lundi 30 novembre 2020

L'Afrique Réelle n°132 - Décembre 2020

Sommaire

Actualité :
Aux origines de la guerre du Tigré

Dossier : Côte d’Ivoire
- Une question d’abord ethnique
- Comment Henri Konan Bédié et les Baoulé ont détruit le système Houphouët-Boigny
- De Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara

Dossier : Rwanda
Questions sur les deux insolites « commissions Duclert »


Editorial de Bernard Lugan

En cette fin d’année 2020, deux « vieux » conflits africains viennent de se rallumer :

1) Au nord, la tension est subitement remontée entre le Maroc et l’Algérie après que le Polisario ait décidé de couper la route reliant le Sénégal et la Mauritanie à la Méditerranée. Cependant, la seule question qui mérité d’être posée est de savoir si le Polisario a agi de sa propre initiative, ou bien si l’armée algérienne l’a engagé à tester la volonté marocaine. Questions annexes, quel contrôle l’Algérie exerce-t-elle véritablement sur certains diverticules du Polisario qui ont rejoint l’état islamique (Daech) et au bout du compte, le Polisario est-il encore utile au « Système » algérien ?

2) Dans la région de la Corne, l’Ethiopie fait de nouveau l’actualité avec la sécession du Tigré. Sommes-nous face à un phénomène du type yougoslave, avec l’éclatement d’un pays multi-ethnique, une mosaïque de peuples ayant perdu son ciment ?

Des origines à 1991, les Amhara ont joué ce rôle, puis, de 1991 à 2019, ce furent les Tigréens. Aujourd’hui, ethno-mathématiquement en force, les Oromo s’imposent peu à peu. Mais les Tigréens ne veulent pas être soumis à leurs anciens serfs... Heureusement pour le pouvoir central, la haine des Amhara pour leurs cousins Tigréens est telle qu’ils se sont très conjoncturellement alliés au pouvoir oromo. Jusqu’à quand ? Là est la question…

La crise algéro-marocaine intervient dans un contexte politique algérien qui fait penser à la fin de la période Bouteflika. En réalité, depuis 2013, date du premier AVC de ce dernier, l’Algérie est un bateau ivre qui n’est plus gouverné. 

Après les immenses manifestations du « Hirak » interrompues par le Covid 19, véritable « divine surprise » pour le « Système », l’« Algérie nouvelle » qui avait été annoncée par le président Tebboune est rapidement apparue pour ce qu’elle est, à savoir le prolongement gérontocratique de l’Algérie de Bouteflika.

En effet, les trois gérontes qui gèrent le « Système » semblent tous les trois arriver au terme de leur « horloge biologique ». Agé de 75 ans, le président Tebboune est hospitalisé en Allemagne, cependant que le général Chengriha, chef d’état-major âgé de 77 ans l’est en Suisse. Quant à Salah Goujil, le président du Sénat, l’homme qui devra assumer la période transitoire en cas de disparition du président, il a 89 ans et est, lui aussi, très malade...

En cette période de fin de règne, les clans de janissaires sont prêts à s’entre-égorger afin de s’emparer des restes du pouvoir. Celui du général Gaïd Salah a été politiquement liquidé et deux autres clans semblent se placer dans l’attente de la disparition du président Tebboune :
- L’ancien DRS (les Services) que l’on avait donné détruit montre actuellement qu’il est encore puissant en dépit de l’incarcération de ses principaux chefs.
- Celui de son ennemi, le général Benali Benali, âgé d’environ 80 ans, le plus ancien dans le grade le plus élevé de l’armée algérienne et chef de la puissante garde républicaine.

Pour tous, l’alternative est simple : prendre le pouvoir ou finir leurs jours en prison...

vendredi 20 novembre 2020

Pourquoi Emmanuel Macron se croit-il obligé de voler au secours de Vincent Duclert, président de l’insolite « commission sur le rôle de la France au Rwanda » ?

Le 20 novembre 2020, à l’occasion d’un entretien consacré à la politique africaine de la France, l’hebdomadaire Jeune Afrique posa à Emmanuel Macron la question suivante :

« La commission Duclert  est-elle encore légitime » ?

Réponse :

« Je pense que Vincent Duclert est parfaitement légitime. C’est un grand historien, reconnu pour ses travaux. J’ai vu la nature de la polémique et elle ne me semble en rien entacher sa légitimité académique »

Si l’on veut comprendre le sens de cette réponse, il convient de se reporter à mon communiqué daté du 16 novembre 2020 intitulé : « Un nouvel exemple caractérisé de censure et d’exigence de repentance : l’affaire Julie d’Andurain ou comment les officines du général Kagamé et leurs relais médiatiques font pression sur la France » ?

En effet, au mois d’avril 2019, cédant une fois de plus à son tropisme de la repentance, le président Macron décida de la création d’une commission chargée de faire la lumière sur la politique française au Rwanda dans les années 1990-1994, et cela, à travers les archives. Et il confia la présidence de cette commission au professeur Vincent Duclert.

Or, la « crédibilité » de la « commission Duclert », est « discutable » pour au moins  quatre raisons principales :

1) Quel est le but véritable de cette commission ?

Scientifiquement, cette commission est en effet parfaitement inutile car tout a déjà été dit et écrit sur le sujet, notamment dans le Rapport d’information de la commission d’enquête parlementaire présidée par M. Paul Quilès publié au mois de décembre 1998, dans l’énorme masse documentaire livrée par le TPIR (Tribunal pénal international sur le Rwanda), notamment à travers mes expertises ou mon livre Rwanda, un génocide en questions, également à travers le livre définitif de Charles Onana Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise. Quand les archives parlent.

2) Une commission qui aurait pu être composée par le « Père Ubu »

En effet, aucun des membres de la « commission Duclert » n’a travaillé sur le Rwanda, ni même sur l’Afrique des Grands Lacs ou encore sur l’Afrique en général… Quant aux deux seuls spécialistes français, experts durant des années auprès du TPIR, à savoir André Guichaoua pour l’Accusation et Bernard Lugan pour la Défense, tous deux ont été écartés d’emblée de cette très insolite commission… En revanche, y siègent une archiviste paléographe, deux professeurs de droit public, un spécialiste du génocide des Arméniens, une spécialiste des « femmes et du genre » (?), un conseiller d’Etat, deux spécialistes de la Shoah, une « spécialiste du général de Gaulle » (?), un spécialiste « des organisations clandestines (?) », un professeur certifié du secondaire spécialiste des « archives secrètes », une doctorante (traduction une étudiante qui n’a pas soutenu de thèse) spécialiste des « ressources images, photos et vidéos » et Julie d’Andurain, spécialiste d’histoire militaire contemporaine. Quant à Vincent Duclert, président de la commission, sa thèse porte sur « L’engagement des savants dans l’affaire Dreyfus », et son mémoire d’habilitation sur « L’histoire des engagements démocratiques depuis le XIX° siècle »… On chercherait vainement le lien entre ces spécialités, fort honorables au demeurant, et la connaissance de la complexité des questions ethno-politiques du Rwanda…

3) Un président de commission à la singulière « impartialité »

Comme cela sera démontré dans le numéro du mois de décembre de l’Afrique Réelle, depuis 10 ans, Vincent Duclert a en effet relayé les accusations de Kigali de « complicité de la France dans le génocide  rwandais ». Un exemple : c’est ès-qualités, qu’il parla d’ : 

« (…) une histoire tragique de la France, celle d’avoir été - à un point qui reste à définir exactement - impliquée dans un génocide alors qu’elle avait les moyens diplomatiques, militaires, de l’arrêter » (Libération, 14 Avril  2019).

