vendredi 27 mars 2020

L'Afrique Réelle n°124 - Avril 2020

Sommaire

Actualité :
- Seule l’histoire permet de comprendre les conflits du Sahel
- Pourquoi le Burkina Faso est-il l’épicentre du jihadisme sahélien ?

Dossier : L'afrocentrisme
- Le contre-sens historique de Cheikh Anta Diop
- Black Athena, cette imposture scientifique


Editorial de Bernard Lugan

Deux principaux fronts sont ouverts au Sahel. A l’ouest dans la région des « Trois frontières » (Mali-Niger-Burkina Faso) et à l’est, dans la région des « Quatre frontières » (Nigeria-Niger-Tchad-Cameroun), autour du lac Tchad. 
Ici, les 23 et 24 mars, Boko Haram a porté de rudes coups aux armées du Nigeria et du Tchad. Au Nigeria, un convoi parti de Maiduguri est tombé dans une embuscade, laissant plus de 100 morts sur le terrain. 
Au Tchad, où Boma, la principale garnison de la province du Lac, a été prise par Boko Haram, les forces tchadiennes déplorent plus de 100 morts. 
Avec sa végétation compacte aux racines enchevêtrées, la région est un milieu difficile pour des forces mécanisées habituées à une guerre de mouvement et peu familières de ce milieu palustre. 
Les réalités géographiques, anthropologiques, ethniques et historiques, font de cette région un foyer favorable à Boko Haram, mouvement ancré sur deux ethnies transfrontalières, les Kanouri et les pêcheurs Buduma/Yedina, qui se désignent sous le nom de « Peuple des herbes ». 

Tant à l’ouest qu’à l’est, ces conflits s’inscrivent dans le temps long. Nous sommes en effet en présence d’une conflictualité résurgente enracinée dans le lointain passé de peuples dont la problématique n’est pas celle des « droits de l’homme », moins encore celle de la démocratie. Pas davantage celle du « vivre ensemble » ou du « développement ». D’où l’incapacité des Européens à les comprendre, donc à prétendre les résoudre. 
Antérieures à l’islamisation, les racines de ces conflits ne sont pas religieuses car le jihadisme sahélien est d’abord la surinfection de plaies anciennes et le paravent d’intérêts économiques ou politiques à base ethnique. Refuser de le voir relève de l’idéologie (Voir à ce sujet mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours).

En Algérie où les hydrocarbures fournissent entre 95 et 98% des exportations et environ 75% des recettes budgétaires, la loi de Finances 2020 est basée sur un baril à 50 dollars. 
S’il se prolongeait, l’actuel effondrement des cours va donc provoquer une crise majeure. D’autant plus que la production baisse. Ainsi, durant le 3e trimestre 2018, la branche des hydrocarbures dans son ensemble a décliné de 7,8%. Au 4e trimestre, la production de pétrole brut et de gaz naturel a chuté de 3% et le raffinage de pétrole brut de 12% (Office national des statistiques 12 janvier 2019), car les gisements s’épuisent. 
Encore plus grave, aucune découverte majeure susceptible de redresser le volume des productions n’a été faite. De plus, le coût d’un champ pétrolier ou gazier algérien est plus élevé que chez les autres grands producteurs de pétrole. 
Le déficit commercial algérien qui était de 6,11 milliards de dollars fin 2019 va donc exploser et l’Algérie va devoir emprunter afin de sauver la paix sociale. Illustration de la catastrophe annoncée, pour rééquilibrer son budget, l’Algérie aurait besoin d’un baril à 100 dollars…

dimanche 22 mars 2020

Cours n°4 : L'afrocentrisme, une imposture historique ?

Pour son quatrième cours vidéo, Bernard Lugan a choisi de s’intéresser à l’afrocentrisme, ce courant historique popularisé par Cheikh Anta Diop et qui fait de l’Afrique le berceau des civilisations.
Il répond notamment aux questions suivantes :
- L’Homme vient-il d’Afrique ?
- Les anciens Egyptiens étaient-ils Noirs ?
- Les Africains ont-ils découvert l’Amérique ?

Un cours d’utilité publique, particulièrement à propos en période de confinement.

