vendredi 5 mai 2017
mardi 2 mai 2017
L'Afrique Réelle N°89 - Mai 2017
Actualité :
- Libye : la guerre entre le général Haftar et Misrata a
éclaté
- Corne de l’Afrique : les conséquences de la guerre du
Yemen
Dossier : Kasaï, la résurgence des réalités ethniques
- Les Lulua, les Luba-Kasaï et les autres
- Aux sources des actuels évènements
- L’ethno-fédéralisme congolais
- Le démembrement du Katanga et du Kasaï
Géopolitique :
Journée de la géopolitique de l'Afrique à l'île Maurice
Histoire :
« Les vampires » à la fin de la guerre d’Algérie
Editorial de Bernard Lugan
Dans les pays de l'hémisphère nord, la vie politique repose sur des convictions communes et sur des programmes politiques transcendant les différences culturelles, sociales ou régionales. L'addition des suffrages individuels y fonde la légitimité politique.
Dans les Afriques où les sociétés sont communautaires, hiérarchisées et solidaires, l'ordre social et politique ne repose pas sur les individus, mais sur les groupes. Voilà pourquoi le principe démocratique du « one man, one vote » y conduit à l’impasse et au chaos.
La question de la redéfinition de l'Etat, donc de la place des ethnies dans la société, constitue le principal problème politique et institutionnel que l'Afrique doit résoudre. Mais, pour cela, il ne faut pas commencer par nier la réalité ethnique. Or, tout à son universalisme, l’africanisme français et plus largement francophone, a décidé de bannir le fait ethnique car jugé trop « identitaire ». Ses grands prêtres, à l’image de Jean-Pierre Chrétien, de Jean-Loup Amselle, de Catherine Coquery-Vidrovitch, d’Elikia M'Bokolo et de leurs disciples, vont même jusqu’à soutenir, certes avec des nuances, que les ethnies ont une origine coloniale. Une telle arrogance doctrinale sous-entend donc que les peuples africains ont reçu des colonisateurs jusqu’à leur nom et leur identité. Jean-Pierre Chrétien est tout à fait clair à ce sujet quand il ose écrire que : « L’ethnicité se réfère moins à des traditions locales qu’à des fantasmes plaqués par l’ethnographie occidentale sur le monde dit coutumier ». Or, comme l’a remarqué avec justesse Axel Eric Augé, un sociologue français d’origine gabonaise : « En somme, les Africains étaient une masse indifférenciée et attendaient les Européens pour ressentir des phénomènes identitaires ! ».
Certes, l'ethnie n'explique pas tout…, mais rien ne peut être expliqué sans elle. L’histoire contemporaine de l’Afrique s’écrit ainsi autour des ethnies, comme l’actualité le montre quotidiennement, et de manière souvent dramatique.
La question des frontières étant figée car il n’est pas raisonnable de penser vouloir donner un territoire à chacune des 1500 ethnies africaines, comment faire pour pondérer l’ethno-mathématique électorale dans les pays où les populations sont juxtaposées ou enchevêtrées ?
Au Nigeria, les Britanniques avaient trouvé la solution consistant à définir des grandes zones administratives autour des trois grandes ethnies régionalement dominantes, à savoir les Haoussa-Peul-Kanouri au nord, les Yoruba et les Ibo au sud. Le « one man one vote » a ruiné cette politique de coagulation régionale et a au contraire provoqué l’émiettement administratif autour de 36 Etats, ce qui rend le pays ingérable.
Au Mali, l’alternative à l’éclatement du pays se trouve dans un large fédéralisme ethno-régional avec la région de Kidal dirigée par les Touareg, celle de Tombouctou par les Arabes et alliés, celle de Bamako par les Bambara et alliés, celle de Mopti par les Peul, etc. Toute autre solution est vouée à l'échec car les élections au « one man one vote » donneront toujours le pouvoir aux plus nombreux. Ceci fait que le problème du Nord ne sera jamais réglé. En définitive, le vote serait individuel au seul niveau régional, entre populations apparentées qui éliraient un nombre égal de députés, nonobstant leur poids démographique. Au niveau national, le pouvoir serait l’émanation de cette représentation. Mais ne rêvons pas. Les plus nombreux n’accepteront jamais cette évolution constitutionnelle marquant la fin de leur domination ethno-mathématique. La solution des problèmes politiques africains n’est donc pas pour demain…
jeudi 20 avril 2017
Le « développement » n’arrêtera pas la migration africaine vers l’Europe
On
ne ment ni à la géographie, ni à la démographie. La première montre que l’Afrique
est l’arrière-cour de l’Europe ; la seconde enseigne qu’un trop plein
démographique se déverse automatiquement dans un vide démographique.
