain, spécialiste d’histoire militaire contemporaine. Quant à Vincent Duclert, président de la commission, sa thèse porte sur « L’engagement des savants dans l’affaire Dreyfus », et son mémoire d’habilitation sur « L’histoire des engagements démocratiques depuis le XIX° siècle »… On chercherait vainement le lien entre ces spécialités, fort honorables au demeurant, et la connaissance de la complexité des questions ethno-politiques du Rwanda…

3) Un président de commission à la singulière « impartialité »

Comme cela sera démontré dans le numéro du mois de décembre de l’Afrique Réelle, depuis 10 ans, Vincent Duclert a en effet relayé les accusations de Kigali de « complicité de la France dans le génocide  rwandais ». Un exemple : c’est ès-qualités, qu’il parla d’ : 

« (…) une histoire tragique de la France, celle d’avoir été - à un point qui reste à définir exactement - impliquée dans un génocide alors qu’elle avait les moyens diplomatiques, militaires, de l’arrêter » (Libération, 14 Avril  2019).

De plus, au sein de l’insolite « commission Duclert », Julie d’Andurain se trouva victime d’une « purge » digne des pires procès de Moscou, une « affaire » montée de toutes pièces par le tandem Canard Enchaîné - Mediapart  alimenté en sous-main par les « compagnons de route » du général Kagamé et autres « amis démocrates des dictateurs ».

4) Un président de commission qui, par le passé, a veillé à épargner le régime du général Kagamé.

Vincent Duclert a co-présidé avec Stéphane Audouin-Rouzeau une commission créée le 30 mai 2016 à l’initiative de Madame Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale, destinée à « la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse ». Or, le volumineux rapport final qui fait plus de 100 mentions au génocide des Tutsi fait en revanche totalement l’impasse sur les crimes de masse commis au Congo (RDC) par les forces du général Kagamé, crimes ayant fait a minima des centaines de milliers de victimes, et qui ont été largement documentés, tant par l’ONU que la Cour pénale internationale[1].

[1] Pour en savoir plus sur cette « impasse », voir le dossier réalisé par le politologue canadien Patrick Mbeko « France-Afrique des Grands Lacs : un rapport universitaire occulte les crimes de Kagame ». Revue Proche et Moyen-Orient du 10 octobre 2020.

lundi 16 novembre 2020

Un nouvel exemple caractérisé de censure et d’exigence de repentance : l’ « affaire » Julie d’Andurain ou comment les officines du général Kagamé et leurs relais médiatiques font pression sur la France

C’est une « édifiante » histoire que je vais exposer ici et qui mérite d’être connue par le public le plus large ; d’abord par les naïfs qui croient encore que nous vivons dans un pays de liberté. Le 5 avril 2019, cédant une nouvelle fois à son tropisme de la repentance, le président Macron décida la création d’une « Commission chargée de mener un travail de fond centré sur l'étude de toutes les archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994 (afin) d'analyser le rôle et l'engagement de la France durant cette période»

 Première remarque, tout a déjà été dit et écrit sur le sujet, notamment à travers le Rapport d’information de la commission d’enquête parlementaire présidée par M. Paul Quilès publié au mois de décembre 1998. Mais aussi à travers mes expertises devant le TPIR 10 ans d’expertise et mon livre Rwanda, un génocide en questions.

La seconde remarque pose un sérieux problème de crédibilité car aucun des membres de la dite commission n’a travaillé sur le Rwanda, ni même sur l’Afrique des Grands Lacs ou encore sur l’Afrique en général… Quant aux deux seuls spécialistes français, experts durant des années auprès du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda), à savoir André Guichaoua pour l’Accusation et Bernard Lugan pour la Défense, tous deux ont été écartés d’emblée de cette insolite commission… En revanche, y siègent une archiviste paléographe, deux professeurs de droit public, un spécialiste du génocide des Arméniens, une spécialiste des « femmes et du genre » ( ?), un conseiller d’Etat, deux spécialistes de la Shoah, une « spécialiste du général de Gaulle » (?), un spécialiste « des organisations (?) », un professeur certifié du secondaire spécialiste des « archives secrètes », une doctorante (traduction une étudiante qui n’a pas soutenu de thèse) spécialiste des « ressources images, photos et vidéos » et Julie d’Andurain, spécialiste d’histoire militaire contemporaine.