Bande annonce :



Pour visionner le cours, s'inscrire sur Les Cours de Bernard Lugan

Le cours est divisé en 3 parties (format HD) consultables pour une durée illimitée.
Comme précédemment, les abonnés à l'Afrique Réelle bénéficient d'un coupon de réduction de 30%.

mercredi 18 mars 2020

Le Covid-19, une chance pour l’Afrique ?

Avant la crise du Covid-19, des dizaines de millions de jeunes africains voyaient l’Europe comme une terre à prendre peuplée de vieillards repus ou épuisés, d’hommes mentalement castrés par les groupes de pression féministes, de femmes n’enfantant plus et dont les dirigeants étaient soumis au diktat de l’émotionnel… Encore plus merveilleux, au nom des « anciennes vertus chrétiennes devenues folles » (Chesterton), le pape « François » les encourageait à s’introduire par effraction dans cette Europe gavée.

Or, ce n’était  pas le jihadisme que fuyaient ces « migrants ». En Afrique, ce dernier provoque en effet trois fois moins de victimes que les morsures des serpents. En 2017, mamba, vipères des sables et autres naja, tuèrent ainsi entre 25 000 et 30 000 malheureux et fait autant d’infirmes (source Slate Afrique). Nous étions donc au terme du processus entre la lente et mortelle asphyxie "soustellienne" de l'intégration et le "radeau de la Méduse" de la laïcité...

Mais voilà que le Covid 19 va peut-être forcer Européens et Africains à revenir au réel grâce au principe de « l’imprévu dans l’histoire » si magnifiquement conceptualisé par Dominique Venner.
En effet, comme le Covid 19 va demander d’immenses efforts à l’Europe pour se relever,  délaissée, l’Afrique va donc devoir se prendre enfin en main. Cela passera par trois grandes mesures :

1) Régler la question démographique

Avec un taux de croissance de 4% la population africaine double tous les 18-20 ans.
Résultat, d’ici à 2030, l’Afrique va voir sa population passer de 1,2 milliard à 1,7 milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an. Puis, en 2100, avec plus de 3 milliards d’habitants, le continent africain abritera 1/3 de la population mondiale, dont les trois quarts au sud du Sahara. Le principal blocage de toute politique familiale étant à la fois culturel et religieux, les dirigeants africains devront donc prendre des mesures très courageuses. Ou bien l’Afrique mourra.

2) Oublier le mythe du développement
 
Bloqués par leurs présupposés idéologiques, moraux et religieux, les dirigeants européens qui s’obstinaient à ne pas tenir compte des réalités, avaient choisi de s’accrocher au mythe du « développement », refusant de voir que tout avait déjà été tenté en ce domaine depuis les indépendances. En vain car, en dépit des sommes abyssales déversées pour la faire « démarrer », l’Afrique n’avait cessé de régresser. En effet, comme il fallait une croissance de 7% par an pour simplement commencer à réduire la pauvreté, le calcul était vite fait, année après année, il manquait donc à l’Afrique entre 3 et 4% de croissance, ce qui faisait que loin de se combler, la pauvreté africaine augmentait.
D’ailleurs, comment prétendre développer l’Afrique quand les investisseurs s’en détournaient ? Dans son rapport de mai 2018, la BAD (Banque africaine de développement) soulignait ainsi que pour les investissements dans le seul domaine des infrastructures, l’Afrique avait besoin annuellement de 170 milliards de dollars d’IED (Investissements étrangers directs), alors que, au total de tous ses postes, elle n’en reçut que 60 mds. Avec le Covid 19, il y a fort à parier qu’elle en recevra encore  moins.
Or, ses besoins seront de plus en plus colossaux car la baisse du prix du pétrole et de presque toutes les matières premières va avoir des conséquences catastrophiques pour des pays tirant entre 75 et 98% de leurs recettes de ces productions. Phénomène aggravant, quand les cours étaient hauts, ces pays pensèrent que la manne était éternelle et ils dépensèrent alors sans compter. Résultat, aujourd’hui, comme ils se trouvent face à des échéances qui ne sont plus couvertes, les voilà donc contraints de s’endetter pour continuer à financer des projets non soldés ou tout simplement pour acheter la paix sociale et éviter la révolution. A peine sortis de la mortelle spirale de l’endettement des années 1980-1990, ils y ont donc replongé.

