dimanche 20 mai 2012
jeudi 17 mai 2012
Derrière l’éloge fait à Jules Ferry
Lorsque l’on est président de la
République, l’on se doit d’être prudent avec l’Histoire et de demander à ses
conseillers de relire soigneusement leurs fiches. Nicolas Sarkozy et François
Hollande l’ont tous deux appris à leurs dépens. Le premier avec son « Discours
de Dakar », dans lequel, voulant paraître avoir compris des Afriques dont il
ignorait tout, il humilia gravement les Africains. Le second avec son éloge de
Jules Ferry, quand, pensant placer son mandat sous la figure tutélaire d’un
homme de gauche consensuel, il provoqua la polémique, une grande partie de ses
millions d’électeurs issus de notre ancien Empire colonial considérant le « père
de l’Ecole républicaine » comme un odieux « raciste ». Adieu le
consensus…
Faut-il que la culture historique des
conseillers du nouveau président soit à ce point partielle qu’ils aient pu
ignorer que Jules Ferry a, en son temps, tenu des propos qui, aujourd’hui, le
feraient très sévèrement condamner par les tribunaux ? Dans son fameux discours
du 28 juillet 1885 prononcé devant les députés, il déclara ainsi : « Il faut dire ouvertement qu’en effet, les
races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ; mais parce
qu’il y a aussi un devoir. Elles ont le devoir de civiliser les races
inférieures ». Précisant sa pensée, il ajouta même que la colonisation est
le « devoir d’hommes de race
supérieure »…
Pour Jules Ferry, la conquête coloniale
n’était brutale qu’en apparence puisque son but était civilisateur. La
République n’avait-elle pas agi de même avec les « fanatiques » Vendéens pour
les libérer de leur « obscurantisme », avec les Bretons, les Occitans ou les
Basques et toutes ces « peuplades inférieures » qu’elle brisa et accultura par
« altruisme », pour les transformer et les « sublimer » en Français ? Il devait
donc en être de même avec les « sauvages » d’Afrique. Toujours par amour de la
Liberté et du genre humain.
Chez Jules Ferry se retrouvent à la fois
la notion de conquête émancipatrice et celle d’une France patrie des Droits de
l’Homme ne pouvant se dérober devant les exigences de cette croisade laïque,
libératrice et pour tout dire républicaine, qu’était la colonisation.
D’ailleurs, pour lui, « la race
supérieure ne conquiert pas pour le plaisir, dans le dessein d’exploiter le faible, mais bien de
le civiliser et de l’élever jusqu’à elle » (Discours du 28 juillet 1885).
Ceux qui ont applaudi le discours
prononcé au pied de sa statue dans l’attente fébrile de maroquins tant espérés,
Madame Taubira en tête, ainsi que les édiles socialistes qui ont fait débaptiser
des universités et des rues portant le nom d’Alexis Carrel, ont donc une mémoire
curieusement sélective, pour ne pas dire hémiplégique…
Pour justifier une politique coloniale
qui était à l’opposé du Contrat
social, la gauche française établit en effet une hiérarchie entre les
« races », entre « les civilisations ». Etant ses héritiers sans même le savoir,
par simple imbibition à l’air du temps, messieurs Sarkozy et Guéant firent de
même… et il leur en coûta médiatiquement… Pourtant, aussi tard que le 9 juillet
1925, Léon Blum, cette autre grande conscience républicaine elle aussi
irréprochable, n’avait pas craint d’affirmer devant les députés : «Nous admettons le droit et même le devoir
des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même
degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la
science et de l'industrie. »
Lors du congrès de la Ligue des
droits de l’Homme qui se tint à Vichy en 1931, Albert Bayet, son président,
déclara quant à lui sous les applaudissements nourris des ennemis de toutes les
intolérances, que la colonisation française était légitime car porteuse du
message des « grands ancêtres de 1789 » et que, coloniser revenant à : « Faire connaître aux peuples les droits de
l’Homme, ce n’est pas une besogne d’impérialisme, c’est une tâche de
fraternité ».
