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jeudi 9 avril 2015

Sétif (mai 1945) : encore une provocation socialiste

Du 19 au 21 avril 2015, M. Jean-Marc Todeschini, Secrétaire d'Etat français chargé des Anciens combattants effectuera un "voyage mémoriel" en Algérie. Une mémoire sélective puisqu'il est prévu un déplacement à Sétif, repentance oblige..., mais pas à Oran où des centaines de Français furent massacrés et enlevés le 5 juillet 1962 (de Ternant, 2001; Jordi, 2011; herodote.net/5 juillet 1962 ; Mathias, 2014 et Pervillé, 2014). Le secrétaire d'Etat français n'ira pas davantage à la mine d'El Halia où, le 20 août 1955, 132 Européens furent assassinés; ni d'ailleurs sur l'un des nombreux lieux de supplice des Harkis.
Le déplacement du secrétaire d'Etat français à Sétif s'effectuera à la veille des cérémonies du 70e anniversaire des évènements sanglants qui marquèrent la ville et sa région. Plus qu'un symbole, c'est un gage que François Hollande donne là au noyau dur de son électorat. Les porteurs de valises et leurs héritiers demandent en effet depuis des années que la France "reconnaisse sa responsabilité dans la répression" de Sétif. Une telle reconnaissance serait d'ailleurs la suite logique de la politique définie le 17 octobre 2012 par François Hollande quand il rendit un hommage plus que déplacé aux prétendues « victimes » de la manifestation interdite du 17 octobre 1961 à Paris[1].

La visite à Sétif d'un membre du gouvernement français est à la fois une insulte à l'histoire et une faute politique car, pour les autorités algériennes, la "répression de Sétif" est l'emblématique exemple de la "barbarie coloniale française". Retour sur les faits.
 
Le 8 mai 1945, à Sétif, dans le Constantinois, des militants du PPA (Parti du peuple algérien), interdit depuis 1939 et maintenu dans la clandestinité, décidèrent de profiter des commémorations de la capitulation allemande pour tenter un coup  de force (Benmebarek, 2010). Pour maintenir l'ordre, les autorités disposaient de 40 policiers dont environ un tiers d'indigènes, de 20 gendarmes et de 4 compagnies militaires d'instruction composées de recrues locales (Jauffret, 1987, Benmebarek (2010). Quand la police décida de faire retirer une bannière réclamant l'indépendance de l'Algérie, un coup de feu fut tiré et la manifestation dégénéra. Les civils français furent pourchassés et massacrés, non par une foule hystérique comme cela est trop souvent dit, mais par des commandos de tueurs très mobiles et très organisés qui commirent des meurtres à travers la ville. Le bilan fut de 21 Européens tués et de 36 blessés. Au même moment, et donc sans lien avec la manifestation de Sétif, d'autres massacres se déroulèrent dans la région, à Périgotville, Amouchas, Kerrata, Chevreul, Sillègue, Canrobert, Lafayette, Ampère, Davoust, ainsi que dans les maisons forestières isolées de Tamsout, Aïn Settah et Tamentout où 81 victimes européennes furent à déplorer. Parmi elles, les administrateurs Rousseau et Bancel enlevés et assassinés sur la route  Sétif-Bougie et l'abbé Navarro abattu dans le village d'El Ourica, à 12 kilomètres de Sétif. Au total, 102 Européens furent assassinés (Vétillard, 2008; Benmebarek 2010).
Des renforts arrivèrent de Constantine et de Philippeville. Si 10 000 hommes furent déployés dans tout le Constantinois, seulement 3700 -dont des tirailleurs algériens- le furent dans la subdivision de Sétif, la plus vaste, la plus difficile d'accès et la plus touchée de la Division territoriale de Constantine.

Aussitôt la nouvelle des tueries connue, le communiste Maurice Thorez, vice-président du Conseil de gouvernement présidé par le général De Gaulle, lança de véritables appels au meurtre et à la répression. Le 12 mai, le Parti communiste distribua un tract dans les villes d'Algérie dans lequel il demandait de " passer par les armes les instigateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l'émeute. Il ne s'agit pas de vengeance ni de représailles. Il s'agit de mesures de justice. Il s'agit de mesures de sécurité pour le pays".

