mardi 15 juillet 2014

Libye : vers une intervention étrangère

Dépassées et totalement impuissantes, les "autorités" libyennes en sont réduites à demander une intervention internationale afin de tenter de juguler l'anarchie qui a emporté leur pays depuis le renversement du colonel Kadhafi.
Les problèmes sécuritaires qui se posent en Libye étant clairement identifiés,  l'intervention qui se prépare depuis plusieurs semaines déjà sera essentiellement menée par trois pays:
- l'Egypte interviendra en force en Cyrénaïque avec pour objectif la destruction des bastions islamistes de Derna et de Tobrouk,
- l'Algérie agira indirectement en Tripolitaine en épaulant la coalition anti Misrata afin de réduire la force de ce bastion des Frères musulmans soutenu par la Turquie et le Qatar.
- la France se réservera le théâtre d'opérations du Fezzan, ce Sahara libyen qu'elle connaît bien pour l'avoir eu jadis sous son administration.

Quelles pourraient être les formes de cette triple offensive?

La suite de cette analyse est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle. Pour la recevoir par courriel, vous devez être abonné.


mardi 8 juillet 2014

Bernard Lugan censuré par l'Elysée

Le 24 juin 2014, à la demande des Armées, je devais présenter "L'interaction religieuse, culturelle, historique et géopolitique entre les cinq pays de l'Afrique du Nord et ceux de la bande sahélo-tchadienne" aux Attachés de Défense français en poste dans la quinzaine de pays concernés, plus le Nigeria. Le but de cette intervention très spécialisée était de donner à nos AD une nécessaire vision globale ainsi que des clés de lecture dépassant les frontières de leurs affectations respectives.
Quelques jours avant la date prévue, un ordre comminatoire téléphoné depuis l'Elysée contraignit les organisateurs à décommander la prestation bénévole qui m'avait été demandée dans l'urgence et pour laquelle, compte tenu de l'actualité et des enjeux, j'avais annulé des engagements prévus de longue date.

Alors que la complexité des situations locales et régionales nécessite une connaissance de plus en plus "pointue", non idéologique et basée sur le  réel, la présidence de la République, avec un sectarisme d'un autre temps, a donc privé les Attachés de Défense français d’une expertise à la fois internationalement reconnue et nécessaire à la bonne compréhension des zones dans lesquelles ils servent...

J'ai attendu des explications. Comme elles ne sont pas venues j'ai donc décidé de publier ce communiqué afin que le public sache que des héritiers de la "section des piques" gravitent dans l'entourage immédiat du chef de l'Etat d'où ils lancent les "colonnes infernales" de la pensée sur les esprits libres.
Le prochain numéro de l’Afrique Réelle que les abonnés recevront au début du mois d'août contiendra le texte de mon intervention censurée qui sera naturellement amputé des éléments confidentiels que je réservais à l'auditoire spécifique auquel elle était destinée. Les "tchékistes" de l'Elysée le découvriront en primeur puisque la présidence de la République est abonnée à l'Afrique Réelle et qu'elle reçoit mes communiqués...

Ce communiqué est destiné à être repris et largement diffusé.

vendredi 4 juillet 2014

L'Afrique Réelle n°55 - Juillet 2014

SOMMAIRE :

Actualité :

- Kenya : le jeu trouble du président Kenyatta
- Mali : la guerre ne pouvait que reprendre
- La Tunisie et l’Algérie face à la désintégration libyenne

Economie :
Le secteur minier sud-africain et ses contradictions

Dossier :
La question «berbériste » en Algérie : permanence et résurgence


Editorial de Bernard Lugan :

En ce début du mois de juillet 2014, l'Afrique est face à plusieurs grands problèmes.

En Afrique du Nord, la Libye n'en finit pas de sombrer et de se morceler. A l'Est, en Cyrénaïque, l'offensive menée contre les jihadistes par le général Haftar semble piétiner cependant qu'en Tripolitaine, constamment approvisionnées par la Turquie et le Qatar, les milices de Misrata affiliées aux Frères musulmans ont conservé tout leur pouvoir de nuisance. Quant au grand sud saharien qui a échappé à toute autorité, il « intéresse » de plus en plus les forces algériennes à l'Ouest et les éléments franco-tchadiens au Sud.
En Tunisie, les autorités font désormais face à une véritable implantation jihadiste dans les monts Chaambi, cependant que les partis islamistes refont leurs forces en vue des prochaines élections.