Face à cette double réalité, confrontés à une migration de masse qu’ils
refusent de nommer, les dirigeants européens s’accrochent au mythe du « développement » postulé
être un ralentisseur migratoire.
Or,
comme je l’ai expliqué dans mon livre « Osons dire la vérité à l’Afrique », le développement
est une illusion. Pour trois raisons principales :
1) A supposer qu’il ait une efficacité, le « développement » ne pourrait avoir que des effets à très long terme ; or, il y a urgence.
2) Tout a déjà été tenté en ce domaine. En vain, car, dans les Afriques, la démographie est plus forte que la croissance. Un exemple : depuis 1960, la production agricole y a augmenté de 45%, mais la démographie de 110%...
3) Comme la croissance économique africaine (entre 1,4% et 1,6% en 2016), est inférieure à la croissance démographique (4%), comment, dans ces conditions prétendre « développer » un continent qui, d’ici à 2030, verra sa population passer de 1,2 milliard à 1,7 milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an ?
1) A supposer qu’il ait une efficacité, le « développement » ne pourrait avoir que des effets à très long terme ; or, il y a urgence.
2) Tout a déjà été tenté en ce domaine. En vain, car, dans les Afriques, la démographie est plus forte que la croissance. Un exemple : depuis 1960, la production agricole y a augmenté de 45%, mais la démographie de 110%...
3) Comme la croissance économique africaine (entre 1,4% et 1,6% en 2016), est inférieure à la croissance démographique (4%), comment, dans ces conditions prétendre « développer » un continent qui, d’ici à 2030, verra sa population passer de 1,2 milliard à 1,7 milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an ?
Ce
n’est donc pas de « développement » dont l’Afrique a besoin, mais
d’une natalité raisonnable. A défaut, des dizaines de millions d’Africains continueront
à rêver de venir s’installer en Europe où, par hédonisme, les femmes
n’enfantent plus, où les hommes ont honte de leur virilité, où les vieillards
sont désormais majoritaires et où les animaux de compagnie ont remplacé les
enfants.
Explication.
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mardi 18 avril 2017
dimanche 2 avril 2017
L'Afrique Réelle N°88 - Avril 2017
Actualité :
- Le lac Tchad : Nouveau sanctuaire de Boko Haram
- Libye : Le retour de Seif al-Islam Kadhafi
Controverse Macron :
La colonisation française, une idée de gauche qui fut
réalisée par la droite
Algérie : L’histoire à l’endroit
Deuxième partie : L'insurrection de Sétif
Editorial de Bernard Lugan
Supprimer le franc CFA : une urgence politique pour la France et une urgence psychologique pour l'Afrique
Après les prochaines élections présidentielles, la France devra se débarrasser du boulet politique que constitue le franc CFA.
Le franc CFA (Franc des colonies françaises d’Afrique) a été créé le 26 décembre 1945. En 1958, il est devenu Franc de la communauté française d’Afrique. Aujourd’hui, il a deux noms car, dans la réalité, deux CFA existent :
- Pour les pays de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) il est le Franc de la Communauté Financière d’Afrique.
- Pour les pays de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale), il est le Franc de la Coopération Financière en Afrique centrale.
Dans la réalité, peu importe que le CFA garantisse la stabilité des monnaies des pays membres, qu’il oblige les Etats à gérer leur monnaie et que, comme les émissions dépendent de la Banque de France, il y ait impossibilité pour les pays concernés de faire marcher la « planche à billets ».
Peu importe également que la France garantisse les transactions. Peu importe enfin que les monnaies nationales de pays à faible revenu ne vaudront plus rien si elles ne sont pas adossées à une monnaie forte ; d’autant plus que, dans tous les cas, les échanges se feront en dollars ou en euros.