A la différence des partisans des lois
mémorielles, mille-feuilles historicide interdisant toute recherche,
l’universitaire est bien conscient qu’il ne s’agit évidemment pas ici d’oublier
le contexte qui prévalait à l’époque. Condamner les propos de Jules Ferry,
d’Albert Bayet ou de Léon Blum en ayant l’œil fixé sur l’étalon mètre du
politiquement correct que leurs héritiers ont déposé dans le pavillon de Flore
de la pensée unique serait en effet une aberration scientifique. Ceci ne doit
cependant pas dispenser les héritiers des « grands ancêtres », aujourd’hui si
prompts à la repentance et aux condamnations hors contexte, d’oublier de
« balayer devant leur porte ».
En définitive, derrière l’éloge en
apparence « innocent » de Jules Ferry prononcé par François Hollande, se cachent deux
hypothèses :
1) La première est qu’à Sciences-Po et à
l’ENA, les professeurs d’histoire du futur président devaient être
particulièrement incompétents et que ses actuels conseillers ont de singulières
lacunes historiques. Nous aurions là la preuve par 9 des résultats obtenus par
ces « pédagogistes » enkystés au ministère de l’Education nationale depuis la
Libération et qui, tant sous les régimes de gauche que sous les régimes dits de
« droite », n’ont eu de cesse d’assassiner l’enseignement de
l’histoire.
2)
La seconde
serait au contraire celle d’une volonté clairement affichée d’un grand retour
aux sources idéologiques de la gauche française, François Hollande raccrochant
ainsi une famille doctrinalement déboussolée par le « mitterrandisme » aux
mythes fondateurs de la République, tout en occultant prudemment le fait que le
« père de l’école républicaine » fut le chantre d’un certain « racisme
philanthropique ».
Les années à venir nous diront laquelle de ces hypothèses était la
bonne…
Bernard Lugan
17/05/2012
mardi 15 mai 2012
La talibanisation du Mali peut encore être évitée (Point de situation).
Après la désastreuse intervention
franco-otanienne en Libye qui a eu pour résultat de disloquer les équilibres
régionaux, les fondamentalistes musulmans ont entrepris de faire du Sahel un
nouvel Afghanistan. Créés par les services algériens -comme les jihadistes
afghans le furent par les Américains-, ils ont pris leur totale autonomie avant
de se retourner contre Alger. Aujourd’hui, les principaux groupes salafistes qui
opèrent au Sahel et au Sahara sont dirigés par des Algériens et très
majoritairement composés d’Algériens. Ils se sont armés en puisant dans les
arsenaux libyens.
Ces groupes qui opéraient primitivement
dans la partie « arabe » du Sahara ont noué des alliances avec certaines
composantes touareg, ce qui leur a permis d’étendre leur zone d’influence.
Aussi, quand, au mois de janvier 2012, éclata l’insurrection des Touareg du Mali
regroupés dans le MNLA (Mouvement
national de libération de l’Azawad), fondé par le colonel Ag Gamou, ancien
de l’armée libyenne, une politique intelligente, et je n’ai eu de cesse de le
dire, aurait consisté à soutenir ces derniers contre les islamistes.
Aujourd’hui, deux grands fronts sont
ouverts dans l’ouest saharien. Celui du Nord concerne directement les Algériens.
Le second a son cœur au Mali où deux guerres se déroulent. L’une est menée par
les Touareg du MNLA qui ont proclamé l’indépendance de l’Azawad, l’autre l’est
par les diverses fractions salafistes sahariennes. Ces deux guerres sont à base
ethnique car le MNLA est l’émanation des Touareg, essentiellement Ifora, tandis
que le Mujao (Mouvement pour l’unicité du
Jihad en Afrique de l’Ouest ) est composé d’Arabes ou de Berbères très
anciennement arabisés. Ces derniers ont toujours lutté contre les Touareg pour
le contrôle des axes transsahariens et aujourd’hui, ils prolongent cette
politique sous le couvert de l’Islam radical.