De plus, au sein de l’insolite « commission Duclert », Julie d’Andurain se trouva victime d’une « purge » digne des pires procès de Moscou, une « affaire » montée de toutes pièces par le tandem Canard Enchaîné - Mediapart  alimenté en sous-main par les « compagnons de route » du général Kagamé et autres « amis démocrates des dictateurs ».

4) Un président de commission qui, par le passé, a veillé à épargner le régime du général Kagamé.

Vincent Duclert a co-présidé avec Stéphane Audouin-Rouzeau une commission créée le 30 mai 2016 à l’initiative de Madame Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale, destinée à « la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse ». Or, le volumineux rapport final qui fait plus de 100 mentions au génocide des Tutsi fait en revanche totalement l’impasse sur les crimes de masse commis au Congo (RDC) par les forces du général Kagamé, crimes ayant fait a minima des centaines de milliers de victimes, et qui ont été largement documentés, tant par l’ONU que la Cour pénale internationale[1].

[1] Pour en savoir plus sur cette « impasse », voir le dossier réalisé par le politologue canadien Patrick Mbeko « France-Afrique des Grands Lacs : un rapport universitaire occulte les crimes de Kagame ». Revue Proche et Moyen-Orient du 10 octobre 2020.

lundi 16 novembre 2020

Un nouvel exemple caractérisé de censure et d’exigence de repentance : l’ « affaire » Julie d’Andurain ou comment les officines du général Kagamé et leurs relais médiatiques font pression sur la France

C’est une « édifiante » histoire que je vais exposer ici et qui mérite d’être connue par le public le plus large ; d’abord par les naïfs qui croient encore que nous vivons dans un pays de liberté. Le 5 avril 2019, cédant une nouvelle fois à son tropisme de la repentance, le président Macron décida la création d’une « Commission chargée de mener un travail de fond centré sur l'étude de toutes les archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994 (afin) d'analyser le rôle et l'engagement de la France durant cette période»

 Première remarque, tout a déjà été dit et écrit sur le sujet, notamment à travers le Rapport d’information de la commission d’enquête parlementaire présidée par M. Paul Quilès publié au mois de décembre 1998. Mais aussi à travers mes expertises devant le TPIR 10 ans d’expertise et mon livre Rwanda, un génocide en questions.

La seconde remarque pose un sérieux problème de crédibilité car aucun des membres de la dite commission n’a travaillé sur le Rwanda, ni même sur l’Afrique des Grands Lacs ou encore sur l’Afrique en général… Quant aux deux seuls spécialistes français, experts durant des années auprès du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda), à savoir André Guichaoua pour l’Accusation et Bernard Lugan pour la Défense, tous deux ont été écartés d’emblée de cette insolite commission… En revanche, y siègent une archiviste paléographe, deux professeurs de droit public, un spécialiste du génocide des Arméniens, une spécialiste des « femmes et du genre » ( ?), un conseiller d’Etat, deux spécialistes de la Shoah, une « spécialiste du général de Gaulle » (?), un spécialiste « des organisations (?) », un professeur certifié du secondaire spécialiste des « archives secrètes », une doctorante (traduction une étudiante qui n’a pas soutenu de thèse) spécialiste des « ressources images, photos et vidéos » et Julie d’Andurain, spécialiste d’histoire militaire contemporaine.

A cette « liste à la Prévert », manque le président de la commission, à savoir le professeur Vincent Duclerc, dont la thèse porte sur « L’engagement des savants dans l’affaire Dreyfus », et le mémoire d’habilitation sur « L’histoire des engagements démocratiques depuis le XIXe siècle »… Une double garantie de compétence scientifique pour appréhender la complexité des questions ethno-politiques du Rwanda…Comment en effet oser prétendre analyser les archives françaises consacrées à ce pays sans en connaître l’environnement, la complexe histoire, les rapports entre les hommes de la houe et de la glèbe et ceux de la vache et de la lance ? Toutes choses totalement inconnues des membres de cette insolite commission. Le Père Ubu en rirait de bon cœur…

Or, au sein de cette commission à la « crédibilité » pour le moins « problématique », Julie d’Andurain se trouva victime d’un montage digne des pires procès de Moscou, avec, dans le rôle des dénonciateurs et du procureur, comme à l’habitude en pareil cas, ses « chers collègues ». Une « affaire » montée de toutes pièces par le tandem Canard Enchaîné - Mediapart  alimenté en sous-main par les« compagnons de route » du général Kagamé et autres « amis démocrates desdictateurs ».

En toute modération, objectivité et retenue, Mediapart titra ainsi le 13 novembre 2020 « Une historienne décrédibilise la commission sur le rôle de la France au Rwanda (…) et suscite l’indignation ». Puis les accusations de « négationnisme » furent lancées ici et là.

Quel crime avait donc commis Julie d’Andurain ? Pourquoi ce lynchage ? Tout simplement parce que, ayant été enseignante à l’Ecole militaire entre 2010 et 2017, elle était accusée de ne pas avoir une vision « objective » de la question du Rwanda…Et cela, naturellement à la différence des autres membres de l’insolite commission qui, eux, tels des agneaux venant de naître sont d’une totale objectivité en la matière, alors que plusieurs d’entre eux ont soit signé des pétitions ou bien manifesté publiquement leur adhésion à la thèse de la culpabilité de la France… Il faut dire que la malheureuse Julie d’Andurain avait osé soutenir que les détracteurs de l’armée française sont des civils qui ne comprennent pas les contraintes opérationnelles. Pourtant, rien de plus exact et constaté par tous les hommes de terrain. Mais voilà qui a suffi à la meute lancée à ses trousses pour  la qualifier d’historienne « négationniste », sous-entendu, à ranger dans la catégorie de ceux qui réhabilitent le IIIe Reich, nient l’existence des camps de concentration et de la Shoah… Une véritable mise à mort scientifique dont Julie d’Andurain aura du mal à se  relever.

Mais surtout, et là est la clé de l’affaire, Survie avait relevé des « biais » dans le rapport mi-mandat publié par l’insolite « commission Duclerc ». Et, dans la plus pure méthode stalinienne, de demander : « Etaient-ils dus à Julie d’Andurain ? » Cette aimable question était suivie d’un chantage : « On peut espérer (maintenant que Julie d’Andurain a été exclue de la commission mon ajout) une vision plus nuancée, plus indépendante ». Traduction : Survie, donc le général Kagamé, attend une conclusion du rapport reprenant les thèses de Kigali à travers des « résultats qui pourront aider les décideurs politiques à procéder à la reconnaissance officielle par la France de son rôle précis dans le génocide des Tutsi ».

L’impudence de Survie, officine porte-voix du régime de Kigali est donc sans limites. Pourquoi d’ailleurs en aurait-elle alors qu’elle est totalement immergée dans les cercles du pouvoir politique et médiatique français ?

Quant à Vincent Duclerc, drapé dans la toge immaculée de l’« impartialité », il ne pouvait pas ne pas réagir. Aussi, au nom de cette sacro-sainte « impartialité » dont il ne cesse de se réclamer, accepta-t-il la « mise en retrait », - hypocrite synonyme de démission-, de Julie d’Andurain obtenue à travers d’ « amicales » pressions.

Or, le moins que l’on puisse dire de l’« impartialité »  de Vincent Duclerc dans la question qui est au cœur des travaux de l’insolite commission qu’il préside, est qu’elle est « discutable ». En effet, à de nombreuses reprises, et parfois même ès-qualités, comme cela sera publié, avec détails et références, dans le numéro du mois de décembre 2020 de l’Afrique Réelle que les abonnés recevront le 1er décembre, il a en effet montré qu’il est partisan de la thèse de la « culpabilité de la France »… ce qui annonce clairement la couleur des conclusions de la commission dont il est le président.

