dimanche 5 mai 2019

Algérie : les dernières cartouches du général Gaïd Salah

Le général Gaïd Salah, désormais cible principale de la contestation, tente de se sauver tout en sauvant ce qui reste du « Système ». Il le fait en livrant à la foule les personnalités honnies de l’ancien régime et ses ennemis personnels.
Après les oligarques, les généraux Tartag et Toufik, tous deux anciens patrons des « Services », ainsi que Saïd Bouteflika, dorment donc en prison. Mais, dans sa pathétique course pour la survie, le général ne peut plus rien offrir en pâture à la rue car, avec ces arrestations, il vient de tirer ses dernières cartouches.
Or, il est en première ligne comme l’a montré la manifestation de vendredi dernier durant laquelle son nom fut conspué à l’égal de celui de Saïd Bouteflika lors des précédentes protestations. Et il peut être inquiet car le peuple n’est pas dupe de l’ultime manœuvre de celui qui est l’incarnation même à la fois du « Système » et du clanisme de l’ancien régime et qui, de plus en plus isolé, s’est lui-même condamné à la fuite en avant.
Mais, dans les casernes, les esprits bouillonnent. Nombreux sont en effet ceux qui n’acceptent pas que, dans le combat pour sa propre survie, le général Gaïd Salah finisse par emporter avec lui la cohésion et le prestige de l’institution militaire.
L’impasse constitutionnelle étant totale et le personnel politique étant plus que discrédité, la question qui se pose désormais est de savoir si ceux des jeunes officiers les moins liés au « Système » oseront trancher le nœud gordien avant de franchir le Rubicon. 

mardi 30 avril 2019

L'Afrique Réelle n°113 - Mai 2019

Sommaire

Actualité :
Comprendre la question du Soudan

Dossier : Autopsie du « Système » algérien
- 1962 : la naissance du « Système »
- L’adaptabilité du « Système »
- Le pouvoir militaire

Rwanda :
Les responsabilités de l'ONU et du général Dallaire dans le génocide


Editorial de Bernard Lugan :

Le coeur du « Système » algérien est formé par une caste d’officiers supérieurs placés à la tête d’une armée qui dévore 25% du budget de l’Etat. Le double de celui de l’éducation. Jusqu’à ces dernières années, les réseaux affairistes militaires contrôlaient intégralement l’économie du pays. Afin de les affaiblir, Abdelaziz Bouteflika injecta dans le « Système » une cohorte de parvenus lui devant leur fortune, les « oligarques ». Au prétexte de lutter contre la corruption, mais d’abord pour tenter de freiner la revendication populaire, l’armée en a fait jeter certains en prison, ce qui lui permet d’éliminer ou de placer sous contrôle des rivaux économiques.

La réaction militaire débuta le 26 mars, quand le général Gaïd Salah, vieil et acariâtre chef d’état-major, décida de sacrifier le président Bouteflika et son clan. Il appela alors à la destitution d’un président dont, jusque-là, il avait été le plus fidèle et le plus inconditionnel soutien, clamant encore haut et fort son appui au « 5e mandat », qualifiant même de traitres à la nation ceux qui s’y opposaient… Quant à son gendre, Abdelghani Zaâlane, ministre des Transports et des travaux publics, il était le directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika pour ce même 5e mandat…
Le sauve-qui-peut des caciques du « Système » prit alors la forme d’une hémorragie. Le RND, parti pourtant servilement associé au FLN, demanda ainsi à son tour la démission du président Bouteflika tout en se précipitant aux pieds du général Gaïd Salah pour l’assurer de sa « loyauté »... Le FLN lui-même fut gagné par ce mouvement. 
Cette manœuvre n’ayant pas freiné la contestation populaire, c’est désormais du « Système » tout entier dont la rue veut se débarrasser. A commencer par le général Gaïd Salah et son clan familial incarné par Karim et Adel Gaïd Salah, ses deux fils qui règnent sur la ville d’Annaba où ils possèdent organes de presse, hôtels et sociétés d’import-export. 
Face à la rue, le « Système » résiste en pariant sur la division de la contestation et sur un essoufflement espéré durant le prochain ramadan. Le tout dans l'attente de l'inévitable confrontation.