Le clivage ethno religieux est donc très
clair, y compris dans le mouvement Ançar
Eddine qui se veut lui aussi jihadiste et qui est pourtant à l’origine une
composante de la rébellion touareg. Son fondateur, Ayad Ag Ghaly, figure
historique de l’irrédentisme touareg l’a en effet créé après qu’il eut été
écarté de la direction du futur MNLA par ses frères ifora ayant servi le colonel
Kadhafi. Comme il lui fallut alors un « créneau » d’existence, il choisit de
s’appuyer sur les salafistes. Aujourd’hui, son pouvoir ayant été contesté par
son commandant militaire, un Arabe nommé Omar Hamaha, Ançar Eddine a de fait éclaté sur une
base ethnique, sa composante touareg voulant l’indépendance de l’Azawad
cependant que sa fraction arabe y est totalement opposée puisqu’elle revendique
au contraire la création d’un khalifat islamique transnational.
Au début de la deuxième semaine du mois
de mai, la composante touareg d’Ançar
Eddine a même rejoint le MNLA à Gao où s’est tenue une conférence
rassemblant les chefs des tribus touareg et dont le but était de définir une
politique commune face à la menace islamiste qui plombe la revendication
indépendantiste. Lors de cette réunion, un ultimatum a été adressé aux
islamistes qui ont jusqu’au 17 mai pour quitter la région. Après cette date, ils
seront considérés comme des ennemis et pourchassés. Afin de ne pas perdre la
face, Ayad Ag Ghali dont le zèle islamique récent étonne ceux qui le
connaissent, a accepté de repousser la question de la charia à la tenue d’un référendum
populaire après l’indépendance effective de l’Azawad. L’entente fut également
trouvée sur le nom du nouvel Etat, la dénomination République islamique de l’Azawad ayant
été abandonnée au profit de République de
l’Azawad.
Une autre nouveauté de taille est
intervenue ces derniers jours quand le colonel Ag Gamou, un Touareg de la tribu
Imghad, a annoncé la création du MRRA (Mouvement républicain pour la restauration
de l’Azawad). Ce groupe armé voulant engerber les diverses populations du
nord Mali comme les Songhay, les Peul, les Arabes et certaines tribus touareg,
refuse l’islamisme tout en militant pour l’autonomie, et non l’indépendance, de
l’Azawad. Le MRRA semble être soutenu par la Mauritanie, mais d’abord par
l’Algérie qui ne veut pas plus d’un Etat touareg que d’une zone de non droit au
sud de sa frontière.
L’irruption du MRRA risque de changer
les rapports de force locaux en raison du poids des Imghad au sein de l’ensemble
touareg et du soutien que paraît lui apporter le FNLA (Front national de libération de
l’Azawad), mouvement essentiellement maure et arabe, lui aussi opposé aux
islamistes mais partisan de l’autonomie de l’Azawad. Si le colonel Ould Meidou,
un Arabe, ancien commandant de la région de Mopti le rejoignait comme certains
indices semblent le laisser prévoir, un basculement de la situation pourrait
s’opérer aux dépens à la fois des islamistes et du MNLA. Ce dernier risquerait
alors la marginalisation et le repli ethno géographique sur la partie purement
touareg et désertique de l’Azawad.
L’union autour du MRRA permettrait donc
de repousser les islamistes tout en contraignant le MNLA à revenir sur sa
déclaration d’indépendance. Dans l’immédiat, plus que le danger islamiste qui
semble en passe de pouvoir être contenu, la probabilité est davantage celle de
guerres fratricides entre Touareg Ifora et Imghad, entre Ifora venus de Libye et
ceux obéissant à Ag Ghaly, entre Arabes et Touareg…
Quoiqu’il en soit, l’Azawad a échappé à
Bamako et cela même si la carte du pays n’est pas redessinée. L’option de sortie
de crise pourrait alors être celle d’une très large autonomie de cette immense
région autour de ses trois grandes composantes ethno géographiques à savoir : la
partie sud, le long du Niger, notamment peuplée par des Songhay et des Peul ; la
partie nord, ou cœur de l’Azawad, territoire des Touareg et l’ouest saharien
« arabe ».
