dimanche 8 septembre 2019

Afrique du Sud : les cocus ayant cru à la fable de la nation arc-en-ciel peuvent sortir des rangs et avancer de trois pas…

Communiqué de Bernard Lugan
  
En Afrique du Sud, pays de Nelson Mandela, des Noirs massacrent d'autres Noirs. Qui plus est, des Noirs immigrés, des frères migrants venus de pays ayant jadis soutenu leur lutte contre le régime blanc...
Comme en 2016, un peu partout, notamment au Natal et dans la région de Johannesburg, les étrangers noirs, qu'ils soient Malawites, Mozambicains, Somaliens, Zimbabwéens, Soudanais ou Nigérians, sont ainsi de nouveau pris pour cible, lynchés, brûlés vifs, cependant que leurs pauvres biens sont systématiquement pillés par des foules ayant échappé à tout contrôle policier. 

Voilà de quoi déstabiliser ces cocus idéologiques qui, croyant au mythe-guimauve de la « nation arc-en-ciel », prétendaient que les maux du pays découlant de la domination blanche, une fois la majorité noire au pouvoir, les fontaines de la démocratie laisseraient couler le lait et le miel de la fraternité... 

La réalité est évidemment autre car ces tueries xénophobes illustrent l’échec de la « Nouvelle Afrique du Sud » dont les dirigeants ont dilapidé le colossal héritage reçu de l’ancien régime blanc. Résultat :
- Le revenu de la tranche la plus démunie de la population noire est inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994 ;
- 17 millions de Noirs vivent essentiellement des prestations sociales et 14 millions ne survivent que grâce au versement d’une allocation (Social Grant) qui leur assure le minimum vital ;
- Le taux réel de chômage est de près de 35%, et celui des jeunes âgés de 15 à 34 ans de plus de 50%.

En 25 années de pouvoir, l'ANC - le parti de Nelson Mandela -, a donc transformé la prospère Afrique du Sud en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par les derniers secteurs ultraperformants  encore tenus par des Blancs. Un naufrage économique qui tient en trois points :

1) La production minière nécessite une énorme modernisation et donc de gros investissements ; or, la main d’œuvre noire revendiquant des salaires plombant la compétitivité,  les investisseurs ont délocalisé.

2) Les cadres blancs continuent à quitter le pays, chassés par la discrimination inversée, l’incroyable insécurité et le surfiscalisme.

3) Le secteur agricole, le seul à être excédentaire a été littéralement assassiné par la décision de spoliation des fermiers blancs.

Dans ce pays où un abîme s'est creusé entre une infime minorité de profiteurs noirs et des millions de chômeurs, d’assistés et de travailleurs sous-payés qui paralysent le pays avec de continuels mouvements de revendication, l’abyssal échec économique et social de l’ANC a donc débouché sur des violences xénophobes, les étrangers étant accusés de prendre le travail des plus pauvres.

Au pied du mur, acculé par le bilan de ses détournements et de son incompétence, l’Etat-parti ANC n’a désormais plus que trois options :

1) Chercher à redresser l’économie en empruntant une voie libérale, mais il provoquera alors une révolution.

2) Accuser le bouc-émissaire blanc en tentant de faire croire que la situation est un héritage de l’apartheid et en nationalisant les mines et la terre. La « poule aux œufs d’or » sera alors définitivement  tuée, comme au Zimbabwe, et le pays sombrera encore davantage  dans la misère.

3) Recourir à la « planche à billets », ce qui, comme au Zimbabwe, provoquera d’abord l’inflation, puis une hyperinflation et la ruine totale du pays.

Pour en savoir plus sur les raisons du naufrage sud-africain : inscrivez-vous au cours de Bernard Lugan

lundi 2 septembre 2019

L'Afrique Réelle n°117 - Septembre 2019

Sommaire

Actualité :
- Algérie : la détresse économique
- La tension entre le Rwanda et l’Ouganda
- Libye, le général Haftar en difficulté

Archives :
Faut-il abandonner l’Afrique à son destin ?


Editorial de Bernard Lugan

Avec certains des principaux patrons emprisonnés, des banquiers qui n’accordent plus de crédits et des transferts de fonds problématiques, l’économie algérienne est en détresse. 
Les ¾ des entreprises sont ainsi incapables de verser les acomptes prévisionnels au titre de l’impôt sur les bénéfices pour l’année en cours. Quant aux faillites, elles ont eu pour résultat la mise au chômage de 200 000 travailleurs depuis le 1er janvier 2019… Dans un pays où le taux réel de chômage atteint déjà des records.

Seule source de revenus de l’Etat, le secteur des hydrocarbures décline année après année. Au 1er trimestre 2019, il a ainsi reculé de 7,7% en raison de la baisse de production due à l’épuisement des nappes pétrolières. Nous avons également là, la confirmation de ce que l’Afrique Réelle écrit depuis plusieurs années, à savoir que les réserves de l’Algérie ont été volontairement surestimées.