Au début du mois d’avril dernier, les medias déversant ad nauseam leurs habituels mensonges sur la prétendue responsabilité de la France dans le génocide du Rwanda, le président Macron crut devoir recevoir à l’Elysée des associations porte-voix du régime de Kigali. Par pur fait du prince, il leur annonça, sans le moindre débat contradictoire et sans la moindre consultation de la population, qu’en France, le 7 avril serait désormais jour de « commémoration du génocide des Tutsi du Rwanda ». Reprenant le vocabulaire officiel rwandais, le président Macron a parlé de « génocide des Tutsi » et non pas de « génocide du Rwanda ». 

Les Français vont donc devoir commémorer un génocide dans lequel leur pays ne porte pourtant aucune responsabilité. Sauf celle d’avoir accepté le diktat de Paul Kagamé qui était de retirer son contingent militaire du Rwanda, ce qui fut achevé au mois de décembre 1993, soit cinq mois avant le début du génocide. 
Les 400 Français furent alors remplacés par plus de 2600 casques bleus de l’ONU. Commandés par l’incompétent et fragile général canadien Roméo Dallaire, ils demeurèrent l’arme au pied, se terrant même parfois dans leurs casernements, laissant ainsi les génocidaires libres d’agir et les hommes de Paul Kagamé libres de conquérir le pays. 
Mais c’est la France qui est mise en accusation… non l’ONU…

samedi 27 avril 2019

27 avril 1994 : le début du naufrage de l’Afrique du Sud

En Afrique du Sud, le 27 avril 1994, il y a donc 25 ans, se tinrent  les premières élections multiraciales. Grâce à elles, l’enfer de l’apartheid allait être oublié et le paradis sur terre allait advenir puisque,  des fontaines de la démocratie non raciale allaient couler le lait et le miel. Alléluia !

Vingt-cinq ans plus tard, les illusions ont été dissipées et le pays a sombré :
- Taux de chômage officiel, 27,7% (taux officieux 40%).
- Chômage des jeunes âgés de 15 à 34 ans, 38,8% selon le  taux officiel.
- PIB en chute libre : 3,5% en 2011 ; 2,6% en 2012 ; 1,9% en 2013 ; 0,6% en 2016 ; 1,3% en 2017 et 0,8% en 2018, alors qu’il faudrait 7% durant plusieurs décennies pour simplement stabiliser la pauvreté.
- Economie entrée en récession technique depuis  2018.
- Revenu de la tranche la plus démunie de la population noire inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994.
- Un habitant sur trois survivant  grâce aux aides sociales, le Social Grant.
- A l’exception de l’agriculture, branche encore contrôlée par les Blancs, tous les secteurs économiques sud-africains sont en recul ou en faillite, à commencer par les industries de main d’œuvre (textile, vêtement, chaussures), qui n’ont pu résister aux importations chinoises. Quant aux secteurs de la mécanique dans lesquels, avant 1994, l’Afrique du Sud produisait la majeure partie des pièces dont ses industries avaient besoin, ils sont moribonds.
- Les mines ont sombré. En raison des pertes de production et des coûts d’exploitation en hausse constants, nombre de puits secondaires ont fermé, entraînant  la  mise à pied de dizaines de milliers de mineurs. Pour maintenir la production, il aurait fallu investir des sommes colossales, mais le climat social, la corruption et l’insécurité ont découragé les investisseurs qui ont préféré faire glisser leurs activités vers des pays moins incertains.
- L’industrie minière est pénalisée par les coupures de courant à répétition car la compagnie publique Eskom, littéralement pillée par ses nouveaux dirigeants nommés par l’ANC a vécu sur l’héritage laissé par le régime blanc sans procéder aux investissements indispensables. Résultat : les mines qui représentent aujourd’hui 10% du PIB sud-africain, qui emploient 8% de la population active et qui sont le premier employeur du pays avec 500.000 emplois directs, ont  perdu plus de 300.000 emplois depuis 1994.
- La criminalité  fait de l’Afrique du Sud un des pays les plus dangereux au monde.
- L’exceptionnel maillage médical a disparu.

Face à ce désastre, regardons en arrière. En 1994, quand, après avoir menti à son peuple, le président De Klerk hissa au pouvoir un Nelson Mandela bien incapable de le conquérir par les armes, il légua à l’ANC la première économie du continent, un pays doté d’infrastructures de communication et de transport à l’égal des pays développés, un secteur financier moderne et prospère, une large indépendance énergétique, une industrie diversifiée, des capacités techniques de haut niveau et la première armée africaine.

