mercredi 20 juin 2012
mardi 19 juin 2012
mardi 12 juin 2012
L'Afrique Réelle N°30 - Juin 2012
Sommaire :
Actualité :
- L'Algérie, ce pays riche qui a du mal à exister
- Comment les islamistes ont pris le contrôle de la société algérienne
- L'islamisme : un corps étranger désormais intégré
L'histoire officielle et ses mythes
- Une histoire artificiellement reconstruite
- La fracture arabo-berbère dans le nationalisme algérien
La guerre d'Algérie
- Guerre d'Algérie ou guerre d'indépendance algérienne ?
- Les grandes phases de la guerre
- Le vrai bilan de la guerre
- Eté 1962 : cette terrible épuration ethnique que l'on veut cacher
Controverses
- Jacques Soustelle et l'utopie de l'intégration
- Le cardinal Lavigerie et la colonisation de l'Algérie
- De Gaulle a toujours voulu l'indépendance de l'Algérie
- La France s'est ruinée en Algérie
Editorial : Lyautey contre Lavigerie et Crémieux
L’échec de l’Algérie française date du lendemain de la guerre de 1870 quand le régime civil remplaça le régime militaire. La colonisation de l’Algérie se fit alors au nom de l’universalisme républicain qui prétendait transformer les musulmans en Français grâce à l’ « école de la République ».
Dans ce numéro spécial de l’Afrique Réelle, est reproduit un document peu connu. Daté du 1er décembre 1870, au lendemain donc de la défaite française face à la Prusse, ce texte fut écrit de la main de Mgr Lavigerie à l’intention d’Adolphe Isaac Crémieux, alors en charge des affaires algériennes. Le prélat y livre ses intentions résolument jacobines au sujet de l’Algérie, faisant ainsi cause commune avec le farouche républicain qu’était Crémieux. Les deux hommes se trouvèrent alliés pour détruire les Bureaux arabes, cette élite de l’armée française qui avait réussi la pacification de l’Algérie avec peu de moyens, pratiquant la politique du prestige, du respect et de la différence, à l’image de ce que feront plus tard les Affaires Indigènes au Maroc sous Lyautey et ses successeurs. Or, Mgr Lavigerie et Adolphe Isaac Crémieux considéraient tous deux, à juste titre d’ailleurs, que les Bureaux arabes étaient un obstacle à la colonisation, protecteurs qu'ils étaient des indigènes et de leurs biens. Crémieux dénonçait également leur peu de zèle républicain, ce corps d’élite étant effectivement largement monarchiste. Leur disparition signa l’échec de l’Algérie française.
A l’opposé de Mgr Lavigerie et de Crémieux, Lyautey ne voulut pas changer l’homme et c’est pourquoi il a réussi au Maroc. Il ne s’était en effet pas fixé pour but de donner aux Marocains d’autres ancêtres que les leurs. Il n’avait pas, comme le déclara avec arrogance le président Sarkozy dans son « discours de Dakar », l’intention de les faire « entrer dans l’Histoire », eux qui en ont une, glorieuse et ancienne.
La vision de Lyautey présentait deux caractéristiques principales qui sont l’exact contre-pied de ce que voulaient Crémieux et Mgr Lavigerie :
1) Selon lui, la colonisation n’était pas éternelle car il avait bien vu que les colonies, départements d’Algérie compris, étaient à la France, mais n’étaient pas la France. Transposée aujourd’hui cette idée permettrait de parler d’islam en France et non d’islam de France, ce qui n’est pas la même chose.
2) C’était une forme d’ « ethno-différentialisme » avant l’heure car elle n’impliquait ni assimilation, ni intégration, qui sont d’abord des pertes de substance vive pour les uns comme pour les autres. Elle ne débouchait ni sur l’acculturation républicaine, ni sur la christianisation des musulmans. Lyautey était pourtant plus que « bon » catholique, mais, tout comme Charles Maurras, il faisait la part entre le politique et le religieux. Homme de terrain, il avait tout simplement observé que les peuples du Maghreb sont « autres ».
L’histoire a donné raison à Lyautey contre Lavigerie et Crémieux. Quant à De Gaulle, s’il voyait juste quand il déclara à Jacques Soustelle que l’intégration était « un danger pour les Blancs, une arnaque pour les autres », la manière dont il s’y prit pour « soulager » la France de ce qu’il nommait « le fardeau algérien » fut à la fois odieuse par son inhumanité, honteuse par sa mise en oeuvre et criminelle par ses conséquences. D’autant plus que la victoire militaire française étant totale dès 1959-1960, des solutions autres que celle de la remise du pouvoir à la clique du FLN étaient envisageables.