Heureusement, l'armée garda raison et la répression, réelle, n’eut  pas l’ampleur que lui donnèrent par la suite les nationalistes algériens. Ces derniers avancèrent un bilan de 40 000 victimes, chiffre lancé sans vérification par une source diplomatique américaine favorable aux indépendantistes (Vétillard, 2008). Le FLN alla ensuite jusqu'à parler de 70 000 morts... Certains historiens avancent quant à eux le chiffre de 6000 à 6500  morts tout en soulignant qu'il s'agit là d'une estimation  « haute » (SHD, 1990 ; Vétillard, 2008). Quant au préfet Benmebarek (2010), il estime que le nombre des morts serait d'environ 2500.
Comme il n'y eut pas de ratissages en raison des faibles moyens dont disposait l'armée, l'on voit mal comment 3700 hommes dispersés sur de vastes territoires auraient pu tuer des dizaines de milliers de personnes. Et où les corps auraient-ils été enterrés? Nul doute que si des charniers avaient existé, les actuelles autorités algérienne se seraient empressées de les montrer...

Ce qui s’est passé à Sétif est donc à la fois bien connu des historiens et très éloigné de cette histoire officielle algérienne si complaisamment relayée par la gauche française. Le préfet Benmebarek qui a vécu dans la région et qui a donné une excellente analyse des évènements (2010) explique que nous sommes en réalité en présence d'un soulèvement raté qui devait être suivi d’une insurrection dans toute l’Algérie, mais, comme la coordination fut mal assurée, seule la région de Sétif fut touchée. Ce fut en quelque sorte une répétition des évènements de la Toussaint 1954 que la IV° république fut incapable d’anticiper. 

Dès 1962, les autorités algériennes s’engagèrent dans une entreprise d'écriture de l’histoire officielle de la lutte pour l’indépendance présentée comme le soulèvement d’un peuple unanimement dressé contre le colonisateur français[2]. Puis, durant la terrible décennie 1990, quand l’Algérie, alors en pleine guerre civile, fut au bord de l’implosion, ses dirigeants recherchèrent des thèmes d’union nationale qu'ils trouvèrent dans la dénonciation des "crimes" commis par la France. Dénonciation d'autant plus facile qu'en France même, des relais culpabilisateurs existaient. La manœuvre eut son point d’orgue en 1995 avec la célébration du cinquantenaire des évènements de Sétif. Une campagne fut alors orchestrée autour de la projection sur la chaîne Arte d’un film de Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois intitulé Le massacre de Sétif.
Depuis, et je viens de le dire, Roger Benmebarek (2010) a publié une étude fondamentale qui met un point final à la question. Pour les historiens, et dans l'état actuel des connaissances, le sujet est donc clos.

Voilà pourquoi la décision de François Hollande d'envoyer un membre de son gouvernement à Sétif est une provocation. Ce faisant, le président de la République montre  à la fois son aveuglement historique et son sectarisme politique puisqu'il cautionne la re-écriture de l'histoire faite par les autorités algériennes. Au prix d'une nouvelle humiliation de la France.

Bernard Lugan
09/04/2015

Bibliographie :

- Benmebarek, R., (2010) "Mémorandum : les « évènements » de Sétif, en mai 1945". Etudes coloniales, en ligne.
- De Ternant, G., (2001) L'agonie d'Oran (3 volumes). Paris.
- Jauffret, J-Ch., (1987) La guerre d’Algérie par les documents. 2 tomes, Service Historique de l’Armée de Terre, Vincennes, 1987.
- Jordi, J-J., (2011) Un silence d'Etat. Les disparus civils européens de la guerre d'Algérie. Paris. Compte rendu détaillé dans Etudes coloniales, 5 novembre 2011, en ligne.
- Mathias,G., (2014) "Les vampires à la fin de la guerre d'Algérie. Mythe ou réalité ?". Paris.
- SHD (Service Historique de la Défense)., (1990) La guerre d’Algérie par les documents. Tome I, L’avertissement 1943-1946. Vincennes.
- Vétillard,R., (2008) Sétif, mai 1945. Massacres en Algérie. Paris
- Pervillé, Guy., (2014) "Oran, 5 juillet 1962. Leçon d'histoire sur un massacre."Paris

