mardi 3 octobre 2017

L'Afrique Réelle N°94 - Octobre 2017


























SOMMAIRE

Dossier : Angola
- Une économie du tout pétrole sinistrée
- Une guerre civile de 25 ans

Dossier : Algérie
- Les dessous de l’éviction d'Abdelmadjid Tebboune
- L’armée pourrait-elle jouer un rôle dans le dénouement de la crise politique et institutionnelle ?
- Entre désindustrialisation et effondrement de la rente pétrolière
- A travers la presse algérienne

Histoire :
La question «berbériste »


Editorial de Bernard Lugan :
Algérie et Angola : le double naufrage

En Algérie et en Angola, la chute des prix du pétrole a mis au grand jour les graves problèmes communs à ces deux pays, tous deux créations coloniales dont les mouvements de libération furent militairement vaincus par les forces de l’ancien colonisateur. 
Contrairement à ce que prétendent les histoires officielles de ces deux pays, ce n’est en effet pas par les armes que les indépendances ont été obtenues, mais parce que Paris et Lisbonne en décidèrent ainsi. En donnant le pouvoir aux deux fractions les plus extrémistes de leur prisme politique nationaliste, à savoir le FLN en Algérie et le MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola) en Angola. 
Résultat, les deux pays ont immédiatement connu deux guerres civiles. En Algérie, l’insurrection kabyle fut vite réprimée, mais en Angola, l’UNITA poursuivit le combat jusqu’en 2002. 

L’Algérie et l’Angola ont pareillement vécu de la monoproduction des hydrocarbures et n’ont pas diversifié leurs économies : 90% de leurs exportations et 80% de leurs recettes fiscales ont ainsi pour origine le pétrole. 
A l’époque coloniale, Portugais et Français avaient au contraire créé des économies diversifiées et prospères, reposant sur un maillage de PME particulièrement performantes et sur une agriculture florissante et exportatrice. 

Depuis les indépendances, les deux pays sont dirigés par les mêmes partis, FLN et MPLA, dont les clans ont fait main-basse sur l’économie. 
Tous deux sont minés par la corruption et les dépenses publiques y servent à acheter la paix sociale. Le taux de chômage y est dramatiquement élevé (estimation 55%) et tous deux ont hérité des pesanteurs de la période socialiste avec notamment un nombre élevé de fonctionnaires venant plomber le déficit public[1]. 

La principale différence est politique. En Angola, le régime s’est maintenu aux affaires car le MPLA a fait élire Joao Lourenço, un apparatchik, pour succéder à José Eduardo Dos Santos resté 38 ans au pouvoir.
En Algérie, le régime cherche à faire de même. Or, à la tête du pays depuis 1999, soit plus de 18 ans, le président Bouteflika connaît une dramatique fin de règne. 
Rendu impotent par la maladie, n’ayant plus prononcé de discours public depuis le 8 mai 2012, moribond et subissant en même temps l’agonie de l’économie algérienne, il n’exerce plus une fonction passée aux mains d’un clan familial et de quelques obligés. 
Risquant de devenir les victimes expiatoires du naufrage algérien après la mort de leur chef, ces derniers ont bien compris que leur survie passe par la conservation du pouvoir. Voilà pourquoi ils font tout pour tenter de le garder. Ce qui se passe actuellement en Algérie s’explique par cet impératif.

[1] L’Algérie compte 2.020.172 agents publics, soit 1.608.964 fonctionnaires et 411.208 contractuels (Direction générale de la fonction publique) pour une masse salariale de 2.600 milliards de dinars (1 dinar algérien = 0.00749 euros.)

dimanche 17 septembre 2017

Pourquoi le CRAN ne demande-t-il pas de débaptiser les écoles, collèges, lycées et rues Victor Hugo, Jean Jaurès, Léon Blum et Edouard Herriot ?