Résultat, les réserves de change n’étaient plus que de 72,6 milliards de dollars fin avril 2019, soit une baisse de 7,2% par rapport à décembre 2018 (source : Ministère des finances juillet 2019). Cette baisse est d’autant plus dramatique que le pays doit acheter à l’étranger les ¾ des matières premières et des équipements indispensables à ses entreprises, tant publiques que privées. Il doit également importer de quoi habiller, soigner et équiper ses 43 millions d’habitants.
Avec une priorité qui est de les nourrir. Or, comme l’agriculture algérienne et ses dérivés ne permettant de satisfaire qu’entre 40 et 50% des besoins alimentaires du pays, il est donc nécessaire de faire de colossales importations. 
C’est ainsi que près de la moitié (40%) de la facture de tous les achats faits à l'étranger - soit le quart (!!!) des recettes tirées des hydrocarbures -, est consacrée à l’importation de produits alimentaires de base dont l’Algérie était exportatrice avant l’indépendance de 1962... N’en déplaise à l’ONM (Organisation nationale des Moudjahidine) qui, pour tenter de faire oublier sa colossale responsabilité dans la faillite de l’Algérie, ose demander le vote d’une loi criminalisant la colonisation française… (Voir mes communiqués des 18, 21 et 29 juillet 2019).

Vomis par la rue, les vampires du « Système » gavés de leurs détournements peuvent-ils encore refuser de reconnaître que si l’Algérie est désormais le premier importateur africain de biens alimentaires pour un total annuel moyen de 12 milliards de dollars (Centre national de l'informatique et des statistiques-douanes-CNIS), cela est la conséquence à la fois de leur incompétence et de leurs détournements ? 

Les millions de manifestants qui, vendredi après vendredi, battent la chaussée, en sont, eux, parfaitement conscients et ils attendent de pouvoir leur faire rendre gorge. 
Or, c’est précisément parce qu’il sait qu’il est face à une véritable révolution et que la survie de ses membres est en jeu, que le « Système » fait la « sourde oreille ». 

mercredi 21 août 2019

Sans prise en compte de l’histoire, la guerre du Sahel ne pourra pas être gagnée

Cette analyse peut être reprise à la condition d’en citer la source

Lundi 19 août 2019, une nouvelle et importante attaque des GAT (Groupes armés terroristes) menée dans le nord du Burkina Faso, a fait des dizaines de morts, de blessés et de disparus dans les rangs de l’armée burkinabé.
Pourquoi, six ans après la chevauchée de Serval, un conflit au départ localisé au seul nord-est du Mali, limité à une fraction touareg et dont la solution passait par la satisfaction de revendications politiques légitimes, s’est-il transformé en un embrasement régional paraissant échapper à tout contrôle ?

La réponse tient en deux points :

1) En 2013, pour obtenir une victoire totale, il eut fallu conditionner la progression de Serval et la reconquête des villes du nord du Mali à des concessions politiques du pouvoir de Bamako. Les décideurs français ne l’ont pas voulu.

2) Ceux qui ont défini la stratégie française dans la BSS (Bande sahélo saharienne) ont choisi les nuées contre le réel, à savoir l’illusion de la démocratie et le mirage du développement.
Or, en Afrique, comme démocratie = ethno-mathématique, les ethnies les plus nombreuses remportent automatiquement les élections. Conséquence, au lieu d’éteindre les foyers primaires des incendies, les scrutins les ravivent ou les maintiennent en activité.
Quant au développement, tout a déjà été tenté en la matière depuis les indépendances. En vain. D’ailleurs, comment les politiques, les médias et les « experts », peuvent-ils encore oser parler de développement, alors qu’ils savent que la suicidaire démographie africaine en vitrifie par avance toute éventualité ?

Dans l’état actuel de la situation sécuritaire dans la BSS, le retour au réel est plus que jamais une urgence afin d’identifier les causes profondes de la conflictualité à laquelle nos Forces sont confrontées. Elles ont en effet un besoin vital de cette lisibilité que seule la connaissance du passé permet d’obtenir.
L’histoire régionale nous apprend ainsi que les actuels conflits ne sont pas une nouveauté. Résurgences de ceux d’hier, ils s’inscrivent dans une longue chaîne d’évènements expliquant les antagonismes ou les solidarités d’aujourd’hui.
Quelques exemples :

1) A l’ouest du lac Tchad, à partir du Xe siècle et durant plus d’un demi-millénaire, se succédèrent royaumes et empires (Ghana, Mali et Songhay). Tous contrôlaient les voies méridionales d’un commerce transsaharien articulé et même ancré sur des villes-marchés mettant en contact le monde soudanien et le monde méditerranéen. Quand ils étaient forts, ils se faisaient respecter par les éleveurs nomades, leur interdisant de razzier les agriculteurs sédentaires.

2) Après la destruction de l’empire Songhay par le Maroc en 1591, à l’exception des Bambara au nord et des Mossi au sud, les peuples sédentaires de la région ne constituèrent plus de véritables États. Tant chez les Songhay que chez les Djerma, la vie en société ne fut plus dès-lors organisée qu’autour de villages ou de regroupements de villages incapables de se défendre contre la razzia nomade.