A cette « liste à la Prévert », manque le président de la commission, à savoir le professeur Vincent Duclerc, dont la thèse porte sur « L’engagement des savants dans l’affaire Dreyfus », et le mémoire d’habilitation sur « L’histoire des engagements démocratiques depuis le XIXe siècle »… Une double garantie de compétence scientifique pour appréhender la complexité des questions ethno-politiques du Rwanda…Comment en effet oser prétendre analyser les archives françaises consacrées à ce pays sans en connaître l’environnement, la complexe histoire, les rapports entre les hommes de la houe et de la glèbe et ceux de la vache et de la lance ? Toutes choses totalement inconnues des membres de cette insolite commission. Le Père Ubu en rirait de bon cœur…

Or, au sein de cette commission à la « crédibilité » pour le moins « problématique », Julie d’Andurain se trouva victime d’un montage digne des pires procès de Moscou, avec, dans le rôle des dénonciateurs et du procureur, comme à l’habitude en pareil cas, ses « chers collègues ». Une « affaire » montée de toutes pièces par le tandem Canard Enchaîné - Mediapart  alimenté en sous-main par les« compagnons de route » du général Kagamé et autres « amis démocrates desdictateurs ».

En toute modération, objectivité et retenue, Mediapart titra ainsi le 13 novembre 2020 « Une historienne décrédibilise la commission sur le rôle de la France au Rwanda (…) et suscite l’indignation ». Puis les accusations de « négationnisme » furent lancées ici et là.

Quel crime avait donc commis Julie d’Andurain ? Pourquoi ce lynchage ? Tout simplement parce que, ayant été enseignante à l’Ecole militaire entre 2010 et 2017, elle était accusée de ne pas avoir une vision « objective » de la question du Rwanda…Et cela, naturellement à la différence des autres membres de l’insolite commission qui, eux, tels des agneaux venant de naître sont d’une totale objectivité en la matière, alors que plusieurs d’entre eux ont soit signé des pétitions ou bien manifesté publiquement leur adhésion à la thèse de la culpabilité de la France… Il faut dire que la malheureuse Julie d’Andurain avait osé soutenir que les détracteurs de l’armée française sont des civils qui ne comprennent pas les contraintes opérationnelles. Pourtant, rien de plus exact et constaté par tous les hommes de terrain. Mais voilà qui a suffi à la meute lancée à ses trousses pour  la qualifier d’historienne « négationniste », sous-entendu, à ranger dans la catégorie de ceux qui réhabilitent le IIIe Reich, nient l’existence des camps de concentration et de la Shoah… Une véritable mise à mort scientifique dont Julie d’Andurain aura du mal à se  relever.

Mais surtout, et là est la clé de l’affaire, Survie avait relevé des « biais » dans le rapport mi-mandat publié par l’insolite « commission Duclerc ». Et, dans la plus pure méthode stalinienne, de demander : « Etaient-ils dus à Julie d’Andurain ? » Cette aimable question était suivie d’un chantage : « On peut espérer (maintenant que Julie d’Andurain a été exclue de la commission mon ajout) une vision plus nuancée, plus indépendante ». Traduction : Survie, donc le général Kagamé, attend une conclusion du rapport reprenant les thèses de Kigali à travers des « résultats qui pourront aider les décideurs politiques à procéder à la reconnaissance officielle par la France de son rôle précis dans le génocide des Tutsi ».

L’impudence de Survie, officine porte-voix du régime de Kigali est donc sans limites. Pourquoi d’ailleurs en aurait-elle alors qu’elle est totalement immergée dans les cercles du pouvoir politique et médiatique français ?