3) Répudier la religion démocratique et le credo des « droits de l’homme »

Dans les Afriques où la criante nécessité d’Etats forts est une évidence, l’impératif démocratique décrété à la Baule par le président François Mitterrand le 20 juin 1990 a eu des conséquences désastreuses. Le multipartisme y a en effet affaibli des Etats en gestation et réveillé les luttes de pouvoir à travers des partis qui ne sont, dans leur immense majorité, que des habillages ethniques. C’est pourquoi il importe :

- De permettre à l’Afrique de reprendre au plus vite ce « raccourci autoritaire » qui traumatise tant les démocrates européens, mais qui, seul, est susceptible de provoquer une coagulation nationale.

- De répudier le système électoral fondé sur le destructeur principe de « un homme une voix ». Donnant automatiquement le pouvoir aux peuples les plus nombreux selon la loi de l’ethno-mathématique électorale, il fait donc des membres des ethnies minoritaires des citoyens de seconde zone ; d’où d’incessantes guerres civiles.

- D’encourager les Africains à réfléchir à des modes électoraux communautaires et non plus individuels.

En un mot, les Africains doivent se décoloniser mentalement pour revenir à la culture du chef en laissant celle du consensus mou aux donneurs de leçons européens. Le salut de l’Afrique en dépend. Tout le reste n’est que balivernes européocentrées.

L’Afrique qui va être délaissée par les pays dits « riches » doit donc profiter de l’ « opportunité » du Covid 19 pour lancer  cette révolution salvatrice[1].

Bernard Lugan

mercredi 11 mars 2020

Dix ans d’expertises devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda





















26 années après le drame, l’histoire du génocide du Rwanda n’est connue que par sa version officielle. Ecrite par les vainqueurs, elle est répétée en boucle par des médias alignés sur la doxa imposée par le régime du général Kagamé.

Cette histoire officielle tient en trois points :

1) Le 6 avril 1994, les « extrémistes » hutu abattirent l’avion du président hutu Habyarimana.

2) Dans la nuit du 6 au 7 avril, ces mêmes « extrémistes » hutu firent un coup d’Etat afin de mettre en place le GIR (Gouvernement intérimaire rwandais), qui entreprit de déclencher le génocide des Tutsi, un génocide programmé de longue date.

3) Les forces tutsi du FPR furent alors contraintes de violer le cessez-le-feu en vigueur afin de sauver les populations du massacre.

Or, cette histoire est  fausse[1] car :

1) Les « extrémistes » hutu n’ont pas assassiné leur propre président.

2) Il n’y a pas eu de coup d’Etat dans la nuit du 6 au 7 avril, mais tout au contraire, tentative de respecter la légalité constitutionnelle par la formation d’un pouvoir civil.

3) Le FPR a déclenché son offensive dès l’annonce de la mort du président Habyarimana, donc plusieurs heures avant les premiers massacres. Sachant qu’il allait ethno-mathématiquement  (90% de Hutu et 10% de Tutsi) perdre les élections au terme de la période de transition, sa seule possibilité de parvenir au pouvoir était en effet une victoire militaire.

Face au montage historique visant à légitimer la prise de pouvoir du FPR par la force, la véritable histoire du génocide du Rwanda a été écrite, jour après jour, et cela durant près de 15 années devant les quatre Chambres du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), créé le 8 novembre 1994 par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Ce tribunal siégeant à Arusha, en Tanzanie, et qui a clôturé ses travaux  le 31 décembre 2015, a jugé 69 personnalités hutu. Lors de ces procès, des milliers de témoignages, des dizaines de milliers de documents écrits, sonores, photographiques ou filmés ont été produits et des dizaines de rapports d’expertise ont été présentés et défendus. Or, ceux qui prétendent parler du Rwanda n’ont jamais consulté ces archives, et quand ils les évoquent, ce n’est le plus souvent que par ouï-dire…