Libérée de l’ « oppression raciale », la « nouvelle Afrique du Sud » fut immédiatement la proie du parti prédateur ANC dont les cadres, aussi incapables que corrompus, eurent comme objectif principal leur propre enrichissement. Caricature du corrompu, le président Zuma fut évincé par un coup d’Etat interne à l’ANC qui mit au pouvoir  le vice-président Cyril Ramaphosa. A cette occasion, le monde médiatique entonna son habituel péan: débarrassée du « maffieux » Zuma remplacé par le « vertueux »  Ramaphosa, l’Afrique du Sud allait pouvoir renouer avec l’héritage de  Nelson Mandela. 

Or, comme je l’ai dit à l’époque, en dehors du fait qu’un Venda allait remplacer un Zulu, cette révolution de palais n’allait rien changer au pays. A un Jacob Zuma lié au gang indien Gupta, succédait en effet l’ex syndicaliste Cyril Ramaphosa qui avait trahi ses camarades mineurs en se vendant au patronat blanc. C’est en effet dans les conseils d’administration des sociétés minières au sein desquels il fut adoubé pour contrer les revendications des mineurs dont il avait été le représentant avant 1994, qu’il édifia sa colossale fortune !!!
Pris entre les pressions des milieux d’affaires pro-occidentaux dont il était la créature, et celles des tendances radicales-racialistes lourdes qui constituent le fonds de commerce de l’ANC et des partisans de Julius Malema, le nouveau président se trouva vite paralysé. Et, comme d’habitude, il utilisa l’habituel joker des politiciens de l’ANC aux abois, à savoir la dénonciation du bouc-émissaire représenté par les fermiers blancs.

25 ans après les premières élections multiraciales, et comme l’a dit avec justesse Julius Malema: « En Afrique du Sud, la situation est pire que sous l’apartheid  la seule chose qui a changé, c’est qu’un gouvernement blanc a été remplacé par un gouvernement de Noirs ».
Avec une différence cependant : avant 1994 les Noirs ne mouraient pas de faim, ils étaient gratuitement soignés et éduqués, l’électricité fonctionnait, les pénuries d’eau étaient inconnues et la police faisait son travail.

Mais, tout cela appartient au passé car, entre 1994 et 2019, l’ANC, le mouvement de Nelson Mandela, a conduit l’Afrique du Sud vers un naufrage. Selon la Banque Mondiale, et bien que réalisant ¼ du PIB de tout le continent, le pays est aujourd’hui devenu un des 5 pays « les moins performants » d’Afrique, juste devant les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland…
En 25 ans de pouvoir, l’ANC a donc ruiné un pays prospère, le transformant en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences.

Afin de comprendre le naufrage de l'Afrique du Sud, Bernard Lugan propose un cours vidéo de 2 heures, illustré de nombreuses cartes animées, retraçant la longue histoire du pays. Le cours est divisé en 5 parties (format HD) consultables pour une durée illimitée. 
Pour visionner le cours, s'inscrire sur :






mercredi 24 avril 2019

Algérie : derrière l’emprisonnement des oligarques, l’armée reprend le pouvoir économique

Les règlements de comptes qui se multiplient à la tête du « Système » algérien frappent à la fois la haute hiérarchie militaire et le monde des affaires.  L’impression dominante est que l'Odjak des janissaires (l’armée), tente de se refaire une "vertu" à bon compte en donnant au peuple les têtes d’affairistes particulièrement détestés. Or, il s’agit là d’un nuage de fumée destiné à masquer la reprise en main de la « vie économique » du pays par la caste militaire.

Explication.

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vendredi 19 avril 2019

Mali : la guerre est-elle perdue ?

(Cette analyse peut être reprise à la condition d’en citer la source)

Jeudi 18 avril, au Mali, sous la pression des islamistes maîtres de la rue, le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga a choisi de démissionner avant d’être chassé par une motion de censure et une manifestation destinée à faire pression sur les députés. Dans cette crise téléguidée par des notables islamistes ralliés au wahhabisme et qui poursuivent des buts personnels en alliance avec les jihadistes de Iyad ag Ghali, qui sera le prochain Premier ministre ? Quoiqu’il en soit, l’incertitude grandit pour le président Ibrahim Boubacar Keita (IBK), de plus en plus fragilisé politiquement et confronté à une grève des enseignants, à une forte grogne sociale et à une situation sécuritaire qui se dégrade très fortement.

