SOMMAIRE
Actualité :
- Algérie : Fin de règne et table rase
- La Chine et l’Afrique
Dossier :
Génocide du Rwanda : une constante volonté d’obstruction de la vérité
- Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont interdit au TPIR d’enquêter sur l’attentat qui est à l’origine du génocide
- Quand l’ONU enterre ses propres enquêtes
- Pourquoi le vice-procureur Ranucci a-t-il ignoré les travaux du TPIR ?
Editorial de Bernard Lugan :
Réflexions sur la question du Mali
Dans un entretien donné au site Mondafrique, M. Ahmadou Ould Abdallah, qui fut ministre des Affaires étrangères de Mauritanie et représentant de l’ONU en Afrique de l’Ouest, évoque le Mali en confirmant trois réalités longuement étudiées par l’Afrique Réelle, à savoir le double jeu des autorités maliennes, le problème de l’inexistence de l’Etat et la question du tribalisme.
1) Le double jeu des autorités maliennes :
« (…) certains gouvernements (lire celui du Mali) diffusent une campagne insidieuse contre les forces étrangères qui leur viennent en aide. C’est l’une des aberrations les plus étonnantes que j’ai rencontrées (…) On veut une présence extérieure pour renforcer le régime en place (…) et en même temps, on mène une campagne insidieuse qui encourage et renforce les adversaires de cette présence extérieure. Il y a aussi (…) des ententes occultes entre les mouvements djihadistes et certains gouvernements ou certains groupes de pression autour de ces gouvernements» (…) La présence française qui a permis de stabiliser le Mali se trouve en très grande difficulté parce qu’elle n’est pas appuyée par l’opinion publique malienne ».
2) Un Etat sans Nation
« (…) les populations attendent les bras ouverts ce qu’elles considèrent comme une libération vis-à-vis des pouvoirs centraux qu’elles ne connaissent pas, qu’elles ne voient pas »
3) L’ethno-tribalisme
Les jeunes rejoignent les groupes jihadistes :
« (…) parce qu’ils ne sont pas de la famille ou de la tribu qu’il faut. Tout comme ces diplômés à qui on ne donne pas de travail parce qu’ils ne sont pas de l’ethnie qu’il faut (…) »
M. Ahmadou Ould Abdallah a triplement raison car :
1) Si pour l’armée française les ennemis sont les islamistes, pour Bamako, ces derniers sont au contraire des « alliés » contre les séparatistes touareg.
2) Comment donner une conscience « nationale » aux populations de cet Etat sans Nation qu’est le Mali où, légitimé par l’ethno-mathématique électorale, le régime sudiste refuse de prendre en compte les revendications nordistes ?
3) Comment prétendre faire vivre ensemble les agriculteurs noirs sédentaires du sud, les nomades berbères ou arabes du nord et les éleveurs peul du centre quand le contentieux qui les oppose est à la fois inscrit dans la nuit des temps et amplifié par la suicidaire démographie régionale ?
La question malienne, et plus généralement celle du Sahel, est donc sans issue à court et à moyen terme. Quant au « développement », il s’agit d’une illusion à destination des gogos. Le déversement de ses populations vers le nord de la méditerranée est donc programmé.
Pour l’Europe, l’urgence est alors d’établir des partenariats avec les pays d’Afrique du Nord qui constituent sa première frontière, tout en adoptant des mesures militaires d’une absolue fermeté contre les passeurs et ceux qui les aident.
mardi 30 octobre 2018
dimanche 14 octobre 2018
Rwanda : raison d’Etat ou nouvelle humiliation nationale ?
L’affaire serait cocasse si
elle n’était le révélateur du niveau d’abaissement de la France. Lors du sommet
de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) qui vient de se tenir
en Arménie, le président Macron a, de son propre chef, fait élire une nouvelle
présidente en la personne de Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des
Affaires étrangères, une habituée des virulentes et continuelles attaques
contre la France.
Voilà donc cet organisme
désormais présidé par la représentante d’un pays dont le gouvernement a rasé au
bulldozer le centre culturel français à Kigali, un pays qui a déclassé le
français au profit de l’anglais, un pays qui, si l’on en croit la presse, ne
cotisait plus à l’OIF, un pays qui n’a cessé de traiter de génocidaires ou de complices
de génocide, le président Mitterrand et ses ministres, ainsi que MM. Balladur
et Juppé ; un pays enfin qui a menacé de traîner en justice plusieurs
dizaines d’officiers et de hauts fonctionnaires français…
La raison d’Etat a certes
ses impératifs, mais certainement pas au prix d’une nouvelle humiliation
nationale.
