jeudi 1 mars 2018
L'Afrique Réelle N°99 - Mars 2018
Sommaire
Actualité :
Algérie : où sont passés les militaires ?
Dossier : Menaces sur le Tchad
- Les trois Tchad
- Le centre et le nord contre le sud (1965-1979)
- De la guerre inter-Toubou au conflit Zaghawa contre Goranes Anakaza (1980-1990)
- Idriss Déby consolide son pouvoir (2004-2010)
Débat :
La traite esclavagiste a-t-elle permis la révolution industrielle européenne ?
Editorial de Bernard Lugan :
Mali : quelle stratégie de sortie de crise ?
En date du 21 février 2018, dans les colonnes du quotidien Le Monde, un « collectif de chercheurs » a publié une tribune intitulée « La France doit rompre avec la rhétorique martiale qui prévaut au Sahel », proposant une sortie de crise associée à un début de retrait français et à l’ouverture de discussions des autorités maliennes avec les jihadistes.
Si un consensus semble s’établir sur plusieurs points, notamment en ce qui concerne les erreurs de la communauté internationale dans la recherche d’accords hors sol, dans l’embouteillage sécuritaire interdisant toute action cohérente, et dans la référence à la nécessité de l’implication algérienne, je ne partage cependant pas le point de vue des auteurs de la tribune quant à leur proposition de sortie de crise.
Mes arguments sont les suivants :
- Comme je ne cesse de le dire depuis des années, le jihadisme n’est pas ici l’essentiel puisqu’il est d’abord la surinfection d’une plaie ethno-« raciale » que les autorités de Bamako n’ont pas l’intention de cautériser.
- Les auteurs font largement l’impasse sur la question touareg qui est pourtant à l’origine du conflit.
- Selon les signataires de cette tribune, ce serait paradoxalement la présence militaire française qui radicaliserait la situation et empêcherait les acteurs locaux de discuter entre eux[1]...
Ce dernier point appelle quatre grandes remarques :
1) Au Mali, les protagonistes n’ont pas attendu la présence militaire française pour livrer les guerres de 1963, de 1984, de 1990, de 1992, de 2006 et de 2008…
2) Dans le Macina, la guerre ethno-sociale se fait hors présence militaire française.
3) Qui peut penser que le départ des forces françaises permettrait, comme par un coup de baguette magique, de réunir autour de l’arbre à palabres, les acteurs d’un conflit millénaire dont, avec opportunisme, les jihadistes ont profité ?
4) Enfin, si l’armée française se retirait, les forces de Bamako seraient tôt ou tard « reconduites » vers le fleuve par les Touareg qui reprendraient un combat mis entre parenthèses pour ne pas déplaire à Paris.
La vérité, et il est impératif de cesser de la cacher, est que les ennemis de Bamako n’étant pas ceux de Paris, la France et le Mali mènent donc deux guerres différentes.
Les soldats français traquent ainsi au prix de leur vie[2] des jihadistes que les autorités maliennes voient quasiment comme des « alliés » contre les séparatistes touareg. Dans ces conditions, les dernières opérations militaires françaises « gênent » effectivement nos « partenaires » maliens…
Cependant, quoiqu’il en soit de la négociation que ces derniers conduisent actuellement dans le dos de nos militaires, rien ne sera pacifié à long terme puisque, à la source du conflit se trouve la question touareg que ces pourparlers ne régleront pas.
De plus comme en fin de processus, l’ethno-mathématique électorale donnera automatiquement le pouvoir aux sudistes, légitimé par la démocratie, le régime malien ne fera aucune concession fondamentale aux Touareg, lesquels continueront donc à se révolter.
[1] Ils critiquent ainsi les dernières opérations militaires ayant abouti à l’élimination de jihadistes.
[2] Qui osera dire aux Maliens qu’il est de plus en plus inacceptable que des soldats français se fassent tuer pour les défendre, quand des dizaines de milliers de jeunes déserteurs maliens viennent trouver un havre économique en France au lieu de combattre pour leur patrie ?
vendredi 23 février 2018
Bernard Lugan lauréat du prix « La Plume et l’Epée »

Mardi 20 février 2018, dans les
salons de l’Hôtel du Grand Commandement à Tours, le jury remet le prix « La Plume et
l’Epée » à Bernard Lugan pour son
livre « Osons dire la vérité à l’Afrique ».