Au milieu de ces luttes de pouvoir auxquelles elle est totalement étrangère, se trouve la force Barkhane qui doit faire face à un climat de plus en plus hostile. Ainsi, le vendredi 5 avril, à Bamako, à l’appel de Mahmoud Dicko, imam wahhabite dont le mandat de président du Haut conseil islamique du Mali s’achève le 21 avril 2019, et  du chérif de Nioro Mohamed Ould Bouyé, des dizaines de milliers de manifestants exigèrent le départ du président IBK. Ils étaient porteurs de banderoles sur lesquelles était inscrit  « Le seul problème du Mali c’est la France » ou « Stop au génocide de la France au Mali ». Les souvenirs de la liesse accueillant les soldats de Serval sont bien oubliés…
Pour le moment, le président IBK est soutenu par les dirigeants de la Ligue des imams et érudits pour la solidarité islamique au Mali laquelle n’avait pas appelé à la manifestation, et par le célèbre prédicateur Cherif Ousmane Madani Haidara  partisan de l’islam  traditionnel face au wahhabisme importé par les prédicateurs saoudiens.

Tout procède de la mauvaise gestion politique de la victoire militaire remportée par Serval. Alors qu’il aurait fallu conditionner notre intervention à des concessions constitutionnelles au profit du nord touareg, paralysés par leur universalisme, nos diplomates ont tout au contraire entretenu Bamako dans le mythe du « vivre ensemble » à travers l’illusion électorale qui, en Afrique, débouche presque toujours sur l’ethno-mathématique. Les Maliens ont donc cru que nous avions reconquis le pays pour leur compte et que tout pouvait donc continuer comme avant. Résultat, la  situation a dégénéré.

Au nord le narcotrafic, au sud les guerres ethniques

Le nord du Mali est devenu un espace libre pour l’industrie de la contrebande, le jihadisme y étant le paravent du narcotrafic. Les affrontements entre les groupes, rapidement expliqués à travers des rivalités politiques y résultent le plus souvent de tentatives d’élargissement des zones d’action des réseaux. En réalité, dans la guerre à laquelle se livrent les uns et les autres dans l’océan du désert, les carrefours sont les ports par où passe obligatoirement la cocaïne à destination de l’Europe. C’est donc autour d’eux que se déroulent les combats.

Au centre et au sud du Mali, ce n’est pas le trafic de la drogue, mais la résurgence de conflits antérieurs à la période coloniale qui a fait entrer des querelles paysannes amplifiées par la surpopulation et par la péjoration climatique, dans le champ du jihad régional. En effet, dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels massacres de Peul par des Dogon et de Dogon par des Peul découlent d’abord de conflits datant de la fin du XVIII° siècle et de la première moitié du XIX° siècle, quand la région fut conquise par des éleveurs Peul dont l’impérialisme s’abritait derrière le paravent du jihad.

En 2015, sur fond de ces souvenirs toujours présents dans les mémoires, le centre du Mali, l’ancien Macina historique, région administrative de Mopti, s’embrasa. Le Macina est bien différent de l’Azawad saharo-sahélien. En partie composé du delta intérieur du Niger, il est en effet partiellement inondé une partie de l’année, donnant naissance à des zones exondées très fertiles convoitées à la fois par les agriculteurs Dogon (± 45% de la population), Songhay ou Bambara, ainsi que par les éleveurs Peul (± 30%). À partir de l’année 2018, les affrontements meurtriers y devinrent de plus en plus fréquents.

Or, les jihadistes du Macina sont essentiellement des Peul et les attentats de 2015 et 2016 qui ensanglantèrent Bassam en Côte d’Ivoire, Ouagadougou au Burkina Faso, Bamako et Sévaré au Mali, furent également commis par des Peul du Macina. De plus, au mois de janvier 2015, un Peul du Macina, Amadou Koufa, de son vrai nom Amadou Diallo, créa le FLM (Front de libération du Macina), connu localement sous le nom de Katiba Macina. Et Amadou Koufa a clairement ancré sa revendication sur l’ethnie peul. C’est ainsi qu’au début du mois de novembre 2018, il publia une vidéo dans laquelle il paraissait aux côtés d’Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement Ansar Dine et de l’Algérien Djamel Okacha membre d’Al-Qaïda, annonçant l’union des groupes jihadistes régionaux dans le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), et demandant aux Peul de se soulever et cela : « […] où qu’ils se trouvent : au Sénégal, au Mali, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Nigeria, au Ghana et au Cameroun ».