Quant à Vincent Duclerc, drapé dans la toge immaculée de l’« impartialité », il ne pouvait pas ne pas réagir. Aussi, au nom de cette sacro-sainte « impartialité » dont il ne cesse de se réclamer, accepta-t-il la « mise en retrait », - hypocrite synonyme de démission-, de Julie d’Andurain obtenue à travers d’ « amicales » pressions.

Or, le moins que l’on puisse dire de l’« impartialité »  de Vincent Duclerc dans la question qui est au cœur des travaux de l’insolite commission qu’il préside, est qu’elle est « discutable ». En effet, à de nombreuses reprises, et parfois même ès-qualités, comme cela sera publié, avec détails et références, dans le numéro du mois de décembre 2020 de l’Afrique Réelle que les abonnés recevront le 1er décembre, il a en effet montré qu’il est partisan de la thèse de la « culpabilité de la France »… ce qui annonce clairement la couleur des conclusions de la commission dont il est le président.

Dans les hautes terres du Forez, l’on a coutume de dire de qui veut monter au mât de cocagne « qu’il doit avoir le fond du froc propre »... Or, visiblement le « cher collègue » Vincent Duclerc a oublié de faire passer le sien à la lessiveuse… Rendez-vous donc à la prochaine parution de l’Afrique Réelle pour plus de détails…

mardi 10 novembre 2020

La Première Guerre mondiale n'a pas pris fin le 11 novembre 1918

En cet anniversaire de la fin du Premier conflit mondial, la commémoration des combats du front européen fait passer au second plan la guerre d’Afrique où, grâce à leur énorme supériorité humaine et matérielle, les Alliés réussirent à s’emparer rapidement du Togo, du Kamerun et dans une moindre mesure du Sud-Ouest africain allemands.

II n’en fut  pas de même de la Deutsche Ost-Afrika (Tanganyika et Ruanda-Urundi) et plus généralement de toute l’Afrique orientale où, à travers les actuels Etats du Rwanda, du Burundi, de Tanzanie et du Mozambique, commandés par le colonel, puis général, Paul von Lettow-Vorbeck, quelques centaines d’Allemands et deux à trois milliers d’askaris, l’équivalent des tirailleurs français, résistèrent en effet jusqu'au 25 novembre 1918, ayant réussi à immobiliser loin du front d’Europe jusqu'à 200.000 soldats britanniques, sud-africains, portugais et belges. Coupés de tout ravitaillement, sachant utiliser au mieux leurs maigres moyens, vivant des prises faites à l’ennemi, leur expérience mériterait d’être étudiée dans les académies militaires.

En mars 1919, derrière le général von Lettow-Vorbeck, la centaine de survivants allemands de l’épopée africaine fit une entrée triomphale à Berlin par la porte de Brandebourg et la Pariser Platz. Le contexte était alors lourd d’orages car au mois décembre 1918, la révolution bolchévique avait  failli emporter l’Allemagne et le général von Lettow-Vorbeck eut alors un rôle essentiel et peu connu. 

Au mois d’avril 1919, les trois brigades de marine allemandes  (infanterie de marine), dont la fameuse brigade Ehrhardt, furent en effet réunies avec le « 1er Régiment colonial » (Schutztruppe qui n’avait pas combattu outre-mer), et le régiment d’artillerie de campagne Osiander, pour constituer la « Division de marine » dont Paul von Lettow-Vorbeck reçut le commandement. Cette Marine-Division von Lettow-Vorbeck également connue sous le nom de Division de volontaires von Lettow-Vorbeck, reçut ordre de Noske, ministre socialiste de l’intérieur, de briser les soulèvements des communistes héritiers des spartakistes. Elle s’acquitta parfaitement de sa mission, tant à Hambourg qu’à Munich.

C’est à cette épopée que Bernard Lugan a consacré un livre intitulé Heia Safari ! Avec le général von Lettow-Vorbeck du Kilimandjaro aux combats de Berlin (1914-1920). Un ouvrage illustré de plusieurs centaines de photos originales et de cartes qui en font une source documentaire unique.