[1] Voir à ce sujet le chapitre XIV de mon livre Mythes et manipulations de l'histoire africaine intitulé :"Y eut-il un massacre d'Algériens le 17 octobre 1961 à Paris ?". A commander via Paypal sur www.bernard-lugan.com ou par courrier contre un chèque de 28 euros port compris à L'Afrique Réelle, BP 45  42360 Panissières.
[2] Voir à ce sujet le chapitre XII de mon livre Mythes et manipulations de l'histoire africaine intitulé :"Les Algériens se sont-ils  unanimement dressés contre la France entre 1954 et 1962 ?". A commander via Paypal sur www.bernard-lugan.com ou par courrier contre un chèque de 28 euros port compris à L'Afrique Réelle, BP 45  42360 Panissières.

15 commentaires:

  1. Le FLN est un organisme politique qui a été crée en Egypte.
    Le FLN est avant-tout un parti politique nassériste.
    La guerre d'Algérie était une guerre entre la France et l'Egypte pour la possession de l'Algérie. Aujourd'hui nous connaissons le résultat.
    L'Algérie n'est toujours pas indépendante, et ce n'est certainement pas le FLN (un parti politique égyptien) qui dira le contraire.
    Quand aujourd'hui des miliciens de DAECH originaires de Tunisie, de la Libye ou de l'Egypte s'installent en Algérie, ce n'est pas la faute de DAECH, c'est la faute de la colonisation française.
    Le GIA et autres islamistes en tout genre ont fait plus de victimes en Algérie pendant les années 90, que l'armée française pendant la guerre d'Algérie.
    Par la suite le FLN a amnistié ces salafistes tueurs et violeurs de femmes et d'enfants.
    Les français sont partis d'Algérie une bonne fois pour toute.
    Mais les islamistes eux resterons en Algérie pour bien longtemps !

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  2. Bonjour,

    Petite coquille, coquillette donc à la fin du deuxième paragraphe :
    « aux prétendues « victimes » de la manifestation interdite du 17 janvier 1961 à Paris »

    17 octobre évidemment.

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  3. L'Algérie est un état qui a été crée par les ottomans.
    La France a colonisé l'Algérie à cause de ces derniers.
    Les ottomans sont ceux qui ont provoqué la colonisation de l'Algérie.
    Les égyptiens conduits par Nasser sont ceux qui ont provoqué la guerre d'Algérie.
    Si la France doit s'excuser, alors la Turquie et l'Egypte doivent aussi s'excuser par principe.
    L'Algérie est un pays méditerranéen mais aussi un pays africain.

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    1. Hannibal DeCarthage17 avril 2015 à 11:02

      Le gouvernement algérien actuel est un gouvernement nassériste, donc ce n'est pas un gouvernement légitime en effet.
      Le FLN est un parti politique qui a été crée en Egypte avec une idéologie islamo-baathiste, cette même idéologie qui a provoqué un massacre durant les années 90. Ce n'est donc pas un hasard si par la suite les égorgeurs et autres criminels islamistes ont été amnistiés.
      Ce déplacement à Sétif constitue une manoeuvre politique trés maladroite puisque la plupart des algériens vivant sur le sol français ou français d'origine algérienne sont originaires de la Kabylie ou des Aures et contestent un gouvernement algérien despotique et incompétent.
      Si cette manoeuvre politique vise à attirer des bulletins de vote, c'est certainement le contraire qui se produira lors des prochaines élections.
      Comme dit si bien le proverbe : "l'enfer est pavé de bonnes intentions".