Peu importe tout cela car, et une fois pour toutes, en Afrique, le CFA est vu comme une survivance coloniale. Dans ces conditions, la France n’a aucun intérêt à son maintien.
D’autant plus qu’économiquement, la zone CFA ne compte pas pour elle. Ainsi :
- En 2015, alors que la totalité de ses exportations mondiales était de 455,1 milliards d’euros, la France a vendu à la seule Afrique sud saharienne pour 12,2 milliards d’euros de biens et marchandises, soit 2,68% de toutes ses exportations. Sur ces 12,2 milliards d’euros, la zone CFA en a totalisé 46%, soit environ 6 milliards d’euros, soit à peine 1,32% de toutes les exportations françaises. Pour ce qui est des importations, les chiffres sont voisins.
- La zone CFA n’est plus cette « chasse commerciale gardée » permettant aux productions françaises de bénéficier d’une sorte de marché réservé comme certains l’affirment. En 2015, la part de la France dans le marché de cette zone ne fut en effet que de 11,4%, loin derrière la Chine.
L’intérêt politique de la France est donc de supprimer le CFA afin d’en finir une fois pour toutes avec les sempiternelles accusations de néocolonialisme.
mercredi 22 mars 2017
Quand les Berbères cesseront-ils d’être colonisés ?
Pour le courant arabo-musulman
nord-africain, l’islamisation a marqué la fin de l’histoire des Berbères, leur
conversion à l’Islam les ayant inscrits de façon irréversible dans l’aire
culturelle de l’arabité. Dans les années 1950, en pleine crise berbériste, la
revue Al Maghrib écrivit même que les
Berbères ne pouvaient accéder au Paradis que s’ils se rattachaient à des
lignées arabes. Leur salut passait donc par leur intégration au peuple ayant
donné naissance à l’ultime messager de Dieu. En un mot, le salut par le suicide
ethno-national…
Par le passé, des clans et des
tribus berbères ont ainsi trahi leurs ancêtres et renié leurs propres
généalogies pour entrer dans celles des qabila
arabes. Voilà pourquoi leurs descendants sont aujourd’hui persuadés être
d’origine arabe alors qu’ils sont des Berbères « raciaux » dont les
aïeux furent linguistiquement arabisés, religieusement islamisés et
ethniquement acculturés.
Pour les Berbères ayant conservé
leur identité, la fin de la période française ne fut que la première étape de
la libération, ce qui fit dire à Mohammed Chafik : « Et si l’on décolonisait l’Afrique du Nord pour de bon ? »
(Le Monde amazigh, n° 53, novembre 2004). Paniqués à l’idée d’un réveil
de la belle endormie berbère qui pourrait entraîner à la fois le rejet de
l’arabité et celui de l’islam, les dirigeants algériens échouèrent à tenter de
fondre le peuple indigène dans un artificiel nationalitarisme arabo-musulman. Ayant
pris le relais, les salafistes, les wahhabites et les diverses obédiences islamistes
cherchent actuellement à dissoudre l’identité berbère dans l’universalisme
musulman et la Umma. Une course
contre la montre est donc engagée entre l’identité enracinée et le broyeur
universaliste.
Portés par le réveil identitaire
planétaire, les Berbères vont-ils prendre véritablement conscience de leur
situation de colonisés ? S’ils parvenaient au terme de leur réappropriation
historique, culturelle et politique, la géopolitique de la Méditerranée serait alors
bouleversée. Redevenu la Berbérie, le Maghreb cesserait en effet de regarder
vers l’Orient pour revenir dans sa matrice occidentale. Comme avant la conquête
arabo-musulmane du VIIIe siècle.
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mercredi 15 mars 2017
Utilisation fallacieuse de mon nom
Mon nom étant actuellement
utilisé sans mon accord par plusieurs sites ou radios, je
porte à la connaissance du public que :
- Je
ne dispose d’aucun compte Facebook, ce qui signifie donc que tous
les comptes ouverts à mon nom sont des faux.
- Contrairement
à ce qui est indiqué sur son site, je ne suis pas, et je n’ai jamais été « collaborateur »
à la revue Jeune Nation.
