dimanche 1 juillet 2012

Dans l'affaire dite des "missiles Mistral", Libération a menti en parlant d'un document original et le Figaro s'est déshonoré en reprenant l'information sans la vérifier

Dans son édition du 1° juin 2012, le journal Libération publiait un dossier de trois pages avec « à la une » un titre explosif affirmant que sa collaboratrice, Madame Malagardis, avait « découvert » un document confidentiel jusque là inconnu « prouvant » que les FAR, l’armée gouvernementale hutu, possédaient des missiles, dont des Mistral. Elle en tirait une forte conclusion : des Hutu auraient pu abattre l’avion de leur propre président, avec, en sous-entendu, la complicité de la France puisqu’ils ne disposaient pas des personnels capables d’engager de tels armements… Dans le même dossier, la question était posée de savoir pourquoi il avait fallu attendre si longtemps pour qu’un document d’une telle importance sorte enfin du « placard » aux secrets entourant la question du génocide du Rwanda.
Une fois de plus, grâce aux « chevaliers blancs » de la presse française, la vérité allait donc pouvoir être connue. Fermez le ban !

Le jour même, soit toujours le 1 juin 2012, j’ai publié sur mon blog un communiqué dans lequel on pouvait lire : 

« En écrivant dans l’édition du 1 juin 2012 du journal Libération que les forces armées rwandaises (FAR) auraient possédé des missiles Mistral, Maria Malagardis, illustre une fois de plus les grands travers de la presse française : esprit partisan, vision hémiplégique des évènements, non vérification de l’information, liberté prise avec les faits, le tout couronné par une grande incompétence. Quant au Figaro, son attitude est encore plus lamentable, puisque ses journalistes ont, par suivisme, répercuté sans la vérifier la pseudo révélation de leur consoeur. Reprise par toutes les radios et par la plupart des chaînes de télévision, cette « information » a été présentée comme susceptible de renverser ce que l’on croyait savoir sur les responsabilités concernant l’attentat du 6 avril 1994, action terroriste qui coûta la vie au président Habyarimana et qui fut l’élément déclencheur du génocide du Rwanda. Or, et il importe de le dire haut et fort, il s’agit là d’une nouvelle manipulation orchestrée par les soutiens européens du régime de Kigali. En effet ce document est connu de tous les spécialistes depuis des années. Il a même été longuement étudié, analysé et critiqué avant d’être finalement écarté par le TPIR en raison de son inconsistance. Mais, Madame Malagardis ignore les travaux de ce tribunal qui siège depuis 1996 (…) ».

Dans ce communiqué, connaissant que trop les méthodes d’une certaine presse française, je n’ai pas donné plus de détails, laissant les journalistes incompétents, manipulateurs ou manipulés, s’avancer en terrain découvert ; ce qu’ils ont d’ailleurs imprudemment fait... 

Aujourd’hui, un mois après leurs prétendues « révélations », je vais donc rendre publics deux éléments permettant de mesurer le sérieux de l’ « enquête » de la rédaction de Libération reprise par les journalistes suivistes du Figaro. Je réserve naturellement l’essentiel de mes informations aux abonnés à l’Afrique Réelle qui en sauront davantage quand ils recevront le numéro de juillet :

1) Le prétendu document « original » « découvert » par Madame Malagardis en 2012 à New York est conservé depuis 1996 dans les archives du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), à Arusha, où il est référencé sous le titre : UN Restricted 01 sept 1994 UNRES-4125/J2M-2 Background Paper for U.S Mission, United Nations (USUN). Subject : Former Rwandan Army (ex Far) Capabilities and Intentions (U). La page mentionnant l’armement, dont les prétendus missiles Mistral, est référencée Enclosure (2). 