Ce prix littéraire remis chaque année depuis 2009, est destiné à
« contribuer à stimuler la pensée et la culture militaires en honorant les
auteurs qui font l’effort de publier un ouvrage amenant à réfléchir sur le
métier des armes sous tous ses aspects. Les engagements opérationnels de nos
armées, multiples et exigeants, démontrent cette nécessité pérenne pour le chef
militaire « d’agir en homme de pensée et de penser en homme
d’action » (Henri Bergson). La fréquentation d’auteurs de qualité est une
source de repères et une aide à la maturation des concepts. Elle est donc
indispensable à tout cadre militaire, quel que soit son niveau, du moment où,
isolé, il doit dans l’urgence mettre en œuvre ses capacités à apprécier la
situation. Elle est enfin indispensable pour tous les officiers appelés à tenir
des postes de responsabilité dans la sphère politico-militaire ou des postes de
conception en état-major ».
L’organisateur de ce prix est la
DRHAT-Tours (Direction des ressources Humaines de l’Armée de Terre ). Les
résultats sont proclamés à l’Hôtel de ville de Tours dans le cadre du salon du
livre militaire organisé par la ville au mois de décembre de chaque année.
Pour commander Osons dire la vérité à l'Afrique :
mercredi 14 février 2018
Jacob Zuma ou le nouvel échec de l’Afrique du Sud « post-apartheid »
En Afrique
du Sud, les fins de mandat des présidents se ressemblent : par un coup d’Etat
interne à l’ANC, le vice-président Cyril Ramaphosa a évincé le président Jacob
Zuma, lequel avait fait de même avec Thabo Mbeki en 2008. En dehors du fait
qu’un Venda va remplacer un Zulu, cette révolution de palais ne changera pas
grand-chose dans le pays. A un Jacob Zuma lié au gang indien Gupta[1], va en
effet succéder l’ex avocat-syndicaliste Cyril Ramaphosa. Ce dernier a bâti sa
colossale fortune dans les conseils d’administration des sociétés minières
blanches au sein desquels il fut coopté en échange de son « expertise »
syndicale. En réalité, il fut adoubé par le patronat pour contrer les
revendications des mineurs noirs dont il fut le représentant avant 1994 !!!
Le leader
révolutionnaire Julius Malema a donc raison de dire qu': « En Afrique du Sud,
la situation est pire que sous l’apartheid (et que) la seule chose qui a
changé, c’est qu’un gouvernement blanc a été remplacé par un gouvernement de
Noirs ». Avec une différence cependant : avant 1994 les Noirs ne mouraient pas
de faim, ils étaient gratuitement soignés et éduqués, l’électricité
fonctionnait, les pénuries d’eau étaient inconnues et la police faisait son
travail…
La
présidence de Jacob Zuma s’est donc achevée dans le désastre. Englué dans
plusieurs affaires de corruption, le président sud-africain a été pris la main
dans le sac d’une gigantesque entreprise de favoritisme d’Etat au profit de la
famille Gupta. Une commission judiciaire fut même désignée pour enquêter sur la
gravissime accusation de « State Capture » car ces gangsters affairistes
avaient réussi à imposer leur droit de regard sur les nominations officielles,
ce qui leur avait permis de placer leurs agents à tous les rouages de décision
de l’Etat et des entreprises publiques.
Ne nous
trompons pas d’analyse, car le départ de Jacob Zuma ne va pas permettre
d’ouvrir des fontaines laissant couler le lait et le miel. Contrairement à ce
qu’écrivent les journalistes, l’affaire Zuma est en effet, et d’abord, la
conséquence de l’incurie du parti gouvernemental ANC, l’arbre qui cache la
forêt d’un gangstérisme d’Etat. C’est la faillite de l’ANC qui est mise en
évidence à travers elle car, entre 1994 et 2018, le mouvement de Nelson Mandela
a conduit le pays vers un naufrage qui se mesure en quelques chiffres :
- Bien que
réalisant ¼ du PIB de tout le continent, l’Afrique du Sud est aujourd’hui
devenue un des 5 pays « les moins performants » d’Afrique, juste devant les
Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland.
- Au mois
de mai 2017, l’Afrique du Sud est entrée en récession. Or, en 2000, il fut acté
par l’ONU que les Objectifs du Millénaire
pour le Développement (OMD) dont le principal était le recul de la
pauvreté, ne pourraient être atteints sans un minimum de croissance annuelle de
7% durant plusieurs années.
