lundi 17 décembre 2012

Que faut-il attendre du voyage de François Hollande en Algérie ?


Les 19 et 20 décembre, accompagné de huit ministres et de l’incontournable Benjamin Stora, François Hollande effectuera un voyage officiel en Algérie. Deux mois après avoir rendu un scandaleux hommage aux prétendues « victimes » d’une manifestation interdite qui, le 17 octobre 1961, et alors que la France était en guerre, tentèrent un coup de force en plein Paris, saura t-il se comporter en chef de l’Etat et non plus en militant sectaire? Nous le saurons sous peu.

Au Maghreb, la France avait deux alliés historiques, le Maroc et la Tunisie, et un partenaire, l’Algérie, avec lequel les rapports sont à la fois compliqués et complexes. La Tunisie étant désormais hors jeu, le dernier véritable ami régional de la France est donc le Maroc. Le voyage du président français va-t-il être une opération de bascule au profit de l’Algérie ou un simple rééquilibrage dans les relations entre Paris, Rabat et Alger? Au-delà des polémiques et de la guerre des mémoires, où en sont les relations entre la France et l’Algérie ? Peuvent-elles être influencées par le voyage présidentiel ?

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mardi 11 décembre 2012

La Tunisie deviendra-t-elle le « Tunistan » ?

Passés en quelques mois de la clandestinité au pouvoir, les islamistes du parti Ennahdha sont engagés dans une politique de fuite en avant. Premier parti à l’issue du scrutin à l’assemblée constituante du 23 octobre 2011, mais minoritaire dans l’absolu, Ennahdha qui a obtenu 89  sièges sur 217 fut contraint de constituer une coalition avec deux partis de « centre gauche ». Aujourd’hui, fragilisés par le naufrage économique et social de la Tunisie, les islamistes veulent faire passer en force leurs principes théocratiques afin d’empêcher tout retour en arrière.

Face à eux, et selon les sondages, deux Tunisiens sur trois considèrent que la situation du pays est mauvaise ou très mauvaise, mais cette masse de mécontents est à la fois inorganisée et divisée ; quant à l’armée, elle n’a pas le même poids historique qu’en Egypte. La seule force d’opposition cohérente est donc l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) qui revendique 500 000 membres et qui est en guerre ouverte contre les « barbus ». Pourra t-elle empêcher que la Tunisie se transforme en « Tunistan » ? Nous le saurons dans quelques heures puisque le puissant syndicat a décrété une grève générale et une mobilisation de grande ampleur pour le 13 décembre; il sera alors possible mesurer sa représentativité.

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samedi 8 décembre 2012

Egypte : révélations sur le coup d’Etat « discret » du 7 décembre 2012

Le 8 décembre au matin, dans un communiqué particulièrement clair, l’armée égyptienne a mis en garde les Frères musulmans, soulignant que les méthodes du président Morsi, à savoir les pleins pouvoirs qu’il venait de s’octroyer afin de faire adopter en force une constitution théocratique, allaient faire emprunter à l’Egypte « un sentier obscur qui déboucherait sur un désastre, ce que nous (l’armée) ne saurions permettre ». C’est en maîtresse de la situation que parlait l’armée. Elle était fondée à le faire car, dans la nuit du 7 au 8 décembre 2012, elle avait en effet réussi un coup d’Etat « discret ». Le second en un an. Le premier s’était produit le 10 février 2011 et il était dirigé contre Hosni Moubarak ; le second, celui de cette nuit, le fut contre les Frères musulmans. Explication et révélations sur ces deux évènements de très haute importance.

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jeudi 6 décembre 2012

Egypte : le dessous des cartes


Comme il fallait s’y attendre, et comme je l’ai annoncé depuis plus d’un an, notamment sur ce blog, l’Egypte est en phase de pré guerre civile. Si la situation devait empirer, son poids démographique, son déficit alimentaire chronique, l’enchevêtrement de ses populations et son environnement géopolitique, feraient que les évènements y auraient des conséquences encore plus importantes que celles que nous observons plus à l’ouest depuis l’élimination du colonel Kadhafi.