Il a également mis en ligne un cours consacré  au Premier conflit mondial en Afrique :


vendredi 6 novembre 2020

A l’unanimité, les députés français bradent le patrimoine inaliénable de nos musées

Le 6 octobre 2020, après avoir été présenté en Conseil des ministres et approuvé à l’unanimité par les commissions de la culture et des affaires étrangères, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité des présents (où étaient les députés du RN et ceux de la « droite de conviction » ?), le scandaleux projet de loi n°3221 sur rapport de M. Yannick Kerlogot, dérogeant au principe d’inaliénabilité du patrimoine national.

Composée de deux articles, cette loi stipule qu’à compter de l’entrée vigueur du texte, 26 œuvres d’art provenant du trésor du grand chef esclavagiste Béhanzin, roi d’Abomey (voir à ce sujet mon livre « Esclavage, l’histoire à l’endroit ») conservés au musée du quai Branly, cesseront de faire partie des Collections nationales.

Or, il faut savoir que ce texte a été présenté en procédure accélérée, en loi d’exception, et non en loi de portée générale, ce qui signifie qu’il ne passera qu’une seule fois devant les deux chambres. Où était donc l’urgence en ces « temps de guerre » contre le terrorisme islamiste et le Covid ?

Cette loi qui déshonore ceux qui l’ont votée mais également ceux qui, par leur absence se sont rendus complices du vote alors qu’ils n’ignoraient pas que sa discussion allait venir en séance, concrétise une promesse unilatérale faite par Emmanuel Macron le 28 novembre 2017 quand, lors d’une visite d’Etat au Burkina Faso, il déclara : « D’ici à cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain à l’Afrique ».

Allant vite en besogne, et en violation flagrante du principe d’inaliénabilité des biens inscrits aux Inventaires nationaux, le 17 novembre 2019, à Dakar, le « sabre d’el-Hadj Omar » fut remis au président sénégalais Macky Sall - d’ethnie toucouleur comme el-Hadj Omar -, par le Premier ministre français Edouard Philippe. Or, cette arme qui, soit dit en passant, n’a rien d’africain puisqu'il s’agit d’un sabre d’infanterie de l’armée française modèle 1821 forgé à Kligenthal, en Alsace, honore la mémoire d’un conquérant « sénégalais » qui mit en coupe réglée et vendit  comme esclaves les ancêtres de 90% de la population de l’actuel Mali…et d’une partie de celle du Burkina Faso...Un beau geste de paix dans l’actuel contexte de jihadisme…

Dans la foulée de sa visite au Burkina Faso, le président Macron  demanda un rapport sur les « restitutions » à Felwine Sarr de l’Université de St-Louis du Sénégal et à Bénédicte Savoy, historienne de l’Art et militante engagée que la sénatrice Catherine Morin-Desailly qui fut présidente de la commission de la culture au Sénat qualifie d’ « activiste ».

Rendu le 23 novembre 2018, le rapport proprement surréaliste tant il est caricatural  par son aveuglement idéologique et son ignorance historique, recense 46.000 (!!!) œuvres africaines qui devraient être « restituées » sur les 90.000 conservées dans les musées français ….

Dans ce rapport, l’on peut lire que « les collections africaines conservées dans les musées occidentaux (sont) une frustration née de la colonisation (… et) une sorte de totem de cette souffrance ». Pour Bénédicte Savoy, toute œuvre d’art africaine conservée en France et plus généralement en Europe est en effet postulée être le produit d’un pillage…

Une telle impudence a entraîné la vive réponse d’Hermann Parzingzer, président de la Fondation du patrimoine prussien qui gère de très nombreuses collections africaines et qui a qualifié le rapport « de jargon dominé par une idéologie d’expiation et de pénitence ».