Et pourtant, au fil des audiences, une nouvelle version de l’histoire du génocide du Rwanda fut écrite qui est venue bouleverser sur trois points fondamentaux, à la fois l’état des connaissances que l’on avait en 1994, et l’entreprise de désinformation des officines alimentées par Kigali:

1) Aucune des quatre Chambres composant le TPIR n’a retenu la validité du cœur de l’histoire officielle, à savoir la préméditation du génocide. Selon les juges, l’Accusation ne fut en effet pas en mesure de démontrer que le génocide avait été programmé, le Procureur n’ayant pas apporté la preuve de l’existence d’une entente antérieure au 6 avril 1994 en vue de le planifier et de l’exécuter.

2) Le postulat de la planification envolé, quel fut donc le déclencheur de ce génocide ? Là encore, la réponse est très claire : devant les quatre Chambres du TPIR, il a été acté que ce fut la mort du président hutu Habyarimana, tué dans l’explosion de son avion abattu par deux missiles dont nous connaissons l’origine, les numéros d’identification ainsi que l’identité de ceux qui les tirèrent... Qui a donc ordonné cet attentat ? Sous la pression des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, le TPIR n’eut pas l’autorisation d’enquêter sur ce crime. La seule certitude est que cet attentat ne fut pas commis par des « extrémistes » hutu…

3) Le 6 avril 1994, dès la nouvelle de la mort du président Habyarimana connue, les forces du général Kagamé ont lancé une offensive préparée depuis plusieurs semaines contre l’armée nationale rwandaise désemparée par la mort de son chef d’état-major tué lors de l’attentat, et dont l’armement avait été consigné par l’ONU dans le cadre du cessez-le-feu et des accords de paix. 

Expert assermenté devant le TPIR dans huit des principaux procès qui s’y sont tenus, j’ai préparé et rédigé huit rapports d’expertise que j’ai ensuite présentés et défendus devant les différentes Chambres entre 2002 et 2012.

Conservés dans les archives du TPIR, ces rapports n’étaient jusque-là accessibles qu’à un public plus que restreint. Aucun journaliste ou « expert » prétendant parler du Rwanda ne les a consultés. Et pourtant, ces huit rapports constituent des éléments essentiels à la compréhension en profondeur des tragiques évènements qui embrasèrent le Rwanda entre 1990 et 1994. Ils marquent également  autant d’étapes dans l’évolution de l’historiographie du génocide et ils permettent de comprendre le fonctionnement interne de cette énorme machine que fut le TPIR.

Regroupés dans un volume de 585 pages, ces huit rapports constituent un socle de connaissances en dehors duquel il est illusoire de prétendre parler du génocide du Rwanda d’une manière scientifique.



Table des matières

Chapitre I : L’affaire Bagosora (TPIR-98-41-T)

1. Les relations Hutu-Tutsi dans l’ancien Rwanda et jusqu’en 1990
2. La vie politique rwandaise de 1990 à 1994
3. Les 6, 7, 8 et 9 avril 1994
4. Les postulats d’A. Des Forges, les initiatives du général Dallaire et les hypothèses de F. Reyntjens.

Chapitre II : L’affaire Tharcisse Renzaho (TPIR-97-31-I)

1. Les mécanismes de l’écriture de l’histoire officielle du génocide du Rwanda
2. Le nouvel état des connaissances
3. L’enchaînement qui a conduit au génocide
4. La situation à Kigali. Que pouvait faire le préfet Renzaho ?

Chapitre III : L’affaire Jérôme-Clément Bicamumpaka (TPIR-99-50-T)

1. La vie politique rwandaise de 1962 à 1992
2. Les problèmes internes du MDR et du PL
3. Le GIR était-il légitime ?
4. Analyse du discours prononcé par JC Bicamumpaka devant le Conseil de sécurité de l’ONU le 17 mai 1994

Chapitre IV : L’affaire Protais Zigiranyirazo (TPIR-2001-73-T)

1. La thèse de la planification du génocide peut-elle être encore soutenue ?
2. Comment la diabolisation du régime Habyarimana fut-elle organisée ?
3. La stratégie du FPR pour la conquête du pouvoir peut-elle expliquer l’exacerbation des tensions et la perte des points de repère de toute une population ?