D’autant
plus qu’au même moment, un vice-procureur du Parquet anti-terroriste français
signait une insolite réquisition aux fins de non-lieu dans l’affaire de
l’assassinat, le 6 avril 1994, de deux chefs d’Etat en exercice, celui du
Rwanda et celui du Burundi, assassinat qui fut le déclencheur du génocide du
Rwanda.
Or,
il est essentiel de savoir que cette réquisition fut prise trois mois après que
les magistrats instructeurs eurent eu communication d’un document exclusif
émanant du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Il s’agit d’un rapport
jusque-là gardé secret par le Procureur de ce tribunal, dans lequel ses propres
enquêteurs désignent le président Kagamé comme étant le donneur d’ordre de
l’assassinat de son prédécesseur Juvénal Habyrimana, meurtre qui, rappelons-le,
déclencha le génocide du Rwanda.
Ce
rapport confirmait trois autres enquêtes indépendantes qui concluaient toutes à
la culpabilité de Paul Kagamé dans l’attentat contre l’avion du président
Habyarimana, à savoir le « Rapport Hourigan », l’enquête française du
juge Bruguière et l’enquête espagnole du juge Merelles.
Puis,
venant à l’appui de ce rapport, le 10 octobre 2018, le journal canadien The Globe and Mail révéla, sous le titre
« New information supports claims Kagame forces were involved in
assassination that sparked Rwandan genocide », qu’au terme d’une enquête
rocambolesque, le professeur belge Filip Reyntjens avait réussi à se procurer,
preuves photographiques à l’appui, les numéros de série des 40 missiles sol-air
livrés par l’URSS à l’Ouganda, pays soutenant Paul Kagamé, ce dernier ayant
précédemment été officier des services secrets ougandais. Or, les numéros des
deux missiles ayant abattu l’avion du président Habyarimana sont de la même
série[1]...
Ces
documents seront sans nul doute communiqués à la justice française et aux
parties civiles, ce qui fait que la réquisition de non-lieu va être fortement
contestée sur ce point et sur bien d’autres. Il va donc être
« difficile » aux magistrats instructeurs de suivre les demandes du
vice-procureur Ranucci.
D’autant
plus que ce dernier accumule les erreurs et les contre-vérités. Ainsi, page 92
de sa réquisition, il écrit, contre toute évidence et contre tout ce que
contient le dossier, et cela le jour même où le Globe and Mail publiait
une nouvelle preuve de la possession par le FPR de Paul Kagamé des missiles
utilisés le jour de l’attentat : « Les investigations menées n’ont
pas établi de manière formelle que l’APR (l’armée de Paul Kagamé) disposait en
1994 de missiles sol-air ».
Une
justice indépendante ne pourra donc que balayer ce réquisitoire aux fins de
non-lieu qui ressemble fortement à un mémoire en défense.
Plusieurs chercheurs anglo-saxons menant
actuellement des recherches détaillées, l’on peut donc s’attendre à d’autres
révélations. Le tribunal de l’Histoire sera finalement le juge ultime, et du
commanditaire du crime, et des tentatives diverses d’étouffement de l’enquête.
Bernard Lugan
[1] Dans son numéro de novembre que
les abonnés recevront le 1er novembre, l’Afrique
Réelle reviendra longuement sur ces deux documents. Pour l’état des
connaissances voir mon livre « Rwanda, un génocide en questions »…
lundi 1 octobre 2018
L'Afrique Réelle n°106 - Octobre 2018
Sommaire :
Actualité :
- Nord Mali : Une guerre qui n’est pas d'abord religieuse
- Afrique du Sud : La récession
Dossier : Quelle stratégie poursuivent les Russes en Afrique ?
- L’URSS et l’Afrique (1960-1991)
- La nouvelle politique africaine de la Russie
- La méthode russe : les ventes d'armes
- Comment le quai d’Orsay a offert la Centrafrique à la Russie
Editorial de Bernard Lugan :
Le retour de la Russie en Afrique
Actualité :
- Nord Mali : Une guerre qui n’est pas d'abord religieuse
- Afrique du Sud : La récession
Dossier : Quelle stratégie poursuivent les Russes en Afrique ?