Cette  présomption de « pillage » va donc contraindre les musées français à démontrer le caractère « légal » des acquisitions. Mais comment établir la traçabilité des achats, des échanges, des commandes datant parfois de plusieurs siècles, et des dons de collectionneurs, ces derniers constituant plus de 50% des collections ? 

Alors que l’on attendait une vive réaction du Sénat, le 4 novembre 2020, ce dernier, tout en protestant, a lui aussi voté à l’unanimité (où étaient les sénateurs RN et ceux de la « droite de conviction ?), se contentant d’amender le texte en changeant simplement le mot « restitution » signifiant « rendre quelque chose que l’on possède indûment » par « retour »… Une grande marque de  « virilité » qui constitue une garantie pour l’avenir de nos musées…

La boite de pandore ayant été imprudemment et idéologiquement ouverte par Emmanuel Macron, cinq pays africains se sont immédiatement engouffrés dans la brèche offerte par la loi, en réclamant dès à présent 13.000 objets qui sont pourtant autant de biens inaliénables du patrimoine français.

Mais plus encore, de nuit, en catimini, quasi clandestinement, la couronne du dais de la reine Ranavalona  conservée au musée de l’Armée depuis 1910 et qui n’est pas une prise de guerre, mais le don d’un particulier, a été « restituée » à Madagascar. Qui avait autorité pour autoriser une telle sortie d’un bien inaliénable inscrit aux Inventaires nationaux ? Qui a donné l’ordre de cette inadmissible spoliation ?

Quelle association habilitée osera porter l’affaire devant les tribunaux afin que toute la lumière soit faite sur ce scandale ? D'autant plus que la convention de l’UNESCO de 1970 concernant les œuvres d’art conservées dans les musées n’est pas rétroactive. 

Précision ne manquant pas de « sel », la couronne de la reine Ranavalona, une superbe pièce en vermeil ornée de sept fers de lance représentant les sept maisons princières et surmontée d’un aigle était conservée dans le palais d’Andafiavaratra à Antananarivo… où elle a été volée en 2011…

La « restitution » des œuvres d’art à l’Afrique est donc un gage de pérennité… Nous l’avons d’ailleurs observé avec les manuscrits de Tombouctou détruits par les jihadistes ou avec le pillage des collections du musée de Butare au Rwanda au moment du génocide… Si toutes ces collections avaient été abritées dans des musées européens, elles existeraient encore...

dimanche 1 novembre 2020

L'Afrique Réelle n°131 - Novembre 2020

Sommaire

Actualité :
L’Ethiopie va-t-elle disparaître ?

Dossier : La nouvelle situation politico-militaire dans la BSS
- Califat régional ou ethno-islamisme ?
- Les contradictions des islamistes de la BSS
- Quand Barkhane s’adapte à la situation sur le terrain

Dossier : L’islam sud-saharien
- L’islam sud-saharien pourra-t-il résister au wahhabisme ?
- Islam africain contre islam arabe
- La charia, une bulle « sécurisée » pour les trafics ?


Editorial de Bernard Lugan :