3) A la fin du XVIIIe siècle et durant le XIXe, les populations sédentaires de l’ouest du Sahel subirent l’expansion des nomades Peul, mouvement dévastateur qui se fit avec l’alibi de la religion. Trois jihad peul ou apparentés bouleversèrent alors la marqueterie ethno-politique régionale. Celui d’Ousmane (Othman) dan Fodio se fit en pays Haoussa, celui de Seku Ahmadou au Macina et celui d’El-Hadj Omar en pays bambara. Du haut Sénégal à la région tchado-nigeriane, ce ne fut alors que désolation, pillage, massacre et mise en esclavage.

4) Aujourd’hui, dans tout l’ouest africain, ces terribles épisodes sont encore très présents dans les esprits. Leur souvenir constitue le non-dit, et souvent même le véritable soubassement des actuels affrontements ethniques baptisés « communautaires » par idéologie, « pruderie » ou « prudence »… Or, en ne nommant pas les choses, l’on en perd le sens.
En effet, pour les Peul et pour ceux qui se réclament de la « peulitude », Ousmane (Othman) dan Fodio, Seku Ahmadou et El Hadj Omar sont des héros. Les Bambara, Dogon, Mossi, Djerma, Songhay et autres, les voient tout au contraire comme des conquérants esclavagistes cruels et sanguinaires dont l’impérialisme pillard était camouflé derrière un pseudo-justificatif religieux.
Voilà défini l’arrière-plan des actuels conflits du Macina et du Liptako amplifiés par la surpopulation et la péjoration climatique. Refuser de le voir ou considérer cela comme « anecdotique » va, tôt ou tard, conduire à de nouvelles « désillusions » et, hélas, à de nouvelles pertes cruelles.

5) Avant la colonisation, accrochés à la terre qu’ils cultivaient, les sédentaires du fleuve et de ses régions exondées étaient pris dans la tenaille prédatrice des Touareg au nord et des Peul au sud. Pour survivre, ils constituèrent alors de complexes réseaux d’alliances ou de solidarités. Ayant traversé le temps, ils permettent d’expliquer pourquoi certaines « communautés » se rangent aujourd’hui du côté des GAT, quand d’autres les combattent.
Ainsi, comme les raids des Touareg s’exerçaient depuis le désert au nord du fleuve Niger et ceux des Peul à partir des trois émirats du Dallol, du Liptako et du Gwando, afin d’être épargnés, les sédentaires devinrent les tributaires des premiers ou des seconds :

- À l’ouest, les Songhay choisirent d’être ceux des Touareg, lesquels, en échange, protégeaient leurs villages des attaques des Peul. Entre Gao et Ménaka, au fil du temps, certains des tributaires songhay s’assimilèrent quasiment à leurs protecteurs Touareg. Les Imghad le firent ainsi aux Touareg Ifora et les Daoussak aux Touareg Ouelleminden Kel Ataram. Comme la rive nord leur était tributaire, c’était donc sur la rive sud du Niger que les Touareg menaient leurs razzia, avec pour alliés les piroguiers-pêcheurs Kourtey (Kourteis) vivant entre Ayorou et Say.

- Plus à l’est, toujours sur la rive nord du fleuve Niger, les Djerma étaient dans la même situation que leurs voisins songhay mais, en fonction de la localisation géographique des prédateurs nomades, ils choisirent deux systèmes différents de protection. C’est ainsi que les Djerma du sud devinrent tributaires des Peul pour être protégés des Touareg, alors que ceux du nord demandèrent à ces derniers de les défendre contre les Peul.

6) A la fin du XIXe siècle, l’armée française bloqua l’expansion des entités prédatrices nomades dont l’écroulement se fit dans l’allégresse des sédentaires qu’elles exploitaient, dont elles massacraient les hommes et vendaient les femmes et les enfants aux esclavagistes du monde arabo-musulman.

7) La colonisation fut donc en quelque sorte la revanche offerte par la France aux vaincus de la longue histoire africaine. Cependant, dans tout le Sahel occidental, elle eut deux conséquences contradictoires :

- Elle libéra les sédentaires de la prédation nomade, mais, en même temps, elle rassembla razzieurs et razziés dans les limites administratives de l’AOF (Afrique occidentale française).

- Or, avec les indépendances, les délimitations administratives internes à ce vaste ensemble devinrent des frontières d’États à l’intérieur desquelles, comme ils étaient les plus nombreux, les sédentaires l’emportèrent politiquement sur les nomades, selon les lois immuables de l’ethno-mathématique électorale.

Voilà identifié le terreau des conflits allumés depuis une ou deux décennies par des trafiquants de toutes sortes et des islamo-jihadistes immiscés avec opportunisme dans le jeu ethno-politique local et régional. L’ignorer ou le minorer conduit à la superficialité des analyses, à l’inadaptation des décisions et en définitive, à l’impasse actuelle.
Avec des moyens dérisoires à l’échelle du théâtre d’opérations, Barkhane, qui n’est que de passage, n’est évidemment pas en mesure de refermer des plaies ethno-raciales ouvertes depuis la nuit des temps. Une bonne connaissance du milieu et des hommes pourrait cependant lui permettre d’éviter leur surinfection.