Bernard Lugan
vendredi 1 juin 2012
Rwanda : à travers l’affaire dite des « missiles Mistral » Kigali veut une nouvelle fois faire chanter Paris
En écrivant dans l’édition du 1 juin 2012 du journal
Libération que les forces armées
rwandaises (FAR) auraient possédé des missiles Mistral, Maria Malagardis,
illustre une fois de plus les grand travers de la presse française : esprit
partisan, vision hémiplégique des évènements, non vérification de l’information,
liberté prise avec les faits, le tout couronné par une grande incompétence.
Quant au Figaro, son attitude est
encore plus lamentable, puisque ses journalistes ont, par suivisme, répercuté
sans la vérifier la pseudo révélation de leur consoeur. Reprise par toutes les
radios et par la plupart des chaînes de télévision, cette « information » a été
présentée comme susceptible de renverser ce que l’on croyait savoir sur les
responsabilités concernant l’attentat du 6 avril 1994, action terroriste qui
coûta la vie au président Habyarimana et qui fut l’élément déclencheur du
génocide du Rwanda.
Or, et importe de le dire haut et fort, il s’agit là
d’une nouvelle manipulation orchestrée par les soutiens européens du régime de
Kigali. En effet :
1) Ce
document est connu de tous les spécialistes depuis des années. Il a même été
longuement étudié, analysé et critiqué avant d’être finalement écarté par le
TPIR en raison de son inconsistance. Mais, Madame Malagardis ignore les travaux
de ce tribunal qui siège depuis 1996…
2) L’information qui est à la base de ce document émane
de l’association humanitaire Human Rights
Watch qui, à l’époque, était une des caisses de résonance des thèses du FPR.
3) C’est
à partir de cette information de HRW
que le capitaine Sean Moorhouse, officier G2 (renseignement) de la Minuar,
rédigea cette note qui ne fait que reprendre l’une des multiples rumeurs qui
circulaient à l’époque à Kigali, l’information concernant ces missiles étant
d’ailleurs considérée par lui comme improbable.
4) Depuis, ce même officier a longuement expliqué le sens
de sa note, notamment aux « enquêteurs » rwandais qui rédigèrent le « rapport
Mutsinzi », ce montage grossier qui était supposé démontrer la « culpabilité»
française.
5) En
2011, dans une correspondance adressée à l’expert belge Filip Reyntjens, le
capitaine Sean Moorhouse expliqua la genèse de ce document, mettant en évidence
son caractère totalement artificiel.
6) Toutes les armes des FAR, en dehors de l’équipement
individuel, avaient été placées sous séquestre par les forces de l’ONU et elles
étaient entreposées dans un hangar situé à Kanombe sous la responsabilité du
colonel belge Luc Marchal, adjoint du général canadien Roméo Dallaire. Nous
avons la liste détaillée de ces armements. Il n’y figurait pas de missiles. Le
lendemain de l’attentat, le FPR ayant repris unilatéralement les hostilités, les
FAR reprirent par la force leurs armes afin de pouvoir résister à leurs
ennemis.
L’affaire est donc claire, il s’agit d’un nouvel
enfumage qui s’explique par trois raisons :
1) L’étau se referme chaque jour un peu plus sur les
auteurs de l’attentat. Contrairement à ce que Kigali voudrait faire croire, le
dossier du juge Bruguière est en effet toujours d’actualité et de nouveaux
témoins acteurs qui viennent d’être entendus ou vont l’être prochainement par
les juges Trévidic et Poux le confirment. Quant au rapport d’expertise qui leur
fut remis, nous avons montré ses faiblesses, ses incohérences et ses erreurs
dans le numéro du mois de mai de l’Afrique réelle ; les parties civiles ont
d’ailleurs demandé une contre-expertise.
2) Kigali veut, par voie médiatique, faire pression sur
les juges afin d’éviter la défaite judiciaire qui s’annonce.
3) Kigali a qui beaucoup perdu avec le départ de Nicolas
Sarkozy n’a désormais plus d’alliés au plus haut niveau de l’Etat français. En
mettant la pression sur Paris, le régime Kagamé se livre donc à un chantage
auprès du nouveau régime: l’abandon de l’instruction du juge Trévidic contre la
fin de la campagne anti-française.
Bernard Lugan
01/06/2012
dimanche 27 mai 2012
Rwanda : Laure de Vulpian procureur ou journaliste ?
Dimanche 27 mai, Madame Laure de
Vulpian a produit sur France Inter
une émission consacrée à l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au
président Habyarimana du Rwanda. Dans « Sur la piste de la vérité », elle donna
la parole à des partisans déclarés ou camouflés de l’actuel régime rwandais qui
cherchèrent à faire passer deux idées principales :
1) La France est coupable et
l’enquête du juge Bruguière n’est pas sérieuse.