Chapitre V : L’affaire Edouard Karemera (TPIR-98-44-T

1. Le Rwanda entre démocratisation et guerre
2. Le génocide a-t-il été planifié ?
3. La planification de la tension par le FPR
4. De la nuit du 6 au 7 avril à la mi-Juillet 1994

Chapitre VI : L’affaire Innocent Sagahutu (TPIR-2000-56-T)

Préambule : Le passé militaire du capitaine Sagahutu
1. L’Acte d’Accusation contre le capitaine Innocent Sagahutu
2. L’état des connaissances dans la question des responsabilités de l’assassinat des Casques bleus belges et d’Agathe Uwilingiyimana

Chapitre VII : L’affaire Augustin Bizimungu (TPIR-2000-56-T)

Préambule : Un Acte d’Accusation en décalage par rapport à l’évolution de l’historiographie
1. Les fausses raisons de la guerre d’octobre 1990, de l’attaque du 5 juin 1992 et de celle du 8 février 1993
2. La Défense civile et la « définition de l’Ennemi » (ENI), les deux piliers de l’Acte d’Accusation
3. L’action du général Dallaire
4. Le général Augustin Bizimungu

Chapitre VIII : L’affaire Ildephonse Nizeyimana (TPIR-2000-55-PT)

1. Existait-il une identité « nordiste » ?
2. Quel était le poids et l’influence des « Nordistes » à Butare ?
3. Un capitaine, pouvait-il exercer « un contrôle, une autorité et une influence de facto et de jure sur l’ensemble des forces armées de la région » de Butare ?

Conclusion générale


Table des annexes

Annexe n°1 : Attestation par le Greffe du TPIR de la qualité d’expert de Bernard Lugan.

Annexe n°2 : Les jugements dans les affaires Bagosora, Zigiranyirazo, Bizimungu, Ngirumpatse et Karemera réduisent à néant le postulat du génocide programmé.

Annexe n°3 : Le TPIR refuse d’enquêter sur l’attentat déclencheur du génocide.

Annexe n°4 : L’emblématique affaire Emmanuel Ndindabahizi (TPIR-01-71).

Annexe n°5 : Quand Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupâquier se comportent en spadassins du Procureur contre Ferdinand Nahimana (TPIR-99-52). Le mea culpa de l’association Reporters sans frontières.

Annexe n°6 : Quand Jean-Pierre Chrétien présente un rapport qu’il a si peu écrit…

Annexe n°7 : Un emblématique faux témoin de l’Accusation.

Annexe n°8 : Pour tenter de montrer que les FAR possédaient des missiles, l’Accusation viole le principe de neutralité, cependant que le porte-parole du TPIR commet ce qui pourrait s’apparenter à une forfaiture…


Pour obtenir le document au format PDF (585 pages/30 euros) :




[1] Voir à ce sujet mes livres dont :
- Rwanda : le génocide, l’Église et la démocratie, éditions du Rocher, 2001.
- François Mitterrand, l’armée française et le Rwanda, éditions du Rocher, 2005.
- Rwanda. Contre-enquête sur le génocide, éditions Privat, 2007.
- Rwanda : un génocide en questions, éditions du Rocher, 2014. 
Ces quatre livres marquent autant d’étapes dans la connaissance de l’histoire du génocide du Rwanda.

samedi 29 février 2020

L'Afrique Réelle n°123 - Mars 2020

Sommaire


Actualité
- Algérie : et maintenant, la faillite
- Sahara occidental : au cœur du contentieux algéro-marocain
- Le pastoralisme nomade est-il condamné ?