Ces points sont développés et illustrés de nombreuses cartes dans mon livre Les Guerres duSahel des origines à nos jours et dans mon cours vidéo intitulé Comprendre le conflit au Sahel

Bernard Lugan

jeudi 15 août 2019

Pierre Péan et le Rwanda


Pierre Péan qui vient de mourir a considérablement fait avancer la connaissance  sur  le dossier  du génocide du Rwanda, à la fois dans ses livres : Noires fureurs, blancs menteurs : Rwanda 1990-1994 (Paris, 2005) ; Le monde selon K (Paris, 2009) et Carnages  (Paris, 2010), ainsi que dans plusieurs enquêtes parues en grande partie dans Marianne :


A travers  ses trois livres et ses nombreuses enquêtes :
- Il apporte des preuves sur les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Habyarimana et qui fut le déclencheur du génocide.
- Il identifie et analyse avec une grande finesse les réseaux qui, en Europe et aux Etats-Unis, ont assuré la propagande du FPR et l’ont aidé à populariser sa version de l’histoire du génocide
- Il démontre la manière dont le FPR, grâce à ces mêmes réseaux, avait, dès avant le 1er coup de feu, manipulé l’opinion. A cet égard, il est indispensable de consulter cette vidéo.
- Il  montre comment les groupes de pression aux ordres de Kigali ont réussi à saboter l’enquête du juge Bruguière grâce à des complicités se situant au plus haut niveau de l’Etat français.
- Il met en évidence la nullité, ou la complaisance, avec laquelle médias et universitaires francophones ont traité le dossier.
- Il fait ressortir le rôle des anglo-saxons dans la région des Grands lacs.
- Il démontre  que le FPR est coupable de crimes de masse et de crimes contre l’humanité contre les Hutu au Rwanda et en RDC, avant, pendant et après le génocide.

Au moment où, dans son numéro du mardi 13 août, le Financial Times révèle que le Rwanda de Paul Kagamé a trafiqué ses statistiques afin de faire croire à un « miracle » économique, les travaux de Pierre Péan mettent en évidence les dessous et l’ampleur de la manipulation de l’histoire du génocide par  les services rwandais et leurs officines stipendiées agissant en Europe et aux Etats-Unis.

Pour une vision globale et un point sur l’état actuel des connaissances historiques concernant le génocide ainsi que sur les pressions exercées sur le TPIR par les services de Kigali, voir mon livre « Rwanda : un génocide en questions ».

Dans le numéro de septembre de l’Afrique Réelle, un article sera consacré aux tensions entre le Rwanda et l’Ouganda.

jeudi 1 août 2019

L'Afrique Réelle n°116 - Août 2019

Sommaire du n°116 (août 2019)


Actualité :
- Le brouillard libyen
- Les fragilités du Niger
- La malédiction éthiopienne

Dossier : Algérie 
- Le général Gaïd Salah, le drapeau amazigh et la « légitimité » du « Système »
- 1962 : La victoire des arabo-islamistes sur les berbéristes et les maquis, acte fondateur du « Système » algérien
- Le « Système » cherche un dérivatif à la contestation populaire en attaquant la France


Editorial de Bernard Lugan

Algérie : « tout change pour que rien ne change »

En Algérie la rue n'a donc pas eu raison du « Système ». Plus de quatre mois après le départ du président Bouteflika, en dehors de la démission d’un président moribond et d’un report des élections, les millions de manifestants algériens n’ont en effet rien obtenu. Pour le moment ?

De son côté, demeuré maître du temps, le « Système » peut, tout à sa guise, embrouiller la situation, diviser les contestataires, isoler les jusqu’au-boutistes et tenter toutes les provocations. Y compris celles qui pourraient conduire à un bain de sang afin de lui permettre d’apparaître comme le garant de l’ordre public.
Quant à la magistrature, qui, hier, prenait ses ordres à la Présidence, elle le fait maintenant à l’état-major de l’armée qui l’utilise pour emprisonner les « corrompus », nuage de fumée à l’abri duquel le « Système » tente de reprendre le total contrôle du pays.

Comment en est-on arrivé là ?

Mis au pouvoir par l’armée en 1999, le président Bouteflika a voulu se dégager de son encombrante tutelle. Il le fit de deux façons :

1) En privant peu à peu l’armée de son pouvoir économique par la création d’une caste d’oligarques civils bâtissant leurs fortunes en dehors des réseaux militaires.
2) En divisant le corps des officiers par l’exacerbation des haines entre ses clans. Pour mener cette politique, il s’appuya sur un officier général de médiocre stature, le général Ahmed Gaïd Salah, qu’il hissa au sommet de la hiérarchie, en en faisant le chef d'Etat-major et le vice-ministre de la Défense.
Cet homme lige mit en marche le processus de division de l’armée à partir de 2013 en opposant ses deux grandes composantes, à savoir le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) dirigé par le général Mohamed Lamine Médiène dit « Toufik » depuis 1990, et l’état-major (EM) de l’Armée nationale populaire (ANP).

Mais, tirant les leçons de la vague de fond contestataire, et afin de se sauver, et le « Système » avec lui, le 2 avril 2019, et alors que, jusque-là, il lui avait publiquement clamé sa totale loyauté, le général Ahmed Gaïd Salah trahit le   président Bouteflika.