Dans les hautes terres du Forez, l’on a coutume de dire de qui veut monter au mât de cocagne « qu’il doit avoir le fond du froc propre »... Or, visiblement le « cher collègue » Vincent Duclerc a oublié de faire passer le sien à la lessiveuse… Rendez-vous donc à la prochaine parution de l’Afrique Réelle pour plus de détails…

mardi 10 novembre 2020

La Première Guerre mondiale n'a pas pris fin le 11 novembre 1918

En cet anniversaire de la fin du Premier conflit mondial, la commémoration des combats du front européen fait passer au second plan la guerre d’Afrique où, grâce à leur énorme supériorité humaine et matérielle, les Alliés réussirent à s’emparer rapidement du Togo, du Kamerun et dans une moindre mesure du Sud-Ouest africain allemands.

II n’en fut  pas de même de la Deutsche Ost-Afrika (Tanganyika et Ruanda-Urundi) et plus généralement de toute l’Afrique orientale où, à travers les actuels Etats du Rwanda, du Burundi, de Tanzanie et du Mozambique, commandés par le colonel, puis général, Paul von Lettow-Vorbeck, quelques centaines d’Allemands et deux à trois milliers d’askaris, l’équivalent des tirailleurs français, résistèrent en effet jusqu'au 25 novembre 1918, ayant réussi à immobiliser loin du front d’Europe jusqu'à 200.000 soldats britanniques, sud-africains, portugais et belges. Coupés de tout ravitaillement, sachant utiliser au mieux leurs maigres moyens, vivant des prises faites à l’ennemi, leur expérience mériterait d’être étudiée dans les académies militaires.

En mars 1919, derrière le général von Lettow-Vorbeck, la centaine de survivants allemands de l’épopée africaine fit une entrée triomphale à Berlin par la porte de Brandebourg et la Pariser Platz. Le contexte était alors lourd d’orages car au mois décembre 1918, la révolution bolchévique avait  failli emporter l’Allemagne et le général von Lettow-Vorbeck eut alors un rôle essentiel et peu connu. 

Au mois d’avril 1919, les trois brigades de marine allemandes  (infanterie de marine), dont la fameuse brigade Ehrhardt, furent en effet réunies avec le « 1er Régiment colonial » (Schutztruppe qui n’avait pas combattu outre-mer), et le régiment d’artillerie de campagne Osiander, pour constituer la « Division de marine » dont Paul von Lettow-Vorbeck reçut le commandement. Cette Marine-Division von Lettow-Vorbeck également connue sous le nom de Division de volontaires von Lettow-Vorbeck, reçut ordre de Noske, ministre socialiste de l’intérieur, de briser les soulèvements des communistes héritiers des spartakistes. Elle s’acquitta parfaitement de sa mission, tant à Hambourg qu’à Munich.

C’est à cette épopée que Bernard Lugan a consacré un livre intitulé Heia Safari ! Avec le général von Lettow-Vorbeck du Kilimandjaro aux combats de Berlin (1914-1920). Un ouvrage illustré de plusieurs centaines de photos originales et de cartes qui en font une source documentaire unique.

Il a également mis en ligne un cours consacré  au Premier conflit mondial en Afrique :


vendredi 6 novembre 2020

A l’unanimité, les députés français bradent le patrimoine inaliénable de nos musées

Le 6 octobre 2020, après avoir été présenté en Conseil des ministres et approuvé à l’unanimité par les commissions de la culture et des affaires étrangères, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité des présents (où étaient les députés du RN et ceux de la « droite de conviction » ?), le scandaleux projet de loi n°3221 sur rapport de M. Yannick Kerlogot, dérogeant au principe d’inaliénabilité du patrimoine national.

Composée de deux articles, cette loi stipule qu’à compter de l’entrée vigueur du texte, 26 œuvres d’art provenant du trésor du grand chef esclavagiste Béhanzin, roi d’Abomey (voir à ce sujet mon livre « Esclavage, l’histoire à l’endroit ») conservés au musée du quai Branly, cesseront de faire partie des Collections nationales.

Or, il faut savoir que ce texte a été présenté en procédure accélérée, en loi d’exception, et non en loi de portée générale, ce qui signifie qu’il ne passera qu’une seule fois devant les deux chambres. Où était donc l’urgence en ces « temps de guerre » contre le terrorisme islamiste et le Covid ?

Cette loi qui déshonore ceux qui l’ont votée mais également ceux qui, par leur absence se sont rendus complices du vote alors qu’ils n’ignoraient pas que sa discussion allait venir en séance, concrétise une promesse unilatérale faite par Emmanuel Macron le 28 novembre 2017 quand, lors d’une visite d’Etat au Burkina Faso, il déclara : « D’ici à cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain à l’Afrique ».

Allant vite en besogne, et en violation flagrante du principe d’inaliénabilité des biens inscrits aux Inventaires nationaux, le 17 novembre 2019, à Dakar, le « sabre d’el-Hadj Omar » fut remis au président sénégalais Macky Sall - d’ethnie toucouleur comme el-Hadj Omar -, par le Premier ministre français Edouard Philippe. Or, cette arme qui, soit dit en passant, n’a rien d’africain puisqu'il s’agit d’un sabre d’infanterie de l’armée française modèle 1821 forgé à Kligenthal, en Alsace, honore la mémoire d’un conquérant « sénégalais » qui mit en coupe réglée et vendit  comme esclaves les ancêtres de 90% de la population de l’actuel Mali…et d’une partie de celle du Burkina Faso...Un beau geste de paix dans l’actuel contexte de jihadisme…

Dans la foulée de sa visite au Burkina Faso, le président Macron  demanda un rapport sur les « restitutions » à Felwine Sarr de l’Université de St-Louis du Sénégal et à Bénédicte Savoy, historienne de l’Art et militante engagée que la sénatrice Catherine Morin-Desailly qui fut présidente de la commission de la culture au Sénat qualifie d’ « activiste ».

Rendu le 23 novembre 2018, le rapport proprement surréaliste tant il est caricatural  par son aveuglement idéologique et son ignorance historique, recense 46.000 (!!!) œuvres africaines qui devraient être « restituées » sur les 90.000 conservées dans les musées français ….

Dans ce rapport, l’on peut lire que « les collections africaines conservées dans les musées occidentaux (sont) une frustration née de la colonisation (… et) une sorte de totem de cette souffrance ». Pour Bénédicte Savoy, toute œuvre d’art africaine conservée en France et plus généralement en Europe est en effet postulée être le produit d’un pillage…

Une telle impudence a entraîné la vive réponse d’Hermann Parzingzer, président de la Fondation du patrimoine prussien qui gère de très nombreuses collections africaines et qui a qualifié le rapport « de jargon dominé par une idéologie d’expiation et de pénitence ».

Cette  présomption de « pillage » va donc contraindre les musées français à démontrer le caractère « légal » des acquisitions. Mais comment établir la traçabilité des achats, des échanges, des commandes datant parfois de plusieurs siècles, et des dons de collectionneurs, ces derniers constituant plus de 50% des collections ? 

Alors que l’on attendait une vive réaction du Sénat, le 4 novembre 2020, ce dernier, tout en protestant, a lui aussi voté à l’unanimité (où étaient les sénateurs RN et ceux de la « droite de conviction ?), se contentant d’amender le texte en changeant simplement le mot « restitution » signifiant « rendre quelque chose que l’on possède indûment » par « retour »… Une grande marque de  « virilité » qui constitue une garantie pour l’avenir de nos musées…

La boite de pandore ayant été imprudemment et idéologiquement ouverte par Emmanuel Macron, cinq pays africains se sont immédiatement engouffrés dans la brèche offerte par la loi, en réclamant dès à présent 13.000 objets qui sont pourtant autant de biens inaliénables du patrimoine français.