Le journal Le Monde nous apprend que le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) organisation ultra confidentielle mais percevant des subventions prélevées sur les impôts des Français, fait actuellement circuler une singulière pétition ayant pour cible le grand ministre que fut Colbert. Parmi les signataires de cette pétition, on relève les noms de Lilian Thuram (footballeur), Harry Roselmack (journaliste) et Rokhaya Diallo (journaliste-documentaliste). 
Egalement celui d’une certaine Mireille Fanon-Mendès-France qui se présente comme « ancienne présidente du groupe d’experts de l’ONU sur les personnes d’ascendance africaine » (???). Ce titre ronflant fait d’elle, et en toute modestie, la porte-parole auto-proclamée de plus d’un milliard d’hommes et de femmes, ce qui n’est pas rien… Il pousse également à poser la question de savoir qui est l’actuel(le) président(e) de cet organisme et quels émoluments il (elle) perçoit du « machin » auquel la France, 5° contributeur à son budget ordinaire, verse annuellement 122,6 millions de dollars US prélevés, là encore, sur les impôts des Français.
La pétition du CRAN demande rien de moins que de débaptiser les collèges et les lycées portant le nom de Jean-Baptiste Colbert et de déboulonner ses statues au motif qu’il « fonda la Compagnie des Indes occidentales, compagnie négrière de sinistre mémoire ».
Mais pourquoi donc le CRAN s’en tient-il à Colbert ? Au nom du « vivre ensemble » et de l’antiracisme, n’est-il en effet pas nécessaire et plus urgent, de débaptiser les édifices publics portant les noms de Victor Hugo, Jean Jaurès, Léon Blum et Edouard Herriot… pour commencer. La liste est en effet longue de ces personnalités constituant le panthéon de nos gloires républicaines et laïques, de ces figures montrées en exemple de la défense des droits de l’homme, de la tolérance, de la fraternité universelle et qui, en réalité, seraient d’horribles racistes-colonialistes dont les propos abjects font penser aux plus sombres heures de notre passé colonial-esclavagiste. Que l’on en juge :

Victor Hugo, qui a donné son nom à 2555 rues et avenues de France, juste derrière Louis Pasteur, ce chantre de la liberté, n’hésita pas à afficher un détestable mépris à l’égard des Africains auxquels il alla jusqu‘à contester l’appartenance au genre humain :

« L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie même a son histoire qui date de son commencement dans la mémoire humaine, l’Afrique n’a pas d’histoire ; une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe.(…) Le Blanc a fait du Noir un homme (…) Emparez-vous de cette terre. Prenez-là. A qui ? à personne»

Concernant la conquête coloniale, cette forme moderne de l’esclavage selon le CRAN, Jean Jaurès dont 2215 voies, rues, boulevards ou avenues portent le nom considérait que :

« La France a d’autant le droit de prolonger au Maroc son action économique et morale que (…) la civilisation qu’elle représente en Afrique auprès des indigènes est certainement supérieure à l’état présent du régime marocain »

Léon Blum et Edouard Herriot ne sont pas dans le « top 10 » des noms de rues et voies, ce qui est heureux, même si des centaines d’écoles, collèges, lycées, maisons de la culture, portent encore leurs noms. Leurs cas sont en effet encore plus graves que ceux de Victor Hugo et de Jean Jaurès. Celui de Léon Blum est même emblématique. Cet internationaliste aux mains pures, ce défenseur de Dreyfus, cet indéfectible soutien des « républicains » espagnols devenu éminente personnalité du Front populaire, compterait en effet, aux côtés d’Arthur de Gobineau, de Vachet de la Pouge et même du taxinomiste racial George Montandon, parmi les théoriciens (horresco referens !) de l’inégalité des races puisque, cause aggravante, ce fut devant les députés qu’il osa déclarer, l’hémicycle en frémit encore, que :

« Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture ».

Toujours devant les députés, Edouard Herriot, cette icône de la fraternité laïque, ce chantre de la tolérance républicaine si chère aux Lyonnais, ce frère de tous les humains, ce croisé du suffrage universel, n’a, quant à lui, pas craint d’oser dire que :

« Si nous donnions le droit de vote aux peuples de l’Empire, la France deviendrait la colonie de ses colonies ».