Dossier : L’Afrique n’est pas le continent souche de toute l’humanité 
- L’histoire de nos origines, un enjeu idéologique
- La chronologie classique
- Les hominidés ne procèdent pas tous des primates africains
- Hominisation : le foyer européen


Editorial de Bernard Lugan

Pour se survivre à lui-même, le «Système» algérien  fait du neuf avec du vieux. Propulsé au premier rang par feu le général Gaïd Salah, le président Abdelmadjid Tebboune fut en effet plus de dix fois ministre d’Abdelaziz Bouteflika dont il ne cesse désormais de dénoncer le bilan... 
Revenons sur la carrière de ce cacique : de 1991 à 1992, il fut  ministre délégué chargé des Collectivité locales ; en 1999 il fut nommé ministre de la Communication et de la Culture et, ensuite, toujours en 1999, il fut de nouveau ministre délégué chargé des Collectivités locales. En 2001-2002 il fut ministre de l’habitat et de l’Urbanisme et en 2012 il fut une nouvelle fois en charge de ce ministère. De 2013 à 2016, par trois fois, il fut ministre de l’habitat, de l’Urbanisme et de la Ville dans les gouvernements Sellal II, III et IV. En 2017 le voilà ministre du Commerce et le 24 mai 2017 il fut nommé Premier ministre, charge qu’il occupa jusqu’au 15 août 2017.

La mission qui lui a été confiée par les vrais maîtres de l’Algérie est de sauver le cœur nucléaire du «Système». 
Il le fait en sacrifiant des lampistes, des individus et des clans jugés trop compromettants. Pendant ce temps, l’opacité demeure sur les colossaux détournements financiers de ces dernières décennies. Notamment sur l’ « évaporation » de 600 milliards de dollars rapportés par la vente des hydrocarbures entre 2000 et 2015… à l’époque où il était ministre d’Abdelaziz Bouteflika… et l’un de ses plus empressés courtisans. 

Out of Africa ? Out of Europa ?

Le dossier central de ce numéro est consacré à une question essentielle, celle de nos origines. Les découvertes qui s'additionnent prennent en effet le contre-pied du « paléontologiquement correct » qui, jusqu'à ces dernières années, imposait l'idée que l'Afrique est le continent souche de toute l'humanité. 
Le nouveau paysage scientifique qui se dessine sous nos yeux est tout au contraire celui d’une hominisation multicentrique. 
Dans ces conditions, l'Afrique serait le berceau des Africains, l'Asie celui des Asiatiques et l'Europe celui des Européens. Nous voilà donc de retour au point de départ… 
Il ne restera bientôt plus qu'à reconnaître l'évidence, à savoir l'existence des grands ensembles ou «races» humaines qui semblent  procéder de « sapiensisations » locales. 

Mais, plus encore, selon l’analyse génomique des populations, l’Homme moderne serait apparu et se serait propagé, non pas à partir de l’Afrique, mais de l’Eurasie. La colonisation-migration ne se serait donc pas faite dans le sens Afrique-Europe, mais dans le sens Europe-Afrique. Sale temps pour la doxa

jeudi 13 février 2020

La soumission de l’Allemagne à la repentance coloniale

Outre-Rhin, bien que la parenthèse coloniale n’ait duré que deux décennies, l’exigence de repentance atteint en ce moment des sommets inégalés. Même en France où, pourtant, il n’est pas possible de parler de la colonisation sans avoir préalablement revêtu le cilice de pénitence, l’exigence de soumission au dogme de la culpabilité coloniale n’a pas (encore ?) une telle ampleur.

En Allemagne, il est aujourd’hui impossible, tant elle est longue, de dresser la liste des rues, des places, des squares, des musées, des instituts et des casernes débaptisés au seul motif qu’ils ont un rapport avec la période coloniale ou avec des personnages ayant un lien avec cette dernière. Dirigé par la gauche, le Land de Berlin a même fait de la repentance coloniale un de ses principaux axes politiques, comme si la ville n’avait pas de problèmes plus urgents et plus concrets à régler… Ici, il n’est pas un jour sans qu’il soit demandé aux habitants transformés en chiens de Pavlov de l’auto-flagellation, de psalmodier la liste des péchés ultramarins de leurs grands-parents et de « regarder en face les crimes coloniaux allemands ainsi que le génocide des Herero et des Nama » commis en Namibie, l’ancien Sud-Ouest africain.