2) L’attentat fut commis par un
groupe non identifié au sein de l’armée hutu.
Face à ces affirmations, quel est l’état
scientifique de la question ? Depuis l’assassinat du président Habyarimana, deux
thèses s’opposent :
1) Celle de l’attentat commis par
des « extrémistes hutu » qui auraient abattu leur propre
président ainsi que leurs propres partisans qui étaient à bord de l’avion afin
de reprendre les hostilités et déclencher un génocide qu’ils avaient programmé
et préparé.
Cette thèse qui pouvait être
défendue jusque dans les années 1997-2000, est aujourd’hui abandonnée parce que
le Tribunal pénal international pour le
Rwanda (TPIR), qui siège à Arusha depuis 1996 a, dans tous ses jugements
concernant les « principaux responsables du génocide », que ce soit en première
instance ou en appel, clairement établi qu’il n’y avait pas eu « entente » pour
commettre ce génocide et que, par conséquent, il n’a donc pas été programmé.
Même s’il a eu lieu.
2) Celle d’un attentat commis par le
FPR afin de
décapiter l’Etat rwandais et disposer d’un prétexte pour prendre militairement
le pouvoir. Ethno mathématiquement parlant, les élections prévues sous
supervision de l’ONU allaient en effet donner une victoire automatique aux Hutu
(+-90% de la population) sur les Tutsi (+-10%) et cela en dépit de leurs
divisions. Les Tutsi ne l’ignoraient pas et leur seule chance d’accéder au
pouvoir était donc une victoire militaire. Or, les accords de paix d’Arusha
ayant été signés, seul un fait nouveau d’une exceptionnelle importance aurait pu
justifier une reprise des combats.
Les « extrémistes » hutu avaient au
contraire tout intérêt à attendre quelques mois puisque les urnes allaient in fine leur redonner le pouvoir ; qui
plus est, sous supervision de l’ONU. Dans ces conditions, pourquoi auraient-ils
assassiné leur propre président et pris le risque d’une réouverture des
hostilités avec pour seule certitude une défaite militaire?
Saisi par les familles de l’équipage
français de l’avion présidentiel et par la veuve du président Habyarimana, le
juge Bruguière qui a mené son enquête d’une manière classique, fondée notamment,
mais pas exclusivement, sur les déclarations et les témoignages de plusieurs
transfuges tutsi qui lui donnèrent force détails sur l’opération, dont les noms
des membres du commando ayant abattu l’avion, a rendu une ordonnance (novembre
2006) dans laquelle il accuse le président Kagamé d’avoir ordonné l’attentat qui
coûta la vie à son prédécesseur. Or, madame de Vulpian et ses témoins
sélectionnés se sont bien gardés de dire que le juge Bruguière n’est pas le seul
à dénoncer l’entourage du président rwandais. Le 6 février 2008, via Interpol,
le juge espagnol Merelles qui soutient la même thèse, lança en effet plusieurs
dizaines de mandats d’arrêt contre de hautes personnalités de l’actuel régime de
Kigali. La justice espagnole serait donc, elle aussi « incompétente » et
« partisane » ?
Il faut également savoir que depuis
2006, plusieurs grands acteurs témoins tutsi qui ont fait défection demandent,
étonnamment en vain, à être entendus par la justice française à laquelle ils
promettent pourtant des révélations explosives. Parmi eux figure l’ancien chef
d’état-major et l’ancien chef des renseignements de Paul Kagamé, tous deux
réfugiés en Afrique du Sud où le premier a échappé par miracle à un attentat.
Madame de Vulpian a cherché à faire
croire aux auditeurs de France Inter
que le document communiqué aux parties par les juges Trévidic et Poux le 10
janvier 2012, remet en question les conclusions du juge Bruguière, ce qui est
une plaisanterie. La seule nouveauté contenue dans ce rapport d’expertise
concerne en effet le lieu du tir des deux missiles qui se situerait, selon les
experts désignés, « probablement » dans le camp militaire de Kanombe (en zone
hutu), soit à une distance de deux à trois kilomètres de la ferme de Masaka
(zone tutsi) identifiée comme point de tir par le juge Bruguière. Or, comme il a
été démontré dans le numéro du mois de mai de l’Afrique
Réelle :
1) Les relevés de terrain à partir duquel
l’expert acoustique a conduit ses analyses, depuis la France, et qui lui ont
permis de « localiser » le lieu de tir des missiles semblent être
erronés...