- Le
chômage touche plus de 40% des actifs quand les chiffres officiels sont de 25%
- Le revenu
de la tranche la plus démunie de la population noire est inférieur de près de
50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994.
- Un
habitant sur trois survit grâce aux aides sociales, le Social Grant.
- A
l’exception de l’agriculture, branche encore contrôlée par les Blancs - mais
pour combien de temps? -, tous les secteurs économiques sud-africains sont en
recul, à commencer par les industries de main d’œuvre (textile, vêtement,
chaussures), qui n’ont pu résister aux importations chinoises. Quant aux
secteurs de la mécanique dans lesquels, avant 1994, l’Afrique du Sud produisait
la majeure partie des pièces dont ses industries avaient besoin, ils sont
moribonds.
- Même les
mines ont sombré. Pertes de production et de revenus, plus coûts d’exploitation
en hausse constants, ont eu pour conséquence la fermeture des puits secondaires
et la mise à pied de dizaines de milliers de mineurs. Pour maintenir la
production, il aurait fallu investir des sommes colossales, mais le climat
social, la corruption et l’insécurité ont découragé les investisseurs qui ont
préféré faire glisser leurs activités vers des pays moins incertains.
L’industrie minière est également pénalisée par les coupures de courant à
répétition car la compagnie publique Eskom, littéralement pillée par ses
nouveaux dirigeants nommés par l’ANC a, de plus, vécu sur l’héritage laissé par
le régime blanc et sans procéder aux investissements indispensables. Résultat :
les mines qui représentent aujourd’hui 10% du PIB sud-africain, qui emploient
8% de la population active et qui sont le premier employeur du pays avec
500.000 emplois directs, ont perdu plus de 300.000 emplois depuis 1994.
Le soit
disant héritage négatif de «l 'apartheid » a, des années durant, servi d’excuse
aux dirigeants sud-africains. Or, personne ne peut plus nier qu’en 1994, quand
le président De Klerk hissa au pouvoir un Nelson Mandela bien incapable de le
conquérir par les armes, il légua à l’ANC la première économie du continent, un
pays doté d’infrastructures de communication et de transport à l’égal des pays
développés, un secteur financier moderne et prospère, une large indépendance
énergétique, une industrie diversifiée, des capacités techniques de haut niveau
et la première armée africaine. Force est également de constater que, libérée
de l’ « oppression raciste », la « nouvelle Afrique du Sud » fut immédiatement
la proie du parti prédateur ANC dont les cadres, aussi incapables que
corrompus, eurent comme objectif principal leur propre enrichissement.
La leçon
sud-africaine est donc limpide : en 24 ans de pouvoir sans partage, l’ANC a
ruiné un pays prospère, le transformant en un Etat du « tiers-monde » dérivant
dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences.
Les gogos occidentaux continueront pourtant à se pâmer devant la figure
tutélaire de Nelson Mandela, le chef de l’ANC, tout en continuant à avoir « les
yeux de Chimène » pour le fantasme de la « nation arc-en-ciel ». Dans les jours
qui viennent, tétanisés par leurs certitudes, les « spécialistes »
auto-proclamés vont donc disserter à l’infini sur le remplacement du « maffieux
» Zuma par le « vertueux » Ramaphosa. « Vertueux » par définition puisqu’il
était prétendument l’héritier préféré de « l’icône » Mandela…
La seule
question qui mériterait d’être posée, mais ils ne la poseront pas, ou alors
très partiellement, est de savoir comment le nouveau président va pouvoir gérer
le naufrage de l’économie sud-africaine, comment il va pouvoir gouverner en
étant pris entre des pressions internes et externes contradictoires. Vont en
effet se confronter deux plaques tectoniques, celle des milieux d’affaires
pro-occidentaux qui ont fait sa fortune et celle des tendances
radicales-racialistes lourdes qui constituent le fonds de commerce de l’ANC et
des partisans de Julius Malema.
Bernard Lugan
14/02/2017
[1] Voir à ce sujet le
dossier consacré à cette question publié dans le numéro du mois de juillet 2017 de l’Afrique
Réelle (n°91) sous le titre « Jacob Zuma peut-il survivre au Gupta
Gate ? ».
vendredi 2 février 2018
L'Afrique Réelle N°98 - Février 2018
Actualité :
- Centrafrique : Vladimir Poutine va-t-il rebattre les
cartes ?