L’aspiration naturelle de toute société
humaine qui est « une terre, un Peuple » étant satisfaite, il serait ensuite
possible de régler militairement la question islamiste, cette artificielle
tentative de placage universaliste sur des populations saharo-sahéliennes
parfaitement identifiées par l’histoire.
Bernard Lugan
15/05/12
dimanche 6 mai 2012
L'Afrique Réelle N° 29 - Mai 2012
Sommaire :
Actualité
- La nouvelle guerre du Soudan
- Le Mali entre enlisement et partition
- Le Maroc au milieu du gué
Dossier : Le rapport d'expertise sur l'attentat qui coûta la vie au président Habyarimana a-t-il une valeur scientifique ?
- Révélations explosives sur l'expertise communiquée aux parties civiles par le juge Trévidic
- Les limites, les insuffisances et les contradictions d'une expertise
- Les doutes du colonel Marchal
Editorial de Bernard Lugan : Bilan de la politique africaine de Nicolas Sarkozy
En
Afrique, à l’exception peut-être de M. Ouattara, personne ne regrettera le
président Sarkozy dont la partie africaine du quinquennat débuta le 26 juillet
2007 par le maladroit et inopportun « Discours de Dakar ».
En
déclarant devant les élites sénégalaises que « Le drame de l’Afrique,
c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire »,
Nicolas Sarkozy qui avait peut-être voulu prononcer son « Discours de la
Baule », donna en effet de lui une image d’arrogance européocentrée dont il
n’est plus parvenu à se détacher. D’ailleurs, de quelle « Histoire »
voulait-il parler ? Si c’est de celle des droits de l’homme et de la
démocratie, à ce compte là, la Chine multimillénaire n’y est pas davantage entrée
que l’Afrique...
L’autre
image que Nicolas Sarkozy laissera en Afrique
est celle d’un président qui n’aura cessé d’abandonner ou de trahir
ses « amis ». Après avoir reçu Mohammar Kadhafi avec une pompe et un faste indécents, il lui
déclara ensuite la guerre. De même, les pays riverains rechignant devant
son projet d’Union pour la Méditerranée,
il courtisa le chef de l’Etat syrien, M.Bachar el Assad, pour l’engager à
participer au sommet de Paris au mois de juillet 2008. L’Union y naquît grâce
au soutien des présidents Moubarak et Ben Ali. Or, dès que le vent mauvais
médiatique eut tourné, il les traita tous trois comme des pestiférés.
En revanche, le président français fut d’une rare
« compréhension » avec Paul Kagamé qui ne cessa pourtant jamais d’insulter
la France et son armée. Certes, une normalisation
avec le Rwanda était souhaitable, mais pas au prix d’une humiliation permanente
s’expliquant à la fois par une totale méconnaissance du dossier et par le rôle
exorbitant et insolite tenu au sein même de l’appareil d’Etat par de hauts
responsables acquis aux thèses de Kigali.
Après
les fautes comportementales et morales, deux grandes erreurs furent commises
durant ce quinquennat incohérent en matière africaine. Il s’agit des interventions
en Côte d’Ivoire et en Libye qui furent des réussites sur le plan technique
grâce au professionnalisme d’une armée française dont les moyens avaient
pourtant été rognés.
En
Côte d’Ivoire, Nicolas Sarkozy intervint pour un camp contre un autre en donnant
à nos forces l’ordre d’en finir avec le régime Gbagbo. Aujourd’hui, les
affaires ont certes repris à Abidjan mais le pays, rongé par le banditisme, est
plus que jamais coupé en deux. Quant à Alassane
Ouattara, déjà considéré par beaucoup comme le « commis » des
institutions financières internationales, il n’arrive pas à s’imposer car il
souffre d’avoir été mis au pouvoir par l’ancien colonisateur.