Alors, oui, amplifions le grand mouvement de nettoyage de l’histoire de France lancé par le CRAN, qui n’en manque décidemment pas, et établissons au plus vite des listes de personnalités qui ne méritent plus d’être respectées. Au nom de l’antiracisme et de l’amour du genre humain, épurons ! Epurons ! Epurons ! Et que revienne le temps béni des Fouquier Tinville, Carrier ou Collot d’Herbois…

Bernard Lugan
17/09/2017

dimanche 3 septembre 2017

L'Afrique Réelle N°93 - Septembre 2017


























SOMMAIRE
  
Actualité
Kenya : Entre les illusions de la croissance et les réalités ethniques
- La crise de la terre
- Luo contre Kikuyu ou les ravages de l’ethno-mathématique démocratique

Dossier
Sahel : L’ethnicisation du jihadisme

Débat
Afrique : Le déterminant ethnique


Editorial de Bernard Lugan

Du Sahel à la zone guinéenne ou à la région péri-tchadique, l’ouest africain est en crise :

- Au Mali où la question nord-sud n’a pas été réglée et où l’islamisme est d’abord la surinfection d’une plaie ethnique, les attentats se multiplient et le chaos menace, s’étendant au centre du pays et débordant sur le Burkina Faso. En plus de ses propres crises, le Niger subit les conséquences des conflits malien et libyen. Quant au Tchad, il est saigné par la perte de ses revenus pétroliers, ce qui y réveille les vieux démons…

- Plus au sud, la Guinée risque de voir renaître ses oppositions ethniques à la faveur du prochain scrutin présidentiel, cependant que la Côte d’Ivoire ne parvient toujours pas à surmonter ses divisions.

- Dans le golfe de Guinée, le Nigeria est en pleine incertitude avec un président malade qui ne dirige plus un pays devenant peu à peu une sorte de bateau-ivre. En dépit de ses problèmes linguistiques, le Cameroun connaît un calme relatif avant la tempête qui risque de s’abattre sur lui à l’occasion de la campagne présidentielle de 2018.

Dans tous ces pays la « communauté internationale » (lire les Occidentaux), a imposé des élections en postulant qu’elles allaient y régler les crises. Sans tenir compte des leçons du passé et sans remettre en cause leur credo philosophique, les dirigeants des pays du Nord continuent de parler de « bonne gouvernance » et de démocratisation. Tétanisés par les dogmes qui les corsètent, ils nient ou ils refusent de prendre en compte les grandes réalités qui sont pourtant au cœur des problèmes africains : nous sommes en effet face à des sociétés communautaires et enracinées alors que le démocratisme est une idéologie individualiste, universaliste et hors sol. 

Comment, dans ces conditions, prétendre que la démocratisation pourra ramener un semblant de stabilité dans des pays où le système du « One man, one vote » débouche sur l’ethno-mathématique, à savoir le triomphe automatique des représentants des ethnies les plus nombreuses, les plus prolifiques ? 

Dans les Afriques où la criante nécessité d’Etats forts est une évidence, l’impératif démocratique décrété à la Baule par le président François Mitterrand le 20 juin 1990 a eu des conséquences désastreuses dont nous n’avons fini de mesurer les dégâts. Le multipartisme y a en effet affaibli des Etats en gestation et réveillé les luttes de pouvoir à travers des partis qui ne sont, dans leur immense majorité, que des habillages ethniques. 

C’est pourquoi il importe de permettre à l’Afrique de reprendre au plus vite ce « raccourci autoritaire » qui traumatise tant les démocrates européens, mais qui, seul, est peut-être susceptible, un jour, de provoquer une coagulation nationale[1].