Mais plus encore, de nuit, en catimini, quasi clandestinement, la couronne du dais de la reine Ranavalona  conservée au musée de l’Armée depuis 1910 et qui n’est pas une prise de guerre, mais le don d’un particulier, a été « restituée » à Madagascar. Qui avait autorité pour autoriser une telle sortie d’un bien inaliénable inscrit aux Inventaires nationaux ? Qui a donné l’ordre de cette inadmissible spoliation ?

Quelle association habilitée osera porter l’affaire devant les tribunaux afin que toute la lumière soit faite sur ce scandale ? D'autant plus que la convention de l’UNESCO de 1970 concernant les œuvres d’art conservées dans les musées n’est pas rétroactive. 

Précision ne manquant pas de « sel », la couronne de la reine Ranavalona, une superbe pièce en vermeil ornée de sept fers de lance représentant les sept maisons princières et surmontée d’un aigle était conservée dans le palais d’Andafiavaratra à Antananarivo… où elle a été volée en 2011…

La « restitution » des œuvres d’art à l’Afrique est donc un gage de pérennité… Nous l’avons d’ailleurs observé avec les manuscrits de Tombouctou détruits par les jihadistes ou avec le pillage des collections du musée de Butare au Rwanda au moment du génocide… Si toutes ces collections avaient été abritées dans des musées européens, elles existeraient encore...

dimanche 1 novembre 2020

L'Afrique Réelle n°131 - Novembre 2020

Sommaire

Actualité :
L’Ethiopie va-t-elle disparaître ?

Dossier : La nouvelle situation politico-militaire dans la BSS
- Califat régional ou ethno-islamisme ?
- Les contradictions des islamistes de la BSS
- Quand Barkhane s’adapte à la situation sur le terrain

Dossier : L’islam sud-saharien
- L’islam sud-saharien pourra-t-il résister au wahhabisme ?
- Islam africain contre islam arabe
- La charia, une bulle « sécurisée » pour les trafics ?


Editorial de Bernard Lugan :

L’exemple éthiopien montre une fois de plus qu’en Afrique, l’économie est secondaire dans le déclenchement des évènements, l’essentiel étant à l’évidence l’ethnie. L’ethnie qui, certes n’explique pas tout, mais sans laquelle rien ne s’explique…
En effet, dans ce vieux pays, depuis 2005, la croissance est de plus de 7% par an et le revenu par habitant a été multiplié par 3. Les observateurs annonçaient même que l’Ethiopie allait franchir un cap dans le développement. Or, en dépit des courbes économiques ascendantes, le pays est au bord de l’éclatement. Pas pour des raisons socio-économiques, mais parce qu’un grave conflit de pouvoir oppose ses quatre principaux peuples, les Oromo, les Amhara, les Tigréens et les Somali. Mise en sommeil durant deux décennies sous la poigne de fer du Premier ministre tigréen Mélès Zenawi, la question des nationalités s’est brutalement réveillée après sa mort survenue en 2012. 
Or, si l’équilibre n’est pas trouvé entre ses peuples, l’Ethiopie éclatera, parce que la démocratie du «one man one vote » donne le pouvoir aux plus nombreux. Or, devenus minoritaires, les Amhara et les Tigréens, peuples des hautes terres qui dominaient traditionnellement ceux des basses terres, à savoir les Oromo et les Somali, ont automatiquement perdu la bataille de l'ethno-mathématique électorale. Comme partout en Afrique, les mêmes causes produisent donc les mêmes effets. Mais en plus de cela, Amhara et Tigréens, pourtant peuples « cousins », se combattent et les seconds dont la moitié du territoire se situe en Erythrée (voir la carte à l’intérieur de la revue) menacent de faire sécession. En plus de cela, à tout moment, l’aviation égyptienne peut faire sauter le barrage éthiopien qui va dramatiquement faire baisser le débit du Nil. Pour l’Egypte, c’est une question de vie ou de mort comme nous l’avons montré dans le numéro 119 de l’Afrique Réelle.
Le 28 novembre 2017, en voyage officiel au Burkina Faso, Emmanuel Macron déclara : « D’ici à cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain à l’Afrique ». Le 17 novembre 2019, à Dakar, fut donc remis le « sabre d’el-Hadj Omar » au président sénégalais Macky Sall - d’ethnie toucouleur comme el-Hadj Omar -, par le Premier ministre français Edouard Philippe. Or, la remise de cette arme qui, soit dit en passant, n’a rien d’africain puisqu’il s’agit d’un sabre d’infanterie de l’armée française modèle 1821 forgé à Kligenthal, en Alsace, honore la mémoire d’un conquérant « sénégalais » qui mit en coupe réglée et vendit comme esclaves les ancêtres de 90% de la population de l’actuel Mali… et d’une partie de celle du Burkina Faso... La remise suivante a porté sur la « restitution » au Bénin d’objets ayant appartenu à ses souverains esclavagistes, ce qui n’aura pas manqué de satisfaire les descendants des peuples qu’ils capturèrent pour les vendre aux négriers européens… 
L’on ne peut qu’être « pantois » devant l’ignorance historique des petits marquis qui « conseillent » le président Macron.

jeudi 29 octobre 2020

Il y a quatre siècles, l’Espagne expulsait les Morisques

De 1609 à 1614, après avoir vainement tenté une politique d’assimilation-intégration, l'Espagne procéda à l’expulsion des Morisques (convertis au catholicisme mais demeurant secrètement musulmans), et des Mudéjar (musulmans demeurés en Espagne après la Reconquista). Fernand Braudel  a justement écrit à ce sujet qu’ : « II ne s'agit point de savoir si l'Espagne a bien ou mal fait en expulsant les Morisques, mais de savoir pourquoi elle l'a fait. »

Quelles furent donc les raisons de ces expulsions ?

La politique suivie depuis les débuts de la Reconquista par les souverains espagnols avait été la tolérance religieuse. Du Xe au XVe siècle, de nombreuses communautés musulmanes étaient ainsi passées sous le contrôle chrétien tout en conservant officiellement (les Mudejar) ou clandestinement (les Morisques), leur religion. Durant des décennies, l’Espagne choisit la politique de  l’intégration et de l’assimilation à travers la conversion, tout en n’ignorant pas qu’aux yeux de la loi islamique il était possible à un croyant de faire semblant de s’être rallié au catholicisme tout en continuant à pratiquer en secret sa religion. Néanmoins, en 1526, à la « Sainte Inquisition » chargée de veiller à la sincérité des conversions  Charles-Quint demanda de ne pas s’exercer avec rigueur contre les Morisques au motif qu’ils n’étaient pas encore totalement instruits dans la religion catholique.

La monarchie espagnole fit d’ailleurs longtemps preuve de tolérance et même de patience, avant de devoir finalement constater que deux religions, deux philosophies de l’existence aussi irréductibles l’une à l’autre ne pouvaient cohabiter sur un même sol. L’Espagne devait être catholique ou musulmane, pas les deux à la fois. En dépit de l’instruction religieuse qui leur était donnée, les Morisques conservaient en effet leur particularisme culturel, vestimentaire, alimentaire, linguistique et, secrètement, ils continuaient à célébrer le culte musulman, à respecter le jeûne du ramadan et à faire circoncire leurs garçons. Les autorités acceptèrent cette situation jusqu’au moment où, au XVIe siècle, l'Espagne fut confrontée au danger turc. Il fut alors impossible de continuer à tolérer des noyaux de peuplement dissidents disposés à servir de « cinquième colonne » à un débarquement turc.