2) J’ai cité et analysé ce document en tant qu’expert assermenté, notamment en 2008 lors du procès du capitaine Sagahutu, dans un rapport d’expertise déposé au greffe du TPIR le 1° décembre 2008, puis défendu devant la Cour sous le titre : Rapport de Bernard Lugan, témoin expert devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda dans le cadre de la procédure engagée par le Procureur contre le capitaine Innocent Sagahutu (TPIR-2000-56-T). Je cite le document « découvert » en 2012 par madame Malagardis aux pages 67-69, paragraphe IV, alinéa A de la version française de ce rapport de 2008…

La suite au prochain épisode et au gré des futures « révélations » d’une presse française décidément bien malade…

Bernard Lugan
01/07/12

lundi 25 juin 2012

Selon le général Nyamwasa, Paul Kagamé aurait ordonné l’assassinat du président Habyarimana

Jeudi 21 juin, à Johannesburg, le général Faustin Kayumba Nyamwasa, ex chef d’état-major de l’armée rwandaise a fait une déclaration proprement fracassante en affirmant sous serment que Paul Kagamé « a ordonné le meurtre du président Habyarimana». Réfugié en Afrique du Sud depuis 2010, il confirmait ainsi les termes de l’ordonnance du juge Bruguière accusant l’actuel chef de l’Etat rwandais d’être à l’origine de l’attentat déclencheur du génocide du Rwanda.

Ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, ce Tutsi de haute lignée, co-fondateur du FPR, demande depuis des mois à être entendu par la justice française car il détient tous les secrets entourant la période 1990-1994. Il figure d’ailleurs parmi les neufs très hauts responsables contre lesquels le juge Bruguière a émis des mandats d’arrêt internationaux pour leur « participation » réelle ou supposée à l’assassinat du président Habyarimana.
Après avoir rompu avec Paul Kagamé, le général Nyamwaza se réfugia en Afrique du Sud où il fut victime d’une tentative de meurtre et très grièvement blessé. C’est à l’occasion du procès des six hommes qui tentèrent de le réduire au silence qu’il a fait les déclarations explosives qui, en toute logique, devraient permettre de donner une nouvelle impulsion aux investigations des juges anti-terroristes français chargés d’enquêter sur l’assassinat du président Habyarimana et dans lequel périrent trois ressortissants français.
Ces déclarations venant après celles de Théogène Rudasingwa, ancien chef de cabinet de Paul Kagamé et après celles de son ancien chef du service de renseignements, lui aussi réfugié en Afrique du Sud où il vit sous protection policière, l’heure de vérité sur l’attentat du 6 avril 1994 approche donc inexorablement. En dépit des manœuvres d’enfumage périodiquement tentées par l’actuel régime rwandais.

Bernard Lugan
25/06/12

mercredi 20 juin 2012

mardi 19 juin 2012

Bernard Lugan sur Méridien Zéro (17 juin 2012)


Partie 1

 
Partie 2

mardi 12 juin 2012

L'Afrique Réelle N°30 - Juin 2012


























Numéro spécial : l'Algérie cinquante ans plus tard

Sommaire :

Actualité :
- L'Algérie, ce pays riche qui a du mal à exister
- Comment les islamistes ont pris le contrôle de la société algérienne
- L'islamisme : un corps étranger désormais intégré

L'histoire officielle et ses mythes
- Une histoire artificiellement reconstruite
- La fracture arabo-berbère dans le nationalisme algérien

La guerre d'Algérie
- Guerre d'Algérie ou guerre d'indépendance algérienne ?
- Les grandes phases de la guerre
- Le vrai bilan de la guerre
- Eté 1962 : cette terrible épuration ethnique que l'on veut cacher

Controverses
- Jacques Soustelle et l'utopie de l'intégration
- Le cardinal Lavigerie et la colonisation de l'Algérie
- De Gaulle a toujours voulu l'indépendance de l'Algérie
- La France s'est ruinée en Algérie