- L’Afrique d’Obama : un égoïsme moralisateur. L’Afrique de
Trump : une indifférence décomplexée.
Dossier :
- Touaregs : Une propension à la division qui interdit tout
projet politique cohérent
- L'Afrique ou les Afriques ?
A travers la presse algérienne :
- L’Arabie Saoudite et les représentants salafistes algériens
Osons dire la vérité à l’Afrique
Sept décennies après les indépendances, il est aujourd’hui devenu urgent et même vital de dire enfin à l’Afrique qu’elle est dans une impasse et qu’aucun « développement » n’y sera possible tant qu’y dominera ce discours de victimisation dont ses dirigeants ont tiré une rente qui ne sera pas éternelle.
Loin de « démarrer », l'Afrique sud saharienne revient peu à peu à l'économie de comptoir. Comme au XVIIIe siècle quand les dirigeants africains esclavagistes tiraient leur richesse du partenariat établi avec les négriers européens qui venaient leur acheter les captifs. Les comptoirs d’aujourd’hui sont pétroliers ou miniers et ils enrichissent une poignée d'Africains, cependant que l'immense majorité de la population tente de simplement survivre. Ce grand bond en arrière est illustré par un retour à la traite humaine à travers l'émigration vers l'Europe.
Comme je l’explique dans un livre (réédité en janvier 2018) qui vient de recevoir le prix « La Plume et l’Epée », l’Afrique ne sortira jamais de sa situation catastrophique tant que quatre principaux problèmes n’y auront pas été pris en compte :
1) Le premier est celui du suicide démographique car les naissances allant plus vite que le développement, chaque jour qui passe, l’Afrique s’appauvrit davantage.
2) Le second est celui des fondamentaux ethniques car, qu’on le veuille ou non, l'ethnie est le passage obligé de toute reconstruction africaine. Au milieu de la désagrégation généralisée, elle seule permettra de trouver le plus petit commun dénominateur sur lequel rassembler les hommes.
L'élargissement viendra ensuite à travers des contrats territoriaux de libre association, qu'il s'agisse de fédérations, de confédérations ou de tous autres modèles. La condition sine qua non de leur réussite sera cependant qu'ils ne reposent pas sur la représentation individualiste, sur la religion du « one man, one vote », laquelle débouche inéluctablement sur l’ethno-mathématique électorale.
3) Le troisième est la nécessité de l’abandon du paradigme économique. Je démontre ainsi dans mon livre que les principales crises africaines sont structurelles et qu’elles ont une origine historique, politique et culturelle. Or, tant que leur analyse continuera d'être d'abord économique, elles n'auront aucune chance d'être traitées.
4) Il est enfin temps d’admettre qu'avant d'être « francophones » ou « anglophones », « chrétiens » ou « musulmans », les habitants de l'Afrique sont d'abord des Africains qui parlent des langues africaines et qui ont leurs croyances. Comme l'a dit Ahmadou Kourouma : « [L'Afrique] est habitée par des animistes, les uns teintés de christianisme, les autres d'islam. »
En définitive, les sociétés africaines n'étant nées ni avec la colonisation, ni avec la décolonisation, elles doivent rétablir les vrais liens qui les relient à leur longue histoire ; or, ces liens furent coupés par les idéologies universalistes plaquées sur elles depuis l'époque coloniale.
samedi 13 janvier 2018
Mali : rester ou partir ?
Le
11 janvier 2018, au Mali, trois militaires français ont été blessés dans un
attentat-suicide. Dans le pays, nos forces sont dans une situation complexe car elles sont dans l’incapacité d’agir sur
les causes d’un conflit ethno-régional, le jihadisme n’étant que la
surinfection d’une plaie ethnique.
Jour
après jour il apparaît également qu’en réalité la
France et le Mali n’ont pas le même ennemi.
Pour Paris ce sont les jihadistes, alors que pour Bamako ce sont d’abord les Touareg…
Pour le gouvernement malien, les jihadistes ne constituent en effet pas un
ennemi existentiel, à la différence des Touareg qui veulent la partition du
pays.
Dans
ces conditions, pouvons-nous encore faire semblant de croire que le Mali et la
France sont des alliés? Pouvons-nous, dans l’état, continuer à engager nos
soldats dans un combat qui pourrait être sans issue puisque les deux armées ne
poursuivent pas les mêmes buts? N’y a-t-il pas en plus un risque de voir Barkhane
placée entre le marteau touareg et l’enclume sudiste tout
en étant prise de flanc par les jihadistes ?