Or, dans cette affaire, l’acte d’accusation contre l’Allemagne est un montage datant de la Première guerre mondiale, quand Français et Britanniques qui avaient besoin d’arguments « moraux » pour s’emparer de ses colonies, accusèrent l’Allemagne d’avoir « failli » à son « devoir de civilisation ». Fut alors constitué le dossier à charge de la guerre des Herero réutilisé aujourd’hui par la gauche allemande.
Ce dossier passe totalement sous silence les actes atroces commis par les Herero: familles de colons massacrées, torturées, les femmes dépecées vivantes sous les yeux de leurs enfants, les hommes émasculés puis éventrés... Quand elles tombaient entre leurs mains, et après avoir été violées, les femmes allemandes étaient suspendues par les pieds à un arbre, jambes écartées, puis éventrées et éviscérées, comme des bêtes de boucherie…Or, ce furent à ces mêmes arbres, qu’après les avoir jugés, les Allemands pendirent ceux des Herero qui s’étaient rendus coupables de ces meurtres abominables. Mais, alors que nous n’avons que des témoignages concernant les premiers crimes, les exécutions judiciaires furent quant à elles photographiées et ces clichés furent ensuite utilisés par la propagande alliée pour « démontrer » la « culpabilité coloniale allemande ». Aujourd’hui, ce sont ces mêmes photos qui alimentent la campagne de repentance nationale.

Pour la gauche allemande et pour les Eglises qui soutiennent naturellement, et même avec gourmandise, son combat, tous ceux, civils et militaires qui participèrent, de près ou de loin, à la guerre des Herero sont donc par définition des criminels.
En premier lieu Paul Emil von Lettow-Vorbeck (1870-1964), légendaire officier colonial qui devrait pourtant figurer au Panthéon des gloires allemandes pour sa campagne de l’est africain (1914-1918)[1]. Or, tout au contraire, bien qu’il ait été un adversaire du III° Reich, présenté aujourd’hui comme l’archétype du  « criminel colonial », il est donc devenu une des principales cibles de ce politiquement correct qui achève d’émasculer une Allemagne étouffée sous ses complexes. Les rues et les casernes von Lettow-Vorbeck sont ainsi débaptisées pour recevoir les noms de  déserteurs ou de militants de gauche, comme à Brême, à Bad Segeberg, à Hambourg-Jenfeld et à Leer. Quant au conseil municipal de Sarrelouis, sa ville natale, il s’est déshonoré en débaptisant l’avenue qui portait son nom et en lui retirant la citoyenneté d’honneur de la ville. Il en fut de même à Wuppertal, Brême, Cuxhaven, Mönchenglabad, Halle, Radolfzell et même à Graz, en Autriche. Des ouvrages indigents et d’une rare malhonnêteté intellectuelle sont également publiés afin de salir sa mémoire.

Mais, face au Mythe, que pèsent les pelotes fécales roulées par les bousiers de la repentance ? Ces derniers pourront toujours débaptiser, interdire, détruire, condamner, vociférer et finalement trépigner. Ils ne parviendront jamais à faire oublier la dévotion que les askaris vouaient au général Paul von Lettow-Vorbeck, un chef qu’ils admiraient et auquel ils avaient donné, avec amour et respect, le nom de « Bwana mukubwa ya akili mingi » (le grand homme qui peut tout).
Ils ne pourront également jamais, ces coprophages, empêcher les jeunes européens rebelles de chanter le Heia Safari [2] durant leurs randonnées et lors de leurs veillées. Cet hymne à la liberté et aux grands espaces qui résonne encore du Kilimandjaro à la Rufidji porte, avec les échos lointains des fifres et des caisses plates, les rêves d’une Europe en dormition dont le réveil sera douloureux aux hypnotiseurs vicieux qui pensaient la tenir définitivement en leur pouvoir…

Bernard Lugan


[1] Voir à ce sujet ma biographie du général von Lettow-Vorbeck intitulée « Heia Safari ! Du Kilimandjaro auxcombats de Berlin (1914-1920) » 
[2] En français « La petite piste ». Mélodie composée à la veille du premier conflit mondial  par Robert Götz, également l’auteur du très célèbre Wildgänse (Les Oies  sauvages). Dans mon livre, Heia Safari, je retrace l’origine de ce chant et je donne ses paroles en swahili, telles que les chantaient les askaris du général von Lettow-Vorbeck.