En
Libye, où, sous la pression de bateleurs médiatiques, la France s’immisça dans
une guerre civile qui ne la concernait en rien et dans laquelle ses intérêts vitaux
n’étaient pas menacés, son intervention provoqua l’anarchie que nous observons
aujourd’hui dans tout le Sahel. Et pourtant, les Services avaient littéralement
« noyé » Nicolas Sarkozy sous les notes, le mettant très précisément
en garde contre les conséquences désastreuses de l’opération qu’il s’apprêtait
à décider.
Les
Africains savent bien que cette guerre fut bâtie sur un mensonge et que la
« protection des civils de Benghazi » ne fut qu’un prétexte pour arracher
à l’ONU le droit d’imposer une zone d’exclusion aérienne. Forte de cet « accord »,
la France outrepassa clairement son mandat et réduisit à néant les défenses
libyennes ; puis, devant l’incapacité des rebelles à entamer la résistance
du régime, Nicolas Sarkozy ordonna à l’armée française d’intervenir directement
au sol, notamment à Misrata et dans le Djebel Nefusa.
mercredi 25 avril 2012
Soudan : les causes d’une guerre annoncée
Il ne fallait pas être grand
clerc pour prévoir que le Nord et le Sud Soudan allaient immanquablement se
faire la guerre. Dans le numéro de l’Afrique Réelle daté du mois de juin 2011, j’avais ainsi signé un article
titré : « Soudan : guerre pour le saillant d’Abyei ? ». Moins d’un an plus tard,
le 10 avril 2012, la guerre a effectivement éclaté à Heglig, zone
produisant 50% de tout le pétrole extrait dans le Nord Soudan et qui touche le
saillant d’Abyei. Une violente contre-attaque accompagnée de raids aériens
contre certaines villes du Sud, dont Bentiu, permit ensuite aux forces de
Khartoum de reprendre le terrain perdu ; le 20 avril, après de durs combats, les
forces sudistes se replièrent.
Trois grandes raisons expliquent cette guerre :
1) La
région d’Abyei et d’Heglig est le homeland de certaines tribus Dinka dont les
Ngok. Elle est actuellement occupée par l’armée nordiste. Un référendum devrait
décider de l’appartenance d’Abyei au Nord ou au Sud Soudan ; or, les Dinka y
ayant été l’objet d’un vaste nettoyage
ethnique opéré par les milices islamiques favorables à Khartoum, la composition
du corps électoral y a profondément changé.
2) Au mois de juillet 2009, la Cour
d’arbitrage de La Haye préconisa le partage de toute la région entre Dinka et
Arabes de la tribu des Misseryia sur la base de l’occupation actuelle,
entérinant ainsi la spoliation des Dinka, la zone pétrolière d’Heglig étant,
elle, définitivement rattachée au Soudan Khartoum.
3) Avant la partition de 2011, le
Soudan produisait 470 000 barils/jour dont les ¾ au Sud. Or, les 350 000
barils/jour extraits dans le nouvel Etat du Sud Soudan sont exportés par un pipe
line traversant tout le Nord Soudan pour aboutir sur la mer Rouge. Les
négociations entre les deux pays portant sur les droits de transport du brut du
Sud à travers le pipe line du Nord ont été rompues. Pour ne plus dépendre du
Nord Soudan, le Sud Soudan a signé deux accords de désenclavement prévoyant la
construction de deux nouveaux pipe line, l’un avec le Kenya et l’autre avec
l’Ethiopie. Puis, le 26 janvier 2012, le Sud Soudan a fermé tous ses puits situés à proximité de la
frontière avec le Nord Soudan. Avec cette mesure, certes il se pénalisait, mais
il privait en même temps le Soudan du Nord des droits de transit de son propre
pétrole.
Quand, le 10 avril 2012, le Sud Soudan lança son offensive surprise à
Heglig, il n’avait pas pour objectif de s’emparer de cette région, ce que
Khartoum n’aurait jamais accepté. Son but était d’y détruire les infrastructures
pétrolières afin d’affaiblir encore davantage le Nord Soudan pour le contraindre
à accepter, à la fois ses revendications territoriales et celles portant sur le
coût du transit de son pétrole en attendant la construction des deux pipe line
sudistes.
