samedi 5 octobre 2019

Cours n°3 : Algérie, l'implosion d'un Etat sans nation















Pour comprendre l'implosion de l'Algérie, Bernard Lugan propose un cours vidéo illustré en ligne

Présentation
En s'appuyant sur les faits historiques, ce cours décrypte la double crise que traverse l'Algérie actuellement : une crise politico-économique et une crise identitaire. « Depuis 1962, l’écriture officielle de l’histoire algérienne s’est appuyée sur un triple postulat : 
- Celui de l’arabité du pays nie sa composante berbère ou la relègue à un rang subalterne, coupant de ce fait, l’arbre algérien de ses racines. 
- Celui d’une Algérie préexistant à sa création par la France à travers les royaumes de Tlemcen et de Bougie (Bejaia) présentés comme des noyaux pré-nationaux. 
- Celui de l’unité d’un peuple prétendument levé en bloc contre le colonisateur alors qu’entre 1954 et 1962, les Algériens qui combattirent dans les rangs de l’armée française avaient été plus nombreux que les indépendantistes. 
En Algérie, ces postulats biaisés constituent le fonds de commerce des rentiers de l’indépendance. En France, ils sont entretenus par une université morte du refus de la disputatio et accommodante envers les falsifications, pourvu qu’elles servent ses intérêts idéologiques. Dans les deux pays, ces postulats ont fini par rendre le récit historique officiel algérien aussi faux qu’incompréhensible. 
Plus de cinquante ans après l’indépendance, l’heure est donc venue de mettre à jour une histoire qui doit, comme l’écrit l’historien Mohamed Harbi, cesser d’être tout à la fois « l’enfer et le paradis des Algériens ». 

Bande annonce



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Le cours est divisé en 6 parties (format HD) consultables pour une durée illimitée.

mardi 1 octobre 2019

L'Afrique Réelle n°118 - Octobre 2019


Sommaire

Actualité
Zimbabwe : « Comrade Bob », dernier chef d’Etat marxiste et héros africain

Dossier : Le Sahel central à la dérive
- Quelle est la vraie nature des guerres du Sahel ?
- Les trois principaux groupes jihadistes régionaux
- Burkina Faso : Le bloc mossi va-t-il tenir ?
- Les Européens face à l’islam jihadiste africain : une totale incommunicabilité


Editorial de Bernard Lugan :

Comprendre l’embrasement sahélien

Dans le sahel centre-occidental, après le Mali et le Niger, le Burkina Faso se trouve désormais en première ligne face à des jihadistes-GAT (Groupes armés terroristes). La stratégie de ces derniers semble être de couper les villes de la brousse en jouant sur les fractures ethno-tribales. Tout en se plaçant à la confluence d’anciennes et mouvantes alliances rafraichies par de modernes apparentements.

Face à eux, les 4500 hommes de la force Barkhane, les 13 000 Casques bleus déployés au Mali et les fantômes de la force africaine G5 Sahel paraissent impuissants. Et, s’ils le sont, c’est parce que, coupés des réalités, leurs donneurs d’ordre appliquent des grilles d’analyse inadaptées :

Les « experts » parlent ainsi de combattre le terrorisme par le développement, la démocratie et la bonne gouvernance, tout en s’obstinant à minorer, ou parfois même, à refuser de prendre en compte l’histoire régionale et le déterminant ethnique.

La connaissance du milieu et des hommes, de leurs mentalités et de leur histoire, est pourtant indispensable à la compréhension des actuels évènements. C’est ainsi que dans les immensités sahéliennes, domaine du temps long, l’histoire nous apprend que l’affirmation d’un islamisme radical, a toujours été le paravent d’intérêts économiques ou politiques, le plus souvent à base ethnique. 
Aujourd’hui, le jihadisme prospère sur des plaies dont il n’est que la surinfection.
Dans le sud du Mali, dans l’ouest du Niger, dans le nord et dans l’est du Burkina Faso, les massacres « communautaires » (traduction : ethniques), qui se multiplient, sont ainsi pour une grande part des résurgences de conflits anciens habilement réactivés par les GAT. 

Avant la colonisation, les sédentaires étaient en effet pris dans une double tenaille prédatrice, Touareg au nord et Peul au sud. Au Mali, les principales victimes étaient notamment les Bambara et les Dogon. Au Burkina Faso, la constitution de l’émirat peul du Liptako se fit par l’ethnocide des Gourmantché et des Kurumba[1]. 
Or, ce sont ces souvenirs qui constituent l’arrière-plan des actuels affrontements. Les ignorer conduit à l’impasse.

D’autant plus que leur connaissance ouvre la voie de la contre-insurrection. Aujourd’hui, si les jihadistes tirent des avantages tactiques de ces affrontements, en revanche, leur stratégie s’en trouve bloquée. En effet, même si des alliances de circonstance sont nouées, les énormes fossés ethniques séparant les protagonistes empêchent l’engerbage. C’est même un phénomène contraire qui est apparu. Le jihadisme affirmait en effet vouloir dépasser l’ethnisme en le fondant dans un califat universel. Or, tout au contraire, il s’est trouvé pris au piège d’affrontements ethno-centrés. Là est sa faiblesse. Mais encore faut-il être capable de l'exploiter[2].

[1] Le numéro de juillet 2019 de l’Afrique Réelle contient un dossier consacré à la question du Gourma-Liptako et à la région dite des « Trois frontières ».