L’Espagne du XVI° siècle abritait en effet une population de 8 à 9 millions de personnes dont au moins 500 000 Mudejar et Morisques restés sur place après la fin de la Reconquista intervenue en 1492 avec la prise de Grenade. Dans la seule région de Valence, ils totalisaient 25% de la population et des enclaves  demeuraient à travers tout le pays. Toute l’Espagne comptait en effet des noyaux de population morisque ou mudejar, notamment en Andalousie, dans l'ancien royaume de Grenade, en Estrémadure, dans le Levant valencien et dans la vallée de l'Ebre. Dans certaines localités, ils étaient majoritaires, notamment à Hornachos, en Estrémadure, devenue de fait un petit Etat musulman enclavé en territoire chrétien. Or, les autorités espagnoles n’ignoraient pas que ces communautés attendaient que les Turcs viennent les délivrer du « joug catholique ».

De nombreux soulèvements armés se produisent d’ailleurs au cours du XVIe siècle. En 1502, une révolte éclata dans la région de Grenade et, durant deux années, les insurgés tinrent la montagne. En 1526 ce fut le tour de la région de Valence, puis de 1568 à 1570, eut lieu la "deuxième guerre de Grenade", quand des dizaines de milliers de Morisques et de Mudejar répondirent  à l’appel d’un meneur qui proclama le  jihad. Les villages chrétiens furent alors attaqués et leurs habitants massacrés. Les insurgés demandèrent l'aide de la Porte ottomane, l’ennemie mortelle de l'Espagne, et que, dans tout le monde musulman, la guerre sainte soit prêchée pour leur venir en aide.

En 1570, le duc d’Albe vint finalement à bout de cette guerre et il déporta les rebelles dans d’autres provinces du pays afin de casser leur principal noyau d’implantation. Dispersés en zone chrétienne, ils prirent alors des noms espagnols mais en demeurant secrètement fidèles à l'Islam.

Toutes les communautés morisques et mudejar  posant un problème d’ordre public, le roi Philippe III qui avait compris qu’il n’était pas possible d’intégrer une population menaçant l’unité du pays, eut alors le choix entre trois solutions, la conversion réelle, de force et en profondeur sous le strict contrôle de l’Inquisition, le massacre ou l’expulsion.

Ce fut la troisième option qu’il choisit et en 1609, il prit la décision d’expulsion vers le Maghreb. Humainement, ce fut probablement la « moins mauvaise » des solutions car elle évita et les dures méthodes de l’Inquisition généralisée, et le massacre à grande échelle.

Les premiers à être chassés furent les Morisques de Castille, de la Marche et de l'Estrémadure. Ils furent suivis en 1610 par ceux d'Andalousie et d'Aragon, puis en 1611 par les Catalans et enfin par ceux de Murcie en 1614. L'expulsion se fit essentiellement vers le Maroc, mais également vers Alger et Tunis. Trois cent mille Morisques furent concernés. Quant aux deux cent mille qui restaient, ils se fondirent dans la population espagnole, sous étroite surveillance de l’Inquisition qui veilla à la sincérité de leur conversion.

samedi 24 octobre 2020

Mali : le changement de paradigme s’impose

Dans le nord du Mali, j’écris depuis des années que le  problème n’est pas d’abord celui de l’islamisme, mais celui de l’irrédentisme touareg. Cette donnée de longue durée enracinée dans la nuit des temps se manifeste depuis 1962 à travers des résurgences périodiques[1]. Selon le rapport de force du moment, elle s’exprime sous divers drapeaux. Aujourd’hui, c’est sous celui de l’islamisme.

Leurs conseillers ayant négligé de prendre en compte le poids de l’ethno-histoire, les dirigeants français ont défini une politique brumeuse confondant les effets et les causes. D’où l’impasse stratégique actuelle de laquelle il est d’autant plus difficile de nous extraire que les rapports de force locaux ont changé. En effet, ses « émirs » algériens  ayant été tués les-uns après les autres par Barkhane, Al-Qaïda-Aqmi n’est donc plus localement dirigée par des étrangers, mais par le Touareg Iyad ag Ghali. Or, et comme je l’avais également annoncé, ce dernier a fini par reprendre en main les diverses factions touareg un moment officiellement et artificiellement rivales. L’accueil personnel qu’il réserva à Kidal aux « jihadistes » récemment libérés a ainsi éloquemment  montré que le nord du Mali est désormais sous son contrôle.

C’est donc avec cette nouvelle réalité à l’esprit que doivent être analysées et comprises les déclarations en date du 14 octobre d’Aqmi et du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), deux faux-nez d’Iyad ag Ghali, exigeant le départ de Barkhane à travers une rhétorique belliqueuse parlant de combattre les « croisés ». Or, il s’agit avant tout d’un nuage de fumée destiné à ne pas laisser le champ libre à l’EIGS (Etat islamique dans le Grand Sahara) affilié à Daech et dont le chef régional est Adnane Abou Walid al-Saharaoui, un Arabe marocain de la tribu des Réguibat. Cet ancien cadre du Polisario, accuse Iyad ag Ghali de trahison pour avoir privilégié la revendication touareg à travers la négociation avec Bamako et cela, aux dépens du califat transethnique devant engerber les actuels Etats sahéliens.

A moins de choisir délibérément la voie de l’enlisement, ces récents changements vont donc contraindre les décideurs français à revoir très rapidement les missions de Barkhane. Faute de quoi, la guerre au nord va immanquablement se rallumer et nous devrons alors faire face à un front supplémentaire, celui des Touareg. De plus, comme la « légitimité » de notre intervention est devenue pour le moins « incertaine » depuis le coup d’Etat intervenu à Bamako au mois d’août dernier, il est donc temps de poser la question de notre stratégie régionale dans la BSS (Bande sahélo-saharienne).

Trois zones sont à distinguer  qui méritent chacune un traitement particulier :

- Dans le nord du Mali où, politiquement et militairement, nous n’avons rien à défendre, l’erreur serait de continuer à nous obstiner dans une analyse reposant sur l’artificiel slogan de la lutte contre le « terrorisme islamiste » et dont le seul résultat serait l’ouverture des hostilités avec les Touareg. Dans ces conditions, puisque l’Algérie considère le nord du Mali comme son arrière-cour, laissons ses services s’accommoder des « subtilités » politiques locales, ce qu’ils feront d’autant plus facilement qu’ils ne seront pas paralysés par les « vapeurs » humanitaires interdisant  toute véritable action efficace sur le terrain…

- La région des « trois frontières » présente un cas différent car elle est le verrou du Burkina Faso et plus au sud celui des pays du littoral, dont la Côte d’Ivoire, avec lesquels nous avons des accords. Notre effort doit donc y être concentré à travers l’appui donné aux armées du Niger et du Burkina Faso.

- La région tchadienne au sens large, car l’on doit y inclure le Cameroun et la RCA, est une future grande zone de déstabilisation. C’est pourquoi elle doit être surveillée avec la plus grande attention. Un renforcement de notre présence militaire y est donc impératif.

[1] Elles sont mises en évidence et développées dans mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours.

mercredi 14 octobre 2020

Bernard Lugan présente Esclavage l'histoire à l'endroit et Les Guerres du Sahel


Pour commander Esclavage, l'histoire à l'endroit, cliquez ici.
Pour commander Les Guerres du Sahel, cliquez ici.

dimanche 11 octobre 2020

Mali : une libération d’otages qui marque un vrai tournant dans la guerre

Au Mali, la libération des otages dont celle de la propagandiste musulmane Myriam Pétronin et des « jihadistes » détenus par Bamako, cache en réalité la phase 2 d’une opération complexe dont j’avais annoncé le début dans mes communiqués du samedi 6 juin et du jeudi 20 août 2020 respectivement titrés « Les véritables raisons de la mort d’Abdelmalek Droukdal » et  « Mali : ce coup d’Etat qui pourrait enclencher un processus de paix ».