Au sud du Sahara, la question malienne n'a pas été réglée. Les autorités de Bamako refusent de reconnaître qu'elles ne sont pas en mesure de détruire la revendication des Touareg et qu'elles doivent donc composer sur la base d'une nouvelle organisation étatique quasi-confédérale.
Le Nigeria du Sud ne parvient pas à réduire l'insurrection du Nigeria du Nord qui se fait sous le paravent de la secte musulmane Boko Haram. Cette dernière rallie autour d'elle tous ceux qui refusent la domination des ethnies sudistes majoritairement chrétiennes dans un retour à la longue histoire régionale qui avait été mise entre parenthèses par la colonisation.
En Centrafrique, la guerre ethnique est devenue religieuse. Le gouvernement socialiste français qui n'a pas voulu intervenir en 2013 afin d'interdire aux coupeurs de route du Séléka de prendre Bangui porte la responsabilité de la situation. Cette responsabilité est d'ailleurs double car, en lançant l'Opération Sangaris, l'Elysée n'a donné à nos forces, ni les moyens nécessaires, ni fixé un objectif clair. Ce n'était en effet pas une interposition qu'exigeait la situation, mais la destruction pure et simple des bandes majoritairement soudanaises qui mettaient le pays en coupe réglée. Aujourd'hui, ces dernières se sont renforcées, elles tiennent plus de la moitié du pays et, adossées au Soudan du Nord, elles ne pourront plus être réduites. L'indécision française a donc permis qu'un foyer de grande déstabilisation se développe au centre du continent.
Plus à l'Est, le Kenya subit à la fois la contagion somalienne et les conséquences de son alchimie ethnique, les Kikuyu refusant de partager le pouvoir avec les Luo.

Quant à l'Afrique du Sud où la grève des mineurs vient de prendre fin, mais où celle des métallurgistes a pris le relais, la « tiers-mondisation » est en marche. Le pari libéral y a échoué. Il postulait de faire de l’Afrique du Sud une puissance économique reposant sur des richesses naturelles, sur une main d’œuvre noire à bon marché et sur des cadres blancs de grande compétence. Or :
- La production minière nécessite une énorme modernisation et donc de gros investissements que les entreprises refusent de faire compte tenu de la situation socio-politique,
- La main d’oeuvre noire a obtenu des augmentations de salaire qui plombent la compétitivité internationale,
- Quant aux cadres blancs, ils ont quitté le pays, chassés par la discrimination inversée, l’insécurité et la surfiscalité…

lundi 30 juin 2014

mardi 3 juin 2014

L'Afrique Réelle N°54 - Juin 2014

Sommaire :
 
Numéro spécial :
L’Afrique du Sud 20 ans plus tard
  
Dossier :
Les élections sud-africaines
 - Analyse du scrutin du 7 mai 2014
- L’évolution du corps électoral sud-africain
- L’évolution des pourcentages ethniques de 2007 à 2013.
 
Economie et société :
 - Un pays en cours de « tiers-mondisation »
- La violence comme seul moyen d’expression
 
Politique :
L'ANC ne pourra pas éternellement mettre ses échecs sur le compte de l’Apartheid.
 
A travers la presse : 
Mayotte, un boulet de plus en plus lourd…


Editorial de Bernard Lugan :

Afrique du Sud 1994-2014 : le naufrage

Vingt ans après que Frederik De Klerk ait hissé Nelson Mandela au pouvoir, la question raciale se pose avec d’autant plus de force qu’il s’agit d’un tabou empoisonnant et conditionnant tout à la fois la vie politique et les rapports sociaux. Contrairement à ce que croyaient les gogos, la pluie démocratique n’a donc pas effacé les rayures du zèbre sud-africain. Quant à l’arc-en-ciel multi-racial, il s’est dissipé sous les orages.
Les élections du mois de mai 2014 - le dossier qui leur est consacré le montre d’une manière éloquente -, furent d’abord raciales. Les Noirs ont en effet massivement voté pour des partis noirs, cependant que les Blancs, les Métis et les Indiens, ont non moins massivement donné leurs suffrages à l’Alliance démocratique.

Or, la fracture raciale qui est au cœur de toutes les problématiques sud-africaines va encore s’accentuer au fur et à mesure de la déliquescence de ce qui fut un pays prospère. Sans une croissance pérenne de 5 à 7% par an, l’Afrique du Sud ne pourra en effet pas freiner un chômage qui touche désormais au moins 40% de la population active. En 2013, cette croissance ne fut que de 1,6%[1] et au premier trimestre 2014, le PIB a perdu 0,6%, notamment en raison des mouvements sociaux qui paralysent les mines.
Chaque jour qui passe voit donc s’aggraver une situation à ce point catastrophique qu’il est légitime de s’interroger sur les arrière-pensées de ceux qui, en 2011, poussèrent à l’admission de l’Afrique du Sud parmi les «_BRICS », ces pays à forte croissance qui ont un poids substantiel dans l’économie mondiale. Cette interrogation est d’autant plus légitime que, pour la période 2008-2012, l’Afrique du Sud dont l’économie est malade, dont le secteur moteur, les mines, est en partie obsolète, a été classée par la Commission économique de l’Afrique (ONU) et l’Union africaine[2], parmi les 5 pays « les moins performants » du continent, devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland...