L’ethnisation du conflit a pris une forme de plus en plus radicale avec la constitution de groupes ethniques d’autodéfense Bambara, Dogon et Peul. Par capillarité, le mouvement  a touché le nord du Burkina Faso à partir de 2017.

La guerre est-elle perdue ?

Dans ces conditions, la guerre est-elle perdue ? Les islamistes ont-ils  gagné ? Les piètres prestations de l’armée malienne pourraient le laisser penser. Ainsi, le dimanche 17 mars quand la garnison de Dioura, forte de 200 hommes surarmés et équipés à neuf a fui devant une quarantaine d’assaillants, leur abandonnant matériel, armement et véhicules…
La situation est cependant différente au nord et au sud du pays.

Au nord, région qui constitue le flanc sud de l’Algérie et où la solution passe par une réelle décentralisation, la clé de la situation est détenue par Alger. Par le passé, l’Algérie a ainsi assuré toutes les précédentes médiations avant de parrainer lAccord d’Alger du 15 mai 2015 pour la Paix et la Réconciliation. Ses services ont des « contacts » avec Iyad Ag Ghali, le « parrain » régional qui, s’il n’est pas abattu, et que cela plaise ou non, sera l’homme par lequel passera le futur règlement. Le problème est que, si, par malheur, l’Algérie sombrait dans une situation à la syrienne, au Mali, nous serions en présence d’une afghanisation.

Au sud où avant d’être celui de l’économie ou du développement, le nœud du problème est celui des rapports inter-ethniques, le conflit n’a pas « coagulé ». Le jihad qui a pour but la fondation d’un califat trans-ethnique bute en effet sur la réalité ethnique car les énormes fossés séparant les protagonistes ont jusqu’à présent empêché l’engerbage. Résultat, le jihadisme se trouve pris au piège des rivalités ethno-centrées qui constituent la vraie réalité sociologique régionale.

Cependant, si la situation échappait à Barkhane et si le Burkina Faso tombait, la Côte d’Ivoire serait à son tour touchée. Mais, heureusement, le « bloc Mossi » semble solide. Autrement, dans cette partie de l’ouest sahélien, l’ultime point de résistance devrait s’ancrer autour de la robuste armée sénégalaise.
L’urgence pour nos forces et pour tous ceux qui ont conscience du fait que le Sahel est notre arrière-cour est donc de connaître à la fois l’alchimie ethnique et les résurgences historiques régionales qui expliquent la crise actuelle. C’est dans ce but que je viens de publier « Les guerres du Sahel des origines à nos jours ». 
Pour le commander, cliquer ici.

Bernard Lugan

samedi 6 avril 2019

Nouveau livre de Bernard Lugan : Les Guerres du Sahel


























Présentation :
Le Sahel est un rift ethno-racial le long duquel vivent des sédentaires sudistes et des nomades nordistes en rivalité territoriale depuis la nuit des temps
La colonisation libéra les premiers de la prédation des seconds, puis elle rassembla les uns et les autres à l’intérieur de limites administratives devenues frontières d’États lors des indépendances. L’ethno-mathématique y donna le pouvoir aux sudistes car ils étaient électoralement plus nombreux que les nordistes.
Ce fut alors la revanche de la houe sur la lance. Mais, au Mali, au Niger et au Tchad, comme ils refusaient de devoir obéir aux fonctionnaires sudistes, les nordistes se soulevèrent.
Ce furent les conflits sahéliens qui s’étendirent de la décennie 1960 jusqu’aux années 2000.
Sur ce terreau fertile prospérèrent ensuite les trafiquants (35% de la cocaïne sud-américaine à destination de l’Europe transiterait par le Sahel), ainsi que les modernes marchands d’esclaves qui déversent leurs cargaisons humaines en Europe.
Enfin, à partir des années 2000, les islamo-jihadistes chassés d’Algérie s’immiscèrent avec opportunisme dans le jeu politique local, y provoquant la surinfection de la plaie ethno-raciale matrice des actuels conflits.
Illustré de plus de 60 cartes en couleur, construit sur la longue durée historique et ancré sur la géographie, ce livre donne les clés de compréhension de cette conflictualité sahélienne dont les conséquences se font sentir jusqu’en Europe. 
Pour nos Armées, il constitue le manuel indispensable avant toute projection sur le terrain.