[1] Voir à ce sujet mon livre Osons dire la vérité à l’Afrique. Le Rocher, 2015.

lundi 28 août 2017

Franc CFA : l’arrestation de Kemi Séba relance le débat

L’arrestation à Dakar le 25 août 2017 du nationaliste panafricaniste Kemi Séba accusé d’avoir brûlé en public un billet de 5000 francs CFA (moins de 8 euros), pose d’une manière très médiatisée la question du maintien de cette monnaie créée en 1945 et accusée par l’immense majorité des jeunes intellectuels africains d’être à la fois une survivance de la période coloniale et un moyen pour la France de continuer à exercer une tutelle sur ses anciennes colonies.

Dans une longue analyse intitulée « Franc CFA : « boulet colonial » ou « danseuse » ? » et réservée aux abonnés à l’Afrique Réelle ( son résumé a été publié sur ce blog le  6 décembre 2016), j’ai montré que :

1) Cette monnaie n’est pas un obstacle au développement des 14 pays africains (plus les Comores), membres de la zone franc pour lesquels elle constitue la monnaie commune,

2) Qu’elle est au contraire un atout pour eux, la France jouant à leur profit le rôle d’une assurance monétaire.

Economiquement parlant, le positif l’emportant sur le négatif, les pays africains concernés auraient donc avantage au maintien du CFA. Mais, avec ce dernier, nous n’en sommes plus au débat économique, mais à la symbolique.

Par ailleurs, contrairement à ce qui est constamment affirmé, la France n’a, quant à elle, aucun intérêt réel au maintien du CFA et de sa zone. Les chiffres publiés par la Direction générale du Trésor (avril 2016 en ligne) tordent en effet le cou à bien des légendes en mettant en évidence trois points importants:

1) En 2015, alors que la totalité de ses exportations mondiales était de 455,1 milliards d’euros, la France a vendu à la seule Afrique sud saharienne pour 12,2 milliards d’euros de biens et marchandises, soit 2,68 % de toutes ses exportations. Sur ces 12,2 milliards d’euros, la zone CFA en a totalisé 46%, soit environ 6 milliards d’euros, soit à peine 1,32% de toutes les exportations françaises. Pour ce qui est des importations, les chiffres sont voisins.

2) La zone CFA n’est pas non plus cette « chasse commerciale gardée » permettant aux productions françaises de bénéficier d’une sorte de marché réservé comme certains l’affirment. En 2015, la part de la France dans le marché de cette zone ne fut  en effet que de 11,4%, loin derrière la Chine.

3) Les détracteurs du CFA disent que les comptes d’opérations étant ouverts auprès du Trésor français, ce dernier bloque des sommes d’environ 14 mds d’euros qui appartiennent aux Africains et dont les intérêts lui profitent. Là encore, sachons raison garder. Que pèsent en effet ces 14 mds d’euros qui servent de garantie aux Etats africains pour la couverture de leurs achats à l’étranger comparés aux +- 400 milliards d’euros du budget de la France ?

Conclusion

1) Le poids de la zone CFA étant pour elle anecdotique, l’économie française ne serait donc guère affectée par sa suppression.

2) Politiquement, avec le CFA, nous en sommes davantage aux réactions psychologiques qu’aux analyses argumentées. L’intérêt de la France est donc de le supprimer ainsi que sa zone afin d’en finir une fois pour toutes, sept décennies après les indépendances, avec les lassantes et répétitives accusations de néocolonialisme et de « françafrique »[1].

Bernard Lugan
28/08/2017

[1] Voir mon livre « Osons dire la vérité à l’Afrique ». Le Rocher, 2015. A commander ici.

jeudi 3 août 2017

L'Afrique Réelle N°92 - Août 2017


























Sommaire

Actualité :
Mali : la France entre Barkhane et le G5 Sahel

Dossier Rwanda : Allons-nous enfin savoir qui sont les assassins du président Habyarimana ?
- Le curieux missile du Kivu
- Que contient le dossier du juge Herbaut, successeur du juge Trévidic ?

Livres :
Sétif, encore et encore...