Un problème demeurait cependant car, totalement lié au régime Bouteflika, le général devait, d’une manière ou d’une autre, montrer qu’il n’était pas l’héritier du clan qui avait dilapidé et détourné les ressources de l’Etat.
Le cœur du « Système », à savoir l'Odjak des janissaires, autrement dit les deux ou trois dizaines des plus hauts responsables de l’armée, se refirent alors une « vertu » à bon compte en donnant au peuple les têtes d’affairistes particulièrement détestés, les « oligarques ». Une manœuvre qui, en même temps, masquait la reprise en main de la « vie économique » du pays par la caste militaire.

La rue n'est pas dupe. Mais comment pourrait-elle venir à bout d’un « Système » honni qui, ayant le dos au mur, n’hésitera devant aucun moyen pour se sauver ? Le cataclysme économique qui s'annonce changera-t-il le rapport des forces ?
Les semaines qui viennent nous le diront.

lundi 29 juillet 2019

Algérie : ces « faux moudjahidine » qui veulent criminaliser la France

Face au raz-de-marée populaire, le « Système » algérien attaque la France pour tenter de faire diversion. Le 15 juillet 2019, Mohand Ouamar Bennelhadj, secrétaire général par intérim de l’ONM (Organisation nationale des moudjahidines, les anciens combattants), a ainsi appelé les députés algériens à voter une loi criminalisant la colonisation française.
En réponse à cette déclaration de guerre, j’ai, le 18 et le 21 juillet, posté deux communiqués sur mon blog. Mohand Ouamar Bennelhadj a réagi dans une vidéo postée le 24 juillet.

Qu’est donc l’ONM, organisation faux-nez du « Système » algérien pour le compte duquel elle met en cause la France avec une violence encore jamais atteinte dans l’histoire des « complexes » relations franco-algériennes?

Une organisation sangsue

Selon l’ancien ministre Abdeslam Ali Rachidi, en Algérie :

« (…) tout le monde sait que 90% des anciens combattants, les moudjahidine, sont des faux » (El Watan, 12 décembre 2015),

Et pourtant, le ministère des moudjahidine, façade institutionnelle de l’ONM, bénéficie du 3° budget de l’Etat. En 2017, avec 245 milliards de dinars (mds/dz) -en fonction du taux de change environ 2 milliards d’euros-, le budget du ministère des Moudjahidine se situait juste derrière ceux de l’Education et de la Défense.
A titre de comparaison le budget du Ministère l’Agriculture était de 212 mds/dz, celui du Travail de l’emploi et de la sécurité sociale de 151, celui des Finances de 87, celui de la Justice de 72, celui de la Solidarité nationale de 70, celui de l’Energie de 44, celui de la Formation professionnelle de 48, celui de la Jeunesse et sports de 34, celui de la Communication de 18, celui de la Culture de 16, celui de l’Industrie et des mines de 4 et celui de l’Aménagement du Territoire de 3.

L’importance de ce budget s’explique en partie par les pensions versées à plus de deux millions d’ayants-droit car, paradoxe algérien, au lieu de diminuer selon la loi naturelle voulant que plus on avance dans le temps, moins il y a de gens qui ont connu Napoléon…, en Algérie, tout au contraire, plus les années passent, et plus le nombre des « anciens combattants » augmente…

Résultat :

- Fin 1962-début 1963, l’Algérie comptait 6000 moudjahidine identifiés, 70.000 en 1972 et 200.000 en 2017…
- Selon les propres chiffres de l’ONM, en 1972, 220 000 Algériens recevaient une pension, soit 70.000 titulaires de la carte de moudjahidine et 150.000 veuves de « maquisards ».
- A la fin de la décennie 1980, ce chiffre avait doublé puisque, toutes catégories d’ayants-droit confondues, il était passé à 500.000.
- En 2010, par un phénomène de génération spontanée, les moudjahidine et leurs ayants-droit étaient 1,5 million. Ceci s’explique car, en Algérie, plus d’un demi-siècle après l’indépendance, l’on demande encore la carte d’ancien moudjahidine… certains qui n’avaient pas 10 ans en 1962 l’ont même obtenue…

Pour être reconnu moudjahidine, nul besoin de lourdes formalités. Il suffit à l’impétrant que deux témoins attestent de ses « hauts faits guerriers » pour qu’il reçoive l’Attestation communale d’ancien combattant. Ce document lui permet ensuite de faire valider cette précieuse qualité par la généreuse commission de reconnaissance. « Généreuse » en effet comme l’a montré l’emblématique « affaire Mellouk », du nom du juge Benyoucef Mellouk qui a dénoncé 312 de ses confrères ayant reconnu contre rétribution la qualité de moudjahidine à un nombre considérable de faux demandeurs.
Pourchassé par les associations, exclu de la magistrature, Benyoucef Mellouk fut condamné à la prison car il avait osé toucher au cœur même du « Système » algérien et de sa clientèle.