Editorial : Lyautey contre Lavigerie et Crémieux

L’échec de l’Algérie française date du lendemain de la guerre de 1870 quand le régime civil remplaça le régime militaire. La colonisation de l’Algérie se fit alors au nom de l’universalisme républicain qui prétendait transformer les musulmans en Français grâce à l’ « école de la République ».
Dans ce numéro spécial de l’Afrique Réelle, est reproduit un document peu connu. Daté du 1er décembre 1870, au lendemain donc de la défaite française face à la Prusse, ce texte fut écrit de la main de Mgr Lavigerie à l’intention d’Adolphe Isaac Crémieux, alors en charge des affaires algériennes. Le prélat y livre ses intentions résolument jacobines au sujet de l’Algérie, faisant ainsi cause commune avec le farouche républicain qu’était Crémieux. Les deux hommes se trouvèrent alliés pour détruire les Bureaux arabes, cette élite de l’armée française qui avait réussi la pacification de l’Algérie avec peu de moyens, pratiquant la politique du prestige, du respect et de la différence, à l’image de ce que feront plus tard les Affaires Indigènes au Maroc sous Lyautey et ses successeurs. Or, Mgr Lavigerie et Adolphe Isaac Crémieux considéraient tous deux, à juste titre d’ailleurs, que les Bureaux arabes  étaient un obstacle à la colonisation, protecteurs qu'ils étaient des indigènes et de leurs biens. Crémieux dénonçait également leur peu de zèle républicain, ce corps d’élite étant effectivement largement monarchiste. Leur disparition signa l’échec de l’Algérie française.

A l’opposé de Mgr Lavigerie et de Crémieux, Lyautey ne voulut pas changer l’homme et c’est pourquoi il a réussi au Maroc. Il ne s’était en effet pas fixé pour but de donner aux Marocains d’autres ancêtres que les leurs. Il n’avait pas, comme le déclara avec arrogance le président Sarkozy dans son « discours de Dakar », l’intention de les faire « entrer dans l’Histoire », eux qui en ont une, glorieuse et ancienne.
La vision de Lyautey présentait deux caractéristiques principales qui sont l’exact contre-pied de ce que voulaient Crémieux et Mgr Lavigerie :

1) Selon lui, la colonisation n’était pas éternelle car il avait bien vu que les colonies, départements d’Algérie compris, étaient à la France, mais n’étaient pas la France. Transposée aujourd’hui cette idée permettrait de parler d’islam en France et non d’islam de France, ce qui n’est pas la même chose.
2) C’était une forme d’ « ethno-différentialisme » avant l’heure car elle n’impliquait ni assimilation, ni intégration, qui sont d’abord des pertes de substance vive pour les uns comme pour les autres. Elle ne débouchait ni sur l’acculturation républicaine, ni sur la christianisation des musulmans. Lyautey était pourtant plus que « bon » catholique, mais, tout comme Charles Maurras, il faisait la part entre le politique et le religieux. Homme de terrain, il avait tout simplement observé que les peuples du Maghreb sont « autres ».

L’histoire a donné raison à Lyautey contre Lavigerie et Crémieux. Quant à De Gaulle, s’il voyait juste quand il déclara à Jacques Soustelle que l’intégration était « un danger pour les Blancs, une arnaque pour les autres », la manière dont il s’y prit pour « soulager » la France de ce qu’il nommait « le fardeau algérien » fut à la fois odieuse par son inhumanité, honteuse par sa mise en oeuvre et criminelle par ses conséquences. D’autant plus que la victoire militaire française étant totale dès 1959-1960, des solutions autres que celle de la remise du pouvoir à la clique du FLN étaient envisageables.

Bernard Lugan

vendredi 1 juin 2012

Rwanda : à travers l’affaire dite des « missiles Mistral » Kigali veut une nouvelle fois faire chanter Paris

En écrivant dans l’édition du 1 juin 2012 du journal Libération que les forces armées rwandaises (FAR) auraient possédé des missiles Mistral, Maria Malagardis, illustre une fois de plus les grand travers de la presse française : esprit partisan, vision hémiplégique des évènements, non vérification de l’information, liberté prise avec les faits, le tout couronné par une grande incompétence. Quant au Figaro, son attitude est encore plus lamentable, puisque ses journalistes ont, par suivisme, répercuté sans la vérifier la pseudo révélation de leur consoeur. Reprise par toutes les radios et par la plupart des chaînes de télévision, cette « information » a été présentée comme susceptible de renverser ce que l’on croyait savoir sur les responsabilités concernant l’attentat du 6 avril 1994, action terroriste qui coûta la vie au président Habyarimana et qui fut l’élément déclencheur du génocide du Rwanda.