En
résumé, l’évolution de la situation fait qu’il n’est plus possible d’analyser
la question du Mali comme au moment du déclenchement de l’Opération Serval, ni
même lors de la bascule avec Barkhane. C’est donc toute la question de la forme
de notre engagement qui doit être analysée et peut-être revue.
La suite de cette longue analyse détaillée est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle. Pour la recevoir par courriel, vous devez être abonné.
mercredi 3 janvier 2018
L'Afrique Réelle N°97 - Janvier 2018
Dossier : Afrique, les points chauds de 2018
- L’Afrique du Nord entre jihadisme et crises structurelles
- Le Sahel face à l’ethnisation du jihadisme
- De la Corne au Limpopo
Actualité :
La traite des esclaves en Libye : une vieille pratique
Histoire :
Heia Safari : Du Kilimanjaro aux combats de Berlin, l’épopée
du général von Lettow-Vorbeck
2018 : La vraie décolonisation de l’Afrique commence
Dans les pays du nord où priment l’économique et l’idéologie, l’analyse de la situation africaine est désespérément simple, pour ne pas dire simpliste : si le continent est sinistré, c’est par manque de développement. Voilà pourquoi, durant plus d’un demi-siècle, des sommes considérables y furent déversées. En vain.
L’échec des politiques de développement étant évident, le marasme africain fut ensuite attribué à l’absence de démocratie. Le continent se vit alors imposer la suppression du parti unique qui maintenait un semblant de cohésion des mosaïques ethniques locales. La conséquence d’une telle politique hors sol se lit aujourd’hui à travers l’émiettement politico-ethnique, l’ethno-mathématique et l’anarchie.
Toujours imbus de leurs principes démocratiques et porteurs de l’arrogant néo-colonialisme des « droits de l’homme » archétypiquement incarné par la CPI, les idéologues des pays du nord, ne voient pas qu’une révolution a commencé au sud du Sahara. Et qu’elle se fait précisément au nom de la contestation de leurs dogmes. Nous sommes en effet en présence de la première véritable tentative de décolonisation en profondeur du continent à travers le rejet global de l’universalisme des Lumières et du contrat social. Contrairement à ce que veulent nous faire croire la plupart des intellectuels africains installés en Europe ou aux Amériques et qui sont tout à la fois des déserteurs du développement et de modernes « Oncles Tom » n’ayant que les mots de démocratie et de développement à la bouche, leur continent d’origine n’accepte en effet plus la doxa occidentale.
Mais une fois la greffe politico-morale européo-américaine rejetée, les Afriques n’entreront pas pour autant dans le cycle des félicités. Les futures élites africaines devront en effet trouver des solutions urgentes au suicide démographique continental tout en définissant de nouveaux rapports politiques entre les diverses composantes ethniques de leurs pays respectifs.
A cet égard, la situation du Sahel résume les problèmes du continent. Ici, à partir de la révolution néolithique, les sédentaires sudistes ont vécu dans la terreur des raids lancés contre leurs villages par les nomades nordistes, qu’il s’agisse, d’ouest en est, des Maures, des Touareg, des Toubou ou encore des Zaghawa. La colonisation libéra les premiers, puis elle inversa le rapport des forces en leur faveur.
Avec les indépendances, l’espace sahélo saharien fut ensuite cloisonné par des frontières artificielles. Pris au piège de l’Etat-nation, sudistes et nordistes furent alors forcés de vivre ensemble. Le traumatisme fut d’autant plus fort qu’après la fin du parti unique, la démocratie électorale ethno-mathématique donna le pouvoir aux plus nombreux, c’est-à-dire aux sudistes qui n’ont pas boudé leur revanche historique. Voilà qui explique d'abord les évènements actuels de cette région, et non le manque de développement ou le « déficit démocratique ».
vendredi 22 décembre 2017
Nouveau livre de Bernard Lugan : Histoire de la Louisiane française
Editions Balland
317 pages
Présentation :
Vingt-et-un des actuels Etats des Etats-Unis d'Amérique composaient en totalité ou en partie la Louisiane française laquelle occupait les immensités comprises entre le Canada au nord et le golfe du Mexique au sud. Ce fut à partir de la Louisiane que s'opéra la première conquête de l'Ouest. Elle fut française et précéda de presque deux siècles la ruée américaine vers les Montagnes Rocheuses. Coureurs des bois, missionnaires et militaires offrirent ces espaces infinis au roi de France qui leur donna son nom.