Editorial de Bernard Lugan

Face au chaos libyen qu’ils ont provoqué, s’obstinant à nier le réel et encalminés dans le néocolonialisme démocratique, les « Occidentaux » ont prétendu reconstruire la Libye autour d’un fantomatique gouvernement d’ « Union nationale ». Présidé par M. Fayez Sarraj, ce GUN est en réalité l’otage des milices islamistes de Tripolitaine et des Frères musulmans de Misrata. 
Face à cette politique « hors sol », la Russie a déroulé un plan reposant sur les rapports de force militaires. Sa conclusion fut le voyage que le général Haftar - l’homme avec lequel la « diplomatie » européenne refusait de parler directement -, effectua à Moscou les 27 et 28 novembre 2016. 
Du jour au lendemain, les nains politiques de l’UE réalisèrent alors que le « rebelle obstacle à la démocratisation de la Libye » était en réalité le maître de la Cyrénaïque, qu’il disposait de la seule force militaire du pays, qu’il contrôlait 85% de ses réserves de pétrole, 70% de celles de gaz, 5 de ses 6 terminaux pétroliers, 4 de ses 5 raffineries, et qu’il avait l’appui de la confédération tribale de Cyrénaïque ainsi que celui des tribus kadhafistes de Tripolitaine[1].
Le 25 juillet 2017, le président Macron a organisé une rencontre entre Fayez Sarraj et le général Haftar, ce dernier voyant ainsi sa stature internationale confortée. Les deux hommes ont conclu un accord non signé et non ratifié. 
Que peut-il en résulter alors que le général Haftar est le maître de la Cyrénaïque quand Fayez Sarraj ne contrôle même pas Tripoli et vit sous la menace permanente des milices ? 
Les deux hommes se sont engagés à organiser des élections. Certes, mais la Libye a déjà connu plusieurs scrutins qui n’ont à aucun moment permis d’avancer sur le chemin de la paix. De plus, comme le Conseil des tribus n’a pas été partie prenante à cet accord, si Seif al-Islam Kadhafi n’y est pas associé d’une manière ou d’une autre, il demeurera lettre morte.

*
La situation s’aggrave au Mali où, en dépit de l’accord de paix, les groupes armés signataires s’entretuent. Le climat sécuritaire du pays est plus mauvais aujourd’hui qu’il y a quatre ans, quand le président IBK a été élu. A l’insécurité dans le nord, s’ajoute en effet le centre du pays où, pudiquement, les observateurs parlent de « violences communautaires » pour ne pas dire  guerre ethno-tribale, l’islamisme n’étant ici que la surinfection d’une plaie ethnique.

*
Les Casques bleus de la mission de paix au Congo (Monusco) ont mis la main sur un missile sol-air récupéré sur une milice du Kivu armée par Kigali. Il porte les mêmes numéros de série et a été fabriqué à la même date (avril 1987), que les deux missiles qui ont abattu l’avion présidentiel rwandais le 6 avril 1994. Ces éléments sont contenus dans un rapport officiel de la Monusco dont le rédacteur demande qu’il soit transmis au P5 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité) ou au P3 (les trois membres occidentaux du conseil de sécurité), à défaut, aux autorités judiciaires françaises en charge de l’enquête concernant l’attentat du 6 avril 1994. 
Ce rapport a maintenant plus de 10 mois. Si l’ONU ne l’a pas encore transmis au juge Herbaut, cela démontrerait une fois de plus que certaines puissances ne veulent toujours pas, 22 ans après l’attentat qui fut le déclencheur du génocide du Rwanda, que la vérité soit faite sur son (ses) commanditaire(s).

[1] Pour tout ce qui concerne les tribus de Libye et leurs alliances, voir de Bernard Lugan Histoire de la Libye des origines à nos jours

mardi 25 juillet 2017

Pourquoi le général Lecointre est-il accusé par les amis du général Kagamé d’avoir « défendu les auteurs du génocide » du Rwanda ?