Or, et importe de le dire haut et fort, il s’agit là d’une nouvelle manipulation orchestrée par les soutiens européens du régime de Kigali. En effet :

1) Ce document est connu de tous les spécialistes depuis des années. Il a même été longuement étudié, analysé et critiqué avant d’être finalement écarté par le TPIR en raison de son inconsistance. Mais, Madame Malagardis ignore les travaux de ce tribunal qui siège depuis 1996…
2) L’information qui est à la base de ce document émane de l’association humanitaire Human Rights Watch qui, à l’époque, était une des caisses de résonance des thèses du FPR.
3) C’est à partir de cette information de HRW que le capitaine Sean Moorhouse, officier G2 (renseignement) de la Minuar, rédigea cette note qui ne fait que reprendre l’une des multiples rumeurs qui circulaient à l’époque à Kigali, l’information concernant ces missiles étant d’ailleurs considérée par lui comme improbable.
4) Depuis, ce même officier a longuement expliqué le sens de sa note, notamment aux « enquêteurs » rwandais qui rédigèrent le « rapport Mutsinzi », ce montage grossier qui était supposé démontrer la « culpabilité» française.
5) En 2011, dans une correspondance adressée à l’expert belge Filip Reyntjens, le capitaine Sean Moorhouse expliqua la genèse de ce document, mettant en évidence son caractère totalement artificiel.
6) Toutes les armes des FAR, en dehors de l’équipement individuel, avaient été placées sous séquestre par les forces de l’ONU et elles étaient entreposées dans un hangar situé à Kanombe sous la responsabilité du colonel belge Luc Marchal, adjoint du général canadien Roméo Dallaire. Nous avons la liste détaillée de ces armements. Il n’y figurait pas de missiles. Le lendemain de l’attentat, le FPR ayant repris unilatéralement les hostilités, les FAR reprirent par la force leurs armes afin de pouvoir résister à leurs ennemis.

L’affaire est donc claire, il s’agit d’un nouvel enfumage qui s’explique par trois raisons :

1) L’étau se referme chaque jour un peu plus sur les auteurs de l’attentat. Contrairement à ce que Kigali voudrait faire croire, le dossier du juge Bruguière est en effet toujours d’actualité et de nouveaux témoins acteurs qui viennent d’être entendus ou vont l’être prochainement par les juges Trévidic et Poux le confirment. Quant au rapport d’expertise qui leur fut remis, nous avons montré ses faiblesses, ses incohérences et ses erreurs dans le numéro du mois de mai de l’Afrique réelle ; les parties civiles ont d’ailleurs demandé une contre-expertise.
2) Kigali veut, par voie médiatique, faire pression sur les juges afin d’éviter la défaite judiciaire qui s’annonce.
3) Kigali a qui beaucoup perdu avec le départ de Nicolas Sarkozy n’a désormais plus d’alliés au plus haut niveau de l’Etat français. En mettant la pression sur Paris, le régime Kagamé se livre donc à un chantage auprès du nouveau régime: l’abandon de l’instruction du juge Trévidic contre la fin de la campagne anti-française.

Bernard Lugan
01/06/2012

dimanche 27 mai 2012

Rwanda : Laure de Vulpian procureur ou journaliste ?

Dimanche 27 mai, Madame Laure de Vulpian a produit sur France Inter une émission consacrée à l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Habyarimana du Rwanda. Dans « Sur la piste de la vérité », elle donna la parole à des partisans déclarés ou camouflés de l’actuel régime rwandais qui cherchèrent à faire passer deux idées principales :

1) La France est coupable et l’enquête du juge Bruguière n’est pas sérieuse.
2) L’attentat fut commis par un groupe non identifié au sein de l’armée hutu.