Une association de prébendiers

Pourquoi cette recherche effrénée du statut d’ancien moudjahidine ?
Tout simplement parce que les titulaires de la précieuse carte ainsi que leurs ayants-droit touchent une rente de l’Etat, bénéficient de prérogatives, jouissent de prébendes et disposent de passe-droits.
Cette carte qui joue le rôle d’amortisseur social permet également d’obtenir une licence de taxi ou de débit de boisson, des facilités d’importation, notamment de voitures hors taxes, des réductions du prix des billets d’avion, des facilités de crédit, des emplois réservés, des possibilités de départ à la retraite, des avancements plus rapides, des priorités au logement etc.

Achetés par le « Système » qui les tient, d’autant plus quand il s’agit d’imposteurs, les titulaires de la carte constituent son ossature populaire. Leur poids politique qui est considérable s’exerce à travers le maillage du pays par plusieurs associations nationales.
Ainsi, l’ONEC (Organisation nationale des enfants de chouhada (martyrs), le CNEC (Coordination nationale des enfants de chouhada) ou encore l’ONEM (Organisation nationale des enfants de moudjahidine. Cette dernière qui compte 1,5 million d’adhérents a des antennes dans toute l’Algérie et même en France. Le nombre de ses membres s’explique car, dans un entretien en date du 27 octobre 2004 donné à Libération, M’barak Khalfa, alors dirigeant de l’ONEM, a pu déclarer sans la moindre pudeur que, comme :

« (…) il y a eu au moins un million (!!!) de moudjahidine, cela fait six ou sept millions d’enfants et donc de membres potentiels. Au rythme actuel, on va finir par dépasser les effectifs de l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) ».

Une association vivant sur le mensonge

Les vrais maquisards, ceux de l’intérieur, ceux qui ont effectivement lutté contre l’armée française, sont indignés par ces pratiques. Non contents de s’être fait voler l’indépendance par les planqués de l’ALN, l’armée des frontières durant l’été 1962 (voir à ce sujet le chapitre VII de mon livre « Algérie, l’histoire à l’endroit »), voilà qu’ils doivent supporter d’être assimilés aux imposteurs prébendiers porteurs, tout comme eux, de la carte de moudjahidine.

Voilà pourquoi, en 2003, plusieurs authentiques anciens combattants issus de toute l’Algérie ont adressé un mémorandum à la présidence de la République afin que soit diligentée une enquête concernant le scandale des faux moudjahidine. Selon eux, l’ONM, cette association qui, rappelons-le demande le vote d’une loi criminalisant la France, comptait à l’époque 80% de faux maquisards… dont le ministre des moudjahidine en personne… (Liberté-Algérie 28/10/2003).
Selon le colonel Ahmed Bencherif, ancien patron de la gendarmerie nationale et président de l’Association de lutte contre les faux Moudjahidine, 750 millions de dinars, sont versés chaque mois à de faux moudjahidine.
Selon le quotidien El Watan en date du 10 février 2007, sur une population de 70.000 personnes, la seule ville d’Aïn Defla (ancienne Duperré) compterait 14.000 faux moudjahidine, dont 1.300 femmes… Quant à Koléa, dans la Mitidja, 2/3 de ses moudjahidine seraient des imposteurs (Libération, 27 octobre 2004).

Toujours selon le colonel Ahmed Bencherif, cette inflation de faux maquisards s’explique parce que, nommés par le « Système », les responsables de l’ONM appliquent sa politique consistant à développer une clientèle d’obligés lui permettant de faire croire qu’il bénéficie d’un soutien populaire. Cela est d’autant plus facile que, comme l’a déclaré Abid Mustapha, ancien colonel de la Wilaya V, au sein des instances dirigeantes de l’ONM :

« Nous (les vrais combattants), sommes devenus une minorité ! Ceux qui occupent les responsabilités au sein du conseil national de l’ONM sont des faux ».

En 2008, Nouredine Aït Hamouda, député du RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie), a provoqué un tumulte quand, dans l’hémicycle, il a osé dénoncer le scandale des faux moudjahidine. Et il avait la légitimité pour le faire puisqu’il est le fils du colonel Amirouche Aït Hamouda, chef emblématique du maquis kabyle de la willaya III tué au combat le 29 mars 1959[1].
Plus encore, il a pulvérisé le mythe du 1,5 million morts causés par la guerre d’indépendance, chiffre totalement fantaisiste mais qui permet au « Système » de justifier le nombre surréaliste des ayants-droit, notamment celui des veuves et des orphelins. Or, selon Nouredine Aït Hamouda, sur les 2 millions de porteurs de la carte de moudjahidine et d’ayants-droit, les ¾ sont des faux…

Pour le « Système » algérien, la dénonciation de l’ONM et des faux moudjahidine représente un danger mortel puisque sa « légitimité » repose sur sa propre version de la guerre d’indépendance. Or, l’ONM est le principal vecteur de cette histoire reconstruite. Quant à ses dociles responsables nommés, ils ont pour mission de cautionner, de populariser et d’ancrer le mensonge sur lequel s’engraissent les profiteurs et les corrompus qui dirigent l’Algérie.

Bernard Lugan

[1] Si l’on en croit ce qu’écrit Saïd Sadi (Amirouche, une vie, deux morts, un testament, Paris, 2010), Amirouche aurait été donné aux Français par ses rivaux arabes du MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales, le service de renseignement de l’ALN), or, ceux qui l’auraient « balancé » et leurs héritiers constituent le cœur du « Système » algérien…

mardi 23 juillet 2019

Nongqawuse, la Greta Thunberg africaine ?