2) Ce même lieu qui aujourd’hui est un
cimetière était à l’époque une bananeraie, ce qui rendait donc tout tir de
missile impossible. Il est donc pour le moins insolite de devoir constater que
les experts désignés par la justice française n’ont pas songé à s’interroger sur
la réalité du terrain à l’époque des faits. Le TPIR auquel ils ne se sont pas
adressés disposait pourtant de photographies aériennes américaines datant de
1994 qui leur auraient permis de voir qu’ils faisaient totalement fausse
route…
Allons plus loin. Pourquoi Madame de
Vulpian a t-elle caché aux auditeurs de France Inter que le dossier
d’instruction qui se trouve dans le bureau des juges Trévidic et Poux contient
des éléments donnant avec une grande précision et une impressionnante quantité
de détails le lieu du tir, à savoir Masaka et non Kanombe, ainsi que les noms
des deux tireurs et des membres de leur escorte, la marque et la couleur des
véhicules utilisés pour transporter les missiles depuis l’Ouganda jusqu’au
casernement de l’APR situé au centre de Kigali et de là jusqu’au lieu de tir à
travers les lignes de l’armée rwandaise, ainsi que le déroulé minuté de
l’action ?
Madame de Vulpian pourra toujours dire
qu’elle n’a pas « caché » ces points puisqu’elle les a effectivement évoqués…
mais à travers les déclarations de José Kagabo, un membre éminent de l’entourage
de Paul Kagamé qui les a rapidement évacués en parlant de « faux témoins »…
En réalité, et contrairement à ce que
cherche à faire croire madame de Vulpian, la vérité, dans l’état actuel du
dossier, est bien connue. Serait-elle venue m’interroger que je me serais fait
un devoir de lui en communiquer l’avancée :
1) Assermenté devant le TPIR dans les
deux principaux procès des responsables militaires (Militaires I et
Militaires II TPIR-98-41-T et TPIR- 2000-56-T), j’ai tout
particulièrement travaillé sur la question du « timing » de l’offensive du FPR.
Cette question est en effet fondamentale car, depuis 1994, ce dernier soutient
qu’il l’a lancée plusieurs jours après l’attentat pour se porter au secours des
populations génocidées.
Or, il a été établi devant le TPIR, et
cela sans le moindre doute, que cette offensive -qui avait été programmée
puisque les forces et les moyens avaient été prépositionnés-, débuta dès la nuit
du 6 au 7 avril 1994, soit immédiatement après l’attentat. Nous connaissons le
nom des colonnes, leur lieu de concentration dans le nord du Rwanda, leur
effectif, leur ordre de marche et le minutage précis de leur progression. Les
premiers combats ont commencé à Kigali le 7 avril très précisément à 5h45 du
matin[1]. Ceci veut clairement dire que le FPR qui avait minutieusement préparé
son offensive, n’attendait donc qu’un évènement exceptionnel pour la
déclencher.
2) L’avion présidentiel a été engagé par
deux missiles dont la traçabilité a été parfaitement établie. Grâce à la
coopération judiciaire de la Russie nous savons en effet que ces deux missiles
dont les numéros de série étaient respectivement 04-87-04814 et
04-87-04835 faisaient partie d’un lot de 40 missiles SA 16 IGLA livrés à l’armée ougandaise
quelques années auparavant. Or, Paul Kagamé et ses principaux adjoints furent
officiers supérieurs dans cette armée avant la guerre civile rwandaise et, de
1990 à 1994, l’Ouganda fut la base arrière mais aussi l’arsenal du FPR. De plus,
comme cela a été démontré, une fois encore devant le TPIR, l’armée rwandaise ne
disposait pas de tels missiles.
Ces éléments de réponse n’entameront pas
les certitudes « journalistiques » de Madame de Vulpian qui vient d’illustrer
une fois de plus les singulières dérives d’une profession oublieuse jusqu’à la
nausée du : « Je ne blâme ni ne loue, je raconte », de Beaumarchais.
Bernard Lugan
27/05/12
[1] Pour la chronologie détaillée de cette question, voir mon livre (Rwanda : Contre-enquête sur le Génocide à partir de la page 84.) Depuis la parution de ce livre, la chronologie a encore été affinée.
samedi 26 mai 2012
Bernard Lugan dans la revue Médias
Bernard Lugan est interviewé dans le dernier numéro de la revue Médias (printemps 2012).
Un extrait en vidéo :
Un extrait en vidéo :
mercredi 23 mai 2012
Bernard Lugan sur Radio Courtoisie (22 mai 2012)
Partie 1 : Actualité africaine
Partie 2 : Histoire des Berbères
dimanche 20 mai 2012
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