Parmi ces intrépides pionniers, officiers et soldats oubliés durant des années, parfois des décennies, dans de petits postes perdus, inventèrent cette méthode coloniale française si originale, faite de la "parcelle d'amour" chère à Lyautey, alliée à l'adaptabilité imposée par un environnement hostile. Ayant réussi à constituer des alliances avec les tribus indiennes, ils résistèrent durant plus d'un siècle au rouleau compresseur anglais.
Quasiment sans moyens, ces quelques dizaines d'hommes auraient en effet été balayés comme des fétus de paille s'ils n'avaient réussi à engager autour d'eux Chactas, Cherokees, Alibamons, Ouatouais et bien d'autres encore. Ils sont en quelque sorte les devanciers des "missionnaires au burnous bleu", ces officiers des Affaires indigènes, qui oeuvrèrent au Maroc. Ils sont les précurseurs de ces officiers et sous-officiers qui, en Indochine, servirent chez les Hmong ou parmi les Thaï. Comme eux, au bout de leur sacrifice et de leur aventure, se trouva l'abandon de ceux avec lesquels ils avaient combattu...
C'est leur épopée qui est racontée dans ce livre.
Pour le commander, deux possibilités :
- Par carte bleue ou Paypal :
samedi 9 décembre 2017
Nouveau livre de Bernard Lugan : Heia Safari
Présentation :
De 1914 à 1918, loin des fronts d’Europe, dans l’est africain, coupés de toute possibilité de ravitaillement, et commandés par le colonel puis général Paul von Lettow-Vorbeck, quelques milliers d’Allemands et d’askaris résistèrent à 300 000 soldats britanniques, belges, sud-africains et portugais.
Au mois de mars 1916, après deux années de victoires remportées au cri de « Heia Safari », l’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de soldats sud-africains contraignit von Lettow-Vorbeck à changer de tactique.
Il choisit alors celle du repli offensif, se dérobant devant des forces trop nombreuses pour les attaquer ensuite par surprise. De novembre 1917 à septembre 1918, sa retraite offensive le conduisit jusqu’au Mozambique où il enchaîna les victoires.
Au mois de septembre 1918, alors qu’il lui restait moins de 200 Allemands et environ 2 000 askaris, le général von Lettow-Vorbeck décida d’envahir la colonie britannique de Rhodésie. Le 13 novembre, il y apprit qu’un armistice avait été signé en Europe. Il refusa de se rendre, déclarant au commandement britannique qu’il pouvait encore combattre durant deux années.
Finalement, le 25 novembre 1918, en Rhodésie du Nord, l’actuelle Zambie, et alors que l'armistice était signé depuis 14 jours, 155 Allemands, officiers, sous-officiers, rappelés et volontaires, ainsi que 1156 askaris et 1598 porteurs se formèrent en carré face aux forces britanniques. Devant eux, le chef admiré auquel les askaris avaient donné le nom de « Bwana mukubwa ya akili mingi » (le grand homme qui peut tout).
Rentré en Allemagne, le 1er juillet 1919, sur ordre du gouvernement, le général von Lettow-Vorbeck écrasa le soulèvement communiste à la tête d’un corps de volontaires, le « Lettow-Korps ».
Du Kilimandjaro aux combats de Berlin, cette épopée méconnue qui mériterait d’être enseignée dans les académies militaires, est ici racontée dans un livre abondamment illustré.
Table des matières :
Chapitre I : De Pékin au Sud-Ouest africain (1900-1907)
Chapitre II : L’Est africain allemand avant l’arrivée du colonel von Lettow-Vorbeck
Chapitre III : 1914 - 1915 : von Lettow-Vorbeck prend l’avantage
Chapitre IV : Les opérations navales
Chapitre V : 1916 : L’offensive anglo-belge
Chapitre VI : 1917 : comment retarder l’inéluctable ?
Chapitre VII : Von Lettow-Vorbeck envahit le Mozambique
Chapitre VIII : La fin de la guerre
Chapitre IX : Retour en Allemagne : von Lettow-Vorbeck face aux bolcheviques
Conclusion
Bibliographie
Index de noms utilisés
IMPORTANT : CE LIVRE EST UNIQUEMENT DISPONIBLE VIA L'AFRIQUE REELLE
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- 42€ pour l'Europe
- 47€ pour le reste du monde
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