L’exemple éthiopien montre une fois de plus qu’en Afrique, l’économie est secondaire dans le déclenchement des évènements, l’essentiel étant à l’évidence l’ethnie. L’ethnie qui, certes n’explique pas tout, mais sans laquelle rien ne s’explique…
En effet, dans ce vieux pays, depuis 2005, la croissance est de plus de 7% par an et le revenu par habitant a été multiplié par 3. Les observateurs annonçaient même que l’Ethiopie allait franchir un cap dans le développement. Or, en dépit des courbes économiques ascendantes, le pays est au bord de l’éclatement. Pas pour des raisons socio-économiques, mais parce qu’un grave conflit de pouvoir oppose ses quatre principaux peuples, les Oromo, les Amhara, les Tigréens et les Somali. Mise en sommeil durant deux décennies sous la poigne de fer du Premier ministre tigréen Mélès Zenawi, la question des nationalités s’est brutalement réveillée après sa mort survenue en 2012. 
Or, si l’équilibre n’est pas trouvé entre ses peuples, l’Ethiopie éclatera, parce que la démocratie du «one man one vote » donne le pouvoir aux plus nombreux. Or, devenus minoritaires, les Amhara et les Tigréens, peuples des hautes terres qui dominaient traditionnellement ceux des basses terres, à savoir les Oromo et les Somali, ont automatiquement perdu la bataille de l'ethno-mathématique électorale. Comme partout en Afrique, les mêmes causes produisent donc les mêmes effets. Mais en plus de cela, Amhara et Tigréens, pourtant peuples « cousins », se combattent et les seconds dont la moitié du territoire se situe en Erythrée (voir la carte à l’intérieur de la revue) menacent de faire sécession. En plus de cela, à tout moment, l’aviation égyptienne peut faire sauter le barrage éthiopien qui va dramatiquement faire baisser le débit du Nil. Pour l’Egypte, c’est une question de vie ou de mort comme nous l’avons montré dans le numéro 119 de l’Afrique Réelle.
Le 28 novembre 2017, en voyage officiel au Burkina Faso, Emmanuel Macron déclara : « D’ici à cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain à l’Afrique ». Le 17 novembre 2019, à Dakar, fut donc remis le « sabre d’el-Hadj Omar » au président sénégalais Macky Sall - d’ethnie toucouleur comme el-Hadj Omar -, par le Premier ministre français Edouard Philippe. Or, la remise de cette arme qui, soit dit en passant, n’a rien d’africain puisqu’il s’agit d’un sabre d’infanterie de l’armée française modèle 1821 forgé à Kligenthal, en Alsace, honore la mémoire d’un conquérant « sénégalais » qui mit en coupe réglée et vendit comme esclaves les ancêtres de 90% de la population de l’actuel Mali… et d’une partie de celle du Burkina Faso... La remise suivante a porté sur la « restitution » au Bénin d’objets ayant appartenu à ses souverains esclavagistes, ce qui n’aura pas manqué de satisfaire les descendants des peuples qu’ils capturèrent pour les vendre aux négriers européens… 
L’on ne peut qu’être « pantois » devant l’ignorance historique des petits marquis qui « conseillent » le président Macron.

jeudi 29 octobre 2020

Il y a quatre siècles, l’Espagne expulsait les Morisques

De 1609 à 1614, après avoir vainement tenté une politique d’assimilation-intégration, l'Espagne procéda à l’expulsion des Morisques (convertis au catholicisme mais demeurant secrètement musulmans), et des Mudéjar (musulmans demeurés en Espagne après la Reconquista). Fernand Braudel  a justement écrit à ce sujet qu’ : « II ne s'agit point de savoir si l'Espagne a bien ou mal fait en expulsant les Morisques, mais de savoir pourquoi elle l'a fait. »

Quelles furent donc les raisons de ces expulsions ?

La politique suivie depuis les débuts de la Reconquista par les souverains espagnols avait été la tolérance religieuse. Du Xe au XVe siècle, de nombreuses communautés musulmanes étaient ainsi passées sous le contrôle chrétien tout en conservant officiellement (les Mudejar) ou clandestinement (les Morisques), leur religion. Durant des décennies, l’Espagne choisit la politique de  l’intégration et de l’assimilation à travers la conversion, tout en n’ignorant pas qu’aux yeux de la loi islamique il était possible à un croyant de faire semblant de s’être rallié au catholicisme tout en continuant à pratiquer en secret sa religion. Néanmoins, en 1526, à la « Sainte Inquisition » chargée de veiller à la sincérité des conversions  Charles-Quint demanda de ne pas s’exercer avec rigueur contre les Morisques au motif qu’ils n’étaient pas encore totalement instruits dans la religion catholique.