- L’URSS et l’Afrique (1960-1991)
- La nouvelle politique africaine de la Russie
- La méthode russe : les ventes d'armes
- Comment le quai d’Orsay a offert la Centrafrique à la Russie
Editorial de Bernard Lugan :
Le retour de la Russie en Afrique
De la Libye à la Centrafrique et du Burkina Faso au Mozambique, après plus de deux décennies d’absence, la Russie fait aujourd’hui son grand retour en Afrique. Avec méthode, mais également fracas. Evgeny Korendyasov, le directeur des études russo-africaines, a en effet déclaré à l’Académie des Sciences de Russie : « Il y aura une bataille pour l’Afrique ».
Pourquoi ce soudain intérêt russe pour le continent africain ?
La question est au cœur des interrogations des dirigeants des pays de l’OTAN.
Quant aux responsables français, littéralement sidérés et enfermés dans leurs présupposés idéologiques, ils ne peuvent que constater l’ « intrusion » de Moscou dans le « pré carré » africain.
Leur vision économique des rapports humains les rendant incapables de se mettre « dans la tête des Russes », ils font donc fausse route quand ils analysent la politique de ces derniers comme une volonté de contrôle des matières premières africaines. A la différence de la Chine, l'immense Russie en regorge.
La politique africaine de Moscou est clairement géostratégique mais, pour le comprendre, il est nécessaire de raisonner comme les Russes. Or, ces derniers se sentent agressés après avoir été repoussés par des Européens obéissant quasi servilement aux sanctions imposées par Washington. L’immixtion de l’OTAN en Ukraine, puis la dénonciation du rattachement de la Crimée et la volonté de faire tomber l’allié syrien, le tout accompagné d’incessantes campagnes de dénigrement dans le monde occidental, sont autant d’arguments venant conforter l’impression d’un complot ourdi contre la Russie.
Prise dans le cercle hostile que l’OTAN referme chaque jour un peu plus sur elle - le président Trump a même parlé d’installer une base militaire permanente en Pologne -, la Russie a donc décidé de briser son isolement en traçant son propre cercle dans lequel elle va chercher à enfermer ceux qui l’encerclent.
Voilà pourquoi elle s’installe en Afrique, continent disposant de plus de 50 voix à l'ONU. Mais alors que la Chine s’y implante en endettant ses partenaires-créanciers, la Russie investit le secteur militaire et sécuritaire avec ses livraisons d’armement (voir pages 14 et 15) accompagnées d’« instructeurs ».
Cette stratégie de désencerclement englobe déjà la Turquie, l’Iran, la Chine et l’Inde. A terme, plus de six des sept milliards d’habitants de la planète pourraient graviter autour d’elle.
Que pèsera alors le petit milliard restant (essentiellement Etats-Unis, UE et peut-être Japon), qui aura perdu à la fois l’initiative stratégique et le pouvoir économique ?
Prisonnière de la politique étrangère américaine, l’UE qui sera la grande perdante de cette recomposition planétaire risquera alors de sortir de l’histoire. Avant de devenir le déversoir d’une Afrique surpeuplée.
jeudi 13 septembre 2018
Nouveau livre de Bernard Lugan : Atlas historique de l’Afrique
Editions du Rocher
424 pages
250 cartes et illustrations couleur
Présentation :
Des origines de l’Homme aux conflits d’aujourd’hui, au fil de 250 cartes accompagnées de notices explicatives, cet atlas inscrit sur la longue durée, fait le bilan des connaissances historiques autour du continent africain à travers les permanences et les ruptures qui expliquent les crises actuelles et qui permettent d’annoncer celles de demain.
Cet ouvrage, sans équivalent, est l’outil de référence indispensable à tous ceux qui veulent connaître les constantes historiques et ethniques qui fondent la géopolitique de l’Afrique, ou plus exactement des Afriques, et sans la connaissance desquelles tout ce qui est dit ou écrit sur ce continent relève de l’artificialité.


Pour le commander, deux possibilités :
- Par carte bleue ou Paypal :
dimanche 2 septembre 2018
L'Afrique Réelle N°105 - Septembre 2018
Actualité :
- Ethiopie-Erythrée : un retour à la realpolitique ?
- Djibouti victime du rapprochement Ethiopie-Erythrée ?
- Le port de Djibouti
Dossier :
- Le Mozambique, nouveau foyer jihadiste ?
- Nigeria : le conflit oublié du Middle Belt
Histoire :
La dimension islamique de la guerre d’Algérie
Editorial de Bernard Lugan
Afrique : le retour des Britanniques
Mardi 28 août, Madame Thereza May, Premier ministre britannique, a débuté une tournée africaine qui devait la conduire en Afrique du Sud, au Nigeria et au Kenya. Trois pays qui furent, en leur temps, les trois points d’appui de la politique coloniale anglaise au sud du Sahara.