Bernard Lugan
25/04/2012
dimanche 15 avril 2012
L'Afrique Réelle N° 28 - Avril 2012
Actualité :
- La guerre du Mali : un conflit dont la résolution passe par le retour au réel ethnique
- Libye : la guerre Toubou-Arabes peut-elle embraser le Tchad ?
- Le Somaliland en quête d’une reconnaissance par l’Union Européenne
Dossier : Les berbères
- Le long combat identitaire des Berbères
- Entretien avec Bernard Lugan
- L'Egypte et les Berbères
- Les royaumes berbères durant l'antiquité
- L'arabisation ethnique de la Berberie
- L’opposition entre Berbères et Arabes dans le mouvement nationaliste algérien
- Le Maroc, l'Algérie et la Berbérité
Editorial de Bernard Lugan
La guerre du Mali a fait exploser sous nos yeux ces deux grands mythes destructeurs de l’Afrique que je ne cesse de dénoncer depuis des décennies : celui de l’Etat-nation pluri ethnique et celui de la démocratie fondée sur le principe du « un homme, une voix ». En effet :
1) Le mélange ethnique au sein d’un même Etat artificiel est par lui-même crisogène ; d’autant plus que le phénomène est aggravé par la démocratie, cette ethno-mathématique qui donne le pouvoir aux plus nombreux, réduisant les peuples minoritaires à l’esclavage ou les contraignant à la rébellion armée.
2) Après les guerres Nord contre Sud au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Soudan, le Mali montre à son tour que les Etats post-coloniaux sont des coquilles vides. En ce sens, la malencontreuse intervention franco-otanienne en Libye aura au moins eu un effet positif : le colonel Kadhafi n’étant plus là pour les contenir, les Touaregs qui ont repris leur liberté ont en effet fait sauter le principal tabou qui interdit à l’Afrique de redevenir elle-même, donc d’exister.
Or, au moment où les Touaregs démontrent que les lois historiques inscrites dans la longue durée sont plus fortes que nos fantasmes universalistes et démocratiques, au moment où le réel triomphe des idéologies, nos dirigeants, incapables de prendre la mesure de la situation, s’accrochent tels des automates à ces frontières cicatrices, ces lignes prisons tracées au mépris de toutes les réalités physiques et humaines.
Relisons Ferhat Mehenni et son livre manifeste dans lequel il parle d’«_Etats sans nations ». Méditons une réflexion de l’auteur pour qui les dirigeants européens, au lieu de s’interroger sur l’avenir d’Etats artificiels, mettent au contraire en cause les Peuples qui les combattent au nom de légitimes revendications identitaires.
Plus que jamais, la solution, au Mali comme ailleurs en Afrique, est la partition. On objectera que ce serait alors la porte ouverte à la balkanisation. Probablement. Mais de la Balkanisation peuvent sortir de nouveaux équilibres ; pas du néant actuel. N’oublions pas que pour mettre fin à la Guerre de Trente ans les Traités de Westphalie dotèrent l’Europe d’une poussière d’Etats dont des dizaines de micro-Etats. D’ailleurs, pourquoi toujours penser en termes de vastes ensembles ; y aurait-il un étalon maître à ce sujet ?
L’avenir de l’Afrique est à des Etats plus « petits » et aux frontières épousant plus fidèlement les réalités des peuples.
Faisons un retour en arrière et oublions les invectives et les anathèmes pour ne parler que de la pertinence du système : les Sud-africains avaient tenté, maladroitement certes, cette expérience avec la politique des Etats nationaux ethniques, dite politique des Bantustan, solution visionnaire qui fut rejetée avec indignation par la bien-pensance internationale engluée dans ses dogmes.
Aujourd’hui, après l’indépendance de l’Erythrée, du Sud Soudan, demain du Somaliland et de l’Azawad, après plus d’un demi siècle de guerres qui ont bloqué tout développement en Afrique, le débat ne mérite t-il pas d’être à nouveau ouvert dans un climat enfin dépassionné ?
jeudi 5 avril 2012
Histoire des Berbères
Histoire des Berbères, des origines à nos jours.