La monarchie espagnole fit d’ailleurs longtemps preuve de tolérance et même de patience, avant de devoir finalement constater que deux religions, deux philosophies de l’existence aussi irréductibles l’une à l’autre ne pouvaient cohabiter sur un même sol. L’Espagne devait être catholique ou musulmane, pas les deux à la fois. En dépit de l’instruction religieuse qui leur était donnée, les Morisques conservaient en effet leur particularisme culturel, vestimentaire, alimentaire, linguistique et, secrètement, ils continuaient à célébrer le culte musulman, à respecter le jeûne du ramadan et à faire circoncire leurs garçons. Les autorités acceptèrent cette situation jusqu’au moment où, au XVIe siècle, l'Espagne fut confrontée au danger turc. Il fut alors impossible de continuer à tolérer des noyaux de peuplement dissidents disposés à servir de « cinquième colonne » à un débarquement turc.

L’Espagne du XVI° siècle abritait en effet une population de 8 à 9 millions de personnes dont au moins 500 000 Mudejar et Morisques restés sur place après la fin de la Reconquista intervenue en 1492 avec la prise de Grenade. Dans la seule région de Valence, ils totalisaient 25% de la population et des enclaves  demeuraient à travers tout le pays. Toute l’Espagne comptait en effet des noyaux de population morisque ou mudejar, notamment en Andalousie, dans l'ancien royaume de Grenade, en Estrémadure, dans le Levant valencien et dans la vallée de l'Ebre. Dans certaines localités, ils étaient majoritaires, notamment à Hornachos, en Estrémadure, devenue de fait un petit Etat musulman enclavé en territoire chrétien. Or, les autorités espagnoles n’ignoraient pas que ces communautés attendaient que les Turcs viennent les délivrer du « joug catholique ».

De nombreux soulèvements armés se produisent d’ailleurs au cours du XVIe siècle. En 1502, une révolte éclata dans la région de Grenade et, durant deux années, les insurgés tinrent la montagne. En 1526 ce fut le tour de la région de Valence, puis de 1568 à 1570, eut lieu la "deuxième guerre de Grenade", quand des dizaines de milliers de Morisques et de Mudejar répondirent  à l’appel d’un meneur qui proclama le  jihad. Les villages chrétiens furent alors attaqués et leurs habitants massacrés. Les insurgés demandèrent l'aide de la Porte ottomane, l’ennemie mortelle de l'Espagne, et que, dans tout le monde musulman, la guerre sainte soit prêchée pour leur venir en aide.

En 1570, le duc d’Albe vint finalement à bout de cette guerre et il déporta les rebelles dans d’autres provinces du pays afin de casser leur principal noyau d’implantation. Dispersés en zone chrétienne, ils prirent alors des noms espagnols mais en demeurant secrètement fidèles à l'Islam.

Toutes les communautés morisques et mudejar  posant un problème d’ordre public, le roi Philippe III qui avait compris qu’il n’était pas possible d’intégrer une population menaçant l’unité du pays, eut alors le choix entre trois solutions, la conversion réelle, de force et en profondeur sous le strict contrôle de l’Inquisition, le massacre ou l’expulsion.

Ce fut la troisième option qu’il choisit et en 1609, il prit la décision d’expulsion vers le Maghreb. Humainement, ce fut probablement la « moins mauvaise » des solutions car elle évita et les dures méthodes de l’Inquisition généralisée, et le massacre à grande échelle.

Les premiers à être chassés furent les Morisques de Castille, de la Marche et de l'Estrémadure. Ils furent suivis en 1610 par ceux d'Andalousie et d'Aragon, puis en 1611 par les Catalans et enfin par ceux de Murcie en 1614. L'expulsion se fit essentiellement vers le Maroc, mais également vers Alger et Tunis. Trois cent mille Morisques furent concernés. Quant aux deux cent mille qui restaient, ils se fondirent dans la population espagnole, sous étroite surveillance de l’Inquisition qui veilla à la sincérité de leur conversion.

samedi 24 octobre 2020

Mali : le changement de paradigme s’impose

Dans le nord du Mali, j’écris depuis des années que le  problème n’est pas d’abord celui de l’islamisme, mais celui de l’irrédentisme touareg. Cette donnée de longue durée enracinée dans la nuit des temps se manifeste depuis 1962 à travers des résurgences périodiques[1]. Selon le rapport de force du moment, elle s’exprime sous divers drapeaux. Aujourd’hui, c’est sous celui de l’islamisme.