S’il n’est pas question d’annoncer le résultat de la partie qui se joue sous nos yeux, il est cependant possible d’identifier les acteurs qui ont pris place autour du tapis car la vie politique égyptienne est organisée autour de quatre grandes forces :
  
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mardi 4 décembre 2012

L'Afrique Réelle N°36 - Décembre 2012






 

 

















SOMMAIRE :

Actualité : L'année 2012 en Afrique

Dossier : Les Etats-Unis et l'Afrique

- La nouvelle politique africaine des Etats-Unis
- L'AGOA et ses limites
- La fragilité des partenaires privilégiés
- La politique militaire des Etats-Unis en Afrique

Repentance européenne : La révolte des Mau-Mau


Editorial de Bernard Lugan : Mali, le dessous des cartes

Compte tenu de l’état de l’armée malienne et des difficultés rencontrées dans la constitution du contingent promis par la Cedeao, la reconquête du nord Mali ne semble pas pouvoir être programmée avant la fin de la prochaine saison des pluies, donc pas avant les mois de septembre-octobre 2013. D’ici là, les formateurs étrangers, notamment français, auront la lourde tâche de créer en quelques mois une force de 2600 combattants maliens.

En attendant, les négociations qui vont bon train et qui se déroulent en coulisses à Ouagadougou sont peut-être en passe de rebattre les cartes. 
Ces pourparlers qui se font à deux niveaux concernent d’une part les Touareg du MNLA et ceux d’Ansar Eddine, d’autre part ces deux mouvements et les « autorités » de Bamako avec pour objectif d’isoler les islamistes. 

Les signes de l’évolution du dossier sont de plus en plus nets. 
Le 16 novembre 2012, les autorités burkinabe déclarèrent ainsi que le MNLA et Ansar Eddine étaient disposés à négocier avec Bamako. Certains responsables d’Ansar Eddine allèrent alors jusqu’à affirmer qu’ils se joindront à l’entreprise qui visera à libérer le nord du Mali des « groupes étrangers » - lire islamistes -, qui l’occupent.
En retour, le 18 novembre, les autorités maliennes, par la voix du Premier ministre Modibo Diarra répondirent favorablement à cette ouverture en soulignant que le MNLA et Ansar Eddine étant composés de Maliens, rien n’interdisait donc de négocier avec eux.
Parallèlement la reprise du dialogue entre les factions Touareg et Bamako, le rapprochement inter-Touareg est engagé.
Ses trois principales composantes sont :

1) Le MNLA qui n’a plus de position hégémonique depuis qu’il a été écrasé par les islamistes.
2) Ansar Eddine dont le chef, l'Ifora Iyad Ag Ghali n’a jamais véritablement coupé les ponts avec les autres Touareg et qui a, semble t-il, réussi à ramener à lui la plupart de ceux qui avaient rejoint Aqmi. Son jeu est complexe car après s’être aligné sur les positions extrémistes des fondamentalistes islamistes, aujourd’hui, il est prêt à leur faire la guerre.
3) Les forces du colonel Ag Gamou, un Imghad replié au Niger et qui pense pouvoir engerber des combattants issus des diverses populations du nord Mali comme les Songhay, les Peul, les Arabes et certains touareg. Le colonel Ag Gamou est soutenu par l’Algérie.
De leur côté, les islamistes n’ignorent pas qu’ils risquent de devoir combattre sur plusieurs fronts à la fois. Comme ils n’ont jamais fait du Mali leur objectif prioritaire, lorsque le danger se précisera, ils abandonneront donc leurs positions de Tombouctou et de Gao pour se diluer dans le désert afin de se porter sur le sud de la Libye. Les conditions régionales y sont idéales pour la constitution d’un « Sahélistan » aux confins du Tchad et du Darfour, cependant qu’un continuum fondamentaliste pourra être établi avec les islamistes de Boko Haram du nord Nigeria.

dimanche 25 novembre 2012

Pourquoi cette nouvelle guerre au Kivu ?

Changement de formule :


Depuis 2010,  l’Afrique Réelle publie un numéro par mois à l’intention de ses abonnés, ainsi que des analyses et des notes de situation sous forme de  communiqués. Ces documents qui n’ont pas d’équivalent sont le produit d’un important travail. Jusqu’à présent, ils étaient publiés gratuitement sur le site Internet de la revue et envoyés, tout aussi gratuitement, à un fichier de plusieurs milliers d’internautes. Les analyses qu’ils contiennent ont, durant ces dernières années, servi de base de données à de nombreux utilisateurs qui les ont reprises à leur compte sans naturellement citer la source. Désormais, ces analyses seront réservées aux seuls abonnés à l’Afrique Réelle qui les recevront au cas par cas en plus des 12 numéros de la revue. Le site Internet de la revue annoncera leur publication et leurs anciens destinataires gracieux seront avisés par e-mail. Pour continuer à recevoir ces fiches, il devient donc, à partir d’aujourd’hui, nécessaire de souscrire un abonnement à l’Afrique Réelle. 