Les prédictions apocalyptiques, à l’image de celles de la jeune Greta Thunberg ne sont pas l’apanage de l’Europe. Les exemples de prophéties millénaristes faites par des adolescents se retrouvent également en Afrique, notamment en Afrique du Sud et plus particulièrement chez les Xhosa.

Qu’il s’agisse des prophéties européennes ou africaines, elles interviennent toujours dans un contexte de grande crise politique, morale ou sociale. En Europe, les prophéties millénaristes les plus connues se sont produites au tournant de l’an mil (ou mille) quand elles annonçaient la fin du monde et qu’elles se traduisirent par les « grandes peurs ». Aujourd’hui, au moment où les Européens doutent en observant la fin de leur modèle civilisationnel et les menaces que le « grand remplacement » fait peser sur leur identité, c’est l’apocalypse climatique qui est annoncée.

Les Xhosa d’Afrique du Sud ont connu un phénomène semblable quand, influencés par une jeune fille, ils se sont auto-détruits. Le contexte est bien connu. Démoralisés par leurs défaites successives face aux Boers et aux Anglais, notamment celle de 1853, et par les pertes de territoire qui en découlèrent, les Xhosa virent également leur mode social bouleversé par l’impossibilité pour les lignages de partir à la conquête de pâturages nouveaux puisque le front pionnier blanc bloquait le leur. Pour ce peuple qui, génération après génération avançait vers le sud en s’établissant sur des terres nouvelles, le traumatisme fut profond. Il fut amplifié par la terrible sécheresse de l’été 1855-56 (déjà le climat…), et par une épidémie de pleuropneumonie bovine qui éclata en 1854, tuant au moins 100 000 têtes de bétail.

Dans ce sentiment de fin du monde, les prophéties se succédèrent. L’une annonçait la défaite des Anglais en Crimée devant des Russes présentés comme la réincarnation des guerriers xhosa morts au combat lors des précédentes guerres et qui étaient en marche vers le Xhosaland pour le libérer. Une autre annonçait que le chef qui avait conduit la guerre de 1850-1853 était ressuscité.

C’est dans ce contexte qu’en 1856, une jeune fille nommée Nongqawuse et appartenant à la chefferie Mnzabele établie dans la région de la basse rivière Great Kei, eut une vision: la puissance xhosa serait restaurée par les dieux, les troupeaux seraient multipliés et les morts ressusciteraient si tout le bétail, toutes les récoltes et toutes les réserves alimentaires étaient détruites.
Durant les 13 mois de la prophétie (avril 1856-mai 1857), les Xhosa tuèrent leur bétail, soit 400 000 têtes, et ils détruisirent leurs récoltes.

Le 16 février 1857, le jour fixé par Nongqawuse, le pays demeura silencieux et, quand la nuit tomba, les Xhosa comprirent qu’ils allaient désormais subir une terrible famine. Les morts se comptèrent par dizaines de milliers et les survivants vinrent implorer des secours à l’intérieur du territoire de la colonie du Cap.
Ceux qui avaient tué leur bétail et détruit leurs récoltes accusèrent ceux qui ne l’avaient pas fait d’avoir empêché la réalisation de la prophétie. En effet, quelques chefs xhosa moins naïfs que les autres, l’on dirait aujourd’hui qu’ils étaient des « prophéto-sceptiques », avaient refusé de suivre les hallucinations de Nongqawuse et ils avaient été contraints de s’exiler vers le Basutoland (Lesotho) pour échapper à la furie des croyants.

Le résultat de cette prophétie fut que les Britanniques n’eurent plus besoin de faire la guerre aux Xhosa puisque ces derniers s’étaient suicidés. Ils installèrent alors 6000 colons dans l’arrière-pays du port d’East London et ils englobèrent la région dans la British Kaffraria avant de la rattacher à la colonie du Cap en 1866.

Hier, la prophétie de Nongqawuse a donc servi l’impérialisme britannique… Espérons que celle de Greta Thunberg ne profitera pas à la Chine et à l’Inde qui se rient des hallucinations et du panurgisme des Européens… en attendant que, pour « sauver la planète », ils achèvent de détruire leur industrie…

Bernard Lugan

dimanche 21 juillet 2019

Quand le « Système » algérien aux abois fait donner ses supplétifs

Le jeudi 21 juillet, le site de propagande Algérie patriotique a réagi (cliquer ici pour lire l'article) à mon communiqué daté du 18 juillet et intitulé « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Je vais commenter cette réaction aussi rapide que maladroite.

Le « Système » algérien a réagi rapidement parce que j’ai dénoncé sa manœuvre et le cœur de son mensonge en pointant le rôle de l’Association des moudjahidine, ces profiteurs de l’indépendance qui, depuis des décennies, vivent de la rente tirée de la fausse histoire de l’Algérie en captant 6% du budget de l’Etat...

Acculé par la rue le « Système » n’a que deux moyens de détourner la marée de la contestation populaire.