A peine nommé Chef d’Etat-Major des Armées, voilà le général Lecointre devenu la nouvelle cible des amis du régime de Kigali.
En 1994, le capitaine Lecointre, participa à l’opération humanitaire Turquoise, ce qui lui vaut d’être aujourd’hui accusé par l’Humanité - journal en cessation de paiement depuis 2000 et qui reçoit annuellement en moyenne 600 000 euros de subventions de l’Etat français (Source Contribuables associés)-, de complicité de génocide.
Cette accusation aussi violente qu’insensée a été portée dans un article au titre dénué de toute ambigüité : « Le nouveau chef d’état-major défendait les auteurs du génocide rwandais ». Parmi d’autres journaux, le Nouvel Observateur a ensuite imprudemment repris cet article-tract.

Imprudence en effet, parce que, avant d’en venir aux véritables raisons de cette attaque contre le général Lecointre, donc contre nos Armées, il importe de donner aux lecteurs de ce blog trois informations qui leur ont été soigneusement cachées par la presse. En premier lieu par le Figaro qui, au début du mois de juin 2017, fut particulièrement en pointe dans l’affaire des accusations portées par M. de Saint-Exupéry contre la France et son armée :

1) M. de Saint-Exupéry aurait alors été avisé de modérer ses propos puisque la Cour d’Appel de Paris, dans un arrêt du 18 décembre 2014, avait retenu le caractère diffamatoire de ses précédentes accusations portées contre les officiers français de l’opération Turquoise, excluant sa « bonne foi ». Or, à aucun moment, les journalistes qui, au mois de juin 2017 lui ouvrirent complaisamment leurs antennes ou leurs colonnes ne firent allusion à cette condamnation…

2) Contestant cet arrêt, M. de Saint-Exupéry s’était pourvu en Cassation. Or, dans un arrêt en date du 11 juillet 2017, la Cour de Cassation vient de rejeter son recours, estimant que la Cour d’Appel avait régulièrement jugé et qu’il y avait bien eu diffamation, condamnant de surcroît son auteur à une amende. La condamnation est donc définitive. Là encore, le silence des médias fut assourdissant…

3) Pour mémoire, dans l’affaire du général Quesnot, chef d’état-major particulier du président Mitterrand, la Cour de Cassation dans un arrêt du 14 janvier 2014 avait déjà fait litière des accusations portées contre l’armée française.

Alors pourquoi de telles campagnes de presse ? Les journalistes sont-ils à ce point ignorants ou arrogants qu’ils ne tiennent aucun compte des jugements rendus, reprenant inlassablement le « marronnier » de la prétendue « complicité française » dans le drame rwandais et cela dans l’ignorance bétonnée du dossier ? Pourquoi aujourd’hui cette attaque contre le général Lecointre ?

La réponse est claire. En mettant la pression sur Paris à travers des articles écrits par quelques spadassins de plume qui sont ses obligés ou ses dhimmis, le régime Kagamé se livre en réalité à un chantage: l’abandon de l’instruction des juges Herbaut et Poux dans l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Habyarimana contre la fin de la campagne médiatique anti-française.

Pour Kigali, il y a en effet péril en la demeure car l’étau se referme sur les auteurs de cet attentat qui déclencha le génocide du Rwanda. Voilà pourquoi une pression est exercée sur l’Etat français afin d’éviter la défaite judiciaire qui pourrait s’annoncer avec les conséquences cataclysmiques qui en découleraient car, comme l’a dit Madame Carla Del Ponte, Procureur du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) : « S’il était avéré que c’est le FPR qui a abattu l’avion du président Habyarimana, c’est toute l’histoire du génocide du Rwanda qu’il faudrait réécrire ».

Or, les éléments allant dans ce sens semblent s’accumuler comme je le montre dans le communiqué en date du 29 juin 2017 publié sur mon blog. D’autant plus qu’un rapport confidentiel de l’ONU dont l’Afrique Réelle publiera les principaux éléments dans le numéro que les abonnés recevront le 1er août prochain (pour vous abonner, cliquez ici), nous apprend que les Casques bleu de la mission de paix au Congo (Monusco) ont mis la main sur un missile sol-air de la même série et fabriqué à la même date (avril 1987), que ceux qui ont abattu l’avion présidentiel rwandais le 6 avril 1994, missile récupéré sur une milice du Kivu armée par Kigali…