20 000 Casques bleus sont stationnés en RDC dans le cadre de la Monusco (Mission des Nations Unies au Congo). Leur entretien coûte 1 milliard de dollars par an à la communauté internationale (trois fois plus que la Finul). Sur cette somme, la France participe pour 1,84 million de dollars en versement direct, plus sa quote-part dans les 16,8 millions de dollars versés par la Commission européenne...
Pourquoi ces « soldats de la paix » n’ont-ils rien tenté pour s’opposer à l’actuelle offensive du Rwanda dans le nord Kivu ? La réponse est simple : le Rwanda a reçu le feu vert des Etats-Unis dans sa politique visant à faire du Kivu un protectorat. 

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vendredi 23 novembre 2012

Mali : l’indécision française peut-elle déboucher sur la création d’un « Sahélistan » ?


Au  mois de janvier 2012, au Mali, la résurgence d’une crise née au moment des indépendances, imposait de fixer l’abcès afin d’éviter sa dissémination et pour ensuite le traiter en profondeur à travers trois volets :

- Politique, en prenant en compte la légitime revendication des populations nordistes, notamment celle des Touareg,
- Diplomatique, en faisant comprendre à l’Algérie que si ses intérêts régionaux n’étaient à l’évidence pas ceux de la France, les nôtres ne s’effaceraient pas devant les siens,
- Militaire, en appuyant les Touareg contre les groupes islamiques qui, à l’époque, totalisaient moins de 300 combattants qui avaient commis l’erreur de sortir de la clandestinité désertique pour se rassembler à Gao et à Tombouctou.

Au lieu de cela, dans la plus totale indécision doublée d’un manque absolu de vision géostratégique, la France :

- S’est réfugiée à l’abri du principe de l’intangibilité des frontières,
- A cédé devant les exigences algériennes de non intervention,
- A camouflé sa pusillanimité derrière l’argument d’une « action » de la CEDEAO, ce « machin », ce « volapuk », cette tour de Babel, dont l’efficacité militaire relève de la méthode Coué,
- A laissé les islamistes liquider militairement les Touareg.

Le résultat de cette addition de démissions décisionnelles est qu’un incendie limité pouvant être rapidement éteint, notamment au moyen d’une de ces opérations « discrètes » que nos forces savent encore si bien mener, est aujourd’hui devenu un foyer régional de déstabilisation. En effet :

1) Le Mnla ayant été militairement défait et repoussé vers la frontière algérienne, les islamistes qui ne risquent  plus d’être pris à revers sur leur flanc nord ont désormais toute la profondeur saharienne pour manœuvrer. Quant à leur flanc ouest, il semble également s’ouvrir car au sein des tribus arabes de Mauritanie, certains, de plus en plus nombreux, commencent à se poser des questions…

2) Sur le flanc oriental la situation leur devient également de plus en plus favorable car le chaos en retour se fait sentir en Libye où tout le sud du pays est mûr pour devenir un nouveau Mali. Quant au sud de la Tunisie, la contamination y a largement commencé.

3) La contagion n’est plus qu’une question de temps au Tchad et au Darfour cependant qu’un continuum fondamentaliste est en passe de s’établir avec les islamistes de Boko Haram du nord Nigeria.

Ainsi donc, le « Sahélistan », fantasme il y a encore quelques  mois, devient-il peu à peu réalité. L’une de ses forces est qu’il s’agit d’une résurgence historique  ramenant directement aux jihad sahéliens du XIX° siècle qui enflammèrent la totalité de la région depuis le Soudan à l’Est jusqu’au Sénégal à l’Ouest[1]. Or, l’islamisme sahélien de 2012 s’abreuve à cette « fontaine de rêve » fermée par la colonisation. Comment cette réalité inscrite dans la longue durée peut-elle être  comprise par des journalistes ou des politiciens esclaves de l’immédiateté et de leur inculture ? Comment pourrait-elle l’être par ces « africanistes » élyséens dont la principale activité semble être de torpiller les informations que les militaires font « remonter » depuis le terrain ?

Dans le Sahel, au cœur de ce qui fut notre « pré carré », ceux qui inspirent la politique de la France ont donc laissé s’écrire le même scénario que celui que nous avons connu dans la région des Grands Lacs et qui peut être exposé en quatre points :

1) Une erreur d’analyse reposant sur la priorité donnée aux postulats idéologiques aux dépens des réalités géographiques, anthropologiques et historiques.