Si l’Afrique ne compte pas pour l’économie britannique, le continent dans son ensemble représentant environ à peine 3% des exportations et des importations britanniques - dont plus de 50% avec deux pays, l’île Maurice et l’Afrique du Sud -, un tel voyage s’explique dans le contexte du Brexit. Londres cherche en effet à s’ouvrir de nouveaux marchés et de nouveaux débouchés en opérant un retour à ses fondamentaux historiques.
Le pays est d’autant plus fondé à le faire qu’il n’existe pas de contentieux majeur avec l’Afrique car, l’habilité des dirigeants britanniques fut d’avoir décolonisé avant même que la demande leur en soit faite. Puis, une fois la décolonisation opérée, de tourner définitivement la page. Voilà pourquoi nul ne fait à la Grande-Bretagne le reproche d’avoir prolongé la période coloniale à travers une « françafrique » au demeurant largement fantasmée.
Jacques Berque avait parfaitement résumé l’originalité britannique d’une phrase : « Dans l’entreprise impériale anglaise, j’admire profondément le sens du mouvement, et plus encore que le crescendo, le génie du decrescendo, du pouvoir absolu au départ absolu. Admirable dextérité. »
Et pourtant, en 1940, l’empire colonial africain britannique s’étendait en Afrique de l’Ouest (Gold Coast - l’actuel Ghana -, Sierra Leone, Nigeria et Gambie, plus une partie du Togo et du Cameroun) ; en Afrique de l’Est (Kenya, Uganda, Zanzibar, plus l’ancien Tanganyika allemand sur lequel elle exerçait une Tutelle) ; en Afrique australe (Nyassaland, - l’actuel Malawi -, Rhodésie du Nord - l’actuelle Zambie -, Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, plus les protectorats du Bechuanaland - l’actuel Botswana -, du Basutoland - l’actuel Lesotho - et du Swaziland). La Grande-Bretagne exerçait également sa souveraineté sur le Soudan-anglo-égyptien.
Mais, à partir de 1942, la difficile situation des armées britanniques face aux Japonais obligea Londres à demander de plus fortes contributions à ses colonies africaines. En échange, d’importantes réformes y furent introduites, notamment au Nigeria et en Gold Coast.
La politique britannique de décolonisation fut ensuite très différente de celle suivie par la France. Londres ayant admis très tôt que le mouvement des indépendances était inéluctable, il lui importait donc de ne pas se laisser acculer à des situations conflictuelles, tout en organisant la transition au mieux de ses intérêts. De plus, et encore à la différence de la France, il y eut en Grande-Bretagne un consensus de toute la classe politique.
Les indépendances furent donc acquises sans heurts, sans ruptures majeures et au terme d’une évolution constitutionnelle contrôlée de bout en bout. Les seules exceptions furent le Kenya où, en 1952, éclata la révolte des Mau-Mau, et la Rhodésie du Sud où la minorité blanche proclama unilatéralement son indépendance en novembre 1965.
dimanche 26 août 2018
Que se passe-t-il vraiment au Rwanda et au Kivu ?
En dépit d’un total « black-out »
de Kigali, des rumeurs font état de combats dans le sud-est du Rwanda. Ils opposeraient
les forces loyales au président Kagamé aux FLN (Forces de libération
nationale), bras armé du MRCD (Mouvement rwandais pour le changement
démocratique). Cette coalition hétérogène formée le 15 juillet dernier
rassemblerait les opposants au régime par-delà leurs apparentements ethniques.
Elle serait formée par la réunion de minuscules partis dont le PDR de Paul
Rusesabagina, le héros du film « Hôtel des Mille Collines », le CNRD de
Wilson Iratageka et le RRM de Calliste Sankara. Ce mouvement serait
soutenu par l’Ouganda et par le Burundi.
D’après nos informations, le
général Kayumba Nyamwasa, ancien bras droit de Paul Kagamé actuellement réfugié
en Afrique du Sud où il a fait l’objet de deux tentatives d’assassinat de la
part des services rwandais, n’aurait pas (encore ?) rejoint le mouvement.
Son but est en effet de renverser Paul Kagamé et non d’aider à la prise de
pouvoir d’une coalition comportant des Hutu qui ne lui pardonnent pas son rôle supposé
dans les massacres de civils lors de la conquête du nord du Rwanda par le FPR
en 1994.