Face à ces affirmations, quel est l’état scientifique de la question ? Depuis l’assassinat du président Habyarimana, deux thèses s’opposent :

1) Celle de l’attentat commis par des « extrémistes hutu » qui auraient abattu leur propre président ainsi que leurs propres partisans qui étaient à bord de l’avion afin de reprendre les hostilités et déclencher un génocide qu’ils avaient programmé et préparé.
Cette thèse qui pouvait être défendue jusque dans les années 1997-2000, est aujourd’hui abandonnée parce que le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui siège à Arusha depuis 1996 a, dans tous ses jugements concernant les « principaux responsables du génocide », que ce soit en première instance ou en appel, clairement établi qu’il n’y avait pas eu « entente » pour commettre ce génocide et que, par conséquent, il n’a donc pas été programmé. Même s’il a eu lieu.

2) Celle d’un attentat commis par le FPR afin de décapiter l’Etat rwandais et disposer d’un prétexte pour prendre militairement le pouvoir. Ethno mathématiquement parlant, les élections prévues sous supervision de l’ONU allaient en effet donner une victoire automatique aux Hutu (+-90% de la population) sur les Tutsi (+-10%) et cela en dépit de leurs divisions. Les Tutsi ne l’ignoraient pas et leur seule chance d’accéder au pouvoir était donc une victoire militaire. Or, les accords de paix d’Arusha ayant été signés, seul un fait nouveau d’une exceptionnelle importance aurait pu justifier une reprise des combats.
Les « extrémistes » hutu avaient au contraire tout intérêt à attendre quelques mois puisque les urnes allaient in fine leur redonner le pouvoir ; qui plus est, sous supervision de l’ONU. Dans ces conditions, pourquoi auraient-ils assassiné leur propre président et pris le risque d’une réouverture des hostilités avec pour seule certitude une défaite militaire?

Saisi par les familles de l’équipage français de l’avion présidentiel et par la veuve du président Habyarimana, le juge Bruguière qui a mené son enquête d’une manière classique, fondée notamment, mais pas exclusivement, sur les déclarations et les témoignages de plusieurs transfuges tutsi qui lui donnèrent force détails sur l’opération, dont les noms des membres du commando ayant abattu l’avion, a rendu une ordonnance (novembre 2006) dans laquelle il accuse le président Kagamé d’avoir ordonné l’attentat qui coûta la vie à son prédécesseur. Or, madame de Vulpian et ses témoins sélectionnés se sont bien gardés de dire que le juge Bruguière n’est pas le seul à dénoncer l’entourage du président rwandais. Le 6 février 2008, via Interpol, le juge espagnol Merelles qui soutient la même thèse, lança en effet plusieurs dizaines de mandats d’arrêt contre de hautes personnalités de l’actuel régime de Kigali. La justice espagnole serait donc, elle aussi « incompétente » et « partisane » ?

Il faut également savoir que depuis 2006, plusieurs grands acteurs témoins tutsi qui ont fait défection demandent, étonnamment en vain, à être entendus par la justice française à laquelle ils promettent pourtant des révélations explosives. Parmi eux figure l’ancien chef d’état-major et l’ancien chef des renseignements de Paul Kagamé, tous deux réfugiés en Afrique du Sud où le premier a échappé par miracle à un attentat.

Madame de Vulpian a cherché à faire croire aux auditeurs de France Inter que le document communiqué aux parties par les juges Trévidic et Poux le 10 janvier 2012, remet en question les conclusions du juge Bruguière, ce qui est une plaisanterie. La seule nouveauté contenue dans ce rapport d’expertise concerne en effet le lieu du tir des deux missiles qui se situerait, selon les experts désignés, « probablement » dans le camp militaire de Kanombe (en zone hutu), soit à une distance de deux à trois kilomètres de la ferme de Masaka (zone tutsi) identifiée comme point de tir par le juge Bruguière. Or, comme il a été démontré dans le numéro du mois de mai de l’Afrique Réelle :

1) Les relevés de terrain à partir duquel l’expert acoustique a conduit ses analyses, depuis la France, et qui lui ont permis de « localiser » le lieu de tir des missiles semblent être erronés...
2) Ce même lieu qui aujourd’hui est un cimetière était à l’époque une bananeraie, ce qui rendait donc tout tir de missile impossible. Il est donc pour le moins insolite de devoir constater que les experts désignés par la justice française n’ont pas songé à s’interroger sur la réalité du terrain à l’époque des faits. Le TPIR auquel ils ne se sont pas adressés disposait pourtant de photographies aériennes américaines datant de 1994 qui leur auraient permis de voir qu’ils faisaient totalement fausse route…