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    2. Exactement. Et en attendant, il faut lire aussi l'excellent ouvrage mémento d'Alexandre GERBI "Histoire occultée de la décolonisation franco-africaines : imposture, refoulements et névroses (L'harmattan, 2006) et celui contemporain del'historien américain Todd SHEPARD, "1962, Comment la guerre d'Algérie a transformé la France", Payot, poche, dont les thèses convergent, et sont prémonitoires de la situation présente.

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    3. Tout commença lorsque le dey d'Alger, Hussein, un noble ottoman représentant le sultana d'Istambul frappa «du manche de son chasse-mouches» le consul de France Deval.
      La colonisation française résulte d'un différent avec les colonisateurs turcs !

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  4. Je m'intéresse actuellement au Moyen Orient et essaye de comprendre les différentes tensions actuelles.
    Quelqu'un connaitrait un spécialiste qui traite le sujet comme Mr Lugan le fait pour l'Afrique ?

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  5. Quels ingrats ces arabes, plus de 100 ans de colonisation, en mode sous-homme, et ça se permet de se révolter, pffff

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    1. Il ne faut surtout pas confondre "arabes" et "arabisés".
      Il ne faut pas tomber dans ce piège d'ignorance.
      Napoléon III et l'impérialisme arabo-islamique ( des pays du golfe) sont les deux principales raisons pour lesquelles -Tamazgha- est considérée comme un territoire moyen-oriental et non comme un territoire africain.
      Les soient-disantes invasions arabes au 7ème siècle ne sont qu'un mythe.
      L'Espagne a été envahi par des berbères; et les arabes ( mélange de kurdes, de soudanais, de somaliens, d'ottomans, d'érythréens dirigés par une infime minorité de syriens) étaient venus en fait par bateau dans des ports construits et établis par les phéniciens.

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  6. En résumé si on suit votre reconstitution des faits : un parti indépendantiste tente un coup de force et organise un bain de sang qui fait une centaine de morts. Heureusement, l'armée garda raison (permettez moi de reprendre votre expression) lors de la répression (-aveugle-vous ne semblez pas remettre en cause ce point) qui fait entre 6000 et 2500 morts. Soit si on se permet une mathématique un peu macabre un ratio d’1 victime européenne pour 25 victimes indigènes…

    Et vous estimez que la France a été irréprochable et aurait dut boycotter les cérémonies de commémoration, car l’Algérie (nation jeune) est encore dans une construction mythique de son histoire.

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  7. Hollande, en bon chrétien qui s'ignore, continuera à abaisser la France et à favoriser ces amis, les artistes et les bobos... Qu'on n'attende pas autre chose des socialistes du PS...

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  8. Longue vie à internet qui permet une véritable ré-information et combat ainsi le lavage de cerveau auquel nous sommes soumis depuis tant d'années de mensonges . Merci aux vrais sachants comme M. Lugan qui ont l'honneur de défendre la vérité contre vents et marées.

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  9. L’auteur sanctionné écrit : « Le secrétaire d’État français n’ira pas davantage à la mine d’El Halia où, le 20 août 1955, 132 Européens furent assassinés ». Il n’y eut pas 132 Européens assassinés à la mine d’El Halia mais exactement 36. C’est connu et archi connu depuis longtemps de par les témoins et les archives. Ce vient d’être récemment revalidé et publié par une historienne, puisque cela n’avait jamais été fait auparavant. Il s’agit d’une grossière erreur. En second lieu, si un secrétaire d’Etat et même un président devait se rendre à El-Halia et à Philippeville, ce serait bien sûr pour se recueillir peut-être sur les tombes des Européens tués et qui s’y trouvent toujours. Mais également devant la stèle d’El-Halia et devant la stèle de Zef-Zef, qui représentent à elles seules près de 900 tués en quelques jours, presque intégralement des civils. Un élève du primaire à qui on aurait correctement enseigné le sens des proportions est capable de faire ce que certains auteurs refusent de faire : s’interroger sur la réalité de l’histoire et ses conséquences aujourd’hui, et toute considération de basse politique politicienne mise à part.

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