Comment espérer voir la situation du pays s’améliorer quand les mineurs réclament plus qu’un doublement du salaire de base, soit 12.500 rands (880 euros) alors que les coûts sud-africains rendent déjà les productions nationales non concurrentielles ? Les sociétés minières ont d’ailleurs quasiment cessé d’investir dans le pays, préférant le faire ailleurs en Afrique et de par le vaste monde. Résultat : comme le secteur minier est le premier employeur privé, le chômage va donc encore augmenter.

Face à cette situation, l’Etat-parti ANC n’a que deux options :
- Chercher à redresser l’économie en empruntant une voie libérale et il provoquera alors une révolution sociale.
- Appliquer le remède « magique » consistant à accuser le bouc-émissaire blanc et tenter de faire croire que la situation est un héritage de l’apartheid, puis en nationalisant les mines et la terre.

C’est naturellement cette seconde voie qu’il va emprunter. Dans un premier temps les mesures seront essentiellement symboliques afin de satisfaire les revendications noires sans casser l’outil économique. Mais, comme elles seront insuffisantes, il lui faudra ensuite davantage ponctionner les Blancs. Or, comme les seuls secteurs qui tournent encore sont précisément ceux que ces derniers contrôlent (agriculture d’exportation et secteurs de haute technologie), la « poule aux œufs d’or » sera tuée. Comme au Zimbabwe.

[1] 3,6% en 2008, -1,5% en 2009, 2,8% en 2010, 3,8% en 2011, 2,5% en 2012.
[2] Rapport Economique sur l’Afrique pour l’année 2013. En ligne.

vendredi 23 mai 2014

Mali : un éternel recommencement qui était annoncé…

Les Touareg avaient prévenu : si les autorités maliennes tentaient de venir à Kidal, elles en seraient chassées. Samedi 17 mai, pensant que le bouclier français allait permettre à l’Etat sudiste de réoccuper la totalité du pays, le Premier ministre Moussa Mara est bien venu à Kidal et il en a effectivement été chassé… L’armée malienne s’est ensuite débandée, comme fin 2011 et début 2012.

La guerre qui vient de reprendre au Mali n’aura pas surpris les abonnés à l’Afrique Réelle car, depuis le début de la crise, je ne cesse d’écrire que rien n’a été réglé dans ce pays car :

- En dépit de sa réussite militaire, l’Opération Serval, n’a pas résolu le problème de fond qui n’est pas islamiste, le jihadisme n’étant que la surinfection d’une plaie ethnique millénaire, mais ethno-racial et géo-ethnographique.
- Quant aux élections de l’été 2013, elles n’ont fait  que confirmer la mathématique ethnique locale, l’ethno-mathématique.

Tant que les idéologues - médias, politiques et faux « experts » -, refuseront de voir que le Sahel, monde contact entre les civilisations sédentaires des greniers au Sud et l’univers du nomadisme au Nord, est un Rift racial le long duquel, et depuis la nuit des temps, sudistes et nordistes sont en rivalité pour le contrôle des zones intermédiaires situées entre le désert et les savanes, aucun espoir de solution ne sera en vue.
Tant que ces mêmes idéologues s’accrocheront à l’utopie crisogène et mortifère consistant à vouloir faire vivre dans un même Etat agriculteurs noirs sédentaires du Sud et nomades berbères ou arabes du Nord, la guerre sera  résurgente.

La solution est pourtant évidente : repenser en profondeur l’organisation politique du Mali sur base d’un véritable fédéralisme ou d’un confédéralisme. Mais pour cela, il conviendrait de faire enfin comprendre au pouvoir de Bamako que le Mali « unitaire » n’existera jamais plus. Il n’a d’ailleurs jamais existé.
L’option de sortie de crise pourrait être celle d’une très large autonomie des trois Azawad autour de ses trois grandes composantes ethno géographiques à savoir : la partie sud, le long du Niger, notamment peuplée par des Songhay et des Peul ; la partie nord autour de Kidal, territoire des Touareg et l’ouest saharien « arabe ».

Bernard Lugan
23/05/2014