Table des matières :
Chapitre I : Ces changements climatiques qui expliquent l’histoire
Chapitre II : Les populations du Sahel
Chapitre III : Le « feu de paille » almoravide premier jihad sahélo-saharien (XIe-XIIe)
Chapitre IV : La conquête de l’ouest sahélien par les Arabes et la mise des Berbères « sous l’étrier » (XVe-XVIIe)
Chapitre V : L’âge d’or des empires du Sahel (XIe-XVIe)
Chapitre VI : La conquête marocaine et l’émiettement politique de l’ouest sahélien.
Chapitre VII : La chevauchée guerrière des Peul (XVIIIe-XIXe)
Chapitre VIII : Le jihad de l’est sahélien et la conquête coloniale du Sahel central (XIXe)
Chapitre IX : Les guerres du Mali et du Niger (1962-2009)
Chapitre X : Les guerres du Soudan (1956-2011)
Chapitre XI : Les guerres du Tchad (1966-2019)
Chapitre XII : Les guerres du Nigeria (2002-2019)
Chapitre XIII : La nouvelle guerre du Mali et son extension régionale (2012-2019)
Conclusion : Réflexions sur le jihadisme sahélien

IMPORTANT : CE LIVRE EST UNIQUEMENT DISPONIBLE VIA L'AFRIQUE REELLE

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samedi 30 mars 2019

L'Afrique Réelle n°112 - Avril 2019

Sommaire

Actualité
Algérie : Le « système » survivra-t-il à l’effondrement du régime Bouteflika ?

Dossier : Les guerres du Sahel
- Comprendre les guerres du Sahel
- Peul contre Dogon, un vieux conflit ethnique
- Réflexions sur les opérations militaires françaises en Afrique à travers l’exemple du Mali

Histoire
Rwanda : Les historiens face au non-lieu des juges Herbaut et Poux


Editorial de Bernard Lugan

Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera…

Tel était le titre d’un article, hélas peut-être prémonitoire de l’Afrique Réelle datant d'août 2016.

Comme les Kurdes, les Peul forment un peuple dispersé et sans Etat. Zébré par les frontières post-coloniales, l’espace peul s’étend sur tout l’ouest africain, courant de l’Atlantique sénégalais  jusqu’à la région tchadienne et à la RCA (voir la carte page 14). 
La question est  de savoir si l’actuel cycle de massacres-représailles qui se déroule au Mali et au Burkina Faso, ne va pas finir par provoquer leur union, phénomène qui pourrait être soutenu à l’étranger par une diaspora dynamique, riche et instruite. 
Hommes de la vache et de la lance, les Peul vont-ils, à l’image des Tutsi du Rwanda, tenter de briser par les armes le système de l’ethno-mathématique électorale qui les soumet politiquement aux hommes de la houe et qui en fait les victimes de leurs armées ?
Si tel était le cas, les conflits sahéliens prendraient alors une toute autre dimension. A l’image des cataclysmes du XIXe siècle, quand l’impérialisme peul  s’abrita derrière le paravent du jihad (voir la carte page 12).

Une simplification extrême permet de distinguer les Peul sahéliens nomades et les Peul soudaniens vivant en noyaux semi sédentaires ou sédentaires parmi les peuples agriculteurs. Certains ont fondé des sociétés très structurées et hiérarchisées comme dans le Fouta Djalon guinéen, au Macina malien, dans le nord du Nigeria et au Cameroun.  
Aujourd’hui, les Peul se trouvent placés au cœur de plusieurs conflits hérités de l’histoire. Rallumés par le jihadisme et par la suicidaire démographie sahélienne dont la conséquence est la lutte pour les terres et les pâturages, ces affrontements font peser une menace supplémentaire sur la stabilité déjà fragile d’une vaste partie de l’Afrique. 

Dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels évènements opposant Peul et Dogon ne sont pas une nouveauté. Ils sont tout au contraire la résurgence des conflits  liés aux conquêtes peul de la fin de la période précoloniale. Or, les principales résistances à cette expansion furent celles des Bambara et des Dogon. Mise entre parenthèses durant la période coloniale, l’opposition entre ces peuples ressurgit avec force aujourd’hui.