Leurs conseillers ayant négligé de prendre en compte le poids de l’ethno-histoire, les dirigeants français ont défini une politique brumeuse confondant les effets et les causes. D’où l’impasse stratégique actuelle de laquelle il est d’autant plus difficile de nous extraire que les rapports de force locaux ont changé. En effet, ses « émirs » algériens  ayant été tués les-uns après les autres par Barkhane, Al-Qaïda-Aqmi n’est donc plus localement dirigée par des étrangers, mais par le Touareg Iyad ag Ghali. Or, et comme je l’avais également annoncé, ce dernier a fini par reprendre en main les diverses factions touareg un moment officiellement et artificiellement rivales. L’accueil personnel qu’il réserva à Kidal aux « jihadistes » récemment libérés a ainsi éloquemment  montré que le nord du Mali est désormais sous son contrôle.

C’est donc avec cette nouvelle réalité à l’esprit que doivent être analysées et comprises les déclarations en date du 14 octobre d’Aqmi et du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), deux faux-nez d’Iyad ag Ghali, exigeant le départ de Barkhane à travers une rhétorique belliqueuse parlant de combattre les « croisés ». Or, il s’agit avant tout d’un nuage de fumée destiné à ne pas laisser le champ libre à l’EIGS (Etat islamique dans le Grand Sahara) affilié à Daech et dont le chef régional est Adnane Abou Walid al-Saharaoui, un Arabe marocain de la tribu des Réguibat. Cet ancien cadre du Polisario, accuse Iyad ag Ghali de trahison pour avoir privilégié la revendication touareg à travers la négociation avec Bamako et cela, aux dépens du califat transethnique devant engerber les actuels Etats sahéliens.

A moins de choisir délibérément la voie de l’enlisement, ces récents changements vont donc contraindre les décideurs français à revoir très rapidement les missions de Barkhane. Faute de quoi, la guerre au nord va immanquablement se rallumer et nous devrons alors faire face à un front supplémentaire, celui des Touareg. De plus, comme la « légitimité » de notre intervention est devenue pour le moins « incertaine » depuis le coup d’Etat intervenu à Bamako au mois d’août dernier, il est donc temps de poser la question de notre stratégie régionale dans la BSS (Bande sahélo-saharienne).

Trois zones sont à distinguer  qui méritent chacune un traitement particulier :

- Dans le nord du Mali où, politiquement et militairement, nous n’avons rien à défendre, l’erreur serait de continuer à nous obstiner dans une analyse reposant sur l’artificiel slogan de la lutte contre le « terrorisme islamiste » et dont le seul résultat serait l’ouverture des hostilités avec les Touareg. Dans ces conditions, puisque l’Algérie considère le nord du Mali comme son arrière-cour, laissons ses services s’accommoder des « subtilités » politiques locales, ce qu’ils feront d’autant plus facilement qu’ils ne seront pas paralysés par les « vapeurs » humanitaires interdisant  toute véritable action efficace sur le terrain…

- La région des « trois frontières » présente un cas différent car elle est le verrou du Burkina Faso et plus au sud celui des pays du littoral, dont la Côte d’Ivoire, avec lesquels nous avons des accords. Notre effort doit donc y être concentré à travers l’appui donné aux armées du Niger et du Burkina Faso.

- La région tchadienne au sens large, car l’on doit y inclure le Cameroun et la RCA, est une future grande zone de déstabilisation. C’est pourquoi elle doit être surveillée avec la plus grande attention. Un renforcement de notre présence militaire y est donc impératif.

[1] Elles sont mises en évidence et développées dans mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours.

mercredi 14 octobre 2020

Bernard Lugan présente Esclavage l'histoire à l'endroit et Les Guerres du Sahel


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