En effet :

1) L’Algérie est redevenue maîtresse du jeu à travers son relais régional  Iyad ag Ghali avec lequel a été négociée la libération des otages et celle des jihadistes.

2) L’universalisme jihadiste a été ramené à ses réalités ethniques, les « jihadistes » libérés étant en effet majoritairement des Touareg obéissant à Iyad ag Ghali et qui ont directement été acheminés dans son fief de Kidal.

Pour bien comprendre ce qui s’est passé, il faut bien voir que tout a débuté au mois de juin 2020 avec la mort d’Abdelmalek Droukdal, le chef d’Al-Quaïda pour toute l’Afrique du Nord et pour la bande sahélienne, abattu par l’armée française sur renseignement algérien. Cette liquidation s’inscrivait dans le cadre d’un conflit ouvert qui avait éclaté entre l’EIGS (Etat islamique dans le Grand Sahara), rattaché à Daech, et les groupes se réclamant de la mouvance Al-Qaïda, dont celui d’Iyad ag Ghali associé aux services algériens.

A partir de 2018-2019, l’intrusion de DAECH à travers l’EIGS, avait en effet provoqué une évolution de la position algérienne, Alger ne contrôlant pas ces nouveaux venus dont le but était la création d’un califat régional. Entre l’EIGS et les groupes ethno-islamistes se réclamant de la mouvance Al-Qaïda, le conflit était dès-lors inévitable, puisque les premiers privilégiaient l’ethnie (Touareg et Peul) aux dépens du califat.

Or, le coup d’Etat qui s’est produit au Mali au mois d’août 2020, a permis de donner toute liberté à la négociation qui a pour but de régler deux conflits différents qui ne sont pas à racine islamiste. Il s’agit en effet comme je le montre dans mon livre Les Guerres du Sahel des origines à nos jours de conflits inscrits dans la nuit des temps, de résurgences ethno-historico-politiques conjoncturellement abritées derrière le paravent islamique. Ces deux conflits qui ont chacun leur propre dynamique sont :

- Celui du Soum-Macina-Liptako, qui est porté par les Peul, d’où l’importance d’Ahmadou Koufa.

- Celui du nord Mali, qui est l’actualisation de la traditionnelle contestation touareg, d’où l’importance d’Iyad ag Ghali.

Or, Abdelmalek Droukdal qui était opposé à ces négociations, avait décidé de reprendre en main et d’imposer son autorité, à la fois à Ahmadou Koufa et à Iyad ag Ghali. Il était donc l’obstacle au plan de paix régional algérien soutenu par la France et qui vise à isoler les groupes de Daech. Voilà pourquoi il est mort.

A travers la libération des otages, le plan franco-algérien  qui a pour but le retour dans le jeu politique des Touareg ralliés au leadership d’Iyad ag Ghali,  et de ceux des Peul suivant Ahmadou Koufa, se déroule donc pour le moment parfaitement. L’Algérie éloigne ainsi le danger EIGS de ses frontières, et la France va pouvoir concentrer tous ses efforts sur ce dernier avant d’alléger le dispositif Barkhane.

Nous voilà une fois encore loin des analyses superficielles du monde médiatique.

mercredi 30 septembre 2020

L'Afrique Réelle N° 130 - Octobre 2020
















Sommaire

Actualité

Barkhane : bilan et perspectives

Dossier : L’Afrique et la mer

- La géopolitique historique de la mer
- Le Périple de la mer Erythrée
- Le monde arabo-swahili

Dossier : Le mensonge de la « colonisation pillage »

- Un Empire ruineux
- Les colonies : un boulet économique


Editorial de Bernard Lugan

Le mensonge de la « colonisation pillage »

Le mensonge de la « colonisation-pillage » repose sur l’idée que ce serait grâce aux colonies que l’Europe se serait enrichie. 
Si ce postulat était vérifié, la richesse se mesurerait alors à l’aune des immensités impériales de jadis. Le Portugal qui n’a décolonisé qu’en 1975, devrait donc être une grande puissance industrielle mondiale et l’Allemagne qui a perdu ses colonies en 1918, une sorte de pays du tiers-monde...
Or, jusqu’à ces dernières années, les pays les plus riches et les plus développés étaient au contraire ceux qui n’avaient jamais eu d’empire colonial, comme les Etats-Unis, la Suède et la Suisse, ou ceux qui avaient eu la « chance » de le perdre « tôt » comme l’Allemagne en 1914-1918 ou la Hollande au lendemain de la seconde guerre mondiale. 
En revanche, la Grande-Bretagne et la France, qui étaient les deux principales puissances coloniales étaient à la traîne. Elles l’étaient car des sommes colossales avaient été dilapidées outre-mer, ce qui avait  freiné la modernisation et la mutation des industries et des équipements métropolitains.

Contrairement à ce que postulait Jules Ferry, les colonies furent, en  effet, loin d’être « une bonne affaire », sauf pour quelques secteurs, le plus souvent moribonds, de l’économie française. 
En France, ce fut un journaliste, Raymond Cartier, qui osa le premier, en 1956, enfreindre le tabou de l'unanimisme colonial en écrivant dans l'hebdomadaire Paris Match :

« La Hollande a perdu ses Indes orientales dans les pires conditions et il a suffi de quelques années pour qu’elle connaisse plus d'activité et de bien-être qu'autrefois. Elle ne serait peut-être pas dans la même situation si, au lieu d'assécher son Zuiderzee et de moderniser ses usines, elle avait dû construire des chemins de fer à Java, couvrir Sumatra de barrages, subventionner les clous de girofle des Moluques et payer des allocations familiales aux polygames de Bornéo. »

Après le second conflit mondial, les colonies étaient devenues à la fois un poids économique insupportable pour les métropoles et un frein à leur redéploiement politique. Voilà pourquoi la décolonisation se fit. 

Dans ses Mémoires d’espoir, le général De Gaulle a posé le problème quand, dans son style si particulier, il parlait à la fois du tonneau des Danaïdes colonial et de l’incompatibilité des cultures :

« En reprenant la direction de la France, j’étais résolu à la dégager des astreintes désormais sans contrepartie que lui imposait son Empire (…) des charges que nous coûtaient nos colonies (…) et de ce qu’il nous fallait dépenser pour entretenir et encadrer (la) vie lente et reléguée (de ses populations) (…) gageure où, pour ne rien gagner nous avions tout à perdre ». (De Gaulle, Mémoires d’espoir, T.I, 1970, p.41). La manière avec laquelle le général de Gaulle donna l'indépendance à l'Algérie est une autre question.

mercredi 2 septembre 2020

L'Afrique Réelle n°129 - Septembre 2020



























Sommaire
  
Numéro spécial :  
Esclavage, l'histoire à l'endroit

- La véritable histoire de la Traite

Dossier : La Traite arabo-musulmane
- Les esclaves européens
- Les rachats des esclaves européens par les ordres missionnaires
- Le « vivier » sahélien
- La traite arabo-musulmane en Afrique orientale

Dossier : La Traite atlantique
- Les négriers africains partenaires des négriers européens
- La traite atlantique est-elle à l’origine de la richesse de l’Europe ?


Editorial de Bernard Lugan

Ce numéro spécial consacré aux Traites esclavagistes était une nécessité. Le terrorisme pratiqué par ceux qui se sont baptisés « décoloniaux » ou « indigénistes », cache en effet, derrière une volonté de revanche historique relevant peut-être de la psychanalyse, une tentative de prise de pouvoir culturel et idéologique. A travers un prétendu « anti-racisme » reposant sur un puissant racisme anti-Blanc. 