Ce nouvel élément dans la question de savoir qui, le 6 avril 1994, a assassiné le président Habyarimana, déclenchant ainsi le génocide de 1994, vient donc encore alimenter le volumineux dossier des juges français en charge de l’enquête sur ce crime qui coûta la vie à deux présidents en exercice, celui du Rwanda et celui du Burundi, qui avaient pris place dans le même avion.
Comme, par les énormes pressions qu’ils exercèrent sur le Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, alliés du régime de Kigali, réussirent à interdire au TPIR d’enquêter sur cet attentat, seule l’enquête française pourrait donc permettre de connaître un jour la vérité.

Voilà pourquoi, pour Kigali, il est vital que cette enquête soit annulée ou suspendue. Et c’est encore pourquoi le général Lecointre est attaqué, le régime rwandais voulant à travers ce tir de semonce de très gros calibre, indiquer au gouvernement français qu’il ne relâchera jamais sa pression et qu’il ne reculera devant aucune attaque puisqu’il en va de sa survie…

Désormais, une seule question doit être posée : la France se laissera-t-elle une fois de plus intimider par le général Kagamé comme ce fut tant de fois le cas sous les présidences Sarkozy et Hollande ?
Dans une enquête très documentée parue dans le « UN », n°140 du 1° février 2017 sous le titre « Récit d’une manipulation », Pierre Péan explique en effet comment, à partir de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy et jusqu’au départ du juge Trévidic, un groupe comprenant diplomates, magistrats, politiques et hommes de l’ombre, groupe relayé par les réseaux pro-Kagamé français se serait ingénié à saboter l’enquête française sur l’attentat du 6 avril 1994. Cet article hautement explosif ne fut relayé par aucun média français bien qu’il détaille de nombreux et très graves faits d’entrave à la justice.
La nouvelle administration française décidera-t-elle de mettre enfin un terme à ces obscures pratiques pour dire clairement au général Kagamé que le temps des compromissions et des marchandages avec son régime est terminé ?

Le président de la République française qui s’est récemment plu à rappeler qu’il est le Chef des Armées, peut-il tolérer qu’un régime rwandais aux abois traîne ainsi son CEMA, donc les Armées françaises, dans la boue ?

Pour en savoir plus, voir le livre de Bernard Lugan :
Rwanda : un génocide en questions




















Editions du Rocher, 2014, 286 pages, cahier de cartes en couleur.

mercredi 12 juillet 2017

Saïd Bouteflika a besoin du soutien de Paris pour succéder à son frère. Que propose-t-il pour l’obtenir ?

Avec le régime algérien, rien n’est simple et rien ne doit être pris au premier degré. Y compris ses folles exigences de repentance. Ainsi, le 5 juillet 2017, quand, à l’occasion de la fête nationale, sourd, muet et quasi paralysé,  le président Abdelaziz Bouteflika publie un message diffusé par l’agence officielle APS dans lequel « il » écrit : « Notre peuple exige (je souligne) toujours une reconnaissance de ses souffrances de la part du colonisateur d’hier, la France ».
Au-delà de cet exercice de style incantatoire, mécanique et convenu, passons à l’essentiel du message. Ceux qui tiennent la main du président Bouteflika s’y adressent plus aux Français qu’aux Algériens. Un paradoxe le jour de la fête nationale algérienne…. Après avoir insulté la France, voilà qu’ils y affichent une claire intention d’établir avec elle des rapports enfin apaisés à travers « un partenariat d’exception qui se doit d’être mutuellement bénéfique ».
« Mutuellement bénéfique » signifiant donnant-donnant, que demande donc le clan Bouteflika aux abois ? Tout simplement qu’Emmanuel Macron entérine la succession « à la cubaine » qu’il prépare, Saïd Bouteflika prenant alors la place de son frère Abdelaziz. En échange de cet aval français qui ouvrirait la voie à une reconnaissance internationale, les services algériens « aideraient » Paris dans un dossier malien de plus en plus pesant, mais dont ils connaissent intimement certains des principaux acteurs…