- Comme
cela s’est une nouvelle fois produit le lundi 13 mars 2017, Radio Courtoisie
utilise mes anciens enregistrements,
laissant ainsi entendre que je participerais toujours à ses activités. M’étant mis
en congé d’une station à laquelle j’ai consacré plusieurs années d’activité
bénévole, et m’étant depuis scrupuleusement tenu à l’écart des conflits l’agitant, je ne
puis accepter que mon nom serve ainsi de faire-valoir.
J’ai donc demandé à mon avocat de
veiller à la défense de mon indépendance, de ma réputation et de mes intérêts.
jeudi 2 mars 2017
L'Afrique Réelle N°87 - Mars 2017
Actualité :
- Mali : comment contrer la nouvelle stratégie des jihadistes
?
- La tension entre l’Egypte et l’Ethiopie
Dossier : Algérie
- Retour sur la polémique Macron
- L’histoire à l’endroit (première partie, des origines à 1871)
Editorial de Bernard Lugan :
Démocratie et démographie : les deux plaies de l’Afrique
A lire les médias, à écouter les « spécialistes », si l’Afrique est sinistrée, c’est parce qu’elle subit un déficit de développement. La solution est donc simple : injecter une aide de plus en plus en plus massive et imposer la démocratisation.
L’erreur est évidement totale car, primo, les critères de pauvreté définis en Europe ne sont pas ceux de l’Afrique et, secundo, politiquement, entre nos sociétés individualisées et celles, communautaires, du continent africain, les critères sont très différents. De plus, les problèmes qui se posent au nord du Sahara ne sont pas ceux des pays situés au sud du désert.
La seule approche réaliste de la question est fondamentalement géographique et ethno-historique car, et certains l’oublient trop souvent, le continent africain a une histoire différente de celle de l’Europe.
Alors qu’en Europe les grands phénomènes historiques ou civilisationnels furent continentaux, tel ne fut pas le cas dans les Afriques. Toute l’Europe fut en effet concernée par la fin de l’Empire romain et par la greffe chrétienne sur le vieux tronc païen. Puis, en sa totalité, elle fut irriguée par l’art roman et par le gothique. De même, toute entière, elle fut concernée par la Renaissance, par la Réforme, par la période dite des Lumières, puis par les révolutions politiques et industrielles.
Dans les Afriques, tout au contraire, les phénomènes historiques eurent le plus souvent des conséquences uniquement régionales, hormis dans le cas de la colonisation. Sauf rares exceptions, il n’y eut pas de dépassement ou de coagulation de l’ethnie ; même en cas de constitution d’empires. Ces derniers furent en effet toujours étroitement ethno centrés ou formés par le rassemblement de tribus ou de clans appartenant aux mêmes ensembles ethniques ; les exemples des royaumes Luba, Lunda, Shona, Zulu ou d’Imérina à Madagascar illustrent avec force cette grande originalité.
La conquête coloniale se fit généralement à l’avantage des pôles littoraux avec lesquels les Européens avaient noué de séculaires relations et qui, dans bien des cas, avaient été leurs partenaires durant l’époque de la traite esclavagiste. A l’intérieur, les Empires qui résistèrent furent défaits au profit des populations qu’ils dominaient.
La colonisation cassa ainsi plusieurs « Prusses » africaines potentielles ou en devenir : Madagascar et la monarchie hova, l’Empire de Sokoto, les royaumes ashanti et zulu, les ensembles créés par el-Hadj Omar ou par Samory. Elle en subjugua d’autres, les arrêtant durant une phase expansionniste de leur histoire, comme l’Etat tutsi rwandais coupé de son exutoire du nord-ouest Kivu et ramené sur les hautes terres bordières de la crête Congo-Nil ; ou encore comme l’Ethiopie, empêchée de regagner un accès à la mer en raison de l’installation italienne en Erythrée. La colonisation procéda également par amputation comme dans le cas du Maroc, Etat millénaire territorialement découpé au profit de l’Algérie et de la Mauritanie, deux créations françaises.
Puis, au moment des indépendances de la décennie 1960, l'insensé maillage frontalier donna naissance à autant de « prisons de peuples ». Et pour encore aggraver la situation, la démocratisation fut imposée à l’intérieur de ces coquilles vides. Résultat, ce plaquage européo-centré déboucha sur l’ethno-mathématique, autrement dit sur la victoire des peuples les plus nombreux, ce qui encouragea encore davantage cette course à la natalité qui va achever de tuer le continent.
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