Toute société non frappée de « sida mental » aurait répondu à ce qu’il est difficile de qualifier autrement que de « foutaises », par le sarcasme avantageusement associé au pédagogique rosse-coquin qui, traditionnellement, permettait de remettre de l’ordre chez certains esprits égarés.

Tout au contraire, à deux ou trois exceptions près, journalistes et hommes politiques - RN compris -, rassemblés dans un immense troupeau de couards, se sont couchés devant deux ou trois braillards au casier judiciaire plus que chargé. Tels des lemmings apeurés, ils se sont ainsi faits les suivistes d’une subversion qui les emportera. 
Le monde économique n’est pas en reste. Un des plus clairs symboles de l’aplatissement ayant été donné par la firme l’Oréal dont les actuels dirigeants sont entrés avec fracas dans le club des « baise-cul du fait accompli » en retirant « blanc » et « blanchiment » de la description de leurs produits de beauté. Pensent-ils, les naïfs, que cela suffira à faire oublier le « NOIR » passé d’une maison jadis fondée par l’ « infréquentable » Eugène Schueller, financier, entre autres, de la Cagoule et de Marcel Déat ?

L’actuel terrorisme intellectuel se fait au nom de la dénonciation de la traite négrière. Or, si tous les peuples ont pratiqué l’esclavage, seuls les Blancs l’ont aboli. Une mesure unilatérale imposée ensuite par la colonisation vue comme libératrice par les peuples mis en servitude par leurs « frères » africains et par les esclavagistes arabo-musulmans. L’histoire des Bambara, des Dogon, de tous les peuples de la bande sahélienne et de ceux la cuvette du Congo est éloquente à cet égard. 
Comme selon la formule de Braudel la Traite « n’a pas été une invention diabolique de l’Europe », et comme elle a été abolie il y a deux siècles, elle devrait donc relever de l’histoire. Or, les « décoloniaux » en ont fait une arme politique en la re-écrivant sur la base d’impératifs moraux d’aujourd’hui. Un anachronisme contre lequel tout étudiant en histoire était jadis mis en garde dès la première semaine de sa première année universitaire.
La réalité est que, comme je le démontre dans mon livre Esclavage, l’histoire à l’endroit :
1) La Traite ne fut pas que l’affaire des Européens. Existèrent en effet en la précédant et en lui survivant, et les traites inter-africaines et les traites arabo-musulmanes. 
2) Drame affreux pour les victimes, la Traite fut une source de bénéfice et de puissance pour ceux des Africains qui étaient les fournisseurs des négriers européens, une partie de l’Afrique s’étant enrichie en en vendant l’autre partie. 
3) La traite des esclaves par les Européens eut été impossible sans le concours d’États esclavagistes africains.
4) La richesse de l’Europe ne repose pas sur les profits de l’odieux commerce car l’apport du capital négrier dans la formation du revenu national des nations esclavagistes dépassa rarement la barre de 1%. En moyenne la contribution de la Traite à la formation du capital anglais se situa ainsi annuellement, autour de 0,11%.

dimanche 30 août 2020

Polémique Obono-Valeurs Actuelles : parce que ce ne sont pas des négriers noirs qui ont vendu leurs « frères » noirs aux négriers blancs ?


Quelle insolite et même « surréaliste » polémique pour un simple pastiche ! A travers la personne de Danielle Obono, porte-parole de la France Insoumise, l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles » a en effet mis en évidence sous une forme se voulant humoristique, le rôle de certains peuples Africains dans la vente des esclaves noirs aux négriers européens. Présentée comme une victime de cette traite, Madame Obono a, parait-il, été ulcérée de ce qui pourrait s’apparenter à une « réponse du berger à la bergère ». Au mois de juin 2020, devant le Parlement européen, n’est-ce pas le groupe LFI qui a en effet déposé un amendement visant à ne reconnaître comme « crime contre l’humanité » que la Traite européenne, la seule traite européenne, et non  « la traite des esclaves » en général, comme cela était prévu dans le texte initial ?

Cette polémique illustre en réalité le niveau d’abêtissement et, plus grave encore, de dhimitude intellectuelle du monde politique français. Trémolos dans la voix, la main sur le cœur, Rassemblement national compris, tous les partis politiques ont en effet réagi par réflexe pavlovien et dans l’ignorance » bétonnée de la question. Au pays de Descartes, l’émotionnel semble donc avoir définitivement pris le pas sur la Raison…

Or, par-delà les stupides invectives, les consensuelles indignations et les lâches prises de position de responsables politiques devenus les « baise-cul » du fait accompli, la vérité historique existe. Elle fait consensus chez les universitaires spécialistes de la question : une partie de l’Afrique s’est enrichie en vendant l’autre partie. Les captifs n’apparaissaient en effet pas par enchantement sur les sites de traite car ils étaient capturés, transportés, parqués et vendus par des négriers noirs aux négriers européens. Comme ces derniers attendaient sur le littoral que leurs partenaires africains leur y livrassent les captifs, il dépendait donc in fine des négriers africains d’accepter ou de refuser de leur vendre leurs « frères » noirs.

Cette coresponsabilité dans l’ignoble commerce négrier a d’ailleurs été clairement mise en évidence par les évêques africains : 

« Commençons donc par avouer notre part de responsabilité dans la vente et l’achat de l’homme noir… Nos pères ont pris part à l’histoire d’ignominie qu’a été celle de la traite et de l’esclavage noir. Ils ont été vendeurs dans l’ignoble traite atlantique et transsaharienne » (Déclaration des évêques africains réunis à Gorée au mois d’octobre 2003).

Or, à travers l’artificielle polémique Obono-Valeurs Actuelles, la vérité historique est une fois de plus effacée au profit d’une fausse histoire peu à peu imposée par des méthodes terroristes et lâchement acceptée par tous les partis politiques français.

Ceux qui ne voudront pas être emportés par la tempête médiatique trouveront dans mon livre Esclavage l’histoire à l’endroit, l’argumentaire détaillé leur permettant de réfuter cette histoire devenant insidieusement officielle et dont la finalité est de faire de l’homme blanc un coupable éternel[1].

Bernard Lugan

[1] Le numéro du mois d’octobre de l’Afrique Réelle que les abonnés recevront en fin de semaine prochaine sera un numéro spécial en totalité consacré à la question des traites esclavagistes.

jeudi 27 août 2020

jeudi 20 août 2020

Mali : ce coup d’Etat qui pourrait enclencher un processus de paix

Contrairement aux analyses superficielles de la sous-culture médiatico-africaniste, le coup d’Etat qui vient de se produire au Mali pourrait en effet, si toutefois il était bien « géré », avoir des effets positifs sur la situation régionale. Il marque en quelque sorte le retour à la situation qui  fut à l’origine de l’intervention Serval au mois de janvier 2013 quand les forces du chef touareg Iyad ag Ghali marchaient sur Bamako où elles étaient attendues par les partisans de l’imam peul Mahmoud Dicko.

La question qui se posa alors à François Hollande était simple : était-il possible de laisser prospérer une revendication nationaliste touareg appuyée sur un courant islamiste venant s’ajouter à des foyers régionaux de déstabilisation situés dans le nord du Nigeria avec Boko Haram, dans la région du Sahara nord occidental avec Aqmi et dans la zone des confins algéro-maroco-mauritaniens avec le Polisario ?