Explications :

La suite de cette analyse est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle. Pour la recevoir par courriel, vous devez être abonné. 

mardi 4 juillet 2017

L'Afrique Réelle N°91 - Juillet 2017


























Sommaire
  
Actualité :
- L’isolement du Qatar va-t-il favoriser un règlement de la question libyenne ?
- Centrafrique : tous contre tous… et contre les Peul

Dossier : Afrique du Sud
- En 25 ans, l’ANC a réussi à ruiner un pays prospère…
- La faillite économique
- Une agriculture florissante mais menacée
- Jacob Zuma peut-il survivre au « Gupta Gate » ?


Editorial de Bernard Lugan :
Afrique du Sud et RCA, le mythe démocratique à l’épreuve des réalités

En trois décennies, Nelson Mandela, président de la République du 10 mai 1994 au 14 juin 1999, puis ses successeurs, Thabo Mbeki (1999-2008) et Jacob Zuma (depuis 2009), ont transformé un pays qui fut un temps une excroissance de l’Europe à l’extrémité australe du continent africain, en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par quelques secteurs ultraperformants de plus en plus réduits encore dirigés par des Blancs.

Pouvait-il en être autrement quand depuis 1994, la « Nouvelle Afrique du Sud » s’est construite sans tenir compte de la réalité ? La « nation arc-en-ciel », paradis post-apartheid, moderne version de la « société sans classes » qui était postulée naître de la fin du régime blanc est en effet vite apparue comme un « miroir aux alouettes ». Produit de la niaiserie occidentale, ce dernier a interdit de voir que l’Afrique du Sud ne constitue pas une Nation, mais une mosaïque de peuples différents rassemblés ou juxtaposés par le colonisateur britannique. Des peuples dont les références culturelles sont étrangères et même irréductibles, les unes aux autres. 
Durant des années, le culte planétaire quasi religieux rendu à Nelson Mandela, le dithyrambe outrancier chanté par des hommes politiques opportunistes et des journalistes tant incultes que formatés, a masqué le réel. Aujourd’hui, la messe est dite et à travers les dernières fumées de l’encens, le cercueil de la vieille Afrique du Sud apparaît bien vermoulu… 
En Centrafrique, nous assistons au début d’une situation « à la libérienne ». Mais à l’échelle de l’Afrique centrale car, en raison des apparentements transfrontaliers, des risques de contagion se profilent déjà en Ouganda, en RDC, au Soudan, au Cameroun, au Congo et au Tchad. 
Le risque de résurgence de conflits pré-coloniaux alimentés par la prédation était connu et c’est pourquoi il importe de désigner ceux qui, par ignorance ou par idéologie ont permis leur extension :
- Le premier est Nicolas Sarkozy qui décida d’évacuer l’emprise militaire française de Birao, clé de toute la région et axe traditionnel des invasions venues du Soudan en direction à la fois du fleuve et du lac Tchad.
- Le second est François Hollande. Alors qu’il aurait dû ordonner de « traiter » les coupeurs de route du Seleka avant leur marche sur Bangui, il les laissa au contraire agir. Puis, quand, début 2014, il lança l’Opération Sangaris, il ne donna pas de mission claire à nos troupes, se refusant à désigner l’« ami » et l’« ennemi », plaçant nos soldats entre le marteau et l’enclume. Plus grave encore, il les encalmina à Bangui alors que l’objectif eut dû être Birao afin de couper le Seleka de ses bases soudanaises. 
Prisonnier du postulat démocratique François Hollande ne cessa ensuite d'affirmer que la résolution de la crise se ferait par la reconstruction de l’Etat à travers des élections, ce qui conduisit automatiquement à une ethno-mathématique. L’élection, le 14 février 2016, de Faustin-Archange Touadéra à la présidence de la République, fit en effet que les plus nombreux, c'est à dire les sudistes, revinrent automatiquement au pouvoir, alimentant encore davantage la furie des moins nombreux, c'est à dire les nordistes…