Allons plus loin. Pourquoi Madame de Vulpian a t-elle caché aux auditeurs de France Inter que le dossier d’instruction qui se trouve dans le bureau des juges Trévidic et Poux contient des éléments donnant avec une grande précision et une impressionnante quantité de détails le lieu du tir, à savoir Masaka et non Kanombe, ainsi que les noms des deux tireurs et des membres de leur escorte, la marque et la couleur des véhicules utilisés pour transporter les missiles depuis l’Ouganda jusqu’au casernement de l’APR situé au centre de Kigali et de là jusqu’au lieu de tir à travers les lignes de l’armée rwandaise, ainsi que le déroulé minuté de l’action ?
Madame de Vulpian pourra toujours dire qu’elle n’a pas « caché » ces points puisqu’elle les a effectivement évoqués… mais à travers les déclarations de José Kagabo, un membre éminent de l’entourage de Paul Kagamé qui les a rapidement évacués en parlant de « faux témoins »…
En réalité, et contrairement à ce que cherche à faire croire madame de Vulpian, la vérité, dans l’état actuel du dossier, est bien connue. Serait-elle venue m’interroger que je me serais fait un devoir de lui en communiquer l’avancée :

1) Assermenté devant le TPIR dans les deux principaux procès des responsables militaires (Militaires I et Militaires II TPIR-98-41-T et TPIR- 2000-56-T), j’ai tout particulièrement travaillé sur la question du « timing » de l’offensive du FPR. Cette question est en effet fondamentale car, depuis 1994, ce dernier soutient qu’il l’a lancée plusieurs jours après l’attentat pour se porter au secours des populations génocidées.
Or, il a été établi devant le TPIR, et cela sans le moindre doute, que cette offensive -qui avait été programmée puisque les forces et les moyens avaient été prépositionnés-, débuta dès la nuit du 6 au 7 avril 1994, soit immédiatement après l’attentat. Nous connaissons le nom des colonnes, leur lieu de concentration dans le nord du Rwanda, leur effectif, leur ordre de marche et le minutage précis de leur progression. Les premiers combats ont commencé à Kigali le 7 avril très précisément à 5h45 du matin[1]. Ceci veut clairement dire que le FPR qui avait minutieusement préparé son offensive, n’attendait donc qu’un évènement exceptionnel pour la déclencher.

2) L’avion présidentiel a été engagé par deux missiles dont la traçabilité a été parfaitement établie. Grâce à la coopération judiciaire de la Russie nous savons en effet que ces deux missiles dont les numéros de série étaient respectivement 04-87-04814 et 04-87-04835 faisaient partie d’un lot de 40 missiles SA 16 IGLA livrés à l’armée ougandaise quelques années auparavant. Or, Paul Kagamé et ses principaux adjoints furent officiers supérieurs dans cette armée avant la guerre civile rwandaise et, de 1990 à 1994, l’Ouganda fut la base arrière mais aussi l’arsenal du FPR. De plus, comme cela a été démontré, une fois encore devant le TPIR, l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles.

Ces éléments de réponse n’entameront pas les certitudes « journalistiques » de Madame de Vulpian qui vient d’illustrer une fois de plus les singulières dérives d’une profession oublieuse jusqu’à la nausée du : « Je ne blâme ni ne loue, je raconte », de Beaumarchais.

Bernard Lugan
27/05/12

[1] Pour la chronologie détaillée de cette question, voir mon livre (Rwanda : Contre-enquête sur le Génocide à partir de la page 84.) Depuis la parution de ce livre, la chronologie a encore été affinée.

samedi 26 mai 2012

Bernard Lugan dans la revue Médias

Bernard Lugan est interviewé dans le dernier numéro de la revue Médias (printemps 2012).
Un extrait en vidéo :