Selon le MRCD, la fin du régime
Kagamé serait programmée pour quatre grandes raisons :
- Ses responsabilités dans
l'assassinat du président Habyarimana. Le mouvement accuse même directement
Paul Kagamé en des termes plus que précis : « le génocide est
devenu son fonds de commerce alors que c’est lui-même qui en a donné le coup
d’envoi le jour où il a abattu l’avion transportant les présidents Habyarimana
du Rwanda et Ntaryamira du Burundi » (Sur la question, voir mon livre
« Rwanda, un génocide en questions »).
- Les accusations à propos
des massacres commis par son armée, tant au Rwanda qu’en RDC,
- Les dissidences au sein
même du noyau dur de son régime,
- La volonté des pays de la
sous-région de se débarrasser d’un régime qui entretient le désordre chez ses
voisins.
En dépit de ces
affirmations, le régime Kagamé n’est pas isolé puisqu’il bénéficie de l’appui d’Israël
et qu’en dépit d’un certain refroidissement, les Etats-Unis y entretiennent
toujours un contingent militaire chargé de la formation des officiers rwandais.
Kigali a également tenté une ouverture en direction de la Russie ; sans
parler de son insolite et récent rapprochement avec la France illustré par le
soutien de Paris à la candidature rwandaise à la tête de la Francophonie. Une
décision pour le moins « baroque » car le Rwanda a abandonné le
français au profit de l’anglais comme langue officielle…
Si la plus grande prudence
s’impose face aux nouvelles parvenant de la région, il n’en demeure pas moins
vrai que :
1) Après les guerres des
années 1985-2008, une profonde recomposition ethno-politique s’est produite
dans la région des Grands Lacs autour de l’Ouganda de Yoweri Museveni et du
Rwanda de Paul Kagamé. Cependant, par-delà les solidarités héritées des
réalités ethniques (monde Hima-Tutsi), du passé récent (combats communs contre
le régime Obote en Ouganda, contre le régime Habyarimana au Rwanda, puis contre
le régime Mobutu au Zaïre), ainsi que de la commune appartenance à l’espace
anglophone, ces deux pays ont des intérêts contradictoires. La politique du
Rwanda dans la partie orientale de la RDC se heurte en effet directement à
celle de l’Ouganda dont la priorité est de régler définitivement la question du
pétrole du lac Albert où la France est présente à travers la compagnie
Elf-Total.
2) Depuis plusieurs années,
la RDC et le Rwanda se sont rapprochés, à telle enseigne que plusieurs acteurs
régionaux parlent même d’un pacte secret unissant les deux K (Kabila et Kagamé)
que certains vont même jusqu’à présenter comme étant cousins… Considérant qu’il
n’était pas en mesure de lutter à la fois contre les empiètements de l’Ouganda
dans la région du lac Albert, et contre ceux du Rwanda dans le Kivu, le
président Kabila aurait fait la part du feu, laissant le nord Kivu au Rwanda à
travers ses alliés congolais. En échange de quoi, Kigali lui aurait
« rétrocédé » le sud Kivu avec ses propres alliés Banyamulenge. D’où
l’insolite ralliement de ces derniers au MRCD…
3) En RDC où, dans le
contexte des élections présidentielles, législatives et régionales du 23
décembre 2018, la situation est explosive, la question des gisements
d’hydrocarbures du lac Albert avec ses réserves estimées à plusieurs milliards
de barils, est au cœur de la campagne. Or, la nappe est située sous les eaux du
lac, de part et d’autre de la frontière contestée entre l’Ouganda et la RDC (L’Afrique Réelle n°9, septembre 2010).
L’Ouganda qui a un impérieux besoin de cette ressource et qui souhaite donc entrer
en négociation avec un partenaire congolais fiable, ne supporte plus les
manœuvres déstabilisatrices de Kigali visant à empêcher un règlement sérieux
avec Kinshasa. Voilà pourquoi le président
Museveni attend l’élection d’un nouveau président moins
« inféodé » au Rwanda.
Pour Kigali, l’ennemi principal est donc le
président Ougandais. Or, « étrangement », ces dernières semaines, la
presse internationale spécialisée a fait état d’une information non vérifiée
selon laquelle les services français auraient informé le président
Museveni que Kigali aurait décidé un attentat contre son avion. Si une
telle nouvelle était fondée, cela signifierait que la politique française à
l’égard du Rwanda aurait brusquement changé et cela, quelques mois à peine
après le spectaculaire réchauffement des relations entre les deux pays. Comme,
pour la France, le Rwanda n’existe ni économiquement, ni politiquement, iI
serait alors légitime de demander si les intérêts pétroliers n’auraient pas motivé
une telle éventuelle volte-face.