1) S’attaquer au Maroc, comme en 1963 quand la « Guerre des Sables » lui a permis de mettre en parenthèses le soulèvement kabyle, mais, avec le Maroc, qui s’y frotte s’y pique…

2) Rien de tel avec l’ectoplasme français, ce chapon politique dont les élites se complaisent dans leur dhimmitude émasculée, d’où l’attaque en forme de déclaration de guerre faite le 15 juillet 2019 par Mohand Ouamar Bennelhadj (voir mon communiqué en date du 18 juillet).

Puisque Algérie patriotique  relève le gant, et comme les autorités françaises vont, comme elles en ont l’habitude, se blottir tel le lièvre au gîte, je tire donc ma rapière afin de porter quatre coups :

1) L’Algérie qui n’a jamais existé est directement passée de la colonisation turque à la colonisation française. J’attends qu’Algérie patriotique me démontre scientifiquement, et non pas par des glapissements indignés, le contraire.

2) Au moment de l’indépendance, comme il fallait tenter de donner une cohérence aux différents ensembles composant ce pays qui n’avait jamais existé et auquel, tout à fait artificiellement, le général De Gaulle avait rattaché le Sahara et ses hydrocarbures, la nécessité de l’unité se fit à travers un nationalisme arabo-musulman niant la composante berbère du pays. Résultat, les Berbères -non les seuls berbérophones- qui constituent l’immense majorité de la population de l’Algérie (comme le démontre la génétique) furent certes « libérés » de la colonisation française, mais pour retomber dans la colonisation arabe qu’ils subissent depuis plus de dix siècles. J’attends là encore qu’Algérie patriotique me démontre le contraire.

3) Le 15 juillet 2019, Mohand Ouamar Bennelhadj, membre essentiel du « Système » algérien puisqu’il est le secrétaire général par intérim de l’ « Organisation nationale des moudjahidines », les « anciens combattants », a donc appelé le parlement algérien à voter une loi criminalisant la colonisation française. Or, que représente véritablement cette association quand, selon l’ancien ministre algérien Abdeslam Ali Rachidi, « tout le monde sait que 90% des anciens combattants, les moudjahidine, sont des faux » (El Watan, 12 décembre 2015) ?

4) De plus, ces moudjahidine furent moins nombreux que les Algériens combattant dans l’armée française et cela, l’histoire officielle algérienne le sait… et elle le tait. Démonstration :

Nombre d’Algériens servant dans l’armée française

A la différence des registres de l’Association des Moudjahidine,  l’armée française a tenu des fiches d’incorporation, de traitement, de démobilisation etc., ce qui permet de démontrer qu’au mois de janvier 1961, alors que le processus menant à l’indépendance était clairement engagé, environ 250 000 Algériens servaient  dans l’armée française contre 202 842 un an plus tôt, à savoir :
- 60 432 appelés
- 27 714 engagés
- 700 officiers dont 250 appelés
- 4600 sous-officiers
- 63 000 Harkis (ils étaient 57900 en 1960)
- 88700 dans les groupes d’autodéfense dont 19100 Moghaznis et 62000 membres de l’autodéfense villageoise

Nombre  de combattants indépendantistes

Selon les sources françaises :
Selon le 2° Bureau français, au mois de mars 1962, à la signature des accords d’Evian, les combattants nationalistes de l’intérieur étaient estimés à 15.200, tant réguliers qu’auxiliaires, et ceux de l’extérieur (l’ALN, ou armée des frontières) étaient 22 000 en Tunisie et 10 000 au Maroc. Les effectifs combattants des indépendantistes étaient donc au total de 50 000 hommes en armes contre près de 250 000 dans l’armée française, soit cinq fois moins. (Toutes les références sont données dans mon livre Algériel’histoire à l’endroit).

Selon les sources algériennes :
Les sources algériennes n’indiquent pas de grosses différences par rapport aux sources françaises.
Dans son livre publié en 1997, Benyoucef Benkhedda dernier président du GPRA, écrit ainsi qu’à la fin de la guerre, les maquis de l’intérieur comptaient 35 000 combattants (15 200 pour les sources françaises), à savoir 7000 pour la wilaya I, 5000 pour la II, 6000 pour la III, 12000 pour la IV, 4000 pour la V et 1000 pour la VI.

Comme les effectifs de l’ALN, l’armée des frontières sont connus, à savoir  un peu plus de 30 000 hommes, selon les chiffres donnés par les nationalistes algériens, les effectifs combattants nationalistes étaient donc d’un peu moins de 70 000 hommes, soit quasiment un quart des 250 000 Algériens qui servaient alors dans l’armée française. J’attends également qu’Algérie patriotique me démontre le contraire.

Si Algérie Patriotique veut continuer à se faire le porte-voix du « Système » aux abois à travers l’histoire officielle de l’Algérie écrite par son socle régimiste gavé de subventions et acheté par les passe-droits, nous pouvons continuer l’exercice. Dans mon éventuelle prochaine réponse j’expliquerai alors à ses lecteurs comment les Berbères furent colonisés  par les Arabes, et comment les arabistes de l’armée des frontières leur volèrent l’indépendance de 1962…