Un combat identitaire pluri-millénaire.
Présentation de l'ouvrage
Les Berbères ou Imazighen (Amazigh au singulier) constituent le fond ancien de la population de l’Afrique du Nord. Ils formaient à l’origine un seul Peuple peu à peu fragmenté par une histoire à la fois riche, complexe et mouvementée. Des dynasties berbères régnèrent sur le Maghreb jusqu’au XVI° siècle.
Les partisans de l’arabo-islamisme affirment que les Berbères sont sortis de l’histoire, leur conversion à l’Islam les ayant inscrits de façon irréversible dans l’aire politico-culturelle de l’arabité. Dans les années 1950, la revue Al Maghrib alla ainsi jusqu’à écrire qu’ils ne peuvent accéder au Paradis que s’ils se rattachent à des lignées arabes. Quant au ministre algérien de l’Education nationale, il déclara en 1962 qu’ils « sont une invention des Pères Blancs ».
Aujourd’hui, les dirigeants arabo-islamiques nord africains doivent faire face au réveil berbère si fortement exprimé en 2004 par Mohammed Chafik au travers de sa célèbre question réponse: « Au fait, pourquoi le Maghreb arabe n’arrive-t-il pas à se former ? C’est précisément parce qu’il n’est pas Arabe ». Cette phrase était incluse dans un article dont le titre explosif était : « Et si l’on décolonisait l’Afrique du Nord pour de bon ! », intitulé signifiant qu’après avoir chassé les Français, il convenait désormais pour les Berbères d’en faire de même avec les Arabes…
Qui sont donc les Berbères ? Quelle est leur origine ? Comment furent-ils islamisés ? Quelle est leur longue histoire ? Comment se fait aujourd’hui la renaissance de la berbérité? Peut-elle être une alternative au fondamentalisme islamique ?
C’est à ces questions qu’est consacré ce livre qui n’a pas d’équivalent. Son approche est ethno historique et couvre une période de 10 000 ans. Il est illustré par de nombreuses cartes en couleur et par des photographies.
IMPORTANT : Ce livre édité par l'Afrique Réelle n'est pas disponible dans les librairies ou les sites de commandes en ligne. Seule l'Afrique Réelle le distribue.
Prix (frais de port compris) :
- 29 € pour livraison en France
- 31 € pour livraison Europe
- 31 € pour livraison Europe
- 34 € pour le reste du monde
Pour le commander, 2 possibilités :
Le poisson d’avril du « directeur de la cellule Libye » au Quai d’Orsay
Je ne résiste pas au plaisir de faire connaître aux lecteurs de mon blog le texte qui suit et qui mérite de passer à la postérité comme exemple archétypique de l’aveuglement d’une certaine diplomatie française et du suivisme de certains organes de presse.
Ce texte a été publié dans l’édition du 5 avril du Figaro sous le titre : « Libye : l’optimisme de l’ex ambassadeur de France ».
« Ambassadeur de France à Tripoli de 2008 à 2011, François Gouyette se dit « optimiste sur le moyen terme » pour l’avenir de la Libye. Pour ce diplomate qui dirige la cellule Libye au Quai d’Orsay, les fondamentaux du pays sont bons, la situation sécuritaire « globalement maîtrisée ». Sans nier les problèmes de l’après-Kadhafi, il se félicite aussi de l’affirmation d’un sentiment national « qui se superpose à l’identité tribale toujours très présente». « Je n’ai jamais cru au risque de l’éclatement de la Libye » souligne le diplomate ». Le Figaro, 5 avril 2012.
Si le responsable de la « cellule Mali » du Quai d’Orsay a une approche de la situation aussi « réaliste » que celle de son homologue en charge de la Libye, nul doute que les autorités françaises sauront, une fois de plus, faire les bons choix…Quant aux lecteurs du Figaro, cette Pravda des mollassons, les voilà une fois de plus bien informés…
Bernard Lugan
05/04/12
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