Pour encore compliquer la
situation, la région est au contact de plusieurs zones de fortes turbulences,
depuis la RCA jusqu’au Soudan du Sud et bien des acteurs étrangers y jouent
leur jeu personnel, à commencer par la Russie, la Chine et Israël.
Les faits étant exposés,
comment pouvons-nous les analyser ?
Sans entrer dans les
détails, deux hypothèses principales sont en présence. D’une part, la réalité
des actuels évènements, donc une grave crise du régime Kagamé ; d’autre
part, une vaste manipulation.
- Première hypothèse, les faits sont avérés.
L’Ouganda qui veut régler la question du pétrole du lac Albert avec un
gouvernement congolais fiable a décidé de se débarrasser de Paul Kagamé l’allié
du président Kabila. Quant au Burundi hutu, son opposition au Rwanda tutsi est
inscrite dans la politique régionale.
- Deuxième hypothèse, nous sommes en présence
d’une manipulation. Cette dernière serait orchestrée à la fois par Kigali et
par Kinshasa, c’est-à-dire par les deux K (Kagamé et Kabila), afin de permettre
le report des élections congolaises et d’abord du scrutin présidentiel auquel le
président Kabila ne peut se présenter. Paul Kagamé ne peut en effet accepter
que soit élu un président qui fera de la récupération du Kivu un combat d’union
nationale car, sans le pillage des richesses de cette région, l’économie
rwandaise sombrerait et le régime avec.
Dans
cette optique, les « combats » dans le sud du pays seraient donc un
prétexte pour, au nom du droit de poursuite contre un mouvement postulé
« héritier des génocidaires », être en mesure de porter la guerre en
RDC. Or, si l’est de la RDC s’embrasait, les élections du 23 décembre 2018
seraient reportées et le président Kabila resterait donc au pouvoir...
Une situation à suivre en
sachant lire à travers les lignes…
mardi 21 août 2018
vendredi 17 août 2018
Le spasme aoûtien d’une « chercheuse » de l’IRSEM
En publiant un tweet aussi vulgaire qu’intellectuellement indigent en
réaction à un dossier de l’Afrique réelle
consacré à l’économie africaine, Sonia Le Gouriellec, « chercheuse »
à l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire) semble avoir
subi l’un de ces coups de chaleur dont le mois d’août est coutumier.
Je ne peux évidemment que me
réjouir de ce que Sonia Le Gouriellec - qui ne publie à peu près rien -, lise
aussi assidûment l’Afrique Réelle.
Néanmoins, comme elle appartient à
l’IRSEM, tout ce qu’elle écrit engage cet organisme rattaché à la Direction
générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du Ministère
de la Défense dont les deux principales fonctions sont d’apporter un concours à
l’enseignement militaire supérieur et de soutenir le rayonnement de la pensée
stratégique française.
A ce double titre, l’excellence est attendue de cette
« chercheuse » car, au bout du compte, c’est la vie de nos soldats et
le prestige de nos Armées qui sont en jeu.
Si son tweet fait litière du prestige, pour ce qui est de l’excellence,
Sonia Le Gouriellec s’était déjà
distinguée au mois d’octobre 2017, en signant ès-qualités, une tribune
caricaturant la réalité ethnique que nos unités engagées au Mali, notamment
dans la région dite des « Trois frontières », vivent au quotidien (voir
mon étude sur la région dans le numéro
104 de l’Afrique Réelle).
Or, nos Armées attendent de l’IRSEM autre chose que les hallucinations et
les spasmes de « chercheurs » qui, à défaut d’avoir pu être recrutés
dans les Universités, se sont insolitement enkystés au sein de la nébuleuse de
la Défense.
Incapables de contre-argumentation scientifique respectueuse et
mesurée, ils n’ont, pour tenter d’exister, d’autre alternative que l’invective primaire
sur les réseaux sociaux.
Primaire en effet car, dans la
« discussion » qui suit son « tweet », Sonia Le Gouriellec,
telle une mauvaise élève de CM2, écrit « ça va de paire », commettant
ainsi une double faute majeure, ce qui, au temps des « Hussards noirs de
la République», lui aurait valu une… « paire de claques ».
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