lundi 3 février 2020

Algérie : pour comprendre comment le « Système » l’a emporté sur la rue


Après plus d’un an de « hirak », demeuré maître du calendrier qu’il avait lui-même fixé, et en dépit de la poursuite de manifestations qu’il va maintenant s’efforcer de faire apparaître comme jusqu’au-boutistes, le « Système » algérien que l’on disait condamné, a finalement triomphé de la rue.
Une victoire qui s’est faite sans ces scènes d’anarchie qui défigurent la France depuis deux ans, et sans ces massacres de foules qui se produisent régulièrement dans le monde arabo-musulman. Un cas d’école…dans l’attente  de l’avenir qui  dira si cette victoire ne fut que provisoire.
Pour comprendre comment s’est fait le triomphe du « Système » algérien sur la rue qui le contestait, il importe d’écarter l’écume médiatique et les emballements idéologiques pour aller au fond des réalités algériennes (voir à ce sujet mon livre Algérie, l’Histoire à l’endroit).

Explications et développement :

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mercredi 29 janvier 2020

L'Afrique Réelle n°122 - Février 2020

Sommaire


Dossier : La Turquie et l’Afrique
- Turquie et Libye, 350 ans d’histoire commune
- Le coup de force turc en Méditerranée

Dossier : Qui étaient les anciens Egyptiens ?
- Les anciens Egyptiens étaient-ils noirs de peau ?
- L’Egypte et la Nubie
- Les Anciens égyptiens étaient plus blancs de peau que les Egyptiens actuels qui ne sont pourtant pas des Noirs


Editorial de Bernard Lugan

Libye : la solution n’est pas démocratique

Les-uns après les autres, les sommets internationaux sur la Libye échouent à réparer les conséquences de l’injustifiable guerre faite au colonel Kadhafi.
Ils échouent parce que, comme le disait Albert Einstein : « On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l’a généré ». Or, la guerre contre le colonel Kadhafi fut officiellement déclenchée au nom de la démocratie et toutes les solutions proposées sont démocratiques ou d’ordre démocratique…

De plus, comment prétendre mettre un terme au conflit quand :
1) Les tribus, pourtant les seules vraies forces politiques du pays sont écartées, alors que la solution passe précisément par la reconstitution des alliances tribales[1] forgées par le colonel Kadhafi ? 
2) Reconnu depuis le 14 septembre 2015 par le Conseil suprême des tribus comme son représentant légal, Seif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi qui représente une des solutions, est systématiquement écarté par les Européens. Or, il est l’un des très rares leaders libyens en mesure de pouvoir faire cohabiter centre et périphérie, comme l’avait fait son père, en articulant les pouvoirs et la rente des hydrocarbures sur les réalités locales, avec un minimum de présence du pouvoir central.

Le littoral urbanisé de Tripoli constitue un cas particulier. Ici, le pouvoir appartient aux milices dont seule une infime minorité se revendique de l’islam jihadiste. Nous sommes dans le monde des trafics qui permettent aux miliciens de faire vivre leurs familles. Or, ils auraient tout à perdre d’une victoire du général Haftar puisque ce dernier a promis de les mettre au pas. Voilà pourquoi ils soutiennent le pseudo-gouvernement de Tripoli, lui-même porté par la Turquie. 
La situation en Tripolitaine est donc très claire : si le général Haftar ne réussit pas à s'y imposer militairement, Tripoli et les villes littorales demeureront donc au pouvoir des milices. 
Pour espérer l’emporter le général Haftar devrait donc proposer à certains chefs miliciens une porte de sortie qui en ferait de futurs acteurs politiques dans les régions qu’ils contrôlent et dans lesquelles ils ont acquis une réelle légitimité. 
Là est la seule solution qui pourrait les détacher de la Turquie. Le but  de cette dernière est de maintenir à Tripoli un pouvoir lui devant sa survie et lui permettant de justifier l’extension de ses eaux territoriales aux dépens de la Grèce et de Chypre. Ce thème est expliqué et cartographié à l’intérieur de la revue.

[1] Pour tout ce qui concerne les tribus et leurs alliances, voir mon livre Histoire et géopolitique de la Libye des origines à nos jours.