2) L’absence de toute véritable stratégie de défense.

3) Le tropisme de l’abandon de nos alliés ou amis.

4) La place laissée libre à des acteurs extérieurs. Dans le cas présent, l’Algérie et les Etats-Unis qui attendent le moment propice pour intervenir, mais à leur manière. Les conséquences de l’incompétence hexagonale seront alors camouflées sous l’alibi facile de « complot anglo-saxon » contre les intérêts français...

Alors que tout ce qui se passe dans la zone concernée nous est connu, alors que nous savons tout, et au-delà, de ceux qui la déstabilisent, alors que nous y disposons de tous les réseaux utiles, alors enfin que, parfaitement immergées, nos forces auraient pu rapidement « régler » le problème, l’Elysée a laissé la situation lui échapper.
Faut-il s’en étonner quand la tête de l’Etat  dodeline  entre indécision et repentance ?

Bernard Lugan
23/11/12


[1] Voir à ce sujet  les pages 431-452 ainsi que les cartes de mon Histoire de l’Afrique des origines à nos jours. 1246 pages, Ellipses, 2010. L’ouvrage peut être directement commandé ici.

mercredi 14 novembre 2012

Mali : soit nous intervenons, soit nous n’intervenons pas. Mais si nous intervenons, alors faisons le vraiment…


Dans sa conférence de presse du mardi 13 novembre, François Hollande a marché sur des œufs quand il a parlé de la question du Mali. Il sait en effet très bien que si nous intervenons, nos malheureux otages seront assassinés mais que, si nous n’intervenons pas, nous perdrons le peu d’influence qui nous reste encore sur le continent...

Face à ce dilemme, son choix peut ainsi être résumé: nous n’intervenons pas mais nous allons former ceux qui vont intervenir…en espérant que cette argutie permettra d’éviter de froisser les Algériens qui ne veulent pas entendre parler d’une action française...

Or, ce que le président de la République ne semble pas avoir compris c’est qu’une opération militaire ne se construit pas comme une synthèse entre divers courants, à l’image de ce qui se fait lors des congrès du parti socialiste. En la matière, alors qu’il faut des objectifs clairs et des moyens adaptés, nous sommes au contraire dans le flou. En effet:

1) Si l’expédition de la CEDEAO a pour seul but d’en revenir à la situation antérieure, c'est-à-dire permettre au sud Mali de continuer à coloniser le nord Mali, rien ne sera réglé. Une intervention qui ne serait pas précédée du règlement politique de la question  touareg ne ferait en effet que reporter le problème tout en l’amplifiant. Or, rien n’a été décidé  quant à la nécessaire réorganisation administrative du Mali après la reconquête de ses villes du nord car les responsables français ont été incapables d’imposer à Bamako un véritable fédéralisme ou mieux, un confédéralisme, en échange de l’intervention militaire.

2) Sans un étroit « coaching » français, la force de la CEDEAO qui va se lancer à la « reconquête » du nord Mali sera militairement incapable de mener l’opération à son terme, c'est-à-dire jusqu’à l’éradication des groupes gangstéro-islamistes qui occupent la région.
Entendons-nous bien : reprendre Tombouctou et Gao ne posera aucun problème à ce mini corps expéditionnaire ; d’autant plus que les terroristes refuseront un choc frontal et se replieront dès le début de l’offensive pour se diluer dans le désert. Comme leur poursuite n’est pas à la portée des troupes de la CEDEAO, le problème aura simplement été déplacé ; notamment vers le Nord, et c’est très précisément ce que ne veut pas l’Algérie.

Pour que l’expédition qui se prépare soit une réussite, pour éviter que les groupes terroristes contaminent tout le Sahara et toute la bande sahélienne, il est donc impératif de les fixer afin de pouvoir les éliminer. C’est pourquoi les forces françaises doivent être directement engagées. Sans compter que, même pour la reprise des villes du Nord, leur présence effective est une nécessité, ne serait-ce que pour donner un minimum de cohésion à des forces disparates, pour éventuellement être en mesure de les « engerber » et de leur fournir une colonne vertébrale.

Le président de la République ayant clairement déclaré lors de sa conférence de presse que tout cela était hors de question, il est donc d’ores et déjà possible d’annoncer que la question du terrorisme sahélien fera encore l’actualité dans les prochaines années. 

Bernard Lugan
14/11/12