Le 26 mars dernier, les journalistes de France 24, qui est, rappelons-le, la chaîne officielle française émettant vers l’Afrique, ont osé produire une émission dont le titre est « Massacre de Peul au Mali : les exactions n’ont pas une origine ethnique » !!! Que sont-ils donc alors ? Des vengeances de maris cocus ou des querelles de supporters de football ? 
L’on ne peut qu’être atterré par l’aveuglement doublé d’incompétence de ces journalistes qui, paralysés par leur idéologie universaliste niant les identités et les enracinements, s’interdisent de nommer la réalité. 

En plus du Macina, la situation sécuritaire est de plus en plus préoccupante dans le nord du Mali où les routes sont minées par les GAT (Groupes armés terroristes) et où les garnisons sont attaquées. Ces dernières constituent des cibles d’autant plus tentantes que les soldats maliens se débandent devant des assaillants inférieurs en nombre, avant de leur abandonner l’armement flambant neuf généreusement offert par la « communauté internationale »…

mardi 26 mars 2019

Le dernier stratagème du régime algérien peut-il réussir?

(Ce communiqué peut être reproduit à condition d’en citer la source)

Paniqué par l’ampleur des manifestations populaires, et craignant de les voir évoluer vers un processus révolutionnaire incontrôlable, les vrais maîtres de l’Algérie viennent de tenter un coup de poker destiné à leur permettre de conserver la réalité du pouvoir. En faisant jouer l’article 102 de la Constitution qui autorise à faire constater par le Conseil constitutionnel que le président Bouteflika se trouve dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions, le régime algérien tente en effet de gagner plusieurs mois d’un précieux répit qui va lui permettre de contrôler l’organisation du futur scrutin présidentiel. Explications :

1) Faire constater l’incapacité du président Bouteflika permet de vider l’abcès en  donnant une satisfaction à bon compte à une grande partie des manifestants, tout en isolant les jusqu’au-boutistes qui veulent un changement de régime et la fin du système FLN.

2) Cette décision permet de replacer l’armée au centre du pouvoir, mais une armée qui joue la carte de la légalité et qui apparait comme ressoudée, un voile ayant été mis sur ses profondes fractures.

3) Cette reconnaissance d’inaptitude  ne changera rien au fonctionnement du pouvoir puisque, quasi inconscient depuis plusieurs années, ce n’était plus Abdelaziz Bouteflika qui gouvernait.

4) Le parlement, sur proposition du  Conseil constitutionnel va  donc, à la majorité des 2/3, constater l’incapacité présidentielle et, comme le veut la Constitution, l’intérim va être assuré pour 45 jours par Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la Nation. Puis, si au bout de ces 45 jours, l’incapacité présidentielle est confirmée, la vacance du pouvoir sera alors constatée et Abdelkader Bensalah aura 90 jours au maximum pour organiser une élection présidentielle. Donc au total, 45 jours plus 90 jours, un vrai ballon d’oxygène pour le régime alors-que le couperet du 28 avril devait marquer la fin de la présidence Bouteflika.

5) Comme Tayeb Belaiz, le président du Conseil constitutionnel, et Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la Nation, sont deux fidèles du clan Bouteflika, il est logique de penser qu’ils vont tout faire pour gérer la période qui s’ouvre au mieux des intérêts de ce dernier puisqu’ils en sont une composante. Ils vont être aidés en cela par l’appareil du FLN, notamment par Amar Saadani,  ancien secrétaire général du mouvement qui,  le dimanche 24 mars, a allumé la mèche du processus actuel en déclarant qu’Abdelaziz Bouteflika était le jouet du Premier ministre Ahmed Ouyahia…et que c’était ce dernier qui non seulement dirigeait l’Algérie, mais encore écrivait les lettres attribuées au président.

6) Un bouc-émissaire commode est donc trouvé et désigné à la foule, ce qui devrait permettre de sauver la tête de Saïd Bouteflika, des caciques du FLN, des oligarques et des généraux qui ont gouverné l’Algérie à leur profit, en s’appuyant sur l’ « alliance des coffres forts et des baïonnettes ».

La rue sera-t-elle dupe de la manœuvre ? Va-t-elle se laisser confisquer sa révolution ? L’avenir le dira… Une situation à suivre !