Tel Cyrano, me « bouchant le nez devant l’azur », je laisserai
à d’autres le soin de dénoncer le discours de François Hollande devant les
députés algériens pour m’en tenir à la seule question du Mali.
Quand les services français et les hommes de terrain démontraient qu’il
était impératif de soutenir les Touareg contre les islamistes, les conseillers de
l’Elysée considéraient qu’une telle analyse relevait du romantisme colonial, parce
que nous ne sommes plus à l’époque de l’Escadron blanc. Englués dans leur idéologie
et donc totalement déconnectés des
réalités, ils soutenaient au contraire l’idée d’une rocambolesque intervention
de la CEDEAO, ce volapuk ouest africain,
cache-sexe de leur incompétence ou, comme l’aurait dit Péguy, de leurs « lâchetés
civiques et intellectuelles ».
Or, miracle de Notre Dame d’Afrique, il aura suffi de quelques minutes à
peine au président Bouteflika pour convaincre François Hollande qu’il
s’agissait pourtant là de la seule politique réaliste à tenir dans la région et
qu’il convenait donc d’oublier une intervention militaire à laquelle l’Algérie
était, avec raison, totalement opposée (voir mes précédents communiqués à ce
sujet).
Maître en matière de langage convenu, le Figaro a merveilleusement bien résumé ce retournement par un
titre : « Paris et Alger convergent sur le dossier malien ».
Singulière convergence en effet quand, en réalité, François Hollande, avec la
fermeté de vues que nous lui connaissons, s’est purement et simplement rallié
aux options d’Alger…
Face à cette insolite mais néanmoins louable reculade, comment vont donc
réagir les « conseillers » de l’Elysée dont la principale activité a
consisté jusque là à dynamiter les analyses que les militaires font
« remonter » depuis le terrain? Vont-ils continuer à bloquer l’aide
aux Touareg, permettant ainsi aux islamistes de conforter leurs positions, ou
bien vont-ils soutenir la nouvelle politique française qu’il va falloir
expliquer à nos amis de la région sahélienne ? Comme ce changement a été
décidé par l’Algérie, gageons que tous les héritiers des « porteurs de
valises » l’adopteront, soit avec l’ethno-masochisme des collabos, soit
avec la résignation des dhimmis …
Bernard Lugan
20/12/12