L’erreur française fut alors de ne pas conditionner la reconquête de Gao, de Tombouctou et du nord Mali par Serval, à la reconnaissance par Bamako d’une nouvelle organisation constitutionnelle et territoriale afin que les Touareg et les Peul ne soient plus automatiquement écartés du jeu politique par la démocratie devenue une simple ethno-mathématique électorale. La plaie ethnique à la base du problème[1] et qui avait été surinfectée par les islamistes d’Aqmi-Al-Qaïda n’ayant pas été traitée, la guerre s’est ensuite étendue à toute la région, débordant sur le Burkina Faso et le Niger.
Puis, à partir de 2018-2019, l’intrusion de DAECH à travers l’EIGS (Etat islamique dans le Grand Sahara) entraîna un conflit ouvert entre l’EIGS et les groupes ethno-islamistes se réclamant de la mouvance Al-Qaïda, l’EIGS les accusant de privilégier l’ethnie aux dépens du califat.
En effet, les deux principaux chefs ethno-régionaux de la nébuleuse Al-Qaïda, à savoir le Touareg ifora Iyad Ag Ghali et le Peul Ahmadou Koufa, chef de la Katiba Macina, plus ethno-islamistes qu’islamistes, avaient décidé de négocier une sortie de crise. Ne voulant pas d’une telle politique, Abdelmalek Droukdal, le chef d’Al-Quaïda pour toute l’Afrique du Nord et pour la bande sahélienne, décida alors de reprendre en main et d’imposer son autorité, à la fois à Ahmadou Koufa et à Iyad ag Ghali. Il fut alors « neutralisé » par les forces françaises renseignées par les services d’Alger inquiets de voir que l’Etat islamique se rapprochait de la frontière algérienne.
L’Algérie qui considère le nord-ouest de la BSS comme son arrière-cour, y a toujours « parrainé » les accords de paix. Son homme sur zone est Iyad ag Ghali dont la famille vit dans la région d’Ouargla. Ce Touareg ifora dispose d’une base de popularité à Bamako avec l’imam Mahmoud Dicko et surtout, il est contre l’éclatement du Mali, priorité pour l’Algérie qui ne veut pas d’un Azawad indépendant qui serait un phare pour ses propres Touareg.

S’il était bien négocié, le coup d’Etat qui vient de se produire au Mali pourrait donc, contrairement à ce qu’écrivent la plupart des analystes, marquer l’accélération d’un processus de négociation ayant pour but de régler à la fois le conflit du Soum-Macina-Liptako porté par les Peul, d’où l’importance d’Ahmadou Koufa, et celui du nord Mali, qui est l’actualisation de la traditionnelle contestation touareg, d’où l’importance d’Iyad ag Ghali.
Le retour dans le jeu politique des Touareg ralliés au leadership d’Iyad ag Ghali, et de ceux des Peul suivant Ahmadou Koufa, permettrait alors de concentrer tous les moyens sur l’EIGS, et donc de prévoir à moyen terme un allègement de Barkhane, puis son glissement vers la région péri-tchadique où les éléments de la future déstabilisation qui sont en place vont exercer de lourdes menaces sur le Tchad et le Cameroun, le tout alimenté par l’intrusion turque en Libye. 

Ce communiqué peut être repris à la condition d’en citer la source.

[1] On se reportera à ce sujet à mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours.

vendredi 14 août 2020

Nouveau livre de Bernard Lugan : Esclavage, l’histoire à l’endroit




Présentation :

Tous les peuples ont pratiqué l’esclavage. Mais seuls les Blancs l’ont aboli. A travers la conquête coloniale, ils ont ensuite contraint ceux qui continuaient à le pratiquer à y renoncer. Or, seule la traite pratiquée par les Européens est criminalisée.

Le 10 mai 2001, en votant à l’unanimité la « Loi Taubira », les députés français ont ainsi imposé une vision à la fois idéologique et manichéenne de la traite esclavagiste. Cette loi ne dénonce en effet que la Traite pratiquée par les Européens, faisant l’impasse sur la traite arabo-musulmane laquelle ne prit fin qu’avec la colonisation. 

Christiane Taubira a justifié cette singulière hémiplégie historique afin que « les jeunes Arabes (…) ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes » (L’Express, 4 mai 2006). 

Par leur vote, les députés français ont donc effacé de la Mémoire collective des dizaines de millions de victimes. A commencer par ces innombrables femmes et jeunes filles berbères razziées dans ce que les conquérants arabes appelaient la « moisson berbère ». Ibn Khaldun évoquait à ce sujet les « belles esclaves berbères, de toison couleur de miel ». Et que dire des millions d’enlèvements d’Européens opérés jusque dans les années 1800 en mer et le long des rivages méditerranéens, à telle enseigne que l’on disait alors qu’ « il pleut des esclaves chrétiens sur Alger » ?

Cette loi fait également l’impasse sur le rôle des Africains eux-mêmes. Or, comme les Européens attendaient sur le littoral que leur soient livrés les captifs par leurs partenaires africains, il dépendait donc in fine de ces derniers d’accepter ou de refuser de leur vendre leurs « frères » noirs. La réalité historique est qu’une partie de l’Afrique s’est enrichie en vendant l’autre partie. Les captifs n’apparaissant pas par enchantement sur les sites de traite, ils étaient en effet capturés, transportés, parqués et vendus par des négriers noirs. Ce qui a fait dire aux évêques africains : 
« Commençons donc par avouer notre part de responsabilité dans la vente et l’achat de l’homme noir… Nos pères ont pris part à l’histoire d’ignominie qu’a été celle de la traite et de l’esclavage noir. Ils ont été vendeurs dans l’ignoble traite atlantique et transsaharienne » (Déclaration des évêques africains réunis à Gorée au mois d’octobre 2003).

Or, par haine de tout ce qui est « Blanc », ceux qui se sont baptisés « décoloniaux », nient ces réalités historiques au profit d’une fausse histoire qu’ils introduisent au forceps selon des méthodes terroristes et qui est lâchement acceptée par des « élites » européennes entrées en dhimitude doctrinale. Le 19 juin 2020, le Parlement européen a ainsi voté une résolution surréaliste condamnant « l’utilisation des slogans qui visent à saper ou à affaiblir le mouvement Black Lives Matter et à en diluer la portée ». Le groupe LFI a même déposé un amendement visant à ne reconnaître comme « crime contre l’humanité » que la Traite européenne, et non « la traite des esclaves » en général, comme cela était prévu dans le texte initial.

Cette entreprise de subversion connaît des développements apparemment insolites. Ainsi, au mois de mai dernier, en Martinique, deux statues de Victor Schoelcher, l’homme du Décret du 27 avril 1848 abolissant définitivement l’esclavage, ont été renversées à Fort de France et à … Schoelcher. Or, il n’y a ni inculture, ni crétinerie dans ces crimes iconoclastes, mais tout au contraire une claire attitude politique : un Blanc ne peut en effet mettre fin à l’esclavage puisqu’il est par essence esclavagiste… Alors, si les statues du père de l’abolitionnisme ont été renversées, c’est afin que soient mises à leur place celles de personnalités noires « esclavagisées » selon le vocabulaire « décolonial », et qui auraient lutté contre l’esclavage.

 Voilà donc les « décoloniaux » en plein complexe existentiel devenus les « esclaves de l’esclavage » selon la formule de Franz Fanon, lui qui refusait de se « laisser engluer par le déterminisme du passé ».

Ce livre remettant totalement à plat l’histoire de l’esclavage était donc une nécessité. Loin des nuées et des incessantes manœuvres culpabilisatrices, cet ouvrage enrichi de plusieurs dizaines de cartes et illustrations, d’une bibliographie détaillée et d’un index est le manuel de réfutation de cette histoire devenue officielle dont la finalité est de paver la route de la repentance afin de faire des Européens des